thumbnail|droite|Charles de Montalembert, « maître d'école et pair de France » Charles René de Montalembert., né le à Londres et mort le à Paris, est un journaliste, historien et homme politique français, membre de l'Académie française. Pair de France, membre des assemblées constituante et législative de la Deuxième République, membre du Corps législatif du Second Empire, il est l'un des participants à la rédaction de la loi Falloux ().
Biographie
Jeunesse (1810-1828) Charles est le fils de Marc-René de Montalembert (1777 - 1831) et d'Élise Rosée Forbes (1788 - 1839), d'origine écossaise. Il est né à Londres le . Le nom "Forbes" placé parmi ses prénoms, selon une coutume anglaise, est le nom de famille de sa mère.
Durant ses premières années, Charles est élevé par son grand-père maternel, James Forbes, en Angleterre, à Stanmore. Celui-ci encadre sa jeunesse et devient son repère principal pendant que ses parents voyagent en Europe pour réaliser leurs missions diplomatiques. C'est à neuf ans qu'il quitte cette stabilité, à la mort de son grand-père.
Il arrive en France afin de suivre ses études à Paris, d'abord au lycée Bourbon (actuel lycée Condorcet), puis, à partir de 1826, à l'institution Sainte-BarbeRue des Postes ; actuel lycée Jacques-Decour., pour y étudier la rhétorique et la philosophie. Mais ayant été d'abord familiarisé avec la langue et les habitudes britanniques, il se démarque de ses camarades. Sa mère, élevée dans l'Église anglicane, se convertit au catholicisme en 1822, ce qui renforce sa foi religieuse. Il a constaté, durant les deux années à Sainte-Barbe, que les élèves étaient touchés par .
Marqué par l'exemple du système politique britannique, Charles de Montalembert développe alors des idées politiques libérales.
Pendant son adolescence, il entretient un cercle important de relations intellectuelles et mondaines : il fréquente les salons de Madame de Davidoff, de Delphine Gay, assiste aux cours du philosophe Victor Cousin, avec lequel il se lie d'amitié, de même qu’avec François Rio, professeur d'histoire au lycée Louis-le-Grand. Ses amis les plus proches sont alors Léon Cornudet (1808-1876), futur conseiller d'État, et Gustave Lemarcis, qu'il a rencontré en au château de La Roche-Guyon, lors d'un séjour chez Louis-François de Rohan-Chabot.
Comme toute sa génération, Montalembert est influencé par les idées romantiques, rêve de sublime, de génie et de sacrifice. À l'âge de quinze ans, il prend la résolution solennelle de servir à la fois Dieu et la liberté de la France :
Études (1828-1830) Après avoir obtenu son baccalauréat (), ainsi qu'un prix de rhétorique au concours général, il part le rejoindre ses parents à Stockholm, où, en 1827, Marc-René de Montalembert a été nommé ambassadeur. Le jeune homme admire Stockholm et les institutions politiques suédoises, mais méprise le roi Charles XIV en raison de ses origines roturières et de son passé bonapartiste. Rebuté alors par la lecture de Kant, dont il traduit pour Cousin la Critique de la raison pratique, il découvre avec enthousiasme les penseurs idéalistes et mystiques allemands, Schelling, Zimmer, Baader, qui l'amènent à renier peu à peu l'éclectisme de Victor Cousin.
De retour à Paris en 1829, il commence des études de droit tout en publiant des articles sur la Suède dans la Revue française, dirigée par François Guizot, Victor de Broglie et Prosper de Barante, et en collaborant à l'hebdomadaire Correspondant, fondé en par Louis de Carné, Edmond de Cazalès et Augustin de Meaux.
En matière littéraire, Montalembert est favorable à la jeune école romantique. Dans une lettre à son ami Lemarcis, il le blâme avec humour, d'être un « vieux classique encroûté » pour mieux défendre les nouveaux courants de poésie romantiques. Mais il est parmi les premiers à saluer La Peau de chagrin d'Honoré de Balzac, « comme le roman qui a révélé l'énorme besoin de spiritualité de notre époque ».. Sa mère reçoit fréquemment Lamartine, Martignac, Delphine Gay. Charles de Montalembert admire Vigny, Sainte-Beuve et, par-dessus tout, Victor Hugo. Il soutient ardemment Hernani, qu'il voit comme une manifestation de la liberté dans le théâtre. Il fréquente alors assidûment le poète, qui lui fait découvrir l'architecture religieuse du Moyen Âge alors qu'il est en train de préparer Notre-Dame de Paris.
Séjour en Irlande Le , Montalembert part pour l'Angleterre. Il est à Londres pendant la révolution de Juillet. D'abord favorable à la chute de Charles X, coupable selon lui d'avoir violé la Charte, fondement des libertés garanties par la monarchie constitutionnelle, il réprouve ensuite les excès anti-religieux des libéraux.
Depuis l'Angleterre, il part pour l'Irlande. Il y rencontre Daniel O'Connell, le fondateur de l' (Catholic Association), qui a obtenu en 1829 l'émancipation politique des catholiques d'Irlande et qui personnifie à ses yeux la liberté et la foi triomphantes, ainsi qu'une victoire pacifique, fondée sur le droit et non sur la violence. Montalembert est séduit par l'Église catholique d'Irlande, « libre et pauvre comme à son berceau »L'Avenir, janvier 1831., puisque le gouvernement n'y prend aucune part à la nomination des évêques, et qu'elle ne vit que des dons de ses fidèles, situation qui contraste avec celle de l'Église de France, dont la situation est réglée par le Concordat de 1801 et les articles organiques : traditionnellement unie au gouvernement de la Restauration, sous le nouveau régime de la monarchie de Juillet, elle est en butte à l'opposition libérale.
L’Avenir et les débuts du catholicisme libéral
Montalembert attend avec impatience depuis son adolescence de s'engager pour défendre la liberté civile et la liberté de l'Église catholique. Longtemps, il se sent isolé dans cette voie. En désaccord avec les idées réactionnaires de la plupart des aristocrates catholiques qu'il fréquente, il déclare ainsi en 1827 que :
vignette|Lamennais, par L. D. Lancôme, musée Carnavalet.
À l'issue de la révolution de 1830, sa rencontre avec Lamennais lui fournit enfin l'occasion de s'engager pour défendre ses idées, et de développer dans le journal l'Avenir les thèses qui formeront la base du catholicisme libéral, mêlant la doctrine contre-révolutionnaire traditionnelle telle que l'avait développée Joseph de Maistre et la pensée libérale héritée des Lumières et de la Révolution française.
Lancé en par Lamennais, dans un contexte très anticlérical, le nouveau journal marie ultramontanisme (défense de la souveraineté absolue du pape en matière religieuse) et libéralisme (défense de la liberté de conscience, de la liberté d'expression), aspirations démocratiques et catholicisme. Son rédacteur en chef est Lamennais, secondé par les abbés Gerbet et Lacordaire, qui devient rapidement l'un des amis les plus proches de Montalembert. Le , les rédacteurs de L’Avenir résument leurs revendications : ils demandent la liberté de conscience, la séparation de l'Église et de l'État, la liberté d'enseignement, la liberté de la presse, la liberté d'association, la décentralisation administrative et l'extension du principe électif.
Les contributions de Montalembert dans L'Avenir concernent principalement la liberté d'enseignement et la défense des droits des peuples opprimés. Il soutient en effet l'émancipation des nationalités européennes, au nom du droit des personnes et des communautés à disposer d'elles-mêmes. Séduit par l’exemple des luttes d'Irlande, de Belgique, de Pologne, où l’Église catholique joue un rôle prépondérant dans le combat pour la liberté des nations, Montalembert rêve alors, à la suite de Lamennais, d’établir une souveraineté spirituelle du pape sur les peuples chrétiens d'Europe unis et libres.
vignette|Lacordaire, par Théodore Chassériau, 1840, musée du Louvre.
Il soutient donc l'Irlande catholique de Daniel O'Connell, ainsi que la Belgique, soulevée le contre les Hollandais protestants qui la gouvernaient depuis le congrès de Vienne de 1815. Mais ses accents les plus dramatiques sont consacrés à la Pologne : écartelée au , elle se révolte en . Le , les Russes sont chassés de Varsovie. Montalembert songe même alors à partir combattre auprès de la « fière et généreuse Pologne, tant calomniée, tant opprimée, tant chérie de tous les cœurs libres et catholiques. »L'Avenir, 12 décembre 1830. L'Avenir appelle alors, sans succès, le gouvernement français à soutenir les Polonais insurgés. Finalement, l'insurrection polonaise est écrasée le , et Montalembert écrit alors dans l'Avenir : « Catholiques ! la Pologne est vaincue. Agenouillons-nous près du cercueil de ce peuple trahi ; il a été grand et malheureux. »
D'autre part, afin de défendre la liberté de l'enseignement, en dehors du monopole de l'Université napoléonienne, conformément à leur interprétation de la Charte de 1830, les journalistes de l'Avenir fondent en l'Agence générale pour la défense de la liberté religieuse, et ouvrent, le , une école libre, rue des Beaux-Arts, à Paris. Aux côtés de Lacordaire et de l'économiste Charles de Coux, Montalembert s’improvise alors maître d’école. Après un procès retentissant devant la Chambre des pairs, qui s’achève par la condamnation de cette initiative et la fermeture de l’école, l’Avenir est suspendu par ses fondateurs le . En butte à l'opposition d'une majorité des évêques français, traditionnellement gallicans, ils décident d'en appeler directement au jugement du pape Grégoire XVI.
Pèlerin de la liberté, échec du séjour à Rome (1831 - 1832) Le , Lacordaire, Lamennais et Montalembert, les « pèlerins de la liberté », se rendent donc à Rome afin de connaitre l'avis du pape sur les doctrines développées par L'Avenir ainsi que dans la congrégation de Saint-Pierre naissante. D’abord confiants, ils déchantent vite face à l'accueil qui leur est accordé. En effet, contrairement à leurs attentes, le , le pape Grégoire XVI, condamne leurs idées libérales par l'encyclique Mirari Vos. Après de nombreuses hésitations, les auteurs écrivent une lettre publique de soumission à l'encyclique et renoncent à faire paraître L'Avenir. Lamennais est, quant à lui, condamné une nouvelle fois par le pape en 1834 par l'encyclique Singulari Nos. Cette condamnation marque la fin de l'amitié avec Montalembert..
En 1835, Charles de Montalembert rédige un ouvrage intitulé Histoire de sainte Élisabeth, duchesse de Thuringe et tertiaire franciscaine du . Ce livre présente une histoire du et une apologie de l’apport civilisationnel de l’Église, influencé par le mouvement romantique. Il rédige ce livre à l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes.. Le livre est un important succès de librairie tout au long du .
Après la publication de l'Histoire de sainte Elisabeth, séduit par la vie monastique et encouragé en ce sens par Lacordaire et dom Guéranger, Montalembert hésite à choisir cette voie. Cependant, il conserve durant le reste de sa vie une relation épistolière importante avec le supérieur général de l'abbaye de Solesmes, dom Guéranger.
Mariage avec Anna de Mérode (1836) Il rencontre Marie-Anne (dite Anna) de Mérode, fille du comte Félix de Mérode, héros de l’indépendance de la Belgique en 1830 et conseiller du roi , et de Rosalie de Grammont, dont le père, le marquis de Grammont, était l’un des principaux actionnaires de L'Avenir.
Anna de Mérode est âgée de 18 ans en 1836. Les deux jeunes gens sont unis le à Trélon, dans le château de la famille de Mérode en Hainaut français, lors d’une cérémonie présidée par Philippe Gerbet. Suit un voyage de noces en Allemagne et en Italie. Reçus par Manzoni à Milan, les jeunes époux partent ensuite pour Rome. Montalembert, plusieurs fois reçu en audience par le pape Grégoire XVI, proteste alors devant lui de sa fidélité à son égard, achève de renier Lamennais et ses Affaires de Rome, critique l'archevêque de Paris, Hyacinthe-Louis de Quélen, et les gallicans français, et plaide les causes de Gerbet et de Lacordaire.
Carrière parlementaire (1837-1850)