Le château de Tournay est un château situé dans la commune de Pregny-Chambésy, dans le canton de Genève, en Suisse. Il est classé bien culturel d'importance régionale..

Localisation gauche|vignette|Photo satellite, par Swistopo, du château et de son domaine. Le château se trouve à Pregny, dans le sous-secteur de Pregny - Village, et se dresse au sud-ouest du domaine de Tournay, qui englobe les lieux-dits de Chambésy-Dessus et du Château de Tournay. Le domaine s'étend sur une superficie totale de , tandis que le terrain officiellement rattaché au château couvre ..

Histoire Maison forte Après la création de plusieurs petites seigneuries aux et , les comtes de Genevois perdent le contrôle du territoire, les nouveaux seigneurs parvenant à s'assurer une position autonome. C'est à cette époque que naît la seigneurie de Tournay. Elle englobe les villages de Pregny et de Chambésy et se trouve sous la suzeraineté des seigneurs de Gex.

Dès la fin du , le fief et la maison forte de Tournay appartiennent aux nobles d'Aguières, ou d'Anières. Vers , par le mariage d'Isabelle, fille d'Étienne d'Anières, avec Aymon de Genthod, la propriété passe à la famille de Genthod, qui la conserve jusqu'à son extinction en . À partir de cette date, le fief change plusieurs fois de mains et subit de nombreuses mutations et divisions. Louise, veuve d'Amédée de Genthod, dernier descendant de la famille, épouse en secondes noces un membre de la famille Crescherel. Leur fille cède ensuite ses biens à son mari, Jaques de Viry, qui porte en le titre de seigneur de Tournay. Ce dernier revend ses droits en à Nicolas Le Flert et Antoine Calvin.

Les biens sont ensuite vendus à Adrien de Pregrimand (ou Briquemanet), seigneur de Villemongis. Vers , la femme d'Adrien de Briquemanet les cède à Noble François Moncel, qui les vend à son tour à François Lullin. Son fils, Antoine Lullin, revend en la moitié de la maison forte à Jean de Brosses, tandis que l'autre moitié revient aux fils de Pierre Lullin, ses cousins germains.

En , Claude de Crose, baron de la Bastie sur Versoix, cède à Jean de Brosses ses droits de seigneurie sur les villages de Pregny et Chambésy. Réunies à Tournay, ces terres forment le comté, dont les limites correspondront plus tard au territoire de la commune de Pregny-Chambésy. Propriété de la famille de Brosses La famille de Brosses joue un rôle important durant plusieurs générations, tant dans le Pays de Gex qu'en Bourgogne. Jean de Brosses , premier propriétaire du fief de Tournay, est conseiller d'État du duc de Savoie. Il abandonne la religion catholique pour adopter le calvinisme, quitte la Savoie et se retire à Genève.

En , le château de Tournay est occupé par une compagnie savoyarde, qui l’utilise comme base pour des actions militaires contre Genève. Au début de l’année suivante, la prise du Pays de Gex par les Genevois leur permet de détruire massivement : toutes les maisons fortes du territoire conquis sont brûlées. Entre et , les châteaux de Divonne, Pouilly, Vesancy, Vernier, Thoiry, Grand-Saconnex et Tournay sont déclarés « en ruine ». Cependant, étant donné que Jean de Brosses est « un ami de Genève », la destruction de la maison forte de Tournay par les troupes genevoises suscite mécontentement et scandale parmi les citoyens de la ville.

De son côté, Jean de Brosses propose de combler les fossés de Tournay et d'abattre une partie de la muraille pour empêcher que son château ne soit utilisé contre la République de Genève. En réponse, les Conseils de Genève décident de laisser le fief de Tournay dans les mains de la famille de Brosses, tout en exigeant la démolition de toutes les murailles et des ponts-levis, le comblement des fossés et la mise hors d'état de défense du château, promesse que la famille exécute.

Son fils, Pierre de Brosses, formé aux affaires politiques, joue un rôle actif dans la négociation du traité de Lyon, qui cède le Pays de Gex à la France. En récompense, il obtient, en , la charge de lieutenant civil et criminel au bailliage de Gex, ainsi que celle de commissaire du gouvernement français pour l'exécution de l'Édit de Nantes. Le roi Henri IV lui confère également la charge de grand bailli de Gex. Pierre de Brosses obtient également, pour sa terre de Tournay, le privilège des franchises et immunités.

Il accorde aux habitants du village de Pregny le droit de puiser de l'eau « avec la seille et la cosse » dans le bassin de la fontaine qui ornait la cour du château de Tournay, bien que celui-ci soit désormais en ruine. Toutefois, il leur est interdit d'y recevoir de l'eau du jet ou d'y amener des bestiaux. Plus tard, Mme de Brosses, la veuve de Pierre, se libère de cette servitude en cédant aux habitants de Pregny une source située dans les vignes des Choutagnes, qui alimente encore, dans les années , la fontaine publique du village.

Son fils aîné, Charles de Brosses, est nommé bailli de Gex en . Il a trois fils : Pierre, Claude et Charles. C'est son deuxième fils, Claude, qui reprend le le fief de Tournay, Pregny et Chambésy. En , Claude de Brosses confie à H. Droz la mission de réparer le château de Tournay. Château actuel vignette|Dessin du château de Tournay par Pierre Zoelly.À la mort de Claude de Brosses en , c'est son neveu Charles de Brosses qui hérite du fief. En , il reçoit le titre de grand bailli de la noblesse du Pays de Gex. Bien qu'il fasse toujours de Montfalcon en Bresse sa résidence campagnarde habituelle, il se rend parfois à Tournay pour vérifier les comptes de ses domaines.

Voltaire s'y établit gauche|vignette|Arrivée de Voltaire au château le 24 décembre 1758.

En , François-Marie Arouet, plus connu sous le nom de Voltaire, s'établit aux Délices, en ville et République de Genève. Réputé pour ses œuvres théâtrales, Voltaire attire rapidement la colère du Consistoire de l'Église de Genève, qui apprend qu'il dresse un théâtre et y fait jouer une troupe d'acteurs. Le Consistoire porte plainte auprès du Conseil, qui avertit Voltaire qu'il doit s'abstenir de jouer des pièces de théâtre dans sa demeure. Furieux, Voltaire décide d'acquérir des terres à Ferney.

Pendant qu'il négocie avec M. de Budé l'achat de son futur domaine à Ferney, il songe également à agrandir sa propriété en achetant le château de Tournay. S'ensuivent d'intenses négociations entre Voltaire et Charles de Brosses, qui aboutissent le . Le contrat stipule que Voltaire acquiert le château de Tournay sous forme de bail à vie, avec le titre comtal qui y est attaché, pour la somme de . Il s'engage aussi à financer des réparations pour un montant de . Voltaire s'installe au château le et est chaleureusement accueilli par les habitants de Pregny.

Voltaire habite Tournay en attendant la construction de son château de Ferney. Il y organise des représentations théâtrales, transformant les lieux spécialement à cet effet. L’embellissement du château se poursuit avec la modification de l’escalier, le nettoyage et l’élargissement des fossés, ainsi que la réparation et la transformation des ponts-levis en ponts tournants.

Cependant, des frictions surviennent entre Voltaire et Charles de Brosses concernant les prix, les acquisitions et l'utilisation du château de Tournay. Finalement, en , Charles de Brosses meurt, et Voltaire le rejoint l'année suivante.

Après la mort de Voltaire, le domaine revient à la famille de Brosses, conformément aux termes du contrat d'achat. C'est René-Augustin de Brosses, le cinquième des six enfants de Charles, qui hérite de l'ensemble du domaine.

Comité des Négatifs En République de Genève, la population est divisée en plusieurs partis antagonistes, dont les revendications et les luttes troublent la paix publique. En , un grand nombre de bourgeois se rendent en cortège à l'Hôtel de Ville pour présenter leurs demandes au Conseil. À la suite de cette manifestation, les partisans de cette action sont surnommés les « Représentants » et le nom restera attaché au parti de la bourgeoisie. Les membres du Conseil accueillent mal cette représentation des bourgeois et leur dénient totalement le droit de la faire. Ils sont dès lors appelés les « Négatifs » par le peuple, nom qui s'attache aux partisans du Conseil opposés aux Représentants.

Les Représentants réclament la convocation régulière du Conseil général et exigent que les citoyens soient consultés sur toutes les affaires importantes. Ils demandent également de limiter le nombre de personnes portant le même nom ou issues de la même famille pouvant faire partie des Conseils. Face à l’opinion publique, le Petit Conseil se voit contraint de faire quelques concessions au peuple. Cependant, comme souvent, ses promesses ne sont pas toujours tenues, ce qui conduit rapidement à de nouveaux troubles. C'est ainsi que la Révolution genevoise éclate en . Lors des émeutes d', les Conseils et les syndics sont contraints de démissionner, tandis que les Négatifs s'enfuient de la ville.

Trois anciens syndics du groupe des Négatifs, Jean-Louis Micheli-du-Crest, de Chapeaurouge et Mallet, s'établissent au château de Tournay, devenu le refuge du Comité des Négatifs. L'armée française ne tarde pas à s'y installer également. Souhaitant reprendre le pouvoir, les Négatifs sollicitent l'aide des puissances gérantes étrangères. Six mille Français, trois mille Sardes et trois mille Bernois mettent le siège devant Genève. Cette démonstration militaire ravive le patriotisme des Représentants, qui remettent les remparts en état, barricadent les rues et fortifient les maisons. Dans la nuit du au , les troupes étrangères descendent des hauteurs de Pregny et de Saconnex, entrant par les trois portes de la ville. Le gouvernement négatif est rétabli et des poursuites sont engagées contre les chefs du mouvement révolutionnaire.

Vente du domaine à la famille Panissod. Lors de la Révolution de 1789, les habitants du Pays de Gex se rallient au nouveau régime de la monarchie constitutionnelle le . Entre-temps, l'Assemblée nationale constituante décrète, le , la constitution des municipalités et, le , la convocation des assemblées des citoyens actifs pour la composition des municipalités. Le , à la demande du curé Romain Vulliet, 20 citoyens actifs se rassemblent dans l'église de Pregny et proclament ensemble la constitution de la municipalité de Pregny.

L'une des premières mesures prises par le nouveau régime est la vente des biens des émigrés. Du 20 au , la Municipalité se charge de la vente des biens du fief de Tournay. Le , la majorité de la Municipalité se rend à Gex pour assister à la vente des bâtiments et terrains de la terre de Tournay. Le domaine est divisé en deux parts : la première est vendue pour à Pierre-Jean Panissod, ancien fermier de Brosses, et la seconde pour à M. Lavergne, qui la revend ensuite à M. Piron, qui, à son tour, la revend à Pierre-Jean Panissod. L'ensemble du domaine revient ainsi à la famille Panissod, qui le conserve au cours du et en demeure propriétaire pendant quatre générations.

Par le second traité de Paris du , la commune de Pregny est cédée à la Confédération Suisse le et rattachée officiellement à la République et Canton de Genève le de la même année.

Les membres de la famille Panissod jouent un rôle très influent dès la naissance de la Commune de Pregny:

Jean-Pierre Panissod est élu Procureur général de la municipalité le , fonction qu'il occupe jusqu'au . Il devient ensuite adjoint du au . Son neveu, Louis Antoine Panissod, est élu officier d'état civil du au . Isaac-Antoine Panissod, fils de Pierre-Jean, est élu adjoint le et le reste jusqu'au décret de Napoléon du , destituant les municipalités élues sous Louis XVIII. Il est réélu par décret royal le et nommé Maire par le Conseil d'État de Genève en 1817. Isaac-Jules Panissod, fils d'Isaac-Antoine (1804-1882), est nommé deuxième adjoint le , puis Maire le , fonction qu'il occupe jusqu'en 1861/1862. Il est membre de l'Assemblée constituante de 1814 et du Grand Conseil de 1842 à 1846, puis de 1854 à 1856 et de 1858 à 1860.