Germain Muller, né le et mort le à Strasbourg (Bas-Rhin)Pierre Pflimlin, « Muller Germain Jean-Pierre », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace, Strasbourg, 1996, , ., est un auteur dramatique, acteur, homme politique, poète, chansonnier, humoriste et cofondateur du cabaret strasbourgeois « De Barabli ». Personnalité aux multiples facettes, il a contribué à façonner l’imaginaire de la région et figure aujourd'hui en bonne place au « Panthéon alsacien »Dostena Lavergne, « Germain Muller. Il leur a offert un « barabli » pour sortir.… », Le Panthéon alsacien. Ces hommes et ces femmes qui ont fait l’Alsace, Les Saisons d’Alsace, 52, juin 2012, ..

Biographie Enfance et formation Germain Jean-Pierre Muller est le fils de Louis Muller, inspecteur des Beaux-Arts, et d'Augustine Wilhelm. Le chanoine Eugène Muller est son oncleBernard Jenny, Germain, Do Bentzinger, Colmar, 1997 , .. Sa sœur cadette Simone, future comédienne, naît en 1927Malou Schneider (dir.), 42 johr Barabli : histoire d'un cabaret alsacien, Musées de la Ville de Strasbourg, Oberlin, Strasbourg, 1988 , .. Avec sa famille, le jeune Germain passe toute son enfance dans le quartier du ContadesMalou Schneider, « Germain Muller », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, , 1996, ., à proximité du parc du même nom. Il y fréquente l’école maternelle. Dans un poème mélancolique porté à la scène en 1946, Wo sinn mini Kumbel vum Contad ? (« Où sont mes copains du Contades ? »), il rendra hommage à ses anciens compagnons de jeux, dont plusieurs sont tombés à la guerre. D'r Contades MenschD'r Contades Mensch, TNS ., le spectacle monté et interprété par Bernard Freyd en 2000 au Théâtre national de Strasbourg (TNS), fait écho à cet attachement à son quartier.

En , Germain entre en à l'école Notre-Dame-des-Mineurs, mais redouble cette classe l’année suivante au lycée Kléber. L'année 1937 est pour lui riche en événements : il accompagne sa tante Marie à Paris et visite l'Exposition universelle ; il chante pour la première fois en public à l'occasion du baptême de sa cousine Christiane ; il fait sa communion solennelle en l’église Saint-Pierre-le-Jeune ; il entre au Conservatoire de Strasbourg dans la classe d’art dramatique de Daniel Michenot et y fait la connaissance de Raymond Vogel.

Sa famille paternelle étant originaire de Ranspach dans la vallée de Saint-Amarin, et celle de sa mère de Reichstett, il passe alternativement ses vacances dans l’une ou l’autre et s’imprègne très tôt des spécificités des Haut-Rhinois comme des Bas-Rhinois. C’est donc en connaissance de cause qu'il pourra par la suite mettre en scène les Alsaciens en général et faire rire à leurs dépens.

En 1938, il est renvoyé du lycée Kléber pour manque de travail et d'assiduité et entre au lycée Fustel-de-Coulanges, où il a comme camarade le mime MarceauGermain Muller rend hommage au Mime Marceau.

Au moment de l’exode, Strasbourg est évacué le et la famille Muller part pour Périgueux le B. Jenny, Germain, , .. Germain poursuit alors sa scolarité dans un lycée bordelais et ses cours d’art dramatique au Conservatoire de Bordeaux, dont il sort major. Après le retour de sa famille en Alsace, il entre en 1941 à la Theater Akademie de Karlsruhe. Il en sort diplômé l’année suivante et trouve un emploi de comédien et d'assistant metteur en scène à Würzburg.

Comme bon nombre d’Alsaciens de son âge à cette époque, il est incorporé de force dans la Wehrmacht à Ratisbonne (Bavière). En , il déserte et gagne la Suisse où il fait la connaissance du cabarettiste alémanique Alfred Rasser qui l’influence profondémentAdrien Finck et Maryse Staiber, Histoire de la littérature européenne d’Alsace : vingtième siècle, Presses universitaires de Strasbourg, Strasbourg, 2004 , .. En représailles à sa désertion, la famille Muller est brièvement arrêtée à son domicile et lui-même est condamné à mort par contumace par le Tribunal militaire de Strasbourg en .

En , c’est avec la sous les ordres du général de Lattre de Tassigny qu'il rentre à Strasbourg au même moment que ses amis André Bord et l’abbé Pierre BockelL’Alsace au temps des Malgré-nous..

Place de la famille La carrière de Germain Muller est indissociable de celle de sa femme, la comédienne Dinah Faust, qu’il épouse le . Le couple a deux fils, Patrice et Dominique, et une fille, BarbaraGermain Muller, « Dinah Faust », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d'Alsace, Strasbourg, , ..

Plusieurs autres membres de sa famille ont contribué au succès et à la longévité du Barabli. La mère de Germain Muller, Augustine, administre l’entreprise jusqu’à l’âge de . Sa cousine Rose-Marie Wilhelm qui participe déjà à la gestion et à l’organisation des revues, lui succèdeM. Schneider, 42 johr Barabli, , .. Sa sœur Simone, appelée à remplacer au pied levé une actrice souffrante lors de la répétition de la deuxième revue, Un wenn es katze räit, révèle son charme et son talent et participe dès lors à une douzaine de spectacles. Son beau-frère Richard Schall, un peintre formé à l'École des arts décoratifs, crée les décors jusqu’en 1960.

Les années Barabli

En , Raymond Vogel, directeur artistique de Radio-Strasbourg, et Germain Muller, alors rédacteur de presse au ministère de la Guerre« Cabaret Barabli » dans Agnès Acker (dir.), Encyclopédie de l'Alsace, , . créent ensemble la Société artistique et littéraire La Fontaine qui invite des artistes renommés comme Édith Piaf, Les Compagnons de la chanson ou Charles Trenet, de même qu'Alfred Rasser et son cabaret Cactus. En ils assurent la réouverture du théâtre municipal avec Le Barbier de Séville et se produisent avec Dinah Faust et Mario Hirlé dans une revue intitulée V'là l' printemps, présentée au Théâtre de l’Union (devenu par la suite le cinéma Ritz). Raymond et Germain animent en outre chaque soir le Cercle américain et assurent la programmation du night-club Le Monseigneur dans la rue du Fossé-des-Tanneurs. vignette|Germain Muller retrouve Jacques Martin à Strasbourg pour l’enregistrement en 1978 de La Belle Hélène sous la direction d’Alain Lombard dans laquelle il incarne le roi Ménélas, époux d’Hélène. Le , ils fondent un cabaret satirique bilingue alsacien, « De Barabli », dont le premier spectacle, Steckelburi schwingt, est présenté à l'Aubette. Germain Muller s'est expliqué sur l'origine du mot « Barabli » lors d'une émission télévisée de 1967Germain Muller et l'origine du mot Barabli, 6 mai 1967, en ligne sur le site de l'INA . Pendant la Première Guerre mondiale, les prisonniers alsaciens ou allemands n’avaient pas le même statut. Pour les distinguer, le chanoine Émile Wetterlé, ardent patriote, avait mis au point un test à sa façon. Il brandissait un parapluie en demandant : (), et les Alsaciens répondaient comme on dit en alsacien, alors que les Allemands disaient . C'est ainsi que le Barabli est devenu l’emblème de l’authenticité alsacienne.

En 1949, il écrit sa pièce majeure, (Enfin… n’en parlons plus !) qui retrace les événements traumatisants des cinq années de guerre de manière sensible et humoristique, si bien que beaucoup d’Alsaciens s'y sont alors reconnus.

Un passage d’une de ses chansons composée avec Mario Hirlé dit : ().

Jacques Martin, qui commence sa carrière à la télévision sous le pseudonyme de Ducerf à Télé-Strasbourg où il anime l’émission Pas très show, fait partie de la troupe du Barabli de 1959 à 1962. Par amitié pour Germain Muller, il participe à ce qui devait être le dernier spectacle du Barabli, lors du réveillon du Nouvel An 1989Dernier spectacle du Barabli sur le site de l’INA.. De fait, sous la pression du public, il y en aura encore un autre en 1992.

Radio, cinéma et télévision Dès l’enfance le jeune Germain aime se produire devant un auditoire, même familial. À l’adolescence il prend goût à la radio et participe à des crochets. En il anime sur Radio-Strasbourg sa première émission, L'Auberge de la chanson, à la Maison Rouge. À son retour en 1944 il reprend contact avec les services de la Radio et y présente d’abord les informations en langue françaiseB. Jenny, Germain, , .. Il rencontre là sa future épouse Dinah Faust, speakerine bilingue et comédienneGermain Muller, « Dinah Faust », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, , ., puis lance ses premières chansons mises en musique par Mario Hirlé, Heiliger Bim Bam, De Steckelburjer Swing, De Schweissdissi Boogie-woogie, dans une émission enregistrée à Truchtersheim le , qui rencontre un grand succès populaire. Le Germain Muller est lui-même l'invité de Jacques Chancel dans l'émission Radioscopie diffusée sur France Inter« Radioscopie de Jacques Chancel avec Germain Muller », Alsatica .. vignette|Germain Muller le 22 janvier 1980 à Strasbourg. Germain Muller ne fait qu’une seule incursion dans le cinéma de fiction, lorsqu’en 1963 il incarne un officier allemand dans un film d’évasion d’Alex Joffé, Les Culottes rouges, dont les interprètes principaux sont Bourvil et Laurent TerzieffIMDb ..

Il résiste d'abord à l’attrait du petit écran et lorsqu’en 1959 la Télévision bavaroise lui fait la proposition de diriger le service des variétés, il la déclineB. Jenny, Germain, , .. Au fil des années il fait cependant plusieurs apparitions dans des œuvres de fiction diffusées principalement sur les chaînes allemandes : il figure ainsi au générique du téléfilm musical Zwei KrawattenZwei Krawatten, IMDb . (1961) de Peter Hamel, interprète Aramis dans un autre téléfilm, Doddy und die MusketiereDoddy und die Musketiere, IMDb . (1964) d'Arthur Maria Rabenalt, puis Schultz dans une série télévisée franco-allemande, L'auberge de la LicorneL'auberge de la licorne, IMDb (1966), le professeur Arlini dans le téléfilm Orgel und RaketeOrgel und Rakete, IMDb . (1967) de Ferry Olsen, le conteur dans un téléfilm familial Saids SchicksaleSaids Schicksale, IMDb . (1969) de Peter Trabold. On le retrouve ensuite dans un téléfilm policier, GeheimagentenGeheimagenten, IMDb . (1972) de Eberhard Fechner, dans Streit um die Scheidungswaise GiselaStreit um die Scheidungswaise Gisela, IMDb . (1974), l’épisode 1 de la saison 1 de Wie würden sie entscheiden ? de Rainer Soehnlein, dans Kurze ReiseKurze Reise, IMDb . (1977), l’épisode 3 de la saison 1 de MS Franziska. Il incarne un joailler dans Das GeburtstageschenkDas Geburtstageschenk, IMDb . (1979), l'épisode 11 de la saison 1 de Parole Chicago de . Dans la très populaire série policière Tatort il est le commissaire Muller dans plusieurs épisodes : Tod eines Einbrechers (1975) de Rolf von Sydow ; Finderlohn (1977) de , 30 Liter Super (1979) de , Toten reisen nicht umsonst (1980) de . En 1981 il est l’un des interprètes du téléfilm policier français adapté d’un roman de Boileau-Narcejac, Histoire de voyous : opération primevère (1981)Histoire de voyous : opération primevère, IMDb .. Germain Muller anime et produit aussi des séries d’émissions régionales en dialecte, telles que Tiens… sie redde au elsaessisch, lancée le sur FR3 Alsace. Il y reçoit notamment l’entraîneur du Racing, Gilbert Gress (1977)Vidéo en ligne ., les écrivains René Ehni et Alfred KernEn ligne sur le site de l’INA . (1978), Pierre Pflimlin (1979), le joueur de tennis Jean-Paul Loth (1981)En ligne sur le site de l'INA . ou Marcel Rudloff (1982)En ligne sur le site de l’INA .. Dans Babbelwasser, il accueille Jean-Pierre Wurtz de l’Opéra du Rhin (1984)En ligne sur le site de l’INA .. Dans Heissi Ise, il s'entretient avec Tomi Ungerer (1987).

Acteur de la vie politique et culturelle À la Libération, les adhésions affluent au Parti communiste françaisJacques Fauvet, Alain Duhamel, Histoire du Parti communiste français – Vingt-cinq ans de drames, 1939-1965, Fayard, Paris, 1965, . et Germain Muller prend sa carte () au PCF dont il reste membre jusqu’en .