La cryothérapie corps entier est une technique de cryothérapie qui utilise l'application du froid à l'ensemble du corps pour le traitement des maladies.

Bien que la cryothérapie soit largement utilisée, il existe peu de preuves quant à son efficacité qui aient été répliquées ou démontrées dans de grandes études contrôléesWhole-body cryotherapy: empirical evidence and theoretical perspectives, Open Access Journal of Sports Medecine, 5:25-36Nic Fleming, Whole-body cryotherapy: what are the cold hard facts?, The Guardian, 24 juillet 2017. Ses effets secondaires à long terme n'ont également pas été étudiés. En dépit de l'effet de mode, cette pratique comporte donc des risques possibles pour les personnes y ayant recoursWhole Body Cryotherapy (WBC): A Cool Trend that Lacks Evidence, Poses Risks, U.S. Department of Health and Human Services National Institutes of Health, 9 mars 2017.

Histoire

La cryothérapie existe depuis l’Antiquité et est notamment attribuée à Hippocrate. Il mentionne son utilisation dans l'une des œuvres de son corpus,

Des Airs, des eaux et des lieux.

Il est surtout fait mention de « psychrolousia », qui désigne l'utilisation du bain froid.

Elle fut surtout vantée par les populations nordiques adeptes des bains hivernaux en eau glacée ou dans la neige. Mais, c’est seulement depuis les années 1970 que l’application de froid par vessie de glace ou spray froid a commencé à intéresser les scientifiques.

Les Japonais ont été les premiers à mettre au point une méthodologie scientifique permettant l’évaluation des résultats obtenus par l’abaissement de la température cutanée ; c’est le docteur Yamauchi qui, voyant les bénéfices de l’application locale du froid met au point la première chambre de cryothérapie en 1978 (un caisson où la température descend à -). En effet, en appliquant la cryothérapie au corps entier l’objectif est de permettre le traitement des affections articulaires et musculaires notamment. Ce n’est que dans les années 1980 que la cryothérapie appliquée au corps entier se pratique en Europe. En Allemagne, le professeur R. Fricke crée sa propre chambre de cryothérapie en 1982. Les chambres froides de Yamauchi et Fricke diffèrent par la création du froid par azote liquide pour le premier et par trois compressions successives d’un gaz pour le deuxième.

On peut noter que les États-Unis ne s’intéressent à cette technique que tardivement, ce qui a permis ensuite le développement de la cryothérapie corps entier qui est maintenant une technique de plus en plus étudiée.

La cryothérapie consiste en une exposition très brève du sujet, tête comprise ou non, à des températures extrêmement basses. L’objectif du traitement est de créer un choc thermique pour stimuler des réactions physiologiques positives. Il existe plusieurs types d’installation variant par la taille et la température atteinte à l’intérieur.

Il existe deux modes de propagation du froid dans les tissus, la conduction tissulaire locale vers les éléments cutanés et sous tégumentaires et la conduction vasculaire locale puis générale par convection liée au système capillaire et aux gros vaisseaux.

Le sang va amener la baisse de température à distance pour faire baisser la température corporelle globale.

Effets du froid et régulation thermique

Niveau cutané L’application de froid au niveau de la peau va provoquer plusieurs réactions : La convection extracorporelle, c’est l’échange d’énergie thermique entre l’air et la peau ou un autre fluide et la peau. La convection intracorporelle, c’est l’échange d’énergie thermique entre le sang et les tissus. En effet, la circulation du sang permet le refroidissement de la totalité de la température corporelle à cause de sa circulation rapide dans tout le corps.

L’abaissement important de la température corporelle engendre un choc thermique plus ou moins important, les récepteurs transmettent l’information et activent notamment le complexe hypothalamo-hypophysaire. En cryothérapie corps entier par exemple le choc thermique peut faire passer la température cutanée de à (jamais en dessous de car il y des risques de lésions nerveuses) et faire baisser pour une chambre froide à - la température interne du corps de -0,.

Niveau physiologique Système vasculaire L’exposition au froid augmente l’activité du système nerveux sympathique qui va libérer de la noradrénaline (hormone de stress) dans le sang. La noradrénaline va donc provoquer l’augmentation de la pression artérielle et une vasoconstriction périphérique, c’est un réflexe du corps qui permet de protéger de la diminution trop grande de la température corporelle.

Au bout d’un certain temps le corps va aussi répondre par la qui consiste en une succession de vasodilatation et vasoconstriction en dessous d’une température de la peau de .

Effets sur l'inflammation Dans plusieurs études les effets de la cryothérapie sur l’inflammation sont décrits. Par exemple, une étude sur une équipe professionnelle de rugby a mis en évidence la diminution des cytokines pro-inflammatoires et des prostaglandines E2 (PGE2) ainsi que l’augmentation des cytokines anti-inflammatoires. Cela empêche la formation d’œdèmes et augmente la récupération musculaire.

Une étude de la littérature en 2017 déduit queGiovanni Lombardi, Ewa Ziemann, et Giuseppe Banfi, Whole-Body Cryotherapy in Athletes: From Therapy to Stimulation. An Updated Review of the Literature, Frontiers in Physiology, 8(258), 2 mai 2017: La cryothérapie corps entier (CCE) induit des effets anti-inflammatoires. Les résultats concernant l'effet sur l'IL-6 ne sont pas toujours concordants, probablement en raison des différences entre les protocoles expérimentaux appliqués. En résumé, une seule session de cryothérapie corps entier augmente la concentration en IL-6, tandis que plusieurs sessions la rétablissent à leur niveau de référence. En ce sens, la CCE semble avoir le même impact que celui induit par l'exercice. Plus systématiquement, les cryothérapies corps entier stimulent la réponse anti-inflammatoire (diminution de l'IL-1β et augmentation de l'IL-10, IL-1Ra). La capacité physique influe sur la réponse inflammatoire à la cryothérapie corps entier chez les non-athlètes.

Ils en concluent que des investigations devraient viser à déterminer si une réduction de l'inflammation a un effet bénéfique sur les performances des athlètes s'ils combinent entraînement et cryothérapie corps entier.

Fonction respiratoire La réaction du système sympathique au froid est à l’origine d’une légère bronchodilatation. Les résultats d’une étude menée par Bandopadhyay et Selvamurthy en Arctique ont mis en évidence que le volume expiré maximal par seconde (VEMS) diminuait dans les premiers jours mais revenait à son volume initial après quelques semaines. D’autres études concordent à dire que la cryothérapie corps entier en particulier a un effet de diminution du VEMS qui s’estompe 30 minutes en moyenne après la séance. Ainsi, l’utilisation des chambres de cryothérapie pour les personnes atteintes d’insuffisances respiratoires doit être faite avec précautions.

Système immunitaire De manière empirique les populations nordiques nageaient régulièrement en eau froide dans le but de renforcer leurs défenses immunitaires. Aujourd’hui, certaines études ont mis en évidence l’augmentation significative de marqueurs de l’immunité comme les lymphocytes CD25 et les monocytes CD14 par exemple avec Jansky et al. qui ont observé cet effet après plusieurs immersions dans une eau à trois fois par semaine. Ces résultats ont été renforcés par des études ultérieures. On peut en conclure que la nage en eau froide permet de préparer dans une certaine mesure la réponse inflammatoire du système immunitaire.

Niveau neurologique L’une des premières applications du froid sur le système nerveux est la diminution de la douleur. En effet dans un premier temps le froid diminue la vitesse de transmission des influx nerveux et donc diminue la douleur. De plus, lorsque tout le corps est exposé à un froid intense, on peut voir le phénomène de « gate control », qui consiste à noyer le cerveau d’informations n’utilisant pas les fibres nerveuses spécialisées pour la douleur et étant plus rapidement intégrées dans le but de freiner les informations sur la douleur et ainsi provoquer un effet antalgique.

On peut aussi trouver des études sur d’autres applications du froid au système nerveux central. Effectivement, une étude menée par Rymaszewska et al. a eu comme conclusion que la cryothérapie corps entier permettait de traiter certains symptômes de la dépression en améliorant la sommeil, la relaxation ou encore l’endormissement. Le froid intense activerait la thermorégulation sur l’axe hypothalamo-hypophysaire et le système opioïde endogène qui sont souvent déréglés dans les syndromes dépressifs.

La cryothérapie est aussi utilisée dans le traitement de la spasticité pour ses effets de baisse de la sensibilité des fuseaux neuromusculaires par la diminution de l’acidité intracellulaire et de l’ischémie ainsi que la baisse du flux de calcium dans la cellule.

Niveau musculaire On peut noter que tous les sportifs s’accordent à dire qu’ils ressentent plus de facilité et moins de souffrance pour faire leurs exercices après une séance de cryothérapie. Cependant, les études actuelles ne permettent pas de prouver un effet assez important de la cryothérapie sur le muscle.

A contrario, la cryothérapie a bien un effet sur le stress oxydatif qui est mis en évidence par l’équilibre entre oxydants et antioxydants. Le surentraînement provoque un déséquilibre des proportions entre oxydants et antioxydants, plusieurs études montrent une diminution de la production des éléments responsables de l’oxydation des tissus lors d’un entrainement effectué après une séance de cryothérapie.

Le froid intense avant une séance de sport diminue aussi la production d’enzymes lysosomales (destructrices des tissus après l’effort physique) ce qui permet aux tissus d’être moins lésés et favorise donc en théorie une meilleure récupération.

Aspects pratiques de la CCE (cryothérapie corps entier)

Les différents types de matériels pour la CCE La chambre cryogénique alt=Chambre cryogénique|vignette|Chambre cryogénique Une chambre cryogénique est constituée au moins de deux pièces avec une chambre préliminaire et une chambre principale. Dans la première, la température est en général d’environ -. Dans la chambre principale, la température est encore plus basse car elle est généralement maintenue entre - et -. Ce type d’installation peut contenir une troisième pièce. Il s’agit en fait d’un sas supplémentaire situé avant la chambre préliminaire avec une température qui est fixé environ à -. Les effets se font ressentir pendant 6 à 8 heures.

La cabine cryogénique La cabine cryogénique est une cabine individuelle où la température est comprise entre - et -. Le sol de la cabine est amovible ce qui permet de l’adapter à la taille du sujet et donc de l’immerger seulement jusqu’au cou et de laisser la tête en dehors de la cabine. De cette manière, il va respirer l’air ambiant et n’aura donc pas besoin de porter de masque qui protègerait le nez et la bouche contrairement à la chambre cryogénique. Ce type de matériel est plus économique, plus facilement transportable et la communication entre le sujet et le thérapeute est beaucoup plus aisée puisque le thérapeute peut rester juste à côté du patient.

Le principe de la CCE veut que l’environnement soit totalement sec à l’intérieur de la pièce notamment pour permettre à l’organisme de résister à de telles variations de température sans provoquer d’hypothermie ou tout autre traumatisme lié au froid. La CCE vise à créer un choc thermique, c’est-à-dire à abaisser la température cutanée au maximum et en un minimum de temps.