Georges-Emmanuel Clancier est un écrivain et poète français, né le à Limoges et mort le à Paris.
Biographie 1914-1932 vignette|upright|La tour de Châlus, à droite la maison des grands-parents paternels de Georges-Emmanuel Clancier « Enfant double »L'Enfant double est le titre du premier volume de l'autobiographie que publie Clancier en 1984., Georges-Emmanuel Clancier naît dans une famille issue, du côté maternel, d'ouvriers porcelainiers de Saint-Yrieix et, côté paternel, d'artisans de Châlus. « Les deux pôles de la famille sont étonnamment contrastés : du côté de Saint-Yrieix, le pôle lumineux. Du côté de Châlus, le pôle ténébreux »Jeanne-Marie Baude, Georges-Emmanuel Clancier, de la terre natale aux terres d'écriture, 2001, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2001, p. 21.
Le premier est celui de sa mère, Élise, et de sa grand-mère, Marie-Louise Reix, dite Louise, née en 1873, louée comme bergère à sept ans, qui aime raconter les souvenirs heureux de son enfance mais aussi les épisodes tragiques de la misère dans laquelle elle avait vécu. Découvrant en 1921 qu'elle est analphabète, Georges-Emmanuel Clancier lui apprendra à lireJeanne-Marie Baude, Georges-Emmanuel Clancier, de la terre natale aux terres d'écriture, 2001, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2001, p. 22. C'est l'arrière-grand-père de l'écrivain, Jean Maignier, qui, renvoyé par le maître de sa métairie pour avoir refusé de faire un faux témoignage, s'était installé à Limoges pour y travailler comme aide-enfourneur dans une manufacture de porcelaine, emploi qui devait en quelques années lui brûler les poumonsLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 42. Marie-Louise Reix et son mari Jules, qui représente pour son petit-fils le modèle de la dignité ouvrière, habitent la maison de gardien de la chocolaterie Daccord. À la mort de Jules Reix Georges-Emmanuel Clancier apprendra que son véritable grand-père avait été joueur de violon dans les balsJeanne-Marie Baude, Georges-Emmanuel Clancier, de la terre natale aux terres d'écriture, 2001, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2001, p. 23.
Châlus est le pays de Pierre Clancier, père de l'écrivain, et d'Emmanuel, son grand-père paternel, sabotier, et sa femme Marie, inquiétante, dévote et soupçonneuse, dont la maison se trouve au pied de la tour sous laquelle des souterrains cacheraient un trésor d'or - venu le chercher Richard Cœur de Lion y mourut d'une flèche empoisonné. Pierre Clancier, après avoir fréquenté à Limoges une école de commerce, est devenu comptable puis, après la guerre qui lui a fait perdre son emploi, représentant de commerceJeanne-Marie Baude, Georges-Emmanuel Clancier, de la terre natale aux terres d'écriture, 2001, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2001, p. 20.
Boursier de la République, Georges-Emmanuel Clancier est scolarisé au lycée Gay-Lussac de Limoges de 1919 à 1931. En classe de première, il découvre grâce à un jeune professeur, Jean Le Bail, la poésie de Nerval, de Baudelaire, de Rimbaud et des symbolistes. L'année suivante, le philosophe Jean Hyppolite, lors d'un bref remplacement, lui révèle complémentairement les œuvres de Proust, Mallarmé, Valéry. Les études de Georges-Emmanuel Clancier sont alors interrompues par la maladie, la tuberculose, et cinq annéesLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 15 d'un lourd traitement qui le jette en solitudeLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 15 ; « la tuberculose faisait de nous, si j'ose dire, des pestiférés aux yeux des bien-portants, en particulier des familles, soucieuses qu'elles se montraient d'éviter à leur progéniture toutes relations avec de malheureux tubards. Et cela nous incitait à ne pas révéler notre secret », se souvient Clancier (Le Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 102. Avec l'accord de son médecin son père lui confie alors la tâche de recueillir chaque matin les commandes de ses clients, notamment en produits laitiers, ce qui lui permet de s'assurer un gagne-painJeanne-Marie Baude, Georges-Emmanuel Clancier, de la terre natale aux terres d'écriture, 2001, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2001, p. 27.
1933-1938 vignette|upright|Premier recueil de poèmes de G.-E. Clancier, écrits avant 1939, publiés en 1943. Durant ses années de maladie Georges-Emmanuel Clancier poursuit et multiplie ses lecturesLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 16, des poètes, de Nerval, Baudelaire, Verlaine à Valéry ou Claudel, des romanciers, de Balzac, Stendhal, Romain Rolland, Gide, Proust, Giraudoux, Thomas Mann, Malraux, Louis Guilloux, Jean Blanzat, mais aussi des revues, Marianne, Vendredi, Esprit, Les Cahiers du SudJeanne-Marie Baude, Georges-Emmanuel Clancier, de la terre natale aux terres d'écriture, 2001, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2001, p. 27-28.
Dès 1931 il a commencé d'écrire des poèmes, qui lui apparaissent bientôt comme « des pastiches inconscients », ce qui l'engage à renoncerLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 18. Son traitement terminé il en revient à l'écriture poétiqueNotamment dans Les Visages sauvés, dédié « à la mémoire du peintre espagnol Modesto Cadenas, fusillé », dont il a en 1937 acheté, sur plusieurs mois, une toile dans une galerie et rencontré à cette occasion la jeune veuve (Le Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p; 11-15 et 21). Le poème sera publié dans Marianne.. En 1936 Raymond d'Étiveaud, qui tient une chronique à Radio-Limoges et à qui il envoie ses textes, les publie dans la revue locale qu'il anime et transmet ses poèmes à Jean Cassou, directeur de la revue EuropeMichel-Georges Bernard, Georges-Emmanuel Clancier, Paris, Poètes d'aujourd'hui, Seghers, 1967,p.6 ; Le Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 20, qui les recommande lui-même aux Cahiers de Sud« Souvenirs en revues », entretien réalisé en 2007 par Jean-Paul Louis-Lambert dans La Revue des revues , Ent'revues, 2011, . : les poèmes y sont publiés en 1937, un autre en dans Marianne. Clancier rencontre alors à Paris Gaston Diehl, responsable du journal, chez Gallimard Jean Paulhan et Marcel Arland, dans sa librairie José Corti. À Limoges, il participe aux activités des Amis de la culture, association littéraire, artistique et antifasciste, qui invite des écrivains, notamment Eugène Dabit en 1936, Aragon et Jean BlanzatLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 32 et 55-69 et se lie avec le romancier Robert Margerit, alors journaliste au Populaire du Centre. En 1937 Raymond d'Étiveaud le recommande pour le poste de secrétaire général de l'équipe chargée de préparer la participation de la région Limousin-Quercy-Périgord à l'Exposition universelle de Paris. Clancier rencontre à cette occasion à Paris le romancier Jean Blanzat et en Jean Ballard, directeur des Cahiers de Sud.
Après une longue nouvelle, La Couleuvre du dimanche, éditée en à Nice par la revue MediterraneaLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 83, Georges-Emmanuel Clancier achève d'écrire en 1938 son premier roman, Quadrille sur la tour. Paulhan ayant conservé le manuscrit, Drieu La Rochelle souhaitera le publier en 1941 mais l'auteur, « membre du Comité de direction de la revue Fontaine qui combat l'esprit de collaboration de Drieu, confiera le manuscrit à Max-Pol Fouchet et le livre paraîtra à Alger, chez Charlot, en ». Avant 1940 Clancier compose deux autres romans, La Couronne de vie, inspirée par ses années de lutte contre la maladie et terminée à l'automne 1938Le Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 137 et Secours au spectateur, commencé pendant l'été 1939Le Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 137 et 143.
1939-1944 En 1939, le , Georges-Emmanuel Clancier épouse Yvonne Marie Anne Gravelat, étudiante en médecine née à Limoges en 1913, qu'il a rencontrée en 1935. Elle deviendra psychanalyste sous le nom d'Anne Clancier. Sa femme désirant préparer le concours d'internat des hôpitaux psychiatriques, le couple s'installe en à Paris, dans le même immeuble que Gabriel Audisio, qui collabore aux Cahiers de Sud et avec qui le poète se lie d'amitiéLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 117-119. Clancier rencontre également Guy Lévis Mano qui souhaite publier en 1940, avec un frontispice de Lucien Coutaud, son recueil Les Visages sauvés dont il lui a adressé le manuscrit sur le conseil de Jean Cassou. Il collabore par ailleurs à la revue Les Nouvelles Lettres, que dirige Jean Le Louët. D'autres poèmes, transmis par Lucien Coutaud, doivent paraître dans la revue L'Usage de la parole fondée par Paul Éluard et Georges HugnetLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 136. Clancier obtient la même année la deuxième partie du baccalauréat qu'il a préparée sur les conseils de sa femme, avant d'être réformé compte tenu de sa mauvaise santé.
Le couple regagne alors Limoges, habite d'abord chez Robert Margerit à Thias puis à Saint-Junien, Anne Clancier exerçant comme médecin généraliste, bientôt médecin du bureau de bienfaisance, et enquêtant parallèlement pour sa thèse sur « les superstitions, les rituels de magie ou de sorcellerie, les saints guérisseurs, les bonnes fontaines »Le Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 141 de la région. Georges-Emmanuel Clancier poursuit alors des études de philosophie à la faculté des lettres de Poitiers puis, lorsque Poitiers passe en zone occupée, de Toulouse où il suit les cours de Vladimir Jankélévitch et rencontre Françoise d'EaubonneLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 208-209. Son père lui trouve ensuite un poste de secrétaire régional du Comité d'organisation des commerces d'alimentationJeanne-Marie Baude, Georges-Emmanuel Clancier, de la terre natale aux terres d'écriture, 2001, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2001, p. 32. Il fait la connaissance à Bordeaux de Jean Cayrol et, sur le conseil de Jean Ballard, de Joë Bousquet en Lors de sa première visite à Joë Bousquet sont également présent Elsa Triolet, Louis Aragon, Henri Michaux et Julien Benda (Le Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 175). à qui il rend régulièrement visite à Carcassonne tandis qu'il suit les cours de l'université de Toulouse. Il rencontre également à Limoges même le poète Luc Estang. Dans leur appartement Georges-Emmanuel Clancier fonde avec Anne un théâtre de chambre qui présente une pièce de Georges Hugnet, La Justice des oiseaux et pour lequel il écrit une fable en un acte, L'Homme qui prenait le ventLe Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 217-219. Cet intérêt pour le théâtre l'incite à assister aux spectacles de Maurice Jacquemont dont il fait la connaissance et à écrire quelques années plus tard une pièce dramatique, L'Enfant de neige« Ce furent, sans doute, ma fréquentation du théâtre des Quatre-Saisons, les propos que Maurice Jacquemont me tenait sur telle ou telle pièce ou sur son métier de comédien et de metteur en scène qui m'incitèrent à tirer de la légende une pièce dramatique », Le Temps d'apprendre à vivre, Mémoires 1935-1947, Paris, Albin Michel, 2016, p. 265 et 268-276..
vignette|upright|Max-Pol Fouchet en 1948