Kaïs Saïed (), né le à Tunis, est un homme d'État tunisien, président de la République depuis le . Universitaire spécialisé en droit constitutionnel et juriste de profession, il est président de l'Association tunisienne de droit constitutionnel de 1995 à 2019.

Candidat indépendant à l'élection présidentielle de 2019, bénéficiant d'une image de probité, il est élu au second tour avec 72,7 % des suffrages exprimés, face à l'homme d'affaires Nabil Karoui.

En 2021, alors qu'il jouit toujours d'une importante popularité dans un contexte de blocages politiques et de la pandémie de Covid-19, il s'octroie les pleins pouvoirs, démet des membres du gouvernement et gèle les activités du Parlement, puis le dissout, ce qui constitue un coup d'État selon des opposants et analystes. En 2022, il abroge la Constitution de 2014 et en fait adopter par référendum une nouvelle, caractérisée par un pouvoir exécutif fort et faisant référence à l'islam comme objectif de l'État et source du droit dans le cadre d'un processus contesté.

Largement considéré comme un autocrate, il est aisément réélu en 2024 pour un second mandat lors d'un scrutin verrouillé et marqué par la plus forte abstention à une élection présidentielle depuis l'avènement de la démocratie en 2011.

Situation personnelle Famille et origines Kaïs Saïed est le fils de Moncef Saïed et Zakia Bellagha. Selon Kaïs Saïed, son défunt père. a protégé la jeune Gisèle Halimi des nazis.. Son père est fonctionnaire au ministère des Finances.. Sa mère, issue de la bourgeoisie tunisoise, est femme au foyer, bien qu'éduquée.. Sa famille est membre de la classe moyenne.. Son oncle paternel, Hicham Saïed, est le premier chirurgien pédiatre de Tunisie, connu pour avoir séparé des siamois dans les années 1970..

Vie privée Il est marié à la magistrate Ichraf Chebil, rencontrée à la faculté de droit de Sousse où elle était une de ses étudiantes. Il est père de trois enfants. (deux filles et un fils : Sarah, Mouna et Amrou.). Son frère, Naoufel Saïed, est également impliqué dans la vie politique et le soutient..

Kaïs Saïed effectue ses études secondaires au collège Sadiki..

Cursus universitaire Juriste de formation, sans doctorat., il est spécialiste en droit constitutionnel., et secrétaire général de l'Association tunisienne de droit constitutionnel entre 1990 et 1995 puis vice-président de ladite association depuis 1995..

Directeur du département de droit public à l'université de Sousse entre 1994 et 1999., puis à la faculté des sciences juridiques et politiques de Tunis de 1999 à 2018, il est membre du groupe d'experts du secrétariat général de la Ligue arabe entre 1989 et 1990, expert auprès de l'Institut arabe des droits de l'homme de 1993 à 1995 et devient membre du comité d'experts chargé de réviser le projet de la Constitution tunisienne en 2014. Il est par ailleurs membre du conseil scientifique de plusieurs commissions universitaires..

Professeur invité dans plusieurs universités arabes, il refuse en 2013 de faire partie de la commission d'experts ayant pour mission de trouver une issue juridique au problème de l'Instance supérieure indépendante pour les élections... Il prend sa retraite en 2018.

Ascension politique Premiers engagements

vignette|redresse|Kaïs Saïed en 2013.

En 2010-2011, Kaïs Saïed participe à la révolution tunisienne.. Le , au lendemain de la fuite de Zine el-Abidine Ben Ali, Kaïs Saïed soutient, au sein de sa faculté, la nécessité de convoquer une assemblée constituante.. Il prône, le remplacement de l'Assemblée des représentants du peuple, élue au scrutin direct, par une assemblée composée de élus au scrutin indirect sur une base régionale par les élus locaux, ainsi que l'instauration pour ces derniers d'un mandat révocable... En 2013, au sujet de la réforme de la Constitution, il déclare que et qu'.. Il obtient le soutien du collectif Kasbah 1, qui entend préserver l'héritage de la révolution et dès 2013-2014, Kaïs Saïed participe à plusieurs clubs politiques et réunions, qui rassemblent des jeunes.. En 2016 est créé le mouvement Mouassissoun pour soutenir l'action et les projets de Saïed..

Selon Olfa Lamloum, directrice du bureau de Tunis de l'ONG International Alert, . Pour le sociologue Mohamed Jouili, ..

Élection présidentielle de 2019

vignette|redresse|Kaïs Saïed au cours de la campagne présidentielle de 2019.

Candidat à l'élection présidentielle de 2019.., il n'est affilié à aucune formation politique et mène une campagne aux moyens très limités misant sur sa voix timbrée, son allure d'ascète. et s'exprime dans un arabe littéraire (alors que ses adversaires parlent souvent en dialecte). Il présente un programme anti-corruption et dénonce le non-respect des lois constitutionnelles.., prônant une révision de la manière d'exercer le pouvoir législatif.. Il promet de ne pas résider au palais présidentiel de Carthage et refuse de recevoir des financements publics pour sa campagne. Ses traits figés et son élocution monocorde, mis en lien avec ses thèmes favoris de campagne portant sur le droit et la justice le font surnommer « Robocop ».. Le cœur de son électorat est composé de jeunes diplômés. Également francophone, il accorde plusieurs entretiens dans cette langue au cours de la campagne.

Il arrive en tête du premier tour avec 18,40 %, devant Nabil Karoui (15,58 %), homme d'affaires emprisonné... Dans l'entre-deux tours, Saïed reçoit les soutiens des candidats Abdelfattah Mourou, Hechmi Hamdi., Moncef Marzouki., Lotfi Mraïhi, Seifeddine Makhlouf et Mohamed Abbou... Il cesse, le , de faire campagne pour le second tour afin de respecter l'égalité des chances avec son adversaire Nabil Karoui, en prison depuis fin août qui faisait campagne par l'intermédiaire de sa femme... Il participe le à un débat télévisé face à son adversaire libéré quelques jours avant le second tour..

Kaïs Saïed l'emporte largement au second tour de scrutin selon les sondages de sortie des urnes., ce qui est confirmé par les résultats préliminaires : il obtient en effet 72,71 % des voix contre 27,29 % pour son adversaire.. L'analyste Michaël Ayari, de l'International Crisis Group, affirme : .. Durant la campagne, il cultive l'image d'un homme modeste.. Habitant dans son logement de fonction, il se déplace en bus et en métro. et vient à la rencontre des citoyens en allant dans un café populaire..

Président de la République Investiture et premières mesures

vignette|Kaïs Saïed à son arrivée au palais de Carthage pour son investiture.

Les résultats de l'élection présidentielle sont proclamés à l'identique par l'Instance supérieure indépendante pour les élections le .. Le même jour, Kaïs Saïed choisit son frère Naoufel, lui aussi professeur de droit constitutionnel, pour nommer les conseillers et membres du cabinet présidentiel.. Le bureau de l'Assemblée des représentants du peuple se réunit le et fixe la prestation de serment au .. Cette date correspond à la durée maximale de l'intérim présidentiel de ..

Le , au palais présidentiel de Carthage, après sa prestation de serment devant l'Assemblée sortante, au cours de laquelle il promet de lutter contre le terrorisme et ses causes, ainsi que de garantir les acquis de la femme tunisienne, tout en renforçant ses droits économiques et sociaux, il voit le président par intérim, Mohamed Ennaceur, lui transférer les pouvoirs présidentiels.. D'un point de vue pratique, il refuse de se loger au palais présidentiel de Carthage, préférant sa villa à Mnihla, située dans le gouvernorat de l'Ariana..

Le , il nomme le diplomate Tarek Bettaïeb comme chef du cabinet présidentiel, le général Mohamed Salah Hamdi comme conseiller à la sécurité nationale, tandis que Tarek Hannachi dirige le protocole. Abderraouf Bettaïeb est ministre-conseiller auprès du président de la République, Rachida Ennaifer chargée de la communication, tandis que Nadia Akacha est responsable des affaires juridiques..

Formation du gouvernement et premier conflit avec Ennahdha

vignette|Kaïs Saïed, à droite, avec Mark E. Green au palais présidentiel de Carthage, le 19 février 2020.

Le régime étant semi-présidentiel, Kaïs Saïed a une semaine après son investiture pour charger le parti arrivé en tête des législatives de former un gouvernement. Celui-ci a alors un mois pour obtenir la confiance de l'Assemblée des représentants du peuple.. Le , il désigne Habib Jemli, candidat d'Ennahdha, au poste de chef du gouvernement et le charge de former un cabinet.. Le , l'Assemblée rejette la composition du gouvernement, qui a par ailleurs fait l'objet de retards lors de son annonce. Saïed dispose dès lors de dix jours pour désigner un nouveau chef du gouvernement.. Le , il désigne Elyes Fakhfakh..

Son gouvernement est annoncé le , mais le parti Ennahdha, dont des ministres annoncés y appartiennent, annonce ne pas voter la confiance du fait de la non participation d'Au cœur de la Tunisie.. Une version légèrement modifiée du gouvernement, mais sans la participation d'Au cœur de la Tunisie, est annoncée le . Ennahdha, craignant une dissolution, accepte alors de voter la confiance.. Le , l'Assemblée des représentants du peuple accorde la confiance au gouvernement..

Virage autoritaire et crise politique de 2021-2024

Elyes Fakhfakh démissionne le à la demande du président de la République (ce qui permet à ce dernier de choisir son successeur)., après le dépôt d'une motion de censure par , initiée par les membres d'Ennahdha et d'Au cœur de la Tunisie.. Lors des jours précédents, Fakhfakh avait tenté de remplacer les ministres membres d'Ennahdha.. Par ailleurs, alors que la Constitution permet au chef du gouvernement de remanier son gouvernement, le règlement intérieur de l'Assemblée des représentants du peuple exige un vote de confiance pour les nouveaux membres du gouvernement.. Pour remplacer Fakhfakh, en l'absence de Cour constitutionnelle, alors que la Constitution est floue, il y a désaccord pour savoir si le prochain chef du gouvernement doit être désigné par le parti majoritaire ou par le président de la République.. La présidence annonce cependant que le président de la République nommera un nouveau chef du gouvernement dans les dix jours.. Le soir même, Fakhfakh limoge les ministres membres d'Ennahdha et confie leurs portefeuilles à des intérimaires.. Le , Kaïs Saïed désigne le ministre de l'Intérieur, Hichem Mechichi, pour former un gouvernement... Le , il propose de former un gouvernement composé uniquement d'indépendants.. Le , il en dévoile la composition. qui suscite les réserves d'Ennahdha et d'Au cœur de la Tunisie. et compte huit femmes ainsi qu'un malvoyant.. Le suivant, son gouvernement est investi par contre 67 par l'Assemblée des représentants du peuple..

vignette|Kaïs Saïed avec Sergio Mattarella au palais du Quirinal, le 16 juin 2021.

En , Hichem Mechichi annonce un remaniement ministériel portant sur onze portefeuilles et une modification de plusieurs fonctions gouvernementales.. Les nouveaux ministres obtiennent la confiance de l'Assemblée des représentants du peuple. mais le président Kaïs Saïed refuse de les recevoir pour la prestation de serment, invoquant des suspicions de corruption concernant des ministres et un non-respect de la Constitution en ce qui concerne la délibération du Conseil des ministres à propos du remaniement.. En , Kaïs Saïed refuse de promulguer une loi organique relative à la mise en place d'une Cour constitutionnelle, arguant que les délais ont été dépassés. Il rejette également tout amendement constitutionnel relatif à ce sujet, arguant que la loi fondamentale ne peut être amendée sans l'aval de la Cour constitutionnelle. Il préconise l'adoption d'un nouveau texte. instituant un régime présidentiel et une démocratie directe pour le parlement, ou un retour à la Constitution tunisienne de 1959..

vignette|Kaïs Saïed avec Antony Blinken, à gauche, à Washington (22 décembre 2022).