vignette|Quentin Durward et le Balafré, musée des Beaux-Arts de Caen, vers 1828-1829. Esquisse d'Eugène Delacroix inspirée par une péripétie du roman Quentin Durward de Walter Scott.

Un roman historique est une des formes variées du roman. Œuvre de fiction historique, elle prend pour toile de fond un épisode (parfois majeur) de l'Histoire, auquel elle mêle généralement des événements et des personnages réels et fictifs. Apparu à la fin du , avec comme principaux auteurs Madame de La Fayette et César Vichard de Saint-Réal, le roman historique est enraciné dans une réalité historique reconstruite avec plus ou moins de fidélité.

En 1898, Le Roman historique à l'époque romantique de Louis Maigron est la première étude portant sur ce genre littéraire. Il souligne l'apport décisif des romans historiques de Walter Scott dans l'élaboration du roman moderne.

La Préhistoire Dans un souci permanent d'explorer le lointain, l'Américaine Jean M. Auel fait paraître en 2011 le dernier tome de sa saga préhistorique Les Enfants de la Terre commencée en 1980, au succès phénoménal.

L'exemple du roman antique ou à l'antique vignette|Première édition de Ben-Hur

Les pères fondateurs

Si le roman antique désigne souvent les œuvres romanesques effectivement écrites dans l'Antiquité : le Satyricon écrit au et attribué à Pétrone, courtisan de Néron, et L'Âne d'or d'Apulée (également citoyen de l'Empire romain), écrit au , en sont des exemples représentatifs parmi les romans antiques célèbres les mieux conservés. Le roman à l'antique désigne, quant à lui, une variété spécifique du roman historique. Il s'est épanoui après l'engouement pour le roman historique, originellement médiéval, promu au par le romancier écossais Walter Scott.

Ceux appartenant à l'époque du Moyen Âge sont des adaptations libres de textes latins. Par exemple, le Roman d'Alexandre d'Albéric de Pisançon vers 1110, remanié notamment par Alexandre de Paris après 1180, en vers dodécasyllabiques (à douze syllabes) également nommés alexandrins, raconte des exploits légendaires d'Alexandre le Grand. En ce qui concerne les épopées, La Franciade (1572) instaure un lien généalogique entre Troie et la royauté franque. De même L'Astrée d'Honoré d'Urfé (1607) évoque une quête d'identité nationale. Madeleine de Scudéry publie de 1654 à 1660 les dix volumes de Clélie, histoire romaine, qui met en scène Clélie, héroïne semi-légendaire des tout premiers temps de la République romaine, au av. J.-C. Cependant, il ne faut pas chercher de vraisemblance historique de Clélie ; le roman se veut le reflet de l’actualité de son temps.. En 1809, Les Martyrs de Chateaubriand se déroule dans l'Antiquité romaine tout en traitant des débuts du christianisme. Par ailleurs, il peut être considéré comme le père du roman historique moderne en France.

Après une éclipse, le romantique roman antique refait surface chez des esthètes maniaques du style et du détail historique Les Derniers Jours de Pompéi (1834) du Britannique Edward Bulwer-Lytton (occultiste et auteur de science-fiction) décrit Pompéi, une ville décadente livrée à ses démons. Son compatriote Charles Kingsley contribue en 1853, avec son roman Hypatia, à faire connaître en Europe Hypatie, philosophe néoplatonicienne mathématicienne d'Alexandrie. Par la suite, d'autres romans historiques lui seront dédiés. En France, Théophile Gautier le chantre de « l'art pour l'art » et également auteur de nouvelles se lance dans le roman antique. En 1838, Une nuit de Cléopâtre raconte l'histoire d'un amour entre Cléopâtre et Meïamoun. En 1852, dans Arria Marcella, un touriste anglais ressuscite la beauté de Pompéi ainsi que le conflit entre une belle païenne et son père. Enfin en 1858, Le Roman de la momie met en scène Ramsès et Moïse dans une Thèbes idyllique où Pharaon et Lord Evandale sont amoureux de la princesse Tahoser. En 1862, Salammbô de Gustave Flaubert oppose la puissante Carthage à des Barbares. L'auteur récoltera des critiques catastrophiques, le genre a semble-t-il lassé par ses excès. Ces deux derniers romans souscrivent avant tout à l'exercice du style descriptif, mêlant intimement prose et poésie, atteignant à une nouvelle forme de préciosité. En 1839, Alexandre Dumas se consacre dans Acté à l'histoire de la Grèce. L'héroïne, esclave et favorite du tyran Néron décide de lui rester fidèle après sa mort.

De 1849 à 1857, Eugène Sue, très engagé et habitué du roman historique, trace la lutte des opprimés dans Les Mystères du peuple, ou Histoire d'une famille de prolétaires à travers les âges. La bataille du peuple contre ses oppresseurs débute dans un premier volume intitulé La Faucille d'or. Eugène Sue y raconte la conquête des Celtes par les Romains. Cette saga monumentale, largement méconnue encore., dont les péripéties s'achèvent en 1851 avec l'échec de la Seconde République, sera censurée par le Second Empire.

Peut-on dire pour autant que Fabiola (1854) du cardinal Wiseman et Ben-Hur (1880) du général américain Lew Wallace, héros de la guerre de Sécession, relèvent du brûlot idéologique... Comme Quo vadis ? du Polonais Henryk Sienkiewicz (1896), ils exposent chacun, à travers les débuts du Christianisme et le choc des cultures et des classes, une conception (politique, religieuse, nationaliste...) du monde et de l'histoire conditionnée par son auteur. Les trois prouvent dans le même temps que le romantisme n'est pas mort car le prince juif fictif (ainsi que le gladiateur esclave thrace Spartacus) est un héros romantique typique, faillible et tourmenté, et l'amour compliqué par la différence de religion est l'argument principal des deux autres romans. Quo vadis ? (expression latine qui signifie « où vas-tu ? » et empruntée à une parole des évangiles) vaudra à son auteur le prix Nobel de littérature. Le professeur d'histoire hambourgeois Felix Dahn (1834-1912) remporte un triomphe comparable avec (Un combat pour Rome), publié en 1876 et situé à l'époque de Byzance et des Goths : les sept livres de la saga, non traduite en français et pourtant rivale de l'œuvre de Karl May outre-Rhin, portent les noms de sept rois goths.

Le Français Jean Lombard, prolétaire, syndicaliste et « anarchisant » - et néanmoins esthète -, ne connaîtra pas un destin similaire. Il publie en 1888 L'Agonie sur le règne d'Héliogabale - préfacé par Octave Mirbeau lors de sa réédition en 1901 - et en 1890 Byzance qui se déroule au - préfacé par Paul Margueritte en 1901.

Un écho du présent ? Une seconde éclipse semble marquer le genre au début du même si l'Antiquité demeure une référence obligée en art et dans l'ensemble de la culture occidentale (la mode selon Sonia Delaunay s'inspire de l'Égypte ancienne).

Durant la Belle Époque où Paris semble la capitale de la Grèce antique selon Frédéric Martinez, Prosper Castanier reprend le flambeau du « roman antique » : après La Vierge de Babylone (1898), il publie La Courtisane de Memphis (1900), L'Orgie romaine et La Fille de Crésus (1901), voire Le Lotus du Gange (1903) qui s'essaie à la biographie du fondateur du bouddhisme. Mais le genre a vécu ses plus belles heures ainsi que l'atteste un article de Martinez - Faux comme l'antique ou les ambiguïtés du néoclassicisme, 2008 - qui comporte le sous-titre « de Gustave Flaubert à Prosper Castanier : grandeur et décadence du roman antique » ; la fiction antique serait devenue (mais ce n'est pas nouveau, tant s'en faut) le refuge d'esthètes « navrés par le monde moderne » et a désormais aussi mauvaise presse que la peinture académique façon Gérôme, Cabanel ou Alma Tadema... Dans cet océan d'hommes, Berthe Jeanne Corinne Le Barillier (1868-1927) fait figure d'exception mais publie tout de même sous un pseudonyme masculin (Jean Bertheroy) Cléopâtre en 1891, Les Vierges de Syracuse en 1902 et La Danseuse de Pompéi en 1905. Ces romans sont pareillement tombés dans l'oubli. Gradiva de Wilhelm Jensen (1903) ne doit son salut qu'à la première étude psychanalytique consacrée à un texte littéraire : Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen (1907) rédigée par Freud en personne. Freud justement cite Ayesha, héroïne fantastique de Henry Rider Haggard, dans L'Interprétation des rêves : l'écrivain britannique raconte l'origine de celle-ci et (notamment) ses démêlés avec Nectanébo, pharaon d'Égypte, et Artaxerxès, l'empereur perse, dans (1923), qui fait suite à Elle / She (1887) et au (1905). Edgar Rice Burroughs, auteur américain créateur de Tarzan, a également écrit (écrit en 1941), mémoires d'un esclave au service de l'empereur romain Caligula du .

Il faut attendre les difficiles années 1930 pour voir ressusciter le roman à l'antique. Encore Moi, Claude du Britannique Robert Graves (1934), sur l'empereur romain Claude, semble-t-il (comme les Mémoires d'Agrippine de Pierre Grimal sur Agrippine la Jeune) le résultat des recherches d'un grand latiniste appliqué au roman ou son délassement, davantage que le reflet des préoccupations d'un homme de l'époque moderne. Il souligne l'ambiguïté fondamentale de la fiction historique, qui se creuse à mesure que l'on s'éloigne dans le temps et l'espace. Reprenant les intrigues classiques de la première famille impériale romaine, les Julio-Claudiens (racontées dès l'Antiquité par Tacite et Suétone), Graves laisse le lecteur libre de s'évader dans un autre monde ou de transposer le passé dans le présent. L'Égyptien Naguib Mahfouz quant à lui a mis toute sa jeune poésie au service du conte pharaonique La Malédiction de Râ (1939) qui se déroule sous le règne de Khéops. Et que dire du grand Thomas Mann qui s'attelle aux quatre tomes de Joseph et ses frères, sur l'histoire des personnages bibliques Jacob et de Joseph, de 1933 à 1943...

Certains ouvrages sont plus explicites que d'autres. Ainsi le Spartacus d'Arthur Koestler (1938) est à comparer avec le Spartacus de Howard Fast (1951). Ainsi les héros de Sinouhé l'Égyptien du Finlandais Mika Waltari (1945), également auteur de L'Étrusque - roman initiatique dans le bassin méditerranéen, 1955 - et Les Amants de Byzance) et Barabbas du Suédois Pär Lagerkvist (1950), également auteur de qui se déroule au ) sont-ils, contemporains d'un Pharaon ou de Jésus, avec leur savoir ou leur ignorance, confrontés à des problèmes ordinaires, « omnitemporels », leur destin extraordinaire conditionnant la fiction. L'Américain Thornton Wilder retrace la mort de Jules César, thème classique, dans Les Ides de Mars en 1948. À l'opposé l'un de l'autre semble-t-il, Aux confins de l'œcumène du Soviétique Ivan Efremov (1949) et les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar (1951) ont en commun une quête de vérité. En effet, Efrémov construit, à travers le récit d'une révolte d'esclaves en Égypte mille ans avant Jésus-Christ, un hymne à la liberté et à l'égalité des peuples. De son côté, Yourcenar, à travers les intimes pensées philosophiques et amoureuses de l'empereur romain Hadrien, rappelle la méticulosité d'un Flaubert dans la reconstitution psychologique. En 1954, Richard Llewellyn publie Les Derniers Jours d'Herculanum (ou Le sort en est jeté, The Flame of Hercules en anglais), sur la ville romaine d'Herculanum détruite par l'éruption du Vésuve en l'an 79 , bien moins célèbre cependant que son chef-d'œuvre Qu'elle était verte ma vallée.

L'éclectisme de l'ère contemporaine