vignette|upright|La marquise Marie-Thérèse de La Ferté-Imbault par Nattier (1740). vignette|Le château, les pavillons, les communs et la ferme. vignette|Le domaine vu depuis la partie orientale, avec les façades Renaissance du château. vignette|Sceau de Geoffroy de Brabant, seigneur de Vierzon. Le château de La Ferté-Imbault (Loir-et-Cher), ancienne forteresse du Moyen Âge reconstruite à la Renaissance, est le plus grand château en briques de Sologne, et l'un des plus anciens.

Il fut le siège de l'illustre famille d'Estampes pendant quatre siècles.

La seigneurie de La Ferté-Imbault était la plus importante du sud de la Sologne, et dont le ressort comprenait les paroisses de Salbris, Saint-Genou (devenue Selles-Saint-Denis), Marcilly, Loreux et Souesmes. Il s'agissait d'une terre considérable composée de plus de cent fermes couvrant des dizaines de milliers d'hectares, et qui s'étendait de Loreux à Souesmes et de Saint-Viâtre jusqu'aux limites de Theillay.

Le château est une importante (François Coillard). (Louis de La Saussaye). vignette|upright|Façade principale.

Histoire

Moyen Âge Une première forteresse a été construite vers 980 par Humbold (ou Humbault, Imbault) Le Tortu, seigneur de Vierzon, donné par la tradition comme gendre de Thibault, comte de Blois. La proximité de la Sauldre alimente les douves. Les bases des deux tours principales subsistent à ce jour ainsi que l'ancienne salle d'armes. Hervé , seigneur de Vierzon et descendant d'Humbold fait édifier à son retour de croisade, une collégiale en l'honneur de . Cette présence ecclésiastique et la nécessité d'approvisionner la forteresse favorisent l'émergence du village de la Ferté-Imbault qui se construit autour.

En 1280 Jeanne de Vierzon, héritière des terres de La Ferté-Imbault, épouse Geoffroy de Brabant, seigneur d'Aerschot, fils du duc Henri III de Brabant et d'Adélaïde de Bourgogne. Geoffroy de Brabant était le beau-frère du roi de France, Philippe III le Hardi, étant le frère de la reine Marie de Brabant. Le compositeur Richard Wagner retrace la légende de Geoffroy de Brabant dans l'opéra Lohengrin. La fille de Geoffroy de Brabant, Alix de Brabant, épouse Jean III d'Harcourt en 1302. Son mariage avec Alix de Brabant, riche héritière qui lui apporte la seigneurie de La Ferté-Imbault, fait donc de Jean d'Harcourt un proche parent des ducs de Brabant et des rois de France, puisque Alix est la nièce de la reine de France, Marie de Brabant.

Le fils de Jean III d'Harcourt et d'Alix de Brabant, Jean IV, premier comte d'Harcourt, épouse Isabeau, fille de Jean de Parthenay, dame de Vibraye, Montfort et Bonnétable. Leurs fils cadet Guillaume d'Harcourt est seigneur de La Ferté-Imbault. De son mariage avec Blanche de Bray, dame de Cernon (famille normande du Cotentin), fille du Chevalier Guillaume de Bray, il eut une fille, Jeanne d'Harcourt, dame de La Ferté-Imbault, qui épouse Hugues de Montmorency, sire de Beaussault et de Breteuil (branche cadette des Montmorency issue d'Erard, fils cadet de Mathieu III). Leurs fils, Louis et Antoine, décèdent à la bataille d'Azincourt en 1415 pour le premier et à celle de Verneuil en 1424 pour le second. Leur sœur, Catherine de Montmorency, hérite des terres de La Ferté-Imbault après la mort de ses deux frères.

Lors de la guerre de Cent Ans, le château fort, ainsi que le village, est pris et détruit. Après avoir appartenu sans discontinuer pendant plusieurs siècles à la dynastie de Humbold Le Tortu, seigneur de Vierzon, par l'alliance des familles de Brabant, d'Harcourt et de Montmorency, le domaine est finalement cédé par Catherine de Montmorency à Robert II d'Estampes, seigneur de Valençay, en 1424.

Temps modernes Le château est reconstruit à la Renaissance.

Partiellement détruit par un incendie lors des guerres de religion en 1562, le château est reconstruit et agrandi (par l'addition de deux ailes et de grands communs) au début du par le maréchal Jacques d'Estampes, marquis de Mauny, qui est le plus riche propriétaire de la région, et le petit-fils de Guillaume de Hautemer, duc de Grancey, pair de France, plus connu sous le nom de Maréchal de Fervaques (Stendhal utilisera ce nom pour l'un des personnages du Rouge et le Noir, la Maréchale de Fervaques).

Jacques d'Estampes, chef de nom et d'armes de la Maison d'Estampes, sera également le premier marquis de La Ferté-Imbault. Son fils aîné est seigneur de Salbris. Né sous le règne d'Henri IV, qui honorera son grand-père de son amitié, le marquis de La Ferté-Imbault s'éteindra sous le règne de Louis XIV, après avoir combattu aux côtés de Louis XIII (dont le buste orne toujours l'ancien pavillon du corps de garde du château). Il fut notamment ambassadeur en Angleterre (1641-1643), lieutenant-général de l'Orléanais, du Vendômois et du Dunois (1645), et maréchal de France (1651). Louis XIV le fait chevalier de l'ordre du Saint-Esprit (1661). Et c'est en qualité de lieutenant de la compagnie des Gendarmes du duc d'Orléans (en 1620) qu'il fait construire des immenses communs au château de La Ferté-Imbault pour accueillir sa compagnie. Son épouse, Catherine-Blanche de Choiseul (dont les parrains sont le Grand Sully et le prince de Rohan, et dont le père est le maréchal Charles de Choiseul, marquis de Praslin, conseiller de Marie de Médicis, l'un des hommes les plus remarquables de la fin du ), sera première dame d'honneur de la duchesse d'Orléans. Les cœurs du Maréchal et de son épouse reposent toujours à La Ferté-Imbault, dans la chapelle Saint-Taurin, sous une épitaphe. Le portrait en pied du maréchal d'Estampes de La Ferté-Imbault fut réalisé, en 1835, par Jean-Léonard Lugardon sur commande du roi Louis-Philippe. Il se trouve dans la sixième salle des Maréchaux, au musée historique du château de Versailles.

Au , le Régent qui gouverne la France depuis la mort de Louis XIV, débaptise le régiment de Chartres-Infanterie pour lui donner le nom de régiment de La Ferté-Imbault.

La dernière marquise de La Ferté-ImbaultMarie-Thérèse de La Ferté-Imbault fut Marie-Thérèse Geoffrin d'Estampes (1715-1791), femme en 1733 du jeune Philippe-Charles d'Estampes de La Ferté (1712-1737), et fille de l'illustre Madame Geoffrin dont le salon littéraire de la rue Saint-Honoré rayonnait dans toute l'Europe et jusqu'en Russie où l'Impératrice Catherine II lui écrivait en amie. La marquise, dont le tableau par Nattier est exposé à Tokyo au Fuji Art Museum, appréciera au château "la fraîcheur des grands marronniers qui étendent leurs ombrages à l’extrémité des communs". Sa présence est toutefois mandée à Versailles, où sur les recommandations de la gouvernante des enfants de France, la comtesse de Marsan, Louis XV lui demande d'enseigner la philosophie à ses petites-filles, les princesses Elisabeth et Clotilde de France (sœurs du duc de Berry, futur Louis XVI). Elle fournit également à Madame de Marsan des textes pour les petites comédies jouées par les princesses auxquelles le dauphin et la dauphine (Marie-Antoinette) assistent. Madame de La Ferté-Imbault sera invitée au sacre de Louis XVI à Reims le . Intelligente, femme de lettres ayant régulièrement fréquenté dans le salon de sa mère la plupart des grands esprits des Lumières (Diderot, Voltaire, Fontenelle, Montesquieu qui fut son précepteur, d'Alembert...), et ne s'étant jamais remariée malgré son jeune veuvage (et plusieurs demandes en mariage dont celle de Stanislas Leszczynski, roi de Pologne et père de la reine de France Marie Leszczynska, qui l'appelle "son Imbault"), la marquise de La Ferté-Imbault est reconnue pour sa culture et ses qualités morales. Reine du "Sublime Ordre des Lanturelus", confrérie de beaux esprits, elle sait résister aux intrigues de la Cour, et s'attacher l'amitié de la famille royale (dont Madame Elisabeth qui lui écrit " Il faut aimer, disait une princesse. Je vais plus loin, car je vous aime, Imbault, et je défie et critique et rivaux, de trouver rien à dire à ma tendresse", et Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, qui l'entraîne à Chantilly et cherchera toujours auprès d'elle des conseils, des secours et des consolations), de courtisans et de favorites comme la marquise de Pompadour qui fut son amie.

Cependant, en 1748, madame de La Ferté (Marie-Thérèse Geoffrin) avait cédé le domaine, avec Salbris, à sa belle-sœur Sophie d’Estampes (née en -† en ; sœur de Philippe-Charles) pour qu’elle puisse épouser Alexis-Bernard Le Conte de Nonant marquis de Piercourt (1711-1783), président au Parlement de Normandie : Parents d'Adélaïde-Marie-Thérèse Leconte de Nonant (1763-† guillotinée le ), femme de François-Bernard-Raymond de Narbonne-Pelet (1761-1788 ; Postérité, dont les d'Albert, ducs de Luynes et de Chevreuse) ; puis en , le marquis de Piercourt achète Nouan-le-Fuzelier et Burtin à Louis-Philippe-Thibault de La Carte de Sennecterre de La Ferté, et rachète le La Ferté-Imbault et Salbris à sa propre fille Adélaïde pour 328 000 livres (de manière contestable : Adélaïde n'avait que 17 ans, quel libre arbitre pouvait-elle avoir face à son père et tuteur ? ; en fait Piercourt, sous l'influence de la marâtre d'Adélaïde, sa femme Cécile-Jeanne Blanchebarbe de Grandbourg épousée en et † en , voulait transmettre le domaine à leur fils Abel-Alexis Leconte).

Époque contemporaine Mais la Révolution entraînera la chute de la maison d'Estampes et la perte d'influence du château de La Ferté-Imbault. Le village qui l'entoure est alors rattaché à la commune voisine de Selles-Saint-Denis et n'est plus chef de son administration. Les deux ailes du château seront détruites. Le nouveau marquis de Pierrecourt, Abel-Alexis-François Le Conte de Nonant (1769-1828 ; demi-frère d'Adélaïde Leconte car issu des deuxièmes noces d'Alexis-Bernard Leconte avec Cécile Blanchebarbe ; marié dès 1785 avec Catherine-Antoinette-Marie-Joséphine de Rothe, dont postérité ; sa sœur germaine Cécile-Rose Leconte, née en 1767, épouse leur cousin Joseph-Antoine Le Conte de Nonant de Raray qui se suicidera d'un coup de fusil dans le parc du château le 27 novembre 1793), propriétaire du château et ci-devant seigneur en succession de leur père, est emprisonné en 1794 pendant la Terreur, ses terres étant alors placés sous séquestre national ; mais il est vite libéré et rentre dans ses biens. Il vend le domaine en au colonel-comte de Belmont (1770-1814). La veuve de ce dernier, Clémentine de Choiseul-Gouffier, le vend en 1819 à la comtesse de Grandeffe, Marie-Louise de Poix (1771-1851), contre 356 000 francs, puis cette dernière le cède à William Lee (1775-1853) pour 510 000 francs dès 1824. vignette|upright|Le maréchal d'Estampes.