Les invasions mongoles en Syrie sont une série de raids et de tentatives d'invasions lancés par les Mongols contre la Syrie à partir des années 1240. La plupart se soldent par des échecs, mais entre 1260 et 1300, ils réussissent à prendre coup sur coup les villes d'Alep et Damas. Finalement, ils sont obligés d'évacuer la région, devant faire face à la fois à une défaite cuisante face aux Mamelouks et à une guerre civile qui éclate pour régler la succession du Khan Möngke.

Première invasion En 1244, l'armée mongole, commandée par Yisaur, attaque la Syrie. Les raisons de cette attaque ne sont pas claires, mais il s'agit peut-être de représailles parce que les Syriens se sont battus aux côtés du sultanat seldjoukide de Roum lors de la bataille de Köse DağD. S. Benson The Mongol campaigns in Asia, . Toujours est-il qu'à l'automne 1244, Yisaur concentre les forces mongoles dans la haute vallée du Tigre et prend le contrôle de la province kurde d'Akhlat. Sur le chemin qui mène à la Syrie, l'armée mongole ne rencontre aucune résistance et ravage la zone en cours de route. Les Mongols ne prennent aucune des villes fortifiées présentes sur leur trajet, car ils n'ont pas le matériel de siège nécessaire.

Yisaur traverse l'Euphrate en passant par le territoire de la ville d'Urfa, puis il marche directement sur Alep. Il n'arrive pas à atteindre cette ville et doit s'arrêter à Hailan, à cause de problèmes liés au climat. Yisaur envoie une ambassade à Alep pour exiger la soumission de la ville et le paiement d'un tribut, que Malik, le maître d'Alep, accepte de payer. La même demande est envoyée à Bohémond d'Antioche, qui choisit également de ne pas combattre les Mongols et de leur verser un tributJeremiah Curtin The Mongols: A history, .

Après ces victoires diplomatiques, Yisaur se retire avec ses troupes dans la vallée de l'Euphrate, où il reçoit la soumission de Malatia. En Égypte, le Sultan Saleeh se contente de prendre acte des résultats de l'expédition d'Yisaur et ne tente pas de lever une armée pour attaquer les Mongols qui ont envahi ses territoires en Syrie.

En 1251, le Sultan Nasir décide de consolider la paix avec les Mongols en envoyant des représentants en Mongolie pour l'élection de Möngke comme grand Khan et accepte de faire de la Syrie un État vassal de l'Empire mongol.

Invasion de 1260

Chute des Abassides En 1251, Mongkë demande à son plus jeune frère Hülegû de poursuivre les campagnes précédentes menées par Djotchi et Subötaï sous les ordres de Gengis Khan. L'objectif est de pousser davantage à l'ouest. Mongke ordonne qu'un guerrier sur dix s'enrole dans l'armée d'Hulegu, le mettant à la tête d'une armée de 300.000 combattants.

La campagne débute en 1256 et Hülegû prend pour première cible l'est de l'Iran et soumet les Nizârites, les Lors et les Kurdes. À l'ouest de ces territoires, le Califat abbasside a perdu le qualificatif d'allié des mongols en refusant la soumission formelle à Hulegu et de les assiter dans les précédentes conquêtes. En conséquence, l'armée mongole entre en Irak durant l'hiver 1257 et achève la destruction de Bagdad en 1258 en moins de 15 jours. Après cette victoire, l'armée mongole se replie brièvement en Azerbaïdjan et passe l'hiver dans le Mughan. Les préparatifs de la campagne suivante visent la dynastie Ayyoubide repliée dans les territoires syriens depuis la perte de contrôle de l'Égypte au profit des mamelouks.

Chute des Ayoubbides En 1260, l'Égypte est sous le contrôle des Mamelouks de la dynastie bahrite, alors que la plupart des pays du Levant, en dehors des États croisés, sont toujours sous le contrôle de princes ayyoubides. Les Mongols, pour leur part, ont combiné leurs forces avec celles de leurs vassaux chrétiens de la région, c'est-à-dire les Géorgiens, les troupes du royaume arménien de Cilicie dirigées par le roi Héthoum d'Arménie et les soldats de Bohémond VI d'Antioche. Comme Hülegû est un chrétien nestorien et qu'un grand nombre de ses alliés sont des chrétiens catholiques, cette expédition est décrite par les historiens René Grousset et Lev Goumilev comme étant une « croisade jaune ». Les troupes de cette coalition capturent la ville d'Alep, puis le , le général mongol Ketboğa prend Damas. An-Nasir Yusuf, le dernier roi ayyoubide, est capturé par les Mongols près de Gaza en 1260. Cependant, il n'est pas exécuté et Hülegû lui promet de le faire vice-roi de Syrie à la fin de la conquêteThe Cambridge History of Egypt: Islamic Egypt, 640-1517, . Coup sur coup, les deux centres du pouvoir musulman que sont Bagdad et la Syrie disparaissent, faisant du Caire des Mamelouks le nouveau centre du monde musulman.

À ce stade des opérations, Hülegû prévoit de continuer vers le sud et de traverser la Palestine pour attaquer les Mamelouks en Égypte. Cependant, Möngke meurt à la fin de l'année 1259, ce qui oblige Hülegû à retourner à Karakorum pour participer au Qurultay devant désigner le prochain grand Khan des Mongols. Juste avant de se rendre pour l'est, il envoie des émissaires au Caire pour exiger la soumission des Mamelouks. Hulegu ne manque pas de rappeler au sultan Al-Muzaffar Sayf ad-Dîn Qutuz ses origines au sein de l'empire khwarezmien, vendu comme esclave par les Mongols eux-mêmes, le traitant d'usurpateur du trône ayyoubide d'Égypte. L'insulte vise à provoquer les Mamelouks afin d'avoir un prétexte de guerre. Hulagu part avec la majeure partie de ses forces et laisse seulement mongols en Syrie, commandés par Ketboğa. Certains soldats de Ketboğa lancent des raids vers le sud en direction de l'Égypte et atteignent Gaza, où ils créent une garnison mongole forte de . Très vite, l'élection du nouveau Khan tourne à la guerre de succession; c'est la guerre civile toluid, qui oppose Kubilai Khan et son jeune frère Ariq Boqa.

Dans le même temps, un incident éclate entre les Mongols et les chrétiens, lorsque le comte de Sidon Julien de Grenier fait tuer le cousin de Ketboğa. Les Mongols ripostent en brûlant et détruisant Sidon, ce qui met fin à l'alliance. Le sultan mamelouk saisit l'opportunité pour faire avancer son armée et rentre en Palestine au printemps 1260. Les Francs le laissent passer et pourvoient l'armée de Qutuz en ravitaillement. La rencontre avec les forces mongoles se déroule lors de la bataille d'Aïn Djalout en . Les combats s'achèvent sur une victoire décisive des Mamelouks, qui exécutent Ketboğa. Cette défaite marque la fin de l'extension de l'empire mongol au Levant. En effet, si lors de leurs précédentes défaites, les Mongols sont toujours revenus plus tard pour reprendre les territoires perdus, ils n'ont jamais pu se venger de leur défaite lors de cette bataille. La Syrie est définitivement perdue pour eux et la frontière de l'Ilkhanat mongol reste fixée sur les rives du Tigre pendant toute la durée de la dynastie que va fonder Hülegû. Lorsque ce dernier est mis au courant de la défaite d'Aïn Djalout, il fait exécuter le sultan An-Nasir et son frère, qui ne lui sont plus d'aucune utilité.

En , Hülegû, toujours occupé par la guerre de succession envoie en Syrie, mais ils sont vaincus à la première bataille de Homs.

Le Califat abbasside du Caire et la rébellion de Mossoul Après la chute de Bagdad en 1258, quelques princes abbassides s'enfuient en Syrie et en Égypte. Là, ils conservent encore un semblant d'autorité sur les questions religieuses, mais ils n'en restent pas moins sous la tutelle des Mamelouks. Le premier calife du Caire, Al-Mustansir, est envoyé en Irak par le sultan mamelouk Baybars. Le calife reçoit des renforts de la part d'auxiliaires syriens et de Bédouins, mais il est totalement écrasé et tué par l'avant-garde mongole dans le sud de l'Irak en 1262. Les fils de Badr al-Din, qui est à la fois le maître de Mossoul et l'allié des Mongols, rejoignent le camp des Mamelouks et se révoltent contre Hülegû. Cette rébellion est écrasée lorsque les Mongols détruisent la cité-État de Mossoul en 1265.

L'invasion de 1271 thumb|Les Mamelouks (en jaune), commandés par Baybars, combattant les Francs (en vert) et les Mongols (en rouge) durant la Neuvième croisade. La deuxième invasion mongole de la Syrie a lieu en , lorsque mongols et auxiliaires Seljuk partent vers le sud depuis le Sultanat de Roum et prennent Alep. Ils sont obligés de se retirer au-delà de l'Euphrate lorsque le sultan mamelouk Baybars quitte l'Égypte pour marcher contre eux.

Alliances locales Au Moyen-Orient, la guerre civile qui déchire l'empire mongol se traduit par un conflit entre les Mongols de la Horde d'or et ceux de l'Ilkhanat, qui se déchirent pour le contrôle de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan. Les deux puissances mongoles cherchent à renforcer leur position par des accords commerciaux et des alliances avec d'autres puissances régionales. En 1261, Berké, le Khan de la Horde d'or, s'allie avec BaybarsRyley-Smith in Atlas of the Crusades, : "When the Golden Horde allied with the Mamluks, the Ilkhanate looked towards an alliance with the Christians""The alliance which Berke had created between the Mongols and the Mamluks against the Ilkhanate remained constant", Morgan, "The Mongols of Iran were all but encircled by a chain of alliances linking the Mamluks to the Golden Horde, and this power to Kaidu", Setton, "The friendship between Egypt and the Golden Horde, which would last until the conclusion of peace between the Mamluks and the Il-Khan in 1320" The New Cambridge Medieval History, page 710, by David Abulafia - 1999"Afin de combattre leur ennemi commun (l'Ilkhanat) les mongols du Kipchack et les Mamelouks s'allièrent." Luisetto, , contre leur ennemi commun l'Ilkhanat. Cette alliance est à la fois stratégique et commerciale, puisque les Égyptiens sont un partenaire commercial et un allié de longue date de la Horde d'Or en MéditerranéeMantran, Robert (Fossier, Robert, ed.) "A Turkish or Mongolian Islam" in The Cambridge Illustrated History of the Middle Ages: 1250-1520, .

Pour leur part, les Mongols de l'Ilkhanat ont cherché, en vain, à s'allier avec les puissances européennesMorgan, Mongols and the West. Par contre, ils réussissent à former une alliance byzantino-mongole avec l'Empire Byzantin

Conflit entre la Horde d'Or et l'Ilkhanat

thumb|La prise de Tripoli par les Mamelouks en 1289.

Si les Mamelouks réussissent à repousser les Mongols, c'est en partie dû au fait que les deux royaumes mongols de l'Ouest, la Horde d'or et l'Ilkhanat, sont en guerre ouverte depuis le début de la crise de succession provoquée par la mort de Möngke. Les racines de cette crise sont liées à des conflits pour le pouvoir entre les descendants de Gengis Khan. Le successeur immédiat de Gengis est son fils Ögedeï, mais à la mort de ce dernier, le titre de Grand Khan est récupéré par la force par les descendants de Tolui, un autre fils de Gengis. Ainsi, Möngke est un des fils de Touli et lorsqu'il meurt, la guerre qui se déclenche oppose deux autres fils de Tolui : Kubilai et Ariq Boqa. Si Kubilai finit par s'imposer, les descendants d'Ögedeï, Djaghataï et Djötchi, les autres fils de Gengis, cherchent à s'émanciper du pouvoir du nouveau Khan.

L'Ilkhanat a été fondé par Hülegû, un autre des fils de Tolui, qui est donc fidèle à Kubilai. La Horde d'or, par contre, a été fondée par Djötchi à la suite des invasions mongoles en Asie centrale. Gengis avait confié plusieurs des territoires situés au sud du Caucase à Djötchi, en particulier la Géorgie et les SeldjoukidesLuisetto, . Hülegû, avec le soutien de son frère Kubilai, a envahi et annexé ces territoires en 1256, allant même jusqu'à installer sa capitale au centre de ces territoires contestés, à Maragha. Berké, le fils de Djötchi et khan de la Horde d'or, ne peut tolérer cette atteinte à son héritage et déclenche un long conflit, qui va opposer les deux royaumes mongols jusqu'au The Mongols, David Morgan, .

L'alliance Mamelouks - Horde d'Or