Totoaba macdonaldi, le Totoaba, unique représentant du genre Totoaba, est une espèce de poissons de la famille des Sciaenidae qui est endémique du golfe de Californie (Mexique).

Ce grand poisson argenté, marin et estuarien, mesurait autrefois jusqu’à deux mètres de long. C’est le plus grand des poissons de la famille des Sciaenidae..

Ce poisson est notamment caractérisé par une capacité à émettre un « croassement » (permis par le frottement de sa vessie natatoire contre ses muscles abdominaux)Benoit Goniak (2016) ; Le Totoaba ; Espèces menacées ; le portail sur les espèces menacées et les animaux en voie de disparition (Especes-menacees.fr) ; Publié le 31.05.2016 à 10h08 | Modifié le 03.02.2017, consulté le 1er mai 2017.

Autrefois abondant, il fait l’objet d’une surpêche et d’un intense braconnage qui ont conduit ce poisson, pourtant très fécondSadovy Y & Cheung W L (2003). Near extinction of a highly fecund fish: the one that nearly got away. Fish and Fisheries, 4(1), 86-99., à être classé dans la liste des espèces menacées (liste rouge de l’UICN ; classé en danger critique d'extinction depuis 1996)IUCN. Malgré plus de de mesures de protection, sa population continue à régresser en raison du fait que sa vessie natatoire est vendue à haut prix en Chine (parfois plus que son poids en or) comme mets de grand luxe (pouvant atteindre ) ou comme ingrédient de la médecine traditionnelle chinoise, ce qui a incité les cartels mexicains à en entretenir une pêche illégale (raison pour laquelle ce poisson est parfois dénommé ).

Un autre indice de surpêche est le fait que la taille des plus grands spécimens pêchés ne cesse de se réduire (dans les années 1950 elle était de pour ), mais on ne trouve plus dans les années 2010 que de petits spécimens ; or ce poisson n’est sexuellement mature qu’à partir de six ans. Selon Valenzuela-Quiñonez en 2015, l’espèce semblait donner quelques signes d’amélioration démographique Valenzuela-Quiñonez, F., Arreguín-Sánchez, F., Salas-Márquez, S., García-De León, F. J., Garza, J. C., Román-Rodríguez, M. J., & De-Anda-Montañez, J. A. (2015). « Critically Endangered totoaba Totoaba macdonaldi: signs of recovery and potential threats after a population collapse », Endangered Species Research, , , ., mais elle pourrait être en situation de goulot d’étranglement génétique.

Habitat et répartition Ce poisson n’est trouvé que dans le golfe de Californie (essentiellement dans le nord), jusqu’à l'estuaire du fleuve Colorado.

Il partage son aire de répartition avec la vaquita (un petit cétacé classé parmi les espèces les plus menacées du monde, en raison du braconnage au filet du Totoaba). Jusque dans les années 1920 environ le Totoaba était bien plus largement répandu et abondant ; avec de jeunes adultes signalés dans le sud du golfe, dans des zones de récifs rocheux ou autour d’autres larges confluents (ces sous-populations sont maintenant considérées comme éteintes).

Description Ce grand poisson prédateur est argenté. Son museau pointu est dépourvu de barbillons et ses yeux sont petits.

Sa mâchoire inférieure est légèrement saillante. Sa bouche possède une double rangée de dents.

Le Totoaba est doté d’une longue nageoire dorsale nettement divisée en deux parties, la postérieure étant la plus longue. Il est doté de nageoires pectorales très longues qui l’aident à fouiller le sédiment pour y détecter ses proies.

Mode de vie Les alevins et juvéniles de Totoaba macdonaldi passent les deux premières années de leur vie dans le delta du fleuve Colorado. Passé cette période, ils migrent vers le sud, jusqu’en mer de Cortés.

C’est un poisson benthique, c'est-à-dire qui vit sur le fond où il se nourrit de crustacés (crabes et crevettes) et de poissons, mais pas à très grande profondeur (on le trouve jusqu’à environ, et jusqu’à au moins en mer de Cortez True, C. D., Loera, A. S., & Castro, N. C, 1997, « Technical notes: acquisition of broodstock of Totoaba macdonaldi: field handling, decompression, and prophylaxis of an endangered species », The Progressive fish-culturist, , , (résumé).).

Reproduction Le frai se produit une fois par an (entre février et avril semble-t-il) après que les individus sexuellement matures se soient rassemblés au centre du golfe de Californie pour entamer une migration annuelle vers l’embouchure du Colorado (où les eaux étaient il y a encore quelques décennies chaudes et peu salines).

Après quelques semaines passées dans l’estuaire ils pondent et migrent vers la mer de Cortez (le long du rivage Est de la Basse-Californie).

Les alevins passent environ deux ans dans le Colorado. Ils s’adaptent ensuite peu à peu à l’eau salée, en gagnant la mer pour rejoindre les adultes.

Sa durée de vie est actuellement estimée à , et l’âge moyen pouvait autrefois être d’environ , mais on ne trouve plus d’individus très âgés et on manque de données anciennes Rodriguez R & Hammann M.G (1997). « Age and growth of totoaba, Totoaba macdonaldi(Sciaenidae), in the upper Gulf of California », Fishery Bulletin, (3), 620-628..

État, pressions et menaces sur la population En moins de quelques décennies, la métapopulation de Totoaba macdonaldi a été plus que décimée (95 % du stock aurait disparu), au détriment aussi de sa diversité génétique. La génétique de l’espèce n’a fait l’objet que de quelques études récentes, après une forte régression de la population, mais ces données -avec d’autres techniques d’identification moléculaire Díaz-Viloria, N., Sánchez-Velasco, L., Perez-Enriquez, R., & Jiménez-Rosenberg, S. P., 2013, « Molecular identification and morphological description of totoaba Totoaba macdonaldi and curvina Cynoscion reticulatus preflexion larvae (Perciformes: Sciaenidae) », Ichthyological Research, , , (résumé).- ont contribué à limiter le trafic et les exportations sous de fausses étiquettes León F.G, Valles-Jimene, R, Shaw K, Ward R, de Anda Montañez J.A & Delgado M.M, 2010, « Characterization of fourteen microsatellite loci in the endemic and threatened totoaba (Totoaba macdonaldi) from the Gulf of California », Conservation Genetics Resources, , , (lire en ligne).).

Les causes possibles de sa régression et disparition locale sont multiples Lercari, D., & Chávez, E. A. , 2007, « Possible causes related to historic stock depletion of the totoaba, Totoaba macdonaldi (Perciformes: Sciaenidae), endemic to the Gulf of California », Fisheries Research, , , ., mais outre une pêche involontaire (« bycatch ») dans des filets ciblant d’autres espèces Garcı́, J. M., Cisneros-Mata, M. A., & Balmori-Ramı́, A., 2000, « Performance of a bycatch reduction device in the shrimp fishery of the Gulf of California, Mexico », Biological Conservation, , , ., il s’agit notamment de la dégradation de son environnement de frai (le Colorado est chargé de métaux, polluants divers dont engrais et de pesticides et avant d’arriver à l’estuaire, une grande partie de son eau (90 % environ) a été détournée pour produire de l’eau potable, industrielle ou d’irrigation, ce qui conduit à saliniser des eaux autrefois très douces à saumâtres indispensables pour les alevins de Totoabas Valdez-Muñoz, C., 2010, « Distribución y abundancia de juveniles de totoaba, Totoaba macdonaldi y la salinidad del hábitat de crianza ». Interciencia, , , ., au détriment de cette espèce et d’autres Rowell, K., Flessa, K. W., Dettman, D. L., Román, M. J., Gerber, L. R., & Findley, L. T., 2008, « Diverting the Colorado River leads to a dramatic life history shift in an endangered marine fish », Biological Conservation, , , .).

L’autre problème majeur est une surpêche. Ce poisson est une proie facile en raison d’un habitat circonscrit et de routes de migration et zones de reproduction bien connues des pêcheurs et braconniers ; il est intensivement recherché dès les années 1920), et la surpêche est aggravée par un contexte de braconnage (qui persiste encore en 2017).

Dès le début des années 1930 le Mexique en prenait déjà , puis de 1935 à 1948 ces tonnages augmentent à (pour les seuls débarquements officiellement comptabilisés). Le pic historique est atteint en 1942 puis les tonnages chutent jusqu’en 1975 en dépit de l’intensification de la pêche et de l’utilisation par les pêcheurs de moyens toujours plus sophistiqués (sondeurs, sonars, etc.). En 1975, seuls sont débarquées, ce qui conduit l’État du Mexique a totalement interdire sa pêche ; interdiction qu’il n’a jamais pu ou su faire respecter. Vers 1982 plus de sont encore victimes de la pêche commerciale, sportive ou de loisir chaque année.

Des programmes de sensibilisation finissent par faire dans un premier temps très significativement diminuer la pêche de loisir et sans doute son braconnage. Dans les années 1990 on cherche à modéliser la viabilité de sa population, avec des résultats encore préoccupantsCisneros-Mata, M. A., Botsford, L. W., & Quinn, J. F. (1997). Projecting Viability of Totoaba macdonaldi, a Population with Unknown Age‐Dependent Variability, Ecological Applications, , , ..

Mais vers 2005 en Chine un poisson de la même famille (Sciaenidés), Bahaba taipingensis, s’éteint aussi en raison de sa surpêche. Il est victime du fait que sa vessie natatoire est considérée comme un produit de grand luxe en Chine, et comme ingrédient de la médecine traditionnelle chinoise (pour traiter certains problèmes cardiaque ou cutanés, voire pour soigner des troubles de la fertilité). Les marchands chinois cherchent alors un substitut à ces vessies, et ils le trouvent chez Totoaba macdonaldi dont les prix au marché noir vont alors exploser (vessies natatoires vendues aux États-Unis et parfois bien plus de en Asie, devenant une nouvelle source de profit pour les cartels mexicains (contrebande estimée en millions de dollars/an).

Conservation de l'espèce

Les toutes premières tentatives de contrôle ou protection dateraient des années 1940 in Pedrín-Osuna, O., Córdova-Murieta, H. J., & Delgado-Marchena, M. (2001). « Crecimiento y mortalidad de la totoaba, Totoaba macdonaldi, del alto golfo de California », Ciencia Pesquera, , ..

En 1975 ce poisson était de plus en plus souvent pêché dans l’estuaire (avant même qu’il ait pu se reproduire) et il restait si peu d’individus que la durée du frai était passée de plusieurs mois à moins de trois semaines. L’interdiction de sa pêche, puis son inscription dans la liste nationale d’espèces menacées et la création d’une réserve protégée autour de l’estuaire du Colorado ont commencé à porter leurs fruits, mais sans pouvoir arrêter la surpêche de l’espèce.

L’année suivante (1976), le Totoaba est inscrit à l'Annexe I de la CITES, puis en 1979, sur la liste des espèces menacées des États-Unis.. La pêche ne s’arrête toujours pas. Les sanctions mexicaines sont potentiellement lourdes .

Vingt ans plus tard (en 1996) l’UICN classe l’espèce en danger critique d'extinction, classement contesté par certains en raison d’insuffisance de données précises sur les captures et sur le nombre restant de spécimens vivants en âge de se reproduire. Certains experts estiment que l’aire de répartition et le cycle de vie de l’espèce sont stabilisés depuis 1975, mais sans contester la vulnérabilité de l'espèce.

Dans les années 2000, des esquisses de projet de conservation naissent avec des captures d’adultes transférés dans un environnement piscicole sécurisé, avec ensuite réintroduction des œufs ou alevins dans le milieu estuarien. Mais aucune étude fiable n'a porté sur le résultat final.