La condition des femmes en Suède concerne la place des femmes dans la société pendant l'histoire de la Suède.

Histoire Vikings vignette|gauche|L'héroïne légendaire Blenda, peinte par August Malmström (1860).

Pendant l'ère viking, les femmes ont un statut relativement libre dans les pays nordiques, en Suède, au Danemark et en Norvège, comme l'indiquent les lois islandaises Grágás et norvégiennes ( et Gulaþing)Borgström Eva : Makalösa kvinnor: könsöverskridare i myt och verklighet (Marvelous women : gender benders in myth and reality) Alfabeta/Anamma, Stockholm 2002. (inb.). Libris 8707902.. La tante paternelle, la nièce paternelle et la petite-fille paternelle, appelées odalkvinna, ont ainsi le droit d'hériter des biens d'un homme décédé. En l'absence de parenté masculine, une femme non mariée sans fils peut hériter (d'un père ou d'un frère décédé) du statut de chef de famille : elle est alors appelée ringkvinna et elle exerce tous les droits accordés au chef de clan, jusqu'à ce qu'elle se marie ; ses droits sont alors transférés à son époux. Après l'âge de 20 ans, une femme non mariée, appelée maer et mey, atteint la majorité légale, a le droit de décider de son lieu de résidence et est considérée comme responsable de sa propre personne devant la loi. Cependant, son indépendance n'est pas totale dans son choix d'époux, les mariages étant normalement organisés par le clan. Les veuves jouissent du même statut d'indépendance que les femmes non mariées.

Des femmes possèdent une autorité religieuse et certaines sont même prêtreses (gydja) ou oracles (sejdkvinna). D'autres sont poétesses (skalder), sculptrices de runes, commerçantes ou médecinsIngelman-Sundberg, Catharina, Forntida kvinnor: jägare, vikingahustru, prästinna [Ancient women: hunters, viking wife, priestess], Prisma, Stockholm, 2004.. Une femme mariée peut divorcer et se remarier. Il est également socialement accepté pour une femme libre de cohabiter avec un homme et d'avoir des enfants avec lui sans l'épouser, même si cet homme est marié : dans cette situation, la femme est appelée frillaOhlander, Ann-Sofie & Strömberg, Ulla-Britt, Tusen svenska kvinnoår: svensk kvinnohistoria från vikingatid till nutid, 3. (A Thousand Swedish Women's Years: Swedish Women's History from the Viking Age until now), [omarb. och utök.] uppl., Norstedts akademiska förlag, Stockholm, 2008.. Il n'y a pas de distinction faite entre les enfants nés à l'intérieur ou à l'extérieur du mariage : les deux ont le droit d'hériter des biens de leurs parents ; il n'y a donc pas d'enfants « légitimes » ou « illégitimes ». Ces droits disparaissent progressivement dans la législation locale après la christianisation qui se déroule au .

Moyen Âge et début de l'époque moderne Au Moyen Âge, le statut et les droits des femmes varient entre les différentes régions du pays, les lois locales des comtés étant différentes. La première tentative de rédaction d'une loi nationale est le de 1350, établissant une loi pour le pays et un pour les villes, un système conservé par les à partir de 1442Nationalencyklopedin (NE).. À partir de 1350, l'état civil des femmes est généralement le même dans la loi du comté et dans la loi urbaine : une femme non mariée est dépendante de son parent masculin le plus proche et une femme mariée de son époux, alors qu'une veuve est considérée légalement comme majeure.

En 1608, les textes de loi de l'Ancien Testament de la Bible sont introduits dans la loi suédoise par des amendementsGranström, Görel, Kvinnorna och rätten: från stormaktstid till rösträttsstrid, Hallgren & Fallgren, Uppsala, 1996., ce qui aggrave (au moins formellement) considérablement le statut des femmes. Cependant, il existe des écarts entre le droit et la pratique : malgré le fait que les femmes non mariées étaient considérées comme des mineures du point de vue de la loi et que seules les veuves avaient le droit de se présenter devant les tribunaux, les femmes non mariées étaient toujours en mesure de témoigner, de poursuivre et de se présenter devant un tribunal, à tel point qu'une réforme législative leur accorde finalement ces droits en 1686, pour légaliser ce qui était déjà en pratique accepté.

Droit des comtés thumb|L'héroïne nationale Christine Gyllenstierna (1494-1559), sculpture du de la cathédrale de Västerås. À partir du Magnus Erikssons landslag de 1350, à la campagne, les filles peuvent hériter de la moitié de ce que reçoivent leurs frères. À partir de 1686, la loi suédoise de l'Église oblige chaque paroisse du pays à dispenser une éducation élémentaire à tous les enfants, quel que soit leur sexe, généralement par le vicaire ou un enseignant employé par le presbytèreDu Rietz, Anita, Kvinnors entreprenörskap: under 400 år, 1. uppl., Dialogos, Stockholm, 2013..

En zone rurale, les professions sont réglementées par la coutume plutôt que par les lois. Lorsqu'elle n'est pas mariée, une femme de la paysannerie est censée servir, selon la coutume, dans le foyer d'une autre famille paysanne comme piga (domestique), ce qui est considéré comme un moyen d'acquérir de l'expérience avant le mariage et n'est pas considéré comme une forme de servitude : une fois mariées, les femmes d'agriculteurs, de pêcheurs et de mineurs aident généralement leur conjoint dans leur métier, pouvant les remplacer en leur absence ou en cas de décès comme veuve, lorsque le couple n'a pas de fils. Entre le et le , des femmes sont connues pour travailler comme mineurs et forgerons, appelées alors gruvpiga.

La coutume permet également qu'une femme agisse comme mandataire de son mari, ce qui leur accorde une grande indépendance, surtout au , lorsque les hommes sont appelés à se battre dans de nombreuses guerres et que leurs femmes restent au foyer pour gérer les affaires familiales en leur absence. C'est par exemple le cas avec les épouses des fermiers-soldats ainsi qu'avec les femmes de la noblesse, à qui il est laissé la responsabilité de s'occuper des successions et des paroisses. Dans les communautés locales, les épouses des vicaires de la paroisse ont une position importante, agissant comme des sortes de gardiennes de la protection sociale paroissiale, chose conservée par le système dit de jusqu'au .

Droits urbains À partir du Magnus Erikssons landslag de 1350, la loi urbaine accorde aux filles et aux fils des droits de succession égaux. Dans l'ordonnance de l'Église suédoise de 1571, la loi urbaine encourage les parents à dispenser une éducation primaire à leurs enfants, quel que soit leur sexe, et à partir de la fin du , les écoles des villes sont autorisées à accueillir des filles, mais normalement seulement dans les petites classesEva Österberg, red (1997). Jämmerdal & Fröjdesal. Kvinnor i stormaktstidens Sverige. Stockholm: Atlantis AB. .. Cependant, il existe des exceptions : Ursula Agricola de Strasbourg et Maria Jonae Palmgren de Grenna ont été acceptées au gymnase Visingsö (lycée) dans les années 1640.

Du jusqu'au et au de 1846, de nombreuses professions dans les villes sont monopolisées par les guildes. Cependant, les femmes ne sont pas exclues de ces guildes. Les veuves peuvent en être membres, avec une licence pour pratiquer la profession de leur conjoint décédé (valable jusqu'à leur remariage) ; elles peuvent également recevoir un permis pour exercer un autre métier. Toutefois, de nombreuses corporations ont exclu des femmes mariées et non mariées, mais en pratique, il existe de nombreux exemples contraires. Il y avait aussi des guildes exclusivement féminines, comme celles des sages-femmes et celle de bateau-bus (). En 1460, 180 membres de la guilde féminine sont recensées dans la ville de Stockholm : la profession n'est pas indiquée pour la majorité d'entre elles, mais les métiers les plus répandus pour les femmes de la ville étaient ceux de brasseuse, de boulangère, de couturière et de laveuse, des professions qui ont continué à être pratiquées par les femmes de la ville au cours des siècles suivants.

Il y avait aussi des professions à l'extérieur des guildes, comme celles de . Une femme, quel que soit son statut personnel, pouvait acheter un permis, être active dans le commerce d'exportation et d'importation sans appartenir à une guilde et être une Kontingentborgare. Les villes ont également délivré le permis de månglare. Il s'agissait d'un permis permettant de fabriquer ou de vendre des biens qui n'étaient pas inclus dans les monopoles des guildes, depuis des stands sur une place ou dans la rue, souvent des vêtements anciens, des ornements, des confitures et des gâteaux ; à partir de 1623, ces permis sont délivrés uniquement à celles et ceux qui pouvaient prouver qu'ils n'avaient pas d'autre moyen de subsistance. Ces personnes étaient généralement des femmes : soit des veuves, soit des femmes mariées dont les conjoint ne pouvaient pas les entretenirHistorisk Tidskrift 134:1, 2014..

Femmes monarques Marguerite I est reine de Suède entre 1389 et 1412 et Christine de Suède entre 1632 et 1654. Plusieurs autres femmes exercent également la fonction de régente du royaume de Suède.

Lumières thumb|La peintre Ulrika Pasch.

La première loi visant à donner les mêmes droits à toutes les femmes dans le pays par une législation nationale (y compris en Finlande, alors une province suédoise) est le qui, en ce qui concerne le statut des femmes, reste en grande partie inchangé jusqu'à la seconde moitié du . Dans le Code civil de 1734, toutes les femmes non mariées sont définies comme des mineures légales, indépendamment de leur âge, et placées sous la tutelle de leur plus proche parent masculin (ou féminin, si la mère était veuve)Sweriges Rikes Lag. Gillad och Antagen på Riksdagen Åhr 1734.. La femme a le droit de contester le choix de son tuteur devant les tribunaux et d'en avoir un autre nommé par le tribunal ; lorsqu'elle est adulte, elle a le droit de faire un testament. Enfin, une femme non mariée peut être libérée de sa tutelle par une requête au roi ( est un exemple célèbre). Le jour de son mariage, la femme est placée sous la tutelle de son mari. Cependant, les hommes ont l'interdiction de vendre les biens de leur femme sans leur consentement, les femmes ont le droit de vendre des biens et de gérer les affaires en l'absence de leur mari, et les deux conjoints, quel que soit leur sexe, ont le droit de demander le divorce en cas d'adultère, le conjoint coupable (homme ou femme) se voyant retirer la garde des enfants. Lorsqu'une femme devient veuve (ou divorcée), elle est considérée juridiquement comme majeure.

Le accorde explicitement aux femmes le droit d'en être membre, et plusieurs modifications ultérieures favorisent les droits professionnels des femmes, la plupart d'entre elles étant délivrées par les autorités municipales pour permettre aux femmes démunies de subvenir à leurs besoins, notamment la réforme de 1741 rendant obligatoire l'adhésion à la guilde pour les aubergistesMot halva makten – elva historiska essäer om kvinnors strategier och mäns motstånd Redaktör: Ingrid Hagman. Rapport till Utredningen om fördelningen av ekonomisk makt och ekonomiska resurser mellan kvinnor och män Stockholm 1997. et la réforme de 1749, dans laquelle le permis de se lancer dans le commerce de rue et de marché à Stockholm est autorisé pour les femmes pauvres"Spanska citroner till salu", ur Historisk Tidskrift 134:1, 2014.. Ces deux professions très courantes pour les femmes démunies deviennent ainsi davantage accessibles.