vignette|Le tueur en série Jeffrey Dahmer, rétrospectivement décrit comme autiste Asperger.. La violence dans l'autisme est davantage subie par les personnes autistes qu'exprimée par elles. La supposition d'un lien entre l'autisme et les comportements violents est fréquente parmi l'opinion publique, mais les données scientifiques n'établissent aucune causalité du trouble du spectre de l'autisme dans une prédisposition à la délinquance ou aux crimes. Plusieurs revues d'études ont confirmé que les personnes autistes ne sont pas plus susceptibles que les autres de commettre des actes et infractions violentes (y compris extrémistes), et qu'elles sont au contraire beaucoup plus fréquemment victimes qu'autrices de violences physiques, sexuelles, psychologiques, de harcèlements, d'intimidations ou de meurtres.

Le taux de criminalité et de délinquance global est plus bas parmi la communauté autiste que dans la population générale, bien que certains actes ciblés tels que les agressions sexuelles et les incendies volontaires puissent être plus fréquents. La violence manifestée par des personnes autistes résulte généralement d'hypersensibilités sensorielles et d'ignorance des conséquences de leurs actes, dues à des difficultés d'empathie cognitive et de compréhension des codes sociaux, plutôt que d'une volonté de commettre un acte violent, délictueux ou criminel. Des troubles associés, tels que le trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, semblent impliqués dans les comportements violents plutôt que l'autisme seul. Le psychiatre irlandais Michael Fitzgerald a postulé l'existence d'une sous-population spécifique portée sur la violence, associant autisme et psychopathie, hypothèse qui n'a pas été confirmée.

Cette idée d'association entre autisme et violence concerne tout particulièrement des personnes diagnostiquées avec un syndrome d'Asperger, dont les actes ont été popularisés par des articles de presse écrite concernant des tueries de masse, en particulier Adam Lanza et Anders Behring Breivik. Des médias ont aussi mentionné des troubles du spectre de l'autisme chez certains tueurs en série ou cybercriminels, comme l'illustre le film Mr. Wolff. Les études du profil psychologique des tueurs de masse mettent en avant des intrications entre traits psychologiques classiquement associés aux prédispositions à la violence, tels que le trouble de la personnalité narcissique et le trouble de la personnalité antisociale, l'autisme pouvant être un facteur « aggravant », mais non la cause unique de ces violences.

Il existe en outre une nette intrication entre violence reçue et violence exprimée. Le phénomène social du validisme crée un biais dans la perception des personnes autistes, de nombreux comportements étant interprétés comme dangereux par leur entourage, tandis que la violence reçue par ces mêmes personnes est normalisée, donc invisibilisée.

Quand des comportements agressifs ou violents surviennent chez certaines personnes autistes (enfants, adolescents, adultes ou personnes âgées), la littérature scientifique identifie deux grandes catégories de facteurs explicatifs et de risque, souvent intriqués : des comorbidités psychiatriques et neurologiques ; une exposition accrue à la maltraitance, au harcèlement et à des environnements de vie déstabilisants, dans un contexte où les difficultés de communication et de régulation émotionnelle] propres au trouble du spectre de l'autisme (TSA) peuvent transformer une accumulation de stress en réaction explosive mal maîtrisée.

L'idée erronée selon laquelle les personnes autistes seraient violentes et dangereuses par nature est source d'exclusion sociale, et donc de dénis de droits pour cette population, souvent victime d'internements sans consentement et d'erreurs judiciaires.

Histoire de la perception sociétale de l'autisme L'autisme est fréquemment associé par les personnes non autistes à des comportements socialement inappropriés.

Les crises autistiques de type meltdown autistique, parfois associées à de l'épilepsie et/ou à des comportements d'auto-agression sont souvent intrinsèquement « violentes », et très impressionnantes, même pour les proches qui en ont une certaine habitude. Elles peuvent donner l'impression que la personne est capable de violence à l'égard d'autrui, et c'est parfois le cas, mais alors non intentionnellement. À certaines époques et/ou sous la plume de certains auteurs, l'autisme a été associé à à la violence, à la délinquance et à certains crimes, tout particulièrement dans certains médias anglophones, francophones. et germanophones.

Dans les années 2010, l'anthropologue et psychanalyste Claude Wacjman relève une perception publique dominante négative de l'autisme en France. Fin 2012, un tueur de masse américain a, par exemple, été immédiatement qualifié d'autiste dans les médias français le .. Sur France Inter, en , le neuropsychiatre Serge Bornstein cite le syndrome d'Asperger comme étant fréquent parmi les tueurs de masse américains.. Des cas individuels de personnes autistes versées dans la cybercriminalité. et le terrorisme. ont également été cités dans la presse, sous des titres qui entretiennent la perception d'un lien entre autisme, violence et criminalité. Le film Hors normes contient une réplique selon laquelle les éducateurs des personnes autistes « se prennent des droites toute la journée ».. Dans un éditorial de la revue Autism, la psychologue britannique Katie Maras et son équipe citent un titre d'article du Daily Mail, consacré à la même affaire, incluant l'autisme dans la . En 2014, un autre article du même journal associe meurtres en série et autisme..

Ce biais est retrouvé jusque dans la littérature d'enfance et de jeunesse : l'analyse d'un corpus de 100 ouvrages de ce type publiés en français et en italien entre 1995 et 2005 et mettant en scène un personnage principal en situation de handicap, montre que les personnes autistes y sont essentiellement présentées comme ayant des réactions violentes, malgré le rejet d'une telle image tant par les personnes autistes que par leurs parents, ou par les professionnels de santé : ..

D'après la chercheuse en sociologie Anne McGuire, le au King's College de Londres Robert Chapman. Traduction française : ., et selon le pédopsychiatre Mohammad Ghaziuddin, il existe un biais important dans la manière dont l'information relative à la violence dans l'autisme est traitée : la violence reçue par les personnes non-autistes de la part des personnes autistes et les cas individuels de personnes autistes ayant commis des actes violents ou criminels sont très visibles dans les médias, alors que la violence subie par les personnes porteuses de TSA est le plus souvent invisibilisée, considérée comme « normale » et parfois même institutionnalisée, conduisant (selon McGuire) à .

En outre, l'incompréhension des besoins et des qualités de la personne autiste est fréquente, surtout quand elle n'a pas été diagnostiqué ou pas ou mal pris en charge, ou dans une situation particulièrement stressante pour elle) ainsi que certaines de ses possibles comorbidités possibles. Elle peut par exemple se manifester dans la famille, à l'école, dans un foyer, en colonie de vacance, lors du service militaire, au travail, dans le couple, en prison, dans un groupe ou une maison de retraite etc. et est un important facteur de risque et d'exposition à la victimisation (avec en particulier un risque accru de harcèlement, de viol, d'exploitation...). Et ces situations peuvent être sources d'une colère légitime chez la victime.

Hypothèses et réponses scientifiques La question médiatisée d'un lien entre autisme, violences, et criminalité, a entraîné un intérêt scientifique pour le sujet. Selon Mohammad Ghaziuddin, les personnes autistes aux crises de colère, mais plus souvent quand il s'agit de très jeunes enfants et/ou de personnes diagnostiquées avec un déficit intellectuel associé.

Le principal argument utilisé pour justifier l'hypothèse d'un lien entre autisme, crimes, délinquance et violence est l'empathie particulière des personnes autistes, mais il existe un contre-argument fort qui est la tendance naturelle qu'ont les autistes à respecter les règles..

Statistiques de délinquance et de crime Les experts du droit pénal ont longtemps questionné l'hypothèse d'une prédisposition des personnes autistes à commettre des actes criminels, en raison d'un manque de recherches fiables (2012), en particulier sur les adolescents et les adultes. De plus, ces études ont principalement été menées sur des personnes diagnostiquées avec le syndrome d'Asperger (SA), en milieu hospitalier ou carcéral, impliquant de petits échantillons, peu représentatifs, et généralement sans groupe de contrôle.

En 1991, Mohammad Ghaziuddin et son équipe estiment que le taux de violence est bas chez les personnes diagnostiquées « Asperger » : sur 132 études de cas, seules 3 concernent des personnes Asperger avec un passif de violences. En 2009, une recension de la littérature scientifique, effectuée par le chercheur australien Andrew Cashin, conclut que les personnes autistes sont , ce qui pourrait être aussi expliqué par une difficulté à se défendre.. D'autres chercheurs soulignent qu'aucune donnée scientifique ne permet d'établir de lien entre comportements criminels et autisme, ni d'affirmer que les personnes présentant un trouble du spectre de l'autisme (TSA) ou seraient prédisposées à la violence et au crime.., et/ou surreprésentées dans le système judiciaire pénal... Toujours en 2009, Niklas Långström et ses collègues étudient statistiquement 422 personnes hospitalisées et diagnostiquées avec TSA, et concluent que ..

En , une recension de la littérature scientifique consacrée à la délinquance chez les enfants et les adultes autistes conclut à l'absence de preuve d'association entre trouble du spectre de l'autisme et délinquance, et que le taux général de délinquance est plus bas chez les personnes autistes que chez les non-autistes.. Ceci confirme deux études antérieures sur une éventuelle relation entre autisme et délinquance juvénile ; celle de Kumagami menée au Japon entre 2006 et 2007., et celle de Cheely menée en Caroline du Sud (2012)., qui concluaient que la criminalité est moindre chez les personnes autistes que dans la population générale.

Il est possible qu'une sous-population de personnes autistes à profil spécifique soit davantage encline que la population générale à commettre certains actes criminels, ciblés, tels que les incendies volontaires (selon la NAS)., les agressions sexuelles et les vols à main armée. Mohammad Ghaziuddin note que dans le cas des incendies volontaires, le motif principal semble être un intérêt et une fascination pour le feu.

Contrairement à une représentation médiatique et sociale autrefois répandue, l'autisme en tant que tel n'est pas un facteur de risque direct de violence : plusieurs revues d'études, systématiques, ont confirmé que les personnes autistes ne sont pas plus susceptibles que les autres de commettre des actes et infractions violentes (y compris des actes d'extrémisme) que la population générale, et qu'elles sont au contraire beaucoup plus fréquemment victimes qu'autrices de violences physiques, sexuelles, psychologiques, de harcèlement, d'intimidation et de meurtres, et plus encore chez les femmes autistes et/ou membres d'une minorités de genre et sexuelle., avec des différences significatives liées aux genre, qui varient aussi selon le type de violence..

Facteurs de risque et de protection