vignette|Bradley M2A3 en Irak en 2004.|alt=véhicule blindé à chenille roulant dans le désert en soulevant un panache de poussière vignette|Un Bradley de la National Guard tire un missile lors d’un exercice en 2018.|alt=plusieurs véhicule blindé côte à côte au crépuscule, l’un d’eux tire un missile qui éclaire la scène, tandis que les éclairs d’un orage illuminent les montagnes à l’arrière-plan Le (BFV) est le nom d'une famille de véhicules militaires blindés de combat conçue aux États-Unis par la FMC Corporation, comptant notamment le véhicule de combat d'infanterie M2 Bradley et le lance-roquettes multiple M270. Ces véhicules sont le résultat d’un long développement initié en 1963 et qui n’a pu aboutir qu’à l’extrême fin des années 1970, au terme d’un programme grevé par le manque de budget conjugué à l’indécision dans l’établissement des spécifications.

Outre le M2, qui a été amélioré à plusieurs reprises, et ses dérivés directs comme le M6, le châssis a également servi de base pour créer le M987. Ce dernier a été décliné à son tour en toute une gamme de véhicules de support, de l’artillerie à l’ambulance, bien qu’un certain nombre de ces engins soient restés à l’état de projet, faute de financement du fait de la fin de la guerre froide.

Conception Contexte Au cours de la Seconde Guerre mondiale un usage croissant est fait des véhicules de transport de troupes blindés, ou VTT, les plus emblématiques étant le M3 Half-track utilisé par les Alliés et les Sd.Kfz. 250 et 251 des Allemands. Ces VTT sont conçus pour amener l’infanterie sous une protection relative jusqu’au champ de bataille, où les troupes descendent des véhicules pour combattre à pied. Cette doctrine persiste dans l’immédiat après-guerre et jusqu’à la fin des années cinquante, le seul changement notable étant le passage de véhicules semi-chenillés et ouverts à des véhicules totalement chenillés et fermés, comme les M75, M59 et M113 américains, le FV.432 britannique ou encore le HS.30 allemand. Cependant, au début des années soixante, la nature de la guerre change, avec l’introduction d’une doctrine basée sur l’emploi massif d’armes nucléaires tactiques, rendant le principe du VTT obsolète. Il n’est alors plus envisageable d’envoyer l’infanterie combattre à pied sur un champ de bataille contaminé par les radiations. L’Armée rouge et la Bundeswehr sont les premières à développer des véhicules répondant à ce problème en permettant à l’infanterie de combattre depuis l’intérieur du véhicule : le BMP-1 et le Marder. Ils sont par conséquent appelés des véhicules de combat d’infanterie, ou VCI.

Les débuts difficiles du programme MICV vignette|Le XM701 de la Pacific Car and Foundry.|alt=photo en noir et blanc montrant un véhicule blindé à chenille vue de trois quart-avant Les États-Unis s’engagent sur le même chemin à partir de 1963 : le développement conjoint avec l’Allemagne d’un nouveau char de combat principal, le MBT-70, nécessite en effet de remplacer en même temps le M113, qui est incapable de suivre le nouveau véhicule. Le projet de VCI est nommé MICV-70, , la mise en production d’un véhicule si avancé n’étant pas espérée avant cette date. L’état-major ne souhaitant pas attendre aussi longtemps un remplaçant du M113, un appel d'offres est lancé en pour fournir un VCI à plus court terme, le MICV-65.

La proposition retenue en juin de la même année est le XM701 de l’entreprise Pacific Car and Foundry, mais le projet ne dépasse pas les essais et est abandonné en 1966. La raison invoquée est la masse trop importante et la faible vitesse de l’engin, bien que le manque de financement dû au coût de la guerre du Viêt Nam ait probablement joué un rôle important dans cette décision. Paradoxalement, cette même guerre montre rapidement les limites du M113, qui est utilisé dans un rôle plus offensif que ce pour quoi il a été conçu et subit par conséquent de lourdes pertes. Dans le même temps, au cours des années 1960, les Russes équipent massivement leur armée en BMP-1 et BTR-60, qui peuvent tous détruire le M113, alors que l’inverse n’est pas vrai ; le dossier du MICV est donc rouvert dès 1968 pour permettre à l’United States Army de rattraper son retard. vignette|Le XM765 de la FMC Corporation.|alt=photographie en noir et blanc montrant en contre-plongée et de trois-quart avant un véhicule blindé à chenille avec une mitrailleuse sur le toit

Un premier contrat est attribué à FMC Corporation afin de créer sur la base du M113A1 un nouveau véhicule, qui prend le nom de XM765. Le but de l’opération n’est pas vraiment de concevoir le prochain VCI de l’, mais plutôt d’expérimenter le concept de combat d’infanterie depuis un véhicule. L’arrière de la caisse du M113A1 est coupé à mi-hauteur afin de remplacer la paroi verticale par une paroi inclinée, dans laquelle s’ouvre quatre fentes de tir, le blindage est augmenté et la mitrailleuse remplacée par un canon M139 de calibre . Les premiers tests ne sont pas entièrement satisfaisants, le véhicule étant bien trop lourd pour le châssis du M113, ce qui nécessite de retourner au blindage et à l’armement d’origine. À partir de l’expérience acquise sur le XM765, FMC développe sur ses fonds propres le puis l’AIFV, qui est acheté par les Pays-Bas. L’AIFV est toutefois rejeté par l’armée américaine, l’engin ayant été jugé trop légèrement blindé et trop lent par rapport au M1 Abrams, alors en développement.

Toutefois, la seule autre perspective envisageable étant l’achat de Marder ouest-allemands, FMC se voit finalement attribuer en un contrat pour le développement d’un VCI sur la base du XM765, mais dont les faiblesses doivent être corrigées. Le cahier des charges exige un véhicule pouvant atteindre et résister à des projectiles d’un calibre minimal de , tout en étant doté d’au moins un canon de calibre en tourelle. Ces exigences imposent à FMC de changer en profondeur ses plans : bien que le XM723 ait l’air d’une version agrandie de l’AIFV, ses composants sont différents, provenant majoritairement du LVPT-7 AMTRAC au lieu du M113. Un premier prototype est livré en 1974, puis trois autres en 1975. vignette|Le XM723|alt=photographie en noir et blanc montrant de dessus et légèrement de profil un véhicule blindé à chenilles avec une tourelle

L’abandon pour raisons budgétaires en du projet ARSV, qui visait à développer un nouveau véhicule de reconnaissance pour les troupes de cavalerie et auquel FMC avait participé avec son XM800-T, complique le programme du MICV. En effet, l’idée de fusionner les deux projets émerge dès le début de l’année 1975, mais l’écart entre leurs exigences respectives aurait nécessité de repenser en profondeur le XM723, en particulier la tourelle. Pendant un an le projet ne progresse donc guère, l’armée restant indécise quant aux spécifications les plus adaptées. L’achat de véhicules à l’étranger est à nouveau étudié, mais les deux véhicules examinés, le Marder ouest-allemand et l’AMX-10 français, ne donnent pas entièrement satisfaction. Parallèlement, la possibilité de développer un transport de troupes sur la base d’un châssis de char est également étudiée, mais finalement rejetée en raison du coût d’achat et de maintenance, ainsi que des difficultés logistiques générées par un véhicule lourd. Finalement, les spécifications sont arrêtées en : la base du XM723 doit être reprise, mais adaptée aux exigences de la cavalerie, avec une tourelle pour deux personnes, dénommée TBAT-II, une capacité antichar par le biais de missiles TOW et une capacité amphibie.

Du MICV au Bradley vignette|Schéma du blindage du Bradley avec les différents alliage d'aluminium employés. alt=véhicule blindé de couleur sable vu de profil dans un parc arboré|vignette|Le M2 dans sa première version. Exemplaire conservé au United States Army Ordnance Training and Heritage Center. FMC commence par construire la maquette d’un premier véhicule, le MICV TBAT-II, décliné en deux versions, une pour l’infanterie et une pour la cavalerie. Les deux sont virtuellement identiques, la principale différence étant la suppression des fentes de tir du compartiment arrière sur le véhicule de cavalerie. Le programme est rebaptisé en : la plateforme prend le nom de FVS, pour , et les modèles sont nommés XM2 IFV, pour le véhicule de combat d’infanterie et XM3 CFV pour celui de la cavalerie. Le mois suivant, une troisième version est ajoutée : le , une sous-famille de véhicules utilisant le même châssis et dont le principal représentant doit être un lance-roquettes multiples, futur MLRS. Le développement se passe sans problèmes majeurs, exception faite de la transmission, et FMC peut livrer huit prototypes pour évaluation entre et . Là encore, aucun problème particulier ne se fait jour et l’autorisation de production est donnée en . Le M2 IFV reçoit alors le nom de Bradley en hommage au général Omar Bradley, le M3 CFV, quant à lui, aurait dû prendre le nom du général Jacob Devers, mais est finalement également appelé Bradley, du fait du peu de différences entre le M2 et le M3 ; la plateforme reçoit le nom collectif de BFV, pour .

Le plan de commande initial est de cent véhicules en 1980, dont soixante-quinze M2 et vingt-cinq M3, puis quatre cents en 1981 ; à partir de là six cents véhicules doivent être livrés tous les ans, pour se terminer avec six cent quatre-vingts exemplaires en 1985. Les troupes commencent à recevoir les Bradley à partir de 1982 et donnent des retours globalement positifs : bien que des officiers supérieurs critiquent le fait que l’adoption du Bradley nécessite de réduire la taille du groupe de combat standard de onze à neuf hommes, les soldats de leur côté apprécient grandement la présence des missiles TOW, qui réduisent grandement leur vulnérabilité en cas de rencontre fortuite avec un char. En dépit de ces retours positifs de la part des militaires, les Bradley sont victimes à partir de 1983 d’une campagne de dénigrement de la part des médias, qui le qualifient notamment de « crématorium », sur la base d’une supposée tendance du véhicule à prendre feu lorsqu’il est touché par des projectiles à charge creuse. centré|vignette|550x550px|Chronologie du développement et de la production du système Bradley de 1960 à 1995.|alt=frise chronologique avec différents jalons

Évolutions alt=photographie montrant de profil un véhicule blindé peint en camouflage vert, noir et marron et chargé de sacs|vignette|Le Bradley dans sa version A2. Les études pour améliorer le Bradley débutent avant même la fin de la phase de production initiale : en 1984, FMC commence à convertir à des fins expérimentales plusieurs Bradley, sous les noms M2E1 et M3E1. Le point le plus important de cette évolution est le passage du missile TOW au TOW-2, dont les capacités antichars sont nettement améliorées. Ces modifications sont acceptées et introduites à partir de 1986, les Bradley prenant la désignation M2A1 pour le véhicule de combat d’infanterie et M3A1 pour celui de cavalerie. Des inquiétudes ayant été émises très tôt sur l’efficacité du blindage, du fait de la généralisation du canon de calibre sur les véhicules de l’arsenal soviétique, un programme de développement sur ce sujet, appelé HSV pour , est lancé en 1984 et donne naissance aux versions A2 en 1988. Le passage à la version A2 a sur le M2 des conséquences considérablement plus importantes que celui à la version A1 quelques années plus tôt, en entraînant la suppression de toutes les fentes de tir latérales, seules celles de la porte arrière étant conservées. Outre l’amélioration du blindage mécanique, cette version permet également de monter des briques de blindage réactif en cas de besoin, bien qu’il faille attendre dix ans pour qu’une brique adaptée soit conçue.