John Holker juniorPlutôt que de dire John Holker fils pour le distinguer de son père, on a opté pour John Holker junior car il est né en Angleterre et mort aux États-Unis, né à Manchester en 1745 et mort à Berryville (Virginie) le , est un manufacturier français, inspecteur général des manufactures à la suite de son père et acteur de la Révolution américaine, nommé en 1778 consul de France en Pennsylvanie, puis en 1779 consul général de France pour les quatre États du Delaware, de Pennsylvanie, de New York et du New Jersey. Il fut en même temps nommé agent général de la Marine royale de France et à ce titre eut à gérer la logistique et les finances du corps expéditionnaire français.
Parcours Débuts en France vignette|gauche|John Holker, père vignette|la spinning jenny d'Hargreaves John Holker est le fils de John Holker et d'Elizabeth Hilton, né en 1745 à Manchester. Son père, un Jacobite capturé à la bataille de Culloden et condamné à mort, s'échappe en de la prison de Newgate à Londres et gagne la France, où sa mère le rejoint avec leur enfant. À Rouen où la famille s'est installée, il est initié très tôt aux pratiques de l'industrie textile par son père, qui l'associe progressivement à toutes ses affaires : à partir de 1764, il accompagne son père, inspecteur général des manufactures, dans ses tournées d'inspection, en 1768, il entre au capital de la société Chatel et , créée à Rouen pour la production d'acide sulfuriqueJacques Delécluse, John Holker, Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, 2001, p. 154, en 1768 également, il devient le l'adjoint de son père dans la charge d'inspecteur général des manufactures et écrit à son tour des rapports au bureau du Commerce, en 1769, il entre au capital de la manufacture de velours de coton de Sens, créée par son père en 1760, à l'occasion d'un nouveau tour de tableSerge Chassagne, Le Coton et ses patrons, France 1760-1840, p. 69.
Avec ses parents, il a reçu des lettres de naturalisation en . Le , il épouse à Rouen Saint-Jeanéglise détruite à la Révolution Marguerite Quesnel, fille de Nicolas Louis Quesnel et d'Élisabeth Baraguey. Le père est un riche négociant et échevin de Rouen, conseiller-secrétaire du roi en la Chancellerie près le Parlement de Rouen Sur cette famille, voir Philippe Champy, « De l'Andelle au Vexin normand, l'implantation d'une dynastie rouennaise du négoce, les Quesnel », Études normandes, 3/2011., par sa mère, fille de Thomas Baraguey, officier en la Cour des monnaies de Rouen, et d'Elisabeth Marc, elle est la cousine germaine de Thomas Pierre Baraguey et la parente de Louis Baraguey d'Hilliers. Ils ont un fils, Jean, né en 1770, qui fera carrière lui aussi dans l'industrie. En 1771, se situe une mission qui fera date : à l'automne, John Holker junior part à la demande de son père pour l'Angleterre, avec mission de se renseigner sur les innovations technologiques apportées dans le domaine de l'industrie textile par Hargreaves (la spinning jenny, de 1765) et Arkwright (la water frame de 1769). Il réussit à se procurer une spinning jenny, qu'il expédie en pièces détachées en France. Il participe ensuite à son installation dans la manufacture de Sens. Après avoir vérifié son bon fonctionnement et son haut rendement, elle sera copiée et installée dans les autres manufactures du royaume. De 1770 à 1774, son père résume ainsi ses activités : Une activité débordante, donc, et qui touche à toutes les branches de l'industrie sauf la métallurgie. Holker junior suit de près la fabrication d'acide sulfurique en raison de ses multiples usages dans les industries précitées : blanchisserie, alun, teintures, etc. Il a pris en main le dossier de Chatel et et demande en 1775 des avantages supplémentaires pour la compagnie, dont l'entrée en franchise de droits de 70.000 livres par an de salpêtre au lieu des 30.000 accordés en 1768. Sa demande est ratifiée par arrêt du . Le , la consécration intervient : il est nommé inspecteur général des manufactures, aux appointements de 24.000 livres par an nous dit le biographe de son père, André RémondAndré Rémond, John Holker, p. 126, note 423.
Participation à la Guerre d'Amérique vignette|Le Ray de Chaumont, par NiniJean-Baptiste Nini dirigeait une manufacture de cristaux que possédait Le Ray de Chaumont à Chaumont-sur-Loire vignette|Vergennes, par Callet vignette|Conrad Alexandre Gérard vignette|President's House, Philadelphie vignette|Robert Morris, par Charles Willson Peale vignette|Thomas Fitzsimons vignette|papier-monnaie émis par le Congrès en 1776 C'est la même année que prend corps l'aventure américaine d'Holker junior. Il a deux parrains qui vont jouer un rôle clé dans cette aventure : Le Ray de Chaumont et Benjamin Franklin, l'un et l'autre grands amis de son père. Chaumont est un riche financier aux activités multiples, notamment dans l'industrie textile. Son biographe, Thomas J. Schaeper, écrit à propos d'Holker père et fils : « Chaumont was one of the Holkers' first and most fervent supporters. Together with them and on his own, he contributed to the spread of the spinning jenny and other novelties ». Quant à Franklin, il partage pleinement le goût des Holker pour les inventions et le progrès technique, et est vite devenu ami proche du père. Les nombreuses lettres échangées, publiées par la Library of Congress, les National Archives (Founders online), les universités (spécialement Yale) et les associations témoignent de leurs relations, ainsi que les Mémoires de Franklin lui-mêmelire en ligne.
L'un des plus actifs lobbyistes auprès du ministre Vergennes est Le Ray de Chaumont. Si, en France, nombre d'intellectuels, dont Voltairelire en ligne, se passionnent pour l'Amérique et l'esprit de liberté qui y souffle, les motivations du ministre sont plus mercantiles : il souhaite détacher l'Amérique de la dépendance britannique pour réorienter au profit de son pays le commerce transatlantique. Chaumont, qui rêve de nouveaux marchés pour ses entreprises, ne peut qu'abonder dans ce sens. Et, à Londres, l'agent du gouvernement, Beaumarchais, devance les souhaits de Vergennes, quand il esquisse des accords avec l'envoyé du Massachusetts, Arthur Lee, qui prévoient que des fournitures militaires seront envoyées aux insurgents en échange de produits locaux tels que tabac, coton, riz ou bois ; il propose par ailleurs d'envoyer, via la société qu'il a créée à cet effet, Roderigue Hortalez, de la poudre fabriquée en France aux insurgents ; en même temps, il donne une présentation flatteuse des forces américaines. Vergennes se méfie et veut contrôler ces informations. En 1776, il envoie en Amérique un émissaire secret, Achard de Bonvouloir. En 1777, Beaumarchais est mis sur la touche mais Vergennes a de plus en plus besoin d'informations et de contacts avant d'engager officiellement la France. Il choisit sur le conseil de Chaumont de confier cette mission à Holker junior, et lui délivre le ses instructions. Henri Doniol commente ainsi cet épisode : Henri Doniol ne se trompe pas quand il dit que Le Ray de Chaumont est en affaires avec les Holker, des affaires qui durent depuis plus de dix ans. Il leur a même présenté en l'envoyé américain Silas Deane avec qui ils ont conclu un important contrat de fournitures d'uniformes. C'est l'entreprise Sabatier et Després, de Montpellier, qui en a été chargée, sous la supervision d'Holker junior, et le transport s'est fait par Bordeaux, dans les bateaux de Beaumarchais.
Les instructions écrites données à Holker sont complétées d'instructions verbales, transmises à Chaumont par Conrad Alexandre Gérard, le premier commis de Vergennes. John Holker aura à éloigner les principaux du Congrès de faire la paix avec la métropole autrement que sur le pied de l'indépendance absolue et sous la condition que d'autres nations seraient garantes de cette paix, sans cela trop facile à rompre de la part de cette métropole. Holker part début décembre pour Dunkerque, juste avant que ne parvienne à Versailles la nouvelle de la victoire de Saratoga. Vergennes lui fait donc envoyer le de nouvelles instructions. Il y rappelle les motifs pour lesquels le Roi n'avait pas jusqu'ici donné des preuves effectives des dispositions favorables de la maison de BourbonCes motifs tiennent à l'incertitude qui a régné du fait de la division des chefs et des partis, et des revers militaires subis. Il y indique qu'en présence des succès américains, on attend de leurs représentants des propositions et que l'on réserverait à celles qui seraient faites ces preuves effectives. John Holker embarque finalement en , sans connaître le traité d'alliance qui vient d'être signé avec les États-Unis. Le , Paris lui envoie le message suivant : Les services de Vergennes sont un peu optimistes, car quand Holker se présente devant le Congrès siégeant à YorkLe Congrès avait abandonné provisoirement Philadelphie en raison des combats, mais y revint dès juillet, il n'a pas de lettres de créance sur lui, juste des lettres de recommandation de Silas Deane pour Robert Morris et de Benjamin Franklin pour John Hancock et Jonathan Williams neveu de Franklin et important négociant et on doute qu'il parle au nom du gouvernement français. Mais sa situation va rapidement être officialisée avec l'arrivée de GérardConrad Alexandre Gérard, véritable artisan des traités signés en février, a embarqué début avril pour l'Amérique, sous le pseudonyme étonnant de Monsieur de Munster, nommé ministre plénipotentiaire de France aux États-Unis. Le à Philadelphie, Gérard nomme Holker consul de France pour la Pennsylvanie et agent général de la Marine royale, avec la responsabilité d'assurer les subsistances et fournitures de ce corps. Selon les arrangements entre Vergennes et Antoine de Sartine, son collègue de la Marine, Chaumont procure des crédits aux forces navales, qu'Holker utilise, dans un curieux mélange de genres entre public et privé. Le , Gérard va en grande tenue présenter ses lettres de créance au Congrès, dans un carrosse à six chevaux qu'on a mis à sa disposition, tandis qu'Holker suit dans le carrosse de Gérard. Holker a pris résidence dans une des plus belles maisons de Philadelphie, The President's House, ainsi nommée parce qu'elle a abrité dans les années 1790 George Washington, et qui, au début des années 1770, était habitée par la fameuse famille PennPresident's_House. La maison représentée sur la gravure n'est qu'une partie de l'ancienne maison Penn et Holker, qui a brûlé en 1780. Maison démolie au , mais ses restes ont été transformés récemment en mémorial, d'où l'état tire son nom.