La Quadruplice ou Empires centraux désigne le bloc d'alliances mis en place autour de l'Empire allemand durant la Première Guerre mondiale, entre l'intervention de la Bulgarie dans le conflit à partir du et le retrait de ce royaume le , date de la signature par les Bulgares défaits de l'armistice de Thessalonique. Cette alliance — composée de l'Empire allemand, de l'Autriche-Hongrie, de l'Empire ottoman et du royaume de Bulgarie — laborieusement constituée à partir du déclenchement de la Première Guerre mondiale, démontre rapidement son efficacité, mais aussi sa vulnérabilité en donnant au , son principal animateur, un poids prépondérant, fatal à long terme, en dépit de l'égalité théorique entre les quatre monarchies qui la composent. De plus, ce groupe d'alliance demeure fragilisé par les rivalités qui peuvent exister entre les différents partenaires du , tandis que les responsables allemands se montrent dans l'incapacité d'opérer des choix clairs dans les rivalités qui apparaissent entre leurs alliés.
Constitution de la Quadruplice Été 1914-automne 1915 : constitution d'un bloc d'alliance
Le , l'Autriche-Hongrie, soutenue par l'Allemagne, déclare la guerre à la Serbie. Le soutient alors son seul allié sûr et fiable, la double monarchie, et tente de localiser le conflit austro-serbe, sans succès.
Officiellement neutre lors du déclenchement du conflit, l'Empire ottoman est cependant lié au par un traité secret ; pendant près de deux mois, le gouvernement ottoman louvoie, mène une politique favorable aux intérêts allemands et se prépare à entrer en guerre mais ne s'engage pas formellement.
Ces succès diplomatiques allemands ne compensent cependant pas l'échec stratégique essuyé par le et la double monarchie durant l'automne 1914Les troupes allemandes ont échoué sur la Marne, l'armée commune austro-hongroise a dû abandonner la Galicie aux Russes et ne parvient pas à réduire la Serbie., et le , une action des croiseurs vendus à l'empire ottoman en Deux croiseurs allemands, pourchassés par les flottes française et britannique s'étaient réfugiés dans les Détroits ; officiellement vendus aux Ottomans, ils étaient restés sous commandement allemand., décide de l'entrée en guerre de l'Empire ottoman aux côtés des puissances centrales.
L'intervention bulgare
vignette|alt=Carte postale de propagande|Carte postale de propagande allemande magnifiant l'intervention bulgare dans le conflit. Inscription : .|gauche
Dans le même temps, le gouvernement bulgare, sans s'impliquer formellement dans le conflit, se rapproche des puissances centrales : le , Vasil Radoslavov, alors premier ministre, fait adopter par le parlement une proposition de loi acceptant un prêt allemand ; ensuite, le , le gouvernement signe une alliance défensive avec le gouvernement ottoman ; enfin, l'entrée dans le conflit de l'empire ottoman, totalement dépendant pour son effort de guerre de l'industrie allemande et austro-hongroise, pousse le gouvernement à laisser passer la contrebande de guerre germano-austro-hongroise à destination de l'empire ottoman.
Ce rapprochement ne met pas un terme aux initiatives alliées en direction du gouvernement de Sofia. Ainsi, au cours de l'année 1915, le gouvernement bulgare est sollicité par les deux blocs d'alliance, mais, devant les promesses lointaines et hypothétiques des Alliés, le gouvernement se rapproche du et ses alliés, signant un traité d'alliance avec les puissances centrales, la double monarchie et l'Empire ottoman ; la signature de ce traité fige les alliances du jusqu'au , date de l'entrée en vigueur de l'armistice entre la Bulgarie et les Alliés.
Ainsi, le roi Ferdinand, , lie son pays au bloc d'alliance qui lui garantit des annexions rapides sur ses rivaux serbesÀ la suite de la deuxième guerre balkanique, les Bulgares ont dû céder au royaume de Belgrade la Macédoine du Vardar..
Dans le cadre de cette convention, le gouvernement bulgare accepte la soumission de son armée aux consignes données par l'empereur allemand.
Évolution Des rivalités entre partenaires Rapidement après les premiers succès de la Quadruplice, ses membres se disputent la dévolution des territoires conquis et l'influence économique prépondérante sur ces territoires.
Ainsi, à la suite de la conquête de la Serbie, les Austro-hongrois et les Bulgares se disputent le centre de la SerbieLa double monarchie et la Bulgarie aspirent à contrôler la région stratégique du centre de la Serbie., menant l'une contre l'autre une guerre de patrouilles le long de la ligne de démarcation entre les zones occupées par les Austro-hongrois et celles contrôlées par les Bulgares ; le , un accord est trouvé entre les deux protagonistes, sous l'égide du : les zones d'occupation sont définies sans que soient évoqué le statut définitif des territoires serbes occupés.
En 1916, une fois la Roumanie conquise par l'offensive coordonnée des quatre membres de la QuadrupliceUn corps ottoman participe à l'offensive, appuyant les unités bulgares., les revendications bulgares sur la Dobroudja, ainsi que le refus de Ferdinand de Bulgarie d'accepter des rectifications de frontières au profit des Ottomans en Thrace, contribuent à tendre les relations entre Sofia et Constantinople, que les déclarations inconsidérées de Guillaume II ne contribuent pas à apaiserL'empereur allemand a promis la satisfaction des revendications territoriales bulgares sans aucune compensation, lors d'un entretien avec Vassil Radoslavov peu de temps auparavant..
Devant maintenir la cohésion de ses alliés en prenant en compte ces rivalités, les diplomates allemands suggèrent à leurs partenaires d'établir la liste des objectifs politiques, territoriaux et économiques qu'ils assignent au conflit dans ce cadre d'une paix de victoire : la double monarchie publie ses buts de guerre sous la forme d'une note adressée à ses alliés le , les deux autres partenaires du font de même peu de temps après. Les buts de guerre de la double monarchie, clairement exposés par Stephan Burián von Rajecz, alors ministre des affaires étrangères, apparaissent clairement concurrents des visées bulgares sur la Serbie et des ambitions allemandes sur certains ports et villes stratégiques des Balkans. En effet, la Serbie est, en 1915, destinée à être partagée entre la Bulgarie et la double monarchie, la nature de la tutelle austro-hongroise n'étant alors pas fixée, mais la ligne de démarcation entre régions occupées les Austro-hongrois et régions occupées par les Bulgares n'est pas précisément fixée et entraîne des frictions entre les deux puissances occupantes. L'Albanie, selon Burián, est également destinée à devenir un protectorat dépendant de la double monarchie, mais les Allemands aspirent à annexer Valona, afin de donner au un port de guerre en Méditerranée.
Peu de temps après, au début du mois de , des négociations sont ouvertes entre le , la Bulgarie et l'Empire ottoman, afin de clarifier les termes de la convention du , dont les clauses territoriales n'auraient alors reçu, selon Berlin, qu'un , alors donné .
Enfin, le , amené à intervenir dans les rivalités entre ses alliés, se voit rapidement érigé en arbitre des rivalités au sein de sa coalition : ainsi, à la fin de l'année 1915, le partage de la Serbie en deux zones d'occupation, une austro-hongroise et une bulgare, ne met pas un terme aux rivalités entre la double monarchie et la Bulgarie, sans pour autant clarifier les intérêts allemands. Cette intervention permet d'exposer ses revendications politiques, économiques et militaires en Serbie et de les voir satisfaites par une série d'accords signés entre le et ses alliés, la Bulgarie et la double monarchie au fil de l'année 1916.
Le poids du Rapidement, le s'affirme face à ses partenaires comme la principale puissance de la quadruplice et son principal fournisseur en équipements militaires. En effet, les offensives menées par des armées composées de contingents de chaque allié, en Serbie en 1915 et en Roumanie en 1916, fournissent au et à son armée l'occasion de fournir à ses alliés la majeure partie des effectifs et des moyens engagés, ainsi que de leur faire sentir l'importance de sa contribution à l'effort commun.
De plus, une solidarité économique est mise en place avec célérité ; cependant, la fourniture de matériel à l'ensemble de ses alliés finit par peser sur l'économie allemande, engagée dans une guerre d'usure, alors que les Alliés ont établi autour du un blocus maritime dont les effets vont croissant à mesure que le conflit se prolonge. Cette fourniture de matériel de guerre, si elle pèse sur le et son économie, les demandes de prêts sans cesse renouvelées de ses alliés, auxquelles ses banques satisfont régulièrement, octroient aussi aux gouvernements qui se succèdent à Berlin une influence sans précédent sur ses alliés, la double monarchie, l'Empire ottoman et la Bulgarie, dans le partage des conquêtes. Ainsi, en Serbie, par exemple, le et la double monarchie parviennent à remettre en cause l'influence politique de la Bulgarie en contrôlant l'économie dans les régions occupés par l'armée de Sofia : ainsi, les mines de Bor, comprises dans les districts occupés par les Bulgares, sont rachetées par un consortium dont le capital est détenu pour une très grande part par des investisseurs allemands et austro-hongrois.
De plus, à partir de 1917, le émet un veto à toute tentative de ses alliés pour sortir du conflit : à Kreuznach, en avril, puis en mai, Guillaume II, Hindenburg et son adjoint Erich Ludendorff s'opposent catégoriquement au souhait de Charles, le nouveau monarque austro-hongrois, d'ouvrir des négociations de paix avec les AlliésLe monarque austro-hongrois proposait la cession de l'Alsace-Lorraine à la France, en échange de la cession de la Galicie à la Pologne, incorporée au ..
Enfin, la constitution de groupes d'armées dont la colonne vertébrale est souvent constituée d'unités allemandes renforce la tutelle du sur ses alliés, qui prennent rapidement conscience de leur incapacité à contenir avec leur seule armée les armées alliées ; ainsi, à partir du début de l'année 1916, la totalité des troupes austro-hongroises se trouvent placées sous un commandement opérationnel allemand. Cette imbrication d'unités allemandes au sein des dispositifs austro-hongrois, bulgare et ottoman contribuent à donner au les moyens politiques d'imposer sa prédominance sur ses alliésCet ascendant est exercé en prenant cependant soin de maintenir l'égalité théorique entre les quatre partenaires de l'alliance..
Un outil pour mener une guerre de coalition
La campagne de Serbie de 1915, puis la campagne de Roumanie à l'automne 1916, obligent les quatre partenaires de l'alliance à commencer à synchroniser leurs efforts. Les premiers signes de cette coordination se manifestent dans la mise en place d'un commandement unifié, nominalement confié à l'empereur Guillaume II.
L'intervention bulgare fournit le premier temps de cette guerre de coalition : en effet, le plan de la campagne des puissances centrales en Serbie est pensé à Vienne par les stratèges austro-hongrois et exécuté par des troupes austro-allemandes depuis les positions de Bosnie-Herzégovine et du Banat, et ottomanes et bulgares depuis la Macédoine bulgare.
Ainsi, l'arrivée à la tête du commandement allemand des Dioscures, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, le , donne au gouvernement allemand les moyens politiques d'imposer à ses alliés la guerre de coalition qu'ils souhaitent mener. Les deux généraux, conscients de la fatigue des armées de la Quadruplice, ordonnent l'arrêt de toutes les opérations offensives et la mise en œuvre de son corollaire, l'application d'une stricte défensive.