thumb|Le gardian ou bouvier Cabern du mas de l'Amarée dans les années 1900. thumb|Régisseur (baïle) galopant vers sa manade en 2011.
Le gardian (du provençal gardian, en français « gardien ») est le gardien d'une manade camarguaise ou troupe de taureaux ou de chevaux élevée en semi-liberté et appartenant à un manadierLa manade est aussi le lieu où pâture le troupeau de taureaux ou de chevaux.. Pour le Code du travail, le gardian est un ouvrier agricole. Dans le monde rural de la France du , c'est le bouvier de Camargue.
Avant le , les gardians ont une tenue adaptée à leur travail et à la saison ; l'outil des gardians à pied est le bâton, celui des gardians montés est le trident ; leur habitation la cabane en roseaux. Ils sont souvent en sabots.
Origine et vogue du terme La popularisation du terme provençal gardian est liée à la folklorisation qu'a connue ce métier au cours du . Certaines cartes postales des années 1900 emploient le terme français « gardien » dans leur légende : « Le Capitaine des Gardiens Raynaud » ou encore « Le gardien BICHETTE de la Manade Combet » entre autres exemples.
Le féminin de gardian, gardianeto (francisé en « gardianette »), désigne, dans certaines cartes postales anciennes, une cavalière en costume d'Arlésienne montant en amazone à l'arrière d'un gardian lors de fêtes provençales ou de spectacles taurinsCf la carte postale « EN PROVENCE - Gardians et Gardianettes des Saintes-Maries-de-la-Mer aux Fêtes Provençales », éditée entre 1915 et 1925.. Quant à la « gardianne », c'est un plat typiquement camarguais à base de viande de taureau marinée.
Le statut social thumb|left|Gardian en tenue d'hiver à la manade des frères Desfonds au début du . thumb|Trois gardians d'une manade de taureaux dans les années 1900. À l'arrière-plan, deux cabanes. Au et au tout début du , le gardian ou bouvier est un ouvrier agricole occupant le bas de l'échelle sociale du monde rural camarguais. Il appartient à la masse des manouvriers qui louent leurs bras dans les campagnes françaises. Il est attaché à un domaine, le mas, et travaille sous les ordres d'un régisseur ou baile-gardian, sinon du maître lui-même (le pelot ou mèstre). Il n'est propriétaire ni de son cheval (quand on lui en confie un), ni de sa cabane (construite par un artisan sur les instructions du maître). Son rôle principal est de garder les bious ou taureaux lorsqu'ils se sustentent, ce qu'il fait à pied et avec un bâton court (le calos) généralement en frêneOn parle alors de « garde faite à bâton planté »., ou de trier le bétail, ce qu'il fait à cheval et avec une pique terminée par un trident (ficheirounIl s'agit d'une hampe de frêne ou de châtaignier, de 2,20 m à 2,50 m de long et terminée par une pièce en fer forgé ou ferri à trois pics.). Pour cette raison, il est souvent appelé gardo-bèsti (« garde-bêtes »). Une besace (ou brasso) lui sert à emporter sur son lieu de travail repas, boisson ou divers objets dont il a besoin.
La tenue Avant normalisation thumb|Gardians amateurs en tenue de spectacle au début du .
Si la Confrérie arlésienne de Saint Georges, rénovée dans les années 1910-1920 sous l'appellation de « Confrérie des gardians » par le félibre Carle Naudot, a été fondée en 1512Jean-Marie Dreano (université d'Avignon), Pays, arrondissement, commune : une réflexion arlésienne au temps de la Révolution nationale de Vichy, in Géographie et Culture, No 16, 1995, pp. 75-92, p. 82 : Carle Naudot, Camargue et gardians. Ethnographie folklorique du pays d'Arles, 1948, édité de façon posthume en 1977 par le parc naturel régional de Camargue, chap. Confrérie des gardians, pp. 159-168, p. 159 : , l'habit des gardians est de création très récente. Au début du , « le gardian de Provence n'a pas de tenue spéciale particulière au métier, il a pantalon (braio) et gilet (courset) en peau de taupe, étoffe beige [...], ou bien en peau de diable, étoffe très solide, indéchirable, à petits carreaux noirs et blancs ou bien gris et blancs, [...] parfois [...] en veau mort-né avec le poil », note Carle Naudot en 1945, ajoutant que « le chapeau n'est pas porté couramment ». Des photos du début du montrent des gardians en sabots et casquette qui ressemblent davantage à des ouvriers agricoles qu'à des cow-boys de l'Ouest américain.
Après normalisation « Nous nous vêtirons à la mode gardiane », Rul d'Elly, Chant de guerre. C'est le marquis de Baroncelli, promoteur du folklore camarguais dans la première moitié du Sur le rôle de Folco de Baroncelli dans l'invention des traditions gardianes, cf. Robert Zaretsy, Cock and Bull Stories: Folco de Baroncelli or the invention of the Camargue, University of Nebraska Press, 2004 : , qui impose aux gardians amateurs, jeunes gens tous fils de pelot (propriétaire ou fermier), un costume bien précis, afin de donner plus d'unité et d'allure à leur troupe (chourmo) lors de ses fêtes gardianes, où ils caracolent, une jeune Arlésienne coiffée en croupe. Ce costume comprend une veste de velours noir à soutachesUne soutache est un galon servant à cacher les coutures d'un vêtement.Folco de Baroncelli se serait inspiré soit de la veste russe de son ami Pranishnikoff - velours, passepoilée, revers de soie rouge -, soit de la veste noire portée par un certain M. Larnac lors de parties de chasse., un pantalon en tissu « peau de taupe » avec liseré noir, une chemise voyante à grands carreaux, une ceinture (taiolo, ou taillole) (qui a évolué depuis), un grand chapeau de feutre noir (valergo, ou valergue)Chapeau en feutre, à larges bords, porté pour se prémunir d'une insolation ; popularisé par Frédéric Mistral, il était fabriqué à Lunel dans l'Hérault.), une cravate (régate). Le cavalier porte des jambières ou gamaches en étoffe de laine à carreaux, servant à le protéger de la rosée ou mouillure du matin.
La monture La race Même le type de monture est spécifié : un cheval de race Camargue uniquement. En croupe, pour les fêtes, une jeune Arlésienne coiffée.
Cette folklorisation continue de nos jours : le , une charte a été signée au Parc naturel régional de Camargue sur la tenue des cavaliers et de leurs chevaux, prévoyant notamment de « privilégier au maximum les chevaux de type Camargue, au détriment de races nettement moins représentatives de Camargue. Les chevaux de couleur n'entrant pas dans le type devront être écartés, tout comme les chevaux ressemblant TROP à des chevaux de trait pour le devant d'abrivado ».
Le harnachement thumb|Gardian et son harnachement en 2000. L'outil de travail principal du gardian est le trident de fer ou ficheiroun, longue gaule de frêne ou de châtaignier armée d'une douille conique en fer terminée par trois pointes. C'est avec cet instrument que le bouvier se fait obéir du taureau, en particulier lors du triage du bétail.
Un autre outil est le seden, corde tressée avec du crin de jument et servant de lasso pour capturer le cheval dans la manade et de licol pour l’attacher.
La selle gardiane, différente de sa cousine anglaise, dérive de la selle à piquer française (encore en usage au Cadre Noir de Saumur) et comporte un troussequin élevé en forme de dossier et un pommeau également élevé.
Les étriers du gardian sont en forme de cage car lorsque le gardian n'était qu'un paysan il portait des sabots et la cage servait à ce que le sabot puisse rentrer à l'intérieur mais elle sert aussi pour que le cavalier, en cas de chute, ne reste pas accroché et se dégage facilement.
La cabane Avant le thumb|right|Cabane tout en roseaux d'un gardian en Camargue au début du .
Héritières des premières cabanes d'habitation apparues au Une carte ancienne du sud-est de la Camargue en 1534 montre, à l'une des embouchures du Rhône, un groupement de cabanes dont certaines sont en longueur (à l'instar des cabanes de la première moitié du ) tandis que d'autres sont rondes avec un toit pointu en végétaux.en Camargue et apparentées aux cabanes de roseaux qui parsemaient au le littoral languedocien et roussillonnais, les cabanes de gardians étaient construites à l’aide des matériaux végétaux disponibles localement, et ce uniquement pour des raisons de coût. Les matériaux nobles, acheminés depuis les régions limitrophes, étaient réservés à la construction des masLe mas camarguais est pour sa part construit en dur..
Des cabanes peu différentes servaient d'habitations permanentes ou saisonnières aux pêcheurs, bergers, agriculteurs, vanniers, sauniers qui travaillaient en Camargue. De celles-là, il ne reste que quelques clichés : le détail de leur architecture et leur nomenclature terminologique est perdu.
Au début du La cabane de gardian du début du est un bâtiment à façade en pignon, à la toiture à deux versants inclinés de 45 %, dont la partie exposée au mistral est en abside et à croupe de façon à donner le moins de prise possible à celui-ci.
Elle possède une armature de piquets verticaux en bois d'ormeau supportant des pannes sablières (areniés). Sur ces dernières, s'appuient les chevrons (travetos, ou travettes), lesquels reposent en haut sur la panne faîtière (arenié mestre). Lorsque le pignon est en matériaux végétaux, la faîtière est soutenue par deux poteaux montant de fond, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière; lorsque le pignon est en pierres maçonnées, elle repose à l'apex de celui-ci et sur un poteau de fond à l'arrière.
Le chevron central de la croupe dépasse systématiquement le faîte de la toiture pour se retrouver coiffé d'une corne (bano) ou barré transversalement en forme de croix. Par grand vent, pour éviter que la cabane ne se soulève, on attachait au bout saillant de ce chevron, des cordes fixées au sol.
La couverture est faite de rangées de javelles (manouns, ou manons) de roseau des marais (sagno ou sagne) posés sur des lattes (coundorsos, ou condorses). Pour obtenir une meilleure étanchéité, une rangée de tuiles canal scellées au mortier vient souvent coiffer le faîtage, et un enduit de mortier à la chaux (cacho-faio) est appliqué le long de ce dernier, formant une chemise (camiso) ou chape. Celle-ci a aussi comme avantages de réfléchir, par sa blancheur, les rayons du soleil, de protéger du vent le sommet de la toiture en le caparaçonnant et de réduire les risques d'incendie liés à la présence du conduit de cheminée.
Les ouvertures sont étroites et il n'y a pas de fenêtre au nord. L'entrée est toujours en pignon. La porte en est en bois. Une toile contre le soleil et les moustiques est suspendue au linteau en été.
La cabane occupe une surface de 80 à 120 m en moyenne.
Lorsque le pignon est en dur, une cheminée à hotte montante est adossée contre la paroi intérieure de celui-ci, et sous l'un des rampants, l'autre moitié du pignon étant prise par l'entrée. La souche de cheminée, généralement de section rectangulaire, dépasse toujours du rampant opposé à celui au-dessus de l'entrée.
La cabane s'allonge en fonction des besoins de l'habitant : soit pièce unique, l'occupant mangeant au mas, soit pièce à vivre et chambre. La chambre, séparée de la pièce principale, au mieux par un cloison, au pire par un simple rideau de tissu, occupe alors la partie arrondie ou culotte de l'édifice. Elle abrite un lit en forme de caisse, dit brèsso (fém.), sur lequel pose en guise de matelas un sac à sel de 50 kilos rempli d'herbes sèches, dites baunco. La pièce à vivre, pour sa part, est meublée simplement : une table, deux bancs, quelques étagères et coffres. En pignon, un auvent (laùpio, fém.), armature rudimentaire coiffée de sagne, complétée par une table et un banc en bois, sert aux tâches ménagères (préparation de la cuisine, vaisselle).
Le sol de la cabane est en terre battue ou en béton de terre (bétun), mélange de mortier de chaux et d'agrégats roulés.