Le Livre de Josué (en hébreu sefer Yehoshua) est le sixième livre de la Bible hébraïque (premier Livre des Prophètes) ainsi que de l'Ancien Testament où il est le premier livre historique. Il fait suite au Pentateuque, qui se termine par la mort de Moïse aux portes de la terre promise. Le livre relate la conquête du pays de Canaan sous la direction de Josué, la destruction de leurs ennemis et la division du territoire entre les douze tribus d'Israël. Y figurent notamment l'épisode des « Trompettes de Jéricho » et la bataille où Josué arrête le soleil et la lune.
Résumé Le livre commence par une introduction où Dieu institue Josué comme chef du peuple et un discours de Josué qui suscite l'adhésion du peuple (). Le chapitre 2 traite de l'envoi des espions en Canaan et de leur rencontre avec Rahab à Jéricho. Dans les chapitres 3 et 4, les Israélites traversent le Jourdain avec l'arche à pied sec et érigent un monument commémoratif en souvenir de ce miracle. Le chapitre 5 décrit la circoncision de la génération née dans le désert et la célébration de la première Pâque en terre de Canaan. Les chapitres 6 à 12 racontent la conquête de Canaan. Elle commence par le centre du pays et la destruction spectaculaire de Jéricho dont les murs s'effondrent miraculeusement, c'est l'épisode des « Trompettes de Jéricho ». Elle se poursuit avec la prise de Aï oú des difficultés apparaissent à cause de l'infidélité commise par Akhan. Le récit de la conquête s'interrompt pour décrire la cérémonie sur le mont Ebal et le mont Garizim. La conquête du centre du pays se termine par l'alliance avec les Gabaonites. Apprenant cette alliance, cinq rois amorrites (des villes de Jérusalem, Lakish, , Hébron et Yarmouth) décident d'attaquer ensemble la ville de Gabaon pour la punir. Les troupes de Josué, liées aux Gabaonites par un serment, mettent en déroute les armées amorrites sur lesquelles Dieu fait tomber des grêlons. Le Soleil s'arrête sur l'ordre de Josué, qui peut ainsi les anéantir totalement. Après la conquête des territoires de Benjamin et d'Ephraïm, elle se poursuit par une campagne en direction du sud (chapitre 10) puis en direction du nord (chapitre 11) qui se termine par la prise d'Hazor.. Le plus souvent la conquête des villes (Jéricho, Macéna, Lebna, Lakish, Heglon, Hébron, Debir...) est suivie de l'extermination de ses habitants selon les ordres donnés par YHWH.
La deuxième partie du livre décrit le partage du pays entre les douze tribus d'Israël (chapitre 13 à 22) avec dans l'ordre : Ruben, Gad et une moitié de Manassé (en Transjordanie), Juda, Ephraïm, Manassé, Benjamin, Siméon, Zabulon, Issacar, Asher, Nephtali et Dan. Le livre s'achève sur deux discours de Josué au peuple. Dans un premier discours (chapitre 23), Josué rappelle les acquis de la conquête et avertit que la possession du pays est conditionnée à la fidélité à YHWH. Dans un deuxième discours qui a lieu à Sichem (chapitre 24), il reprend toute l'histoire d'Israël, puis il meurt et est enterré en EphraïmRömer, « Josué », dans , ..
Composition La composition du livre de Josué présente de forts parallèles avec les textes du Pentateuque. Par son sujet, la conquête de Canaan, il constitue l'aboutissement des promesses faites aux Enfants d'Israël. Dans le passé, la formation du livre était expliquée de manière parallèle à celle du Pentateuque. On y retrouvait l'assemblage des quatre sources de l'hypothèse documentaire. Le livre était considéré comme le sixième livre d'un Hexateuque qui regrouperait les livres de Genèse à Josué. Dans la recherche moderne, l'hypothèse documentaire est aujourd'hui largement abandonnée. La critique continue cependant à identifier dans le livre des rédactions de type deutéronomiste et sacerdotale. Elle considère généralement que le livre s'inscrit dans une série de textes allant du Deutéronome aux livres des Rois que les exégètes qualifient d'Historiographie deutéronomiste. Au cours du processus d'édition du Pentateuque, des rédacteurs ont pu vouloir harmoniser le contenu du Livre de Josué avec les Livres du Pentateuque afin de créer un Hexateuque, sans que finalement cette tentative n'ait eu d'effet sur la fixation du canon regroupant les cinq Livres du Pentateuque..
La première rédaction du livre intervient sans doute vers la fin de la monarchie judéenne sous le règne du roi de Juda Josias. Il existe de nombreuses variantes textuelles entre le texte massorétique, la Septante et les manuscrits de Qumrân. Ces écarts indiquent que le texte a dû être remanié jusqu'à une période tardive. La formation du livre de Josué peut se résumer de la manière suivanteRömer, « Josué », dans , . : première édition contenant principalement les chapitres 1-12 au sous Josias ; ajout de rédactions deutéronomistes aux et ; rédactions principalement sacerdotales aux et (chapitres 3-5, 20-22 et 24 ; éventuellement aussi le chapitre 2) ; ajouts divers encore jusqu'au
Le récit de la conquête (chapitres 1 à 12) combine plusieurs rédactions deutéronomistes et sacerdotales. La division du pays selon les tribus d'Israël (chapitres 12 à 22) provient peut-être pour partie de documents administratifs, même si leur origine est mal identifiée. Le reste du texte est le produit d'auteurs sacerdotaux. Le chapitre 23 est la conclusion du livre par les rédacteurs deutéronomistes. Le chapitre 24 est un ajout plus tardif, datant probablement de la période perse. Il était peut-être conçu pour être la conclusion d'un Hexateuque.
Historicité de la conquête Le Livre de Josué raconte la conquête de Canaan par les hébreux libérés du joug de l'Égypte, puis son installation dans le pays de Canaan. Après 40 ans passés dans le désert., les Israélites prennent possession du pays. La chronologie interne des textes bibliques suggère une date pour l'Exode autour de 1445 av. J.-C.. (selon le Livre des Rois, le Temple de Salomon est construit 480 ans après la sortie d’Égypte. et si on considère que le règne de Salomon commence vers 960 av. J.-C.). Pour les historiens modernes, la période envisagée pour la conquête est plutôt autour de 1200 av. J.-C. Pour cette période, la stèle de Mérenptah atteste la présence d'un groupe nommé Israël en Canaan, mais paradoxalement elle en annonce la destructionRömer, « Josué », dans , ..
Contexte archéologique Jusque dans les années 1960, le récit de la conquête militaire était accepté comme une réalité historique. La théorie d'une conquête de Canaan au a été défendue par les archéologues William Foxwell Albright et Yigaël Yadin, notamment à la suite des fouilles d'Hazor. Depuis les années 1970, les fouilles archéologiques des sites mentionnées dans le Livre de Josué ont montré qu'il n'y a pas eu de campagne militaire de grande ampleur aux . La plupart des historiens s'accordent aujourd'hui pour dire que la majorité des récits de la conquête telle qu'elle est décrite dans le Livre de Josué ne correspond pas à la réalité historique...« La théorie de la conquête militaire, d'inspiration biblique directe, est encore soutenue par certains milieux traditionalistes (notamment américains et israéliens) mais se trouve désormais reléguée en marge du débat » ...
Des sites emblématiques de la conquête tel que Jéricho, Aï et Gabaon ne sont pas occupés au bronze récent ou sont des villages insignifiants. Les fouilles de Jéricho dans les années 1950 ont montré que la datation de la conquête à l'époque ramesside est invalide. Jéricho était une cité florissante à l’âge du bronze ancien, mais au bronze récent, elle est devenue une petite bourgade sans mur d'enceinte avant d'être abandonnée. La ville n'est pas fortifiée au moment où Josué est censé la conquérir en faisant s'abattre ses murailles. Cela vaut aussi pour la conquête de la ville d'Aï, dont le nom signifie d'ailleurs « monceau de pierres » en hébreuRömer, « Josué », dans , .. Yarmouth, l'une des villes des cinq rois amorrites coalisés contre Gabaon est elle aussi inhabitée. D'autres sites cananéens situés dans les plaines tels que Lakish, Afek ou Megiddo subissent effectivement des destructions à la fin du bronze récent, mais celles-ci s'étalent sur plus d'un siècle. La destruction d'Hazor (milieu du ) précède de 100 ans celle de Lakish (milieu du ). Le déclin des cités cananéennes est un long processus qui s'inscrit dans un phénomène plus général qui affecte tout le bassin oriental de la Méditerranée . À l'exception peut-être d'Hazor qui subit une destruction à la fin du bronze récent, l'archéologie ne confirme pas l'idée d'une campagne militaire massive et destructrice à cette époque contre les villes décrites dans le récit du Livre de Josué. Seules les destructions de Hazor et Béthel peuvent éventuellement être attribuées aux Israélites. Les préoccupations des rédacteurs du Livre de Josué sont plus théologiques qu'historiques.
L'opinion la plus courante désormais chez les historiens et archéologues est que, comme le résume L. Grabbe dans sa synthèse sur l'état de la recherche sur le sujet en 2016, « malgré les efforts de certains fondamentalistes, il n'y a aucun moyen de sauver le texte biblique en tant que description d'un événement historique. Une grande population d'Israélites, vivant dans leur propre partie du pays, n'a pas quitté une Égypte dévastée par divers fléaux et dépouillée de ses richesses et passé quarante ans dans le désert avant de conquérir les Cananéens : .. »
La conquête et l'apparition des Israélites en Canaan Le modèle de la conquête avait été proposé pour expliquer le processus de peuplement des hautes terres de Canaan par les Israélites. Peu d'historiens défendent encore cette thèse car elle ne rend pas compte la situation de Canaan au début de l'âge du fer.. Elle ne reflète pas le processus de peuplement des Israélites en Canaan. Contrairement à la guerre éclair décrite dans le Livre de Josué, l'archéologie montre que l'apparition des Israélites dans les monts de Judée et d'Ephraïm est un processus long et complexe. Il s'inscrit dans le cadre des bouleversements qui ont accompagné la fin du bronze récent au Proche-Orient. L'affaiblissement économique des cités cananéennes des plaines a probablement favorisé le développement des hautes terres et, avec lui, la formation de l'identité israélite. L'archéologie permet de tracer l'apparition des Israélites dans les hautes terres de Canaan au début de l'âge du fer. Entre l'âge du bronze et l'âge du fer, la culture matérielle des hautes terres présente une évolution complexe caractérisée par des ruptures et des continuités. Au , les hauts plateaux et les régions marginales du Néguev se distinguent des régions de la plaine côtière. Elles se distinguent aussi de la culture matérielle de l'âge du bronze récent. Les communautés qui s'y développent alors sont identifiées comme les communautés "proto-israélites" à l'origine des royaumes qui se structureront ensuite pendant l'âge du fer.. L'archéologie montre aussi une continuité de la culture matérielle aux alentours des , prouvant ainsi que les mêmes peuples vivaient en terre de Canaan avant et après l'époque ramesside, à la date supposée de l'Exode. Le futur Israël serait donc issu en partie de la population cananéenne autochtone, et non d'un peuple conquérant venu d’ÉgypteRömer, « Josué », dans , ..
L'expulsion des Hyksôs d'Égypte en direction de la Palestine a aussi été proposée comme la base des traditions relatives à l'Exode. Thomas Römer souligne que l'écart chronologique entre la fin du bronze moyen et l'émergence des Israélites au début de l'âge du fer est trop grand pour que cette hypothèse soit vraisemblable, même si le souvenir des Hyksôs a pu exercer une influence sur la construction du récit de l'Exode ..
Datation de la conquête au bronze moyen