thumb|right|L'aigle à deux têtes byzantin Durant la majeure partie de son histoire, l'Empire romain d'Orient ne semble pas avoir utilisé d'héraldiques, au sens où on l'entend en Europe de l'Ouest. Divers emblèmes, en grec σημεῖα (sēmeia), ont été utilisés dans les cérémonies officielles et à des fins militaires, tels que des bannières ou des boucliers sur lesquels étaient peints différents motifs tels que la croix ou le labarum. L'utilisation de la croix et des icônes du Christ, de la Vierge et de saints divers est également attestée sur les sceaux des officiers de l'Empire, même si ces derniers étaient plutôt utilisés comme des emblèmes familiaux..
Insignes de l'Empire Les aigles vignette|Flavius Anastasius (consul en 517) en tenue consulaire, tenant un sceptre à tête d'aigle L'aigle impériale à une seule tête, symbole de l'Empire romain, continua à être utilisé dans l'Empire byzantin, bien que beaucoup plus rarement. Ainsi, les « porteurs d'aigles » (), descendants des aquiliferi des légions romaines, sont encore attestés au dans le Strategikon de Maurice, bien qu'il soit impossible de déterminer si les titres qu'ils portaient ressemblaient à ceux des légionnaires aquilaeBabuin, A. (2001). "Standards and insignia of Byzantium". Byzantion: Revue internationale des études byzantines. 71 (1): 5–59.. L'aigle cesse d'apparaître sur les pièces de monnaie à partir du , même si on le trouve encore de temps en temps sur les sceaux officiels et sur les bas-reliefs en pierre. Dans les derniers siècles de l'Empire, des aigles seront encore cousues sur les vêtements impériaux, et peintes dans les manuscrits enluminés en tant que décoration de coussins (suppedia) sur lesquels les empereurs se tenaient.
L'emblème le plus souvent associé à l'Empire byzantin est l'aigle à deux têtes. Son apparition est antérieure à l'époque byzantine. Il s'agirait d'un motif traditionnel provenant d'Anatolie durant la période hittite. Les Byzantins, quant à eux, ne l'ont utilisé que dans les derniers siècles de l'EmpireSoloviev, A. V. (1935). "Les emblèmes héraldiques de Byzance et les Slaves". Seminarium Kondakovianum (en français). 7: 119–164.. L'adoption de l'aigle à deux têtes a parfois été datée du milieu du lorsque les Comnènes l'ont, dit-on, adopté en s'inspirant de gravures rupestres hittites provenant de leur Paphlagonie natale. Cette thèse semble bien erronée : bien que l'aigle à deux têtes commence effectivement à être utilisée comme motif décoratif dans l'art byzantin au cours du , aucune relation n'est attestée entre ce symbole et la famille impériale avant le et la dynastie des Paléologues. Avant cette période, à la fin du et tout au long du , l'aigle fut utilisée dans le nord de la Syrie et de la Haute Mésopotamie. Les sultans artukides d'Amida en Mésopotamie l'utilisèrent comme insigne. Il fut notamment arborée sur les pièces de la dynastie zengide. Saladin et le sultan seldjoukide Kay Qubadh l'ont également utilisée comme motif décoratif de leurs édifices.
Les empereurs paléologues utilisèrent l'aigle à deux têtes comme un symbole des membres supérieurs de la famille impériale. Elle est alors principalement utilisée sur les vêtements et autres costumes, comme l'atteste Georges Kodinos dans son Livre de Bureaux au milieu du . Selon Kodinos, l'empereur portait des chaussures particulières (tzangia) avec des aigles de perles sur les deux tibias et sur le cou-de-pied. Les despotes portaient des bottes similaires de blanc et de pourpre, et faisaient broder des aigles de perles sur leurs selles, tandis que les tapis de selle et les tentes étaient décorées avec des aigles rouges sur fond blanc. De manière similaire, le sébastokrator portait des bottes bleues avec des aigles brodées de fil d'or sur fond rouge, tandis que son tapis de selle était bleu avec quatre aigles brodées de rouge. La seule occasion notable durant laquelle l'aigle à deux têtes fut affichée sur un drapeau fut le voyage de l'empereur Jean VIII Paléologue au concile de Florence, durant lequel l'aigle fut brodée sur le drapeau du navire de l'Empereur. Ce point fut noté par Sphrantzès et confirmé par sa représentation sur les portes de la basilique Saint-Pierre réalisées par le Filarète.
Dans le monde byzantin, l'aigle (teintée d'or sur fond rouge) a également été utilisée par le despotat de Morée et par la Gattilusi de Lesbos, qui ont été des vassaux des empereurs paléologuesSoloviev, A. V. (1935). "Les emblèmes héraldiques de Byzance et les Slaves". Seminarium Kondakovianum. . L'aigle à deux têtes a par ailleurs été utilisée dans l'enclave dissidente de l'empire de Trébizonde, ce qui est attesté par les vêtements impériaux et drapeaux de l'époque. En effet, les portulans de l'Ouest ont utilisé l'aigle à deux têtes (argent/or sur rouge/vermillon) aux comme symbole de Trébizonde plutôt que de Constantinople. Des aigles à une tête sont également attestées sur des pièces de monnaie de Trébizonde, et une source datant de 1421 dépeint le drapeau de Trébizonde comme un drapeau jaune et rouge orné d'une tête d'aigle. Selon toute vraisemblance, tout comme dans le métropole byzantine, les deux motifs continuèrent d'être utilisés côte à côte.
D'autres États des Balkans suivirent le modèle Byzantin : les Serbes principalement, mais aussi les Bulgares et l'Albanie sous Georges Kastrioti (plus connu sous le nom de Scanderbeg). À partir de 1472, l'aigle fut également adoptée par la grande-principauté de Moscou puis par la Russie. Dans l'Ouest de l'Europe, le Saint-Empire romain germanique adopta de la même façon l'aigle à deux têtes au milieu du sous le règne de Frédéric II Hohenstaufen, et l'utilisa en parallèle de sa version à une seule tête.
Croix tétragrammatique thumb|upright=0.85|Relief de la croix tétragrammatique en tant qu’armoiries impériales, au Musée archéologique d'Istanbul
Sous les Paléologues, l’emblème de la dynastie régnante — et ce qui s’apparente le plus à un « drapeau national » byzantin selon Soloviev — était la « croix tétragrammatique », composée d’une croix d’or ou d’argent avec, dans chacun des quatre cantons, une lettre bêta « Β » de la même couleur, souvent interprétée comme des fer-à-feu.
En tant qu’emblème, la croix était déjà largement utilisée à Byzance depuis l’Antiquité tardive. Dès le , des croix cantonnées de lettres sont connues, notamment sur les monnaies, formant les acronymes d’invocations variées, par exemple des croix cantonnées de « X » pour (« Croix du Christ, accorde ta grâce aux chrétiens »), ou les lettres ϹΒΡΔ pour (« Ta croix, assiste le seigneur Romain »). Des représentations de drapeaux à croix cantonnées de disques dorés sont attestées dès le , et une image très proche du motif des Paléologues est connue dès le début du .
La croix tétragrammatique devient très fréquente aux : elle figure sur les monnaies sous le règne conjoint d’Andronic II et de Michel IX, sur plusieurs portulans occidentaux pour désigner Constantinople et d’autres villes byzantines, au-dessus d’une fenêtre du palais du Porphyrogénète, et elle est décrite par le pseudo-Kodinos comme le « drapeau impérial habituel » (). Sur les monnaies, les « B » sont souvent accompagnés de cercles ou d’étoiles jusqu’à la fin de l’Empire, tandis que des sources occidentales montrent parfois le drapeau comme une simple croix dorée sur fond rouge, sans les lettres. Le symbole a aussi été adopté par des vassaux byzantins, comme les Gattilusio à Lesbos après 1355, ou les seigneurs latins de Rhodes, Vignolo dei Vignoli et Foulques de Villaret. Il fut apposé sur les murs de Galata, sans doute comme marque de la suzeraineté — surtout théorique — de l’empereur byzantin sur la colonie génoise. Avec l’aigle bicéphale, la croix tétragrammatique fut aussi adoptée dans les armoiries de la branche cadette des Paléologues régnant au marquisat de Montferrat. Elle fut également adoptée en Serbie, avec quelques modifications.
L’interprétation symbolique de l’emblème dépend de l’identification des quatre motifs comme des lettres ou des fers-à-feu — une question sur laquelle les sources contemporaines sont elles-mêmes contradictoires et qui a donné lieu à un long débat, déjà engagé au par Du Cange et Marc de Vulson de La Colombière. Une source française de la fin du les décrit explicitement comme des lettres, tandis qu’un voyageur espagnol du milieu du et le pseudo-Kodinos les appellent des « fers-à-feu » (, pyrekvola). Toutefois, comme le souligne Philip Grierson, l’usage symbolique des lettres était profondément ancré dans la culture grecque, et l’interprétation par Kodinos reflète sans doute une influence occidentale.
Les deux lectures traditionnelles des « Β » sont (« Roi des rois régnant sur ceux qui règnent ») et (« Le roi des rois règne sur les souverains »), mais selon le numismate Ioannis Svoronos, ces interprétations sont des créations postérieures dues à Vulson de la Colombière. Svoronos propose trois autres lectures, incorporant le symbole de la croix dans la devise : (« Croix du Roi des rois, viens en aide à l’empereur »), (« Croix du Roi des rois, aide la ville régnante [Constantinople] »), et (« Croix du Roi des rois, règne souverainement »). Le héraut grec G. Tipaldos rejette les lectures de Svoronos et propose que les lettres répètent simplement la devise (« Croix, secours-nous »)
Emblèmes personnels et familiaux vignette|droite|Sceau typique byzantin de Théodora Paléologue, épouse de David VI de Géorgie : la Vierge Marie figure à l’avers et un portrait de Théodora avec ses titres au revers. vignette|droite|Relief sur le château de Mytilène montrant le chiffre de la famille des Paléologues (à gauche), l’aigle bicéphale byzantin (au centre) avec les armoiries des Gattilusio sur sa poitrine, et l’aigle de la famille Doria (à droite).
Contrairement aux seigneurs féodaux occidentaux, les familles aristocratiques byzantines ne semblent pas avoir utilisé, autant qu'on le sache, de symboles spécifiques pour se désigner elles-mêmes ou leurs partisans. Ce n’est qu’à partir du , alors que l’Empire entra en contact plus étroit avec les Occidentaux du fait des croisades, que l’héraldique commença à se diffuser à Byzance. Même dans ce contexte, les motifs utilisés dérivaient largement de symboles hérités des siècles précédents, et leur usage se limitait aux grandes familles de l’Empire. Bien plus fréquents, aussi bien sur les sceaux que dans les éléments décoratifs, étaient les chiffres ou monogrammes (en grec : συμπίλημα, sympilēma), où les lettres du nom personnel ou familial du porteur étaient agencées autour d’une croix.
vignette|Armoiries d’Andronic II Paléologue sur les anciennes murailles maritimes de Constantinople, dessinées par Mary Adelaide Walker au . Un autre motif très occidental figurait sur l’une des tours aujourd’hui détruites des murailles maritimes de Constantinople, restaurée par Andronic II Paléologue (règne 1282–1328), et portait l’emblème de l’empereur : un lion rampant couronné, tenant une épée.
L’usage fréquent du symbole de l’étoile et croissant, que l’on retrouve sur les monnaies, les insignes militaires, voire parfois comme emblème municipal de la capitale impériale, semble remonter au culte d’Hécate Lampadéphore (« porteuse de lumière ») dans la Byzance hellénistique. En 330, Constantin Ier utilisa ce symbole lors de la dédicace de Constantinople à la Mère de Dieu.
On sait qu’Anna Notaras, fille du dernier mégaduc de l’Empire byzantin, Lucas Notaras, fit réaliser un sceau après la chute de Constantinople et son exil en Italie. Celui-ci représentait deux lions se faisant face, tenant chacun une épée dans la patte droite et un croissant dans la patte gauche. Toutefois, ce motif semble avoir été conçu postérieurement à son installation en Italie. À l’inverse, l’adaptation de formes byzantines à un usage occidental est manifeste dans le sceau d’André Paléologue, qui présente l’aigle bicéphale impérial sur un écu, une pratique inconnue à Byzance
Drapeaux et insignes militaires