Labbaye de Crisenon est une ancienne abbaye bénédictine située dans le département actuel de l'Yonne en Bourgogne-Franche-Comté, France.

Fondé dans la dernière année du , l'établissement est pour ses quelques premières dizaines d'années un prieuré d'hommes ; à la suite d'un échange, il devient un prieuré pour femmes, puis est érigé en abbaye en 1137. La faveur accordée par plusieurs papes amène une prospérité rapide et, vis-à-vis de toute autre autorité, un esprit d'indépendance que les évêques d'Auxerre mettront cinq siècles à subjuguer. L'abbaye est supprimée à la Révolution.

L'endroit, dont il ne reste que le château, est de nos jours une pisciculture qui met à profit la belle qualité de l'eau de la source sur place.

Situation

Crisenon se trouve sur la rive gauche de la rivière Yonne, à au sud (en amont) d'Auxerre, le long d'un petit ruisseauCrisenon sur geoportail.fr – cartes IGN. Couches « Cartes IGN classiques » et « Limites administratives » activées. Vous pouvez moduler, désactiver ou supprimer chaque carte (= “couche”) dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. nommé en latin Baciola, vol. 2.. Une source sur le lieu alimente la pisciculture actuelle avec une eau à la température constante de Pisciculture de Crisenon sur fietsen-in-bourgogne.com..

Il est proche d'autres établissements renommés, dont l'abbaye de Reigny à à l'est. Mais Reigny se trouve le long de l'ancienne Via Agrippa de l'Océan, sur une section de celle-ci que la carte de Cassini appelle « route de (Paris à) Lyon par la diligence » ; tandis que Crisenon est sur la route plus modeste d'Auxerre à Châtel-CensoirCrisenon et Reigny sur la carte de Cassini, sur geoportail.fr..

Histoire Premier bâti sur le lieu On a longtemps cru qu'Alix, fille du roi Robert et femme de Renaud comte d'Auxerre, avait fondé l'abbaye de Crisenon. Elle a seulement fondé dans ce lieu une modeste chapelle dédiée à saint Nicolas en 1040, année de la mort de son mari Renaud comte d'Auxerre.Renaud de Nevers, qui a épousé Adélaïde de France, est en conflit avec son beau-frère Robert duc de Bourgogne au sujet des limites du comté d'Auxerre. Une bataille a lieu le 29 mai 1040, au cours de laquelle Renaud est tué. Le lieu exact de la bataille est inconnu : il est seulement indiqué Sylviniacum. Supposant une erreur de copiste, l'abbé Lebeuf indique Seignelay, qui est effectivement situé à une frontière du comté d'Auxerre en direction de Sens et de la Champagne - et s'appelait autrefois Saliniacum. Mais M. Chardon (Histoire d'Auxerre) fait remarquer que Renaud n'avait pas de conflit de ce côté, et était nettement plus susceptible d'en avoir du côté du Nivernais. Selon l'usage à l'époque, la veuve a pu faire construire un memoriam à son mari sur le lieu de cette bataille. Voir ..

1099 : fondation du prieuré d'hommes L'abbaye de Crisenon est fondée par Ithier, Hugues et Narjot, trois frères seigneurs de Toucy, vol. 1., Bazarnes et autres lieux, qui possèdent en commun l'île de Crisenon.. Cette fondation se passe pendant l'épiscopat et avec l'accord du vénérable Humbaud, évêque d'Auxerre 1087-1114. Les croisades ont le vent en poupe à cette époque ; avec l'espoir d'acquérir des fiefs en Terre Sainte ou en chemin, il est plus facile de faire des donations pour recommander son âme à Dieu et peut-être aussi compenser les aliénations des biens ecclésiastiques par les aïeux des seigneurs lors des périodes pré-carolingienne et carolingienne - le est particulièrement notable pour la quantité de fondations et donations au clergé par des seigneurs laïcs.. Les trois seigneurs de Toucy suivent le mouvement. En 1096 avant de partir pour la première croisade (1096-1099), ils font remplacer la chapelle Saint-Nicolas par une église dédiée à Notre-Dame et par un monastère ; puis ils donnent le tout à saint Robert, abbé de Molesme et fondateur des cisterciens. En 1099, saint Robert y place ses religieux, avec un prieur. L'établissement est donc en premier lieu un prieuré pour hommes.

1134 : abbaye de femmes Quelques dizaines d'années plus tard, Innocent II, pape 1130–1143, cherche à favoriser les bénédictines nouvellement fondées à JuillyJuliacum castrum ou Juilly-le-Chastel, devient Juilly-les-Nonains après l'installation de bénédictines avec sainte Humbline, sœur de saint Bernard, comme première abbesse. Selon Leclerc, le village est une annexe de la paroisse de Villemorien dans le comté de Bar-sur-Aube, actuel département de l'Aube (voir , note (1) en bas de page) ; mais le diocèse d'Auxerre ne s'étendait pas jusqu'à l'Aube. Jully, emplacement de l'abbaye de Jully-les-Nonnains, se trouve à la limite Est de l'actuel département de l'Yonne., et obtient de Hugues de Montaigu ( évêque d'Auxerre 1115-1136) qu'un échange soit fait : Molesme reçoit le prieuré Saint-Gervais d'Auxerre et donne Crisenon à l'évêque ; les religieux de Molesme qui occupent Crisenon déménagent à Saint-Gervais d'Auxerre, et un détachement de bénédictines de Juilly vient s'installer à Crisenon. L'acte d'échange est de 1134 ; Molesme s'y réserve la gouvernance spirituelle des bénédictines de Crisenon et tous les ans, le jour de la Purification, les bénédictines de Crisenon doivent leur donner un cierge pesant une livre.

Saint Hugues de Montaigu prend à cœur le succès de Crisenon, vol. 1.. En 1134 se réunissent à Crisenon Hugues de Montaigu, l'abbé de Molesme Ébrard et le comte d'Auxerre Guillaume II de Nevers, pour s'accorder sur des litiges concernant le premier état des religieuses venues de Jully et des biens du monastère de Crisenon. Il est décidé que Molesme cède les terres et bâtiments de Crisenon aux religieuses qui l'habitent, s'en réservant toutefois la direction spirituelle et le droit d'y placer trois ou quatre moines en cas de surpopulation à l'abbaye de Molesme ; et que pour compenser cette cession, Hugues de Montaigu donne à l'abbaye de Molesme l'église Saint-Gervais d'AuxerreL'église Saint-Gervais, aujourd'hui disparue, se trouvait à Auxerre sur la rive droite de l'Yonne, à peu près en face de l'abbaye Saint-Julien sur la rive gauche. À cette occasion, Ithier III de Toucy, Ermengarde sa mère, Étienne son frère, confirment leurs donations en faveur de Crisenon.. De plus, Hugues de Montaigu érige le prieuré en abbaye.

Sous son successeur Hugues de Mâcon, évêque d'Auxerre 1137-1151, en 1137, Gimaubert, prévôt de Bazerne, donne à Crisenon un tiers des dîmes de Fontenet ; la même année, Hugues de Mâcon règle avec Ébrard, abbé de Molesme, et trois autres abbés plusieurs articles concernant Crisenon. En 1138, il vend à la nouvelle abbaye les moulins de Crain pour une somme très modique, vol. 1..

Selon l'historien Ernest Petit, Crisenon est affranchie de la tutelle de Molesme par Hugues de Mâcon sur ordre du pape Innocent II en 1137.. En réalité, il faut attendre le avec l'arrêt du parlement obtenu en 1654 par Pierre de Broc, évêque d'Auxerre 1640-1671, pour que l'abbaye de Crisenon soit entièrement soumise à la juridiction de l'évêque d'Auxerre et non à une autre abbaye, fût-elle Molesme ou Juilly, vol. 1..

Le , le pape Innocent II confirme à l'abbesse Adeline qu'il approuve que son monastère ne dépende plus de la juridiction de l'abbaye de Molesme et ratifie tout ce qu'Hugues évêque et Guillaume de Nevers ont fait pour régler le régime de la maison et l'échange de certains cens..

Rapide croissance Essentiellement grâce au soutien des papes Innocent II et Clément III, Crisenon devient rapidement l'un des établissements les plus florissants du diocèse d'Auxerre. En 1145, cette abbaye-fille de Juilly reçoit l'autorisation de Clément III pour fonder un nouvel établissement : le prieuré de la Ferté près de Decize. L'affluence de candidates est telle que Crisenon reçoit l'ordre de limiter le nombre de ses moniales à cent. Le pape Clément IV fait cependant une entorse à cette règle en faveur de sa protégée, Bonete de Vézelay, pour laquelle il demande aux religieuses de Crisenon de la recevoir parmi elles.

En 1163, le vénérable Alain de Larrivour, évêque d'Auxerre 1152-1167, établit un accord entre l'abbaye de Reigny et celle de Crisenon. Les médiateurs pour cette affaire sont Geoffroy, abbé de Clairvaux, et une comtesse Ide, vol. 1..

En 1170, Guillaume de Toucy, évêque d'Auxerre 1167-1181, assigne aux religieuses de Crisenon 20 sols de rente sur l'église de Menétreau et la moitié de la menue dîme de Leugny. Ceux qui ont vu le titre original (disparu depuis) affirment qu'il contenait aussi le don de la présentation à la cure de Menestreau, à savoir de cire à percevoir ; et la somme de soixante sols à prendre sur le droit d'entrée de l'évêque, argent destiné à soulager les religieuses malades.

Mahaut de Bourgogne donne en 1181 trois serfs, et un quatrième en 1186, « pour servir, eux et leurs descendants, au monastère de Crisenon ». Le dernier (celui donné en 1186) doit de plus donner 20 sols de la monnaie de Provins chaque année le jour de la Nativité de Notre-Dame, pour être employés le même jour à la nourriture des religieuses, vol. 2..

Jean de Châlon, comte d'Auxerre 1268-1290, fait une donation de plusieurs biens en . La charte de cette donation est assez détaillée. Jean de Châlon y déclare qu'il a eu tort de faire bâtir un four sur la paroisse de Saint-Gervais, au préjudice des religieuses qui seules peuvent y en avoir un, avec obligation pour tout le bourg de l'utiliser - ceci selon la concession du comte Guillaume et de la comtesse Alix. Il donne aux religieuses l'usage du bois de Bar pour leur maison des Isles, et celui de la forêt de Fretoy pour leur maison de Charmoy et leur four de Fouronnes, vol. 2.. Guillaume comte d'Auxerre 1290-1304, fils de Jean de Châlon, confirme la charte de donation en 1300, vol. 2..

En 1284, Guillaume de Grez, évêque d'Auxerre 1278-1295, établit un statut par lequel il ordonne que l'archiprêtre d'Auxerre peut, tous les deux ans, visiter l'abbaye de Crisenon, vol. 1..

Les Bourguignons et les Anglais ruinent l'abbaye au cours des guerres de succession de Charles VII (quatrième phase de la guerre de Cent Ans). L'église est détruite et ne se relèvera pas dans le style que les trois seigneurs fondateurs de Toucy lui avaient donné : la nouvelle église n'a pas de collatéraux et sa nef unique n'est enrichie d'aucun ornement architectural..

Le , Pierre Aymon, évêque d'Auxerre 1362-1373, établit un accord entre l'abbesse de Crisenon et sa prieure qui sont en dispute à propos de rentes, vol. 1..

, guerre civile

La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons (1407-1435) semble épargner Crisenon..

Le , Robert de Lenoncourt, évêque d'Auxerre 1534-1560, visite l'abbaye, vol. 1..