vignette|Gravure rupestre de Tanum montrant des personnages ithyphalliques : ces hommes guerriers de l'âge du Bronze scandinave, équipés de boucliers et d'épées, s'affrontent à la hache. Les données archéologiques de cette époque suggèrent que la guerre est alors une affaire d'homme, en lien avec la hiérarchisation de la sociétéAnne Lehoërff, , . Le terme conflit préhistorique définit un conflit ayant eu lieu avant l'invention de l'écriture, à la préhistoire.
L'existence d'hypothétiques conflits comme étant dans l'état de nature de l'humanité était déjà un sujet controversé dans l'histoire des idées au puisque Thomas Hobbes, dans Léviathan (1651), soutenait la thèse d'une guerre de tous contre tous, alors que Jean-Jacques Rousseau contestait directement son point de vue dans Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) et Du Contrat social (1762).
Le débat sur la nature humaine se poursuit, couvrant l'anthropologie contemporaine, l'archéologie, l'ethnographie, l'histoire, la science politique, la psychologie, la primatologie et la philosophie dans des livres divers tels que War in Human Civilisation d'Azar Gat ainsi que Warless Societies and the Origin of War de Raymond C. Kelly. Pour les besoins de cet article, le terme « conflit préhistorique » sera utilisé afin de définir une agression mortelle organisée entre communautés autonomes analphabètes JSTOR JSTOR.
Paléolithique thumb|Hache à main en quartzite. L'archéologie passe de la constatation « des techniques, des habitats, des nécropoles, des façons de vivre et de se nourrir dans un milieu créant un paysage , à une archéologie évènementielle qui fait apparaître les conflits d'époque » selon Guilaine (en 2015) Archéologie de la violence et de la guerre.. L'archéologue et historienne Anne Lehoërff (en 2018) rappelle que si la guerre est une composante des sociétés du Paléolithique, elle « ne résout pas cette fausse bonne question de l'idée de violence première chez l'homme, qui relève d'une opposition trop simpliste » entre les modèles du , d'un côté celui de Hobbes de l'homme naturellement violent (le philosophe y voyant un animal sauvage « possessif, agressif, prédateur, ignorant par conséquent toute organisation sociale, et même tout sentiment de sociabilité. ») et de l'autre côté celui de Rousseau pour qui il n'y a pas de guerre avant que ne se forment les sociétés car « l'homme est naturellement pacifique et craintif. Au moindre danger, son premier mouvement est de fuir. ».
Selon l'anthropologue culturel et ethnographe Raymond C. Kelly (en 2000), la densité de population des premières sociétés de chasseurs-cueilleurs de Homo erectus était probablement assez faible pour éviter les conflits armés. Le développement de la lance, ainsi que les techniques de chasse à l'embuscade ont rendu les potentielles violences entre les groupes de chasseurs très coûteuses en vies, dictant la coopération et le maintien d'une faible densité de population afin de prévenir la naissance d'une concurrence entre les groupes de chasseurs-cueilleurs pour les ressources naturelles. Ce comportement a peut-être accéléré la migration hors d'Afrique de Homo erectus, il y a environ d'années en tant que conséquence naturelle de l'évitement des conflits. Certains chercheurs pensent que cette période de paix précaire dure jusqu'à bien après l'apparition de Homo sapiens, il y a environ 0,2 million d'années, se terminant uniquement à cause de changements économiques et sociaux associés au sédentarisme, lorsque de nouvelles conditions ont incité des incursions organisées contre des villages "This period of Paleolithic warlessness, grounded in low population density, an appreciation of the benefits of positive relations with neighbors, and a healthy respect for their defensive capabilities, lasted until the cultural development of segmental forms of organization engendered the origin of war". Cependant il est attesté que l'Homo antecessor (environ AP) était anthropophage, chassait et mangeait régulièrement jeunes et adolescents rivaux.
Daté entre à AP, l’homme de Maba, crâne humain fossile découvert en 1958 dans une grotte proche de la ville de Shaoguan, dans la province chinoise du Guangdong, présente des traces de blessures au niveau du temporal droit résultant d’un coup porté par un objet contondant en pierre (agression ou accident), auxquelles il aurait survécu. Plus récemment, de à AP, Shanidar I, surnommé « Nandy », un squelette de néandertalien relativement complet découvert dans la grotte de Shanidar dans le Zagros en Irak présente les traces de blessures au niveau de l’os frontal et sur l’orbite gauche, reçues longtemps avant de mourir. Un des néandertaliens découverts sur le site de Krapina, en Croatie et daté de a subi une blessure résultant d’un choc violent sur le pariétal. À Saint-Césaire en Charente-Maritime, une néandertalienne morte il y a porte des traces de coups sur le crâne qui auraient entraîné une forte hémorragie et une commotion cérébrale ; elle a survécu quelque temps à sa blessure. Entre et , des néandertaliens à Shanidar et des hommes modernes à Skhul sur le mont Carmel en Israël ont reçu des blessures provoquées par l’impact d’objets pointus, en pierre ou en bois : Shanidar III, un quadragénaire, a la neuvième côte perforée, ce qui a sans doute provoqué un pneumothorax ; Shanidar V est touché au front ; à Skhul, un enfant a la tempe droite perforée et fracturée, un adulte a l’os coxal et la tête de tibia transpercés par une pointe de sagaie en bois durci au feu, et reçoit un coup violent à la tête qui le tue. Dans la grotte des Enfants du site de Balzi Rossi en Italie, un enfant moderne est tué par une pointe d’arme de jet fichée dans sa colonne vertébrale il y a . Seules les morts violentes de l’homme de Skhul et de l’enfant de Balzi Rossi sont attestées, les autres pouvant être accidentelles, lors de chasses, par exemple.
Parmi les nombreuses peintures rupestres du Paléolithique supérieur, aucune ne représente des êtres humains attaquant d'autres êtres humainsHaas, Jonathan and Matthew Piscitelli (2013) The Prehistory of Warfare: Misled by Ethnography In War, Peace, and Human Nature edited by Douglas P. Fry, . New York: Oxford University Press.. Le seul art rupestre représentant une forme d’agression entre des chasseurs-cueilleurs provient d'une séquence unique d'Australie du Nord qui a été peinte il y a environ . La grotte de Pech Merle dans le Lot, dont les peintures sont datées entre 23 000 et 13 000 ans, contient le dessin d'un homme transpercé de quatre traits. Aucune preuve paléontologique ou archéologique n'atteste avec certitude d'une forme de violence entre groupes et même s'il existe de nombreuses preuves directes ou indirectes de violences volontaires entre humains, la notion même de guerre comme phénomène organisé et potentiellement récurrent est difficile à prouver.
Épipaléolithique et Mésolithique vignette|Archers affrontés de la Cueva del Roure, à Morella (Castellón). Les scènes représentées dans les peintures du Levant espagnol au font partie des plus anciennes représentations connues de la guerre La preuve archéologique la plus ancienne de ce qui pourrait être un massacre préhistorique se trouve sur le site du cimetière 117, datant de l'épipaléolithique. Le cimetière contient un grand nombre de squelettes vieux d'environ à , dont beaucoup présentent des têtes de flèches fichées, ce qui indique que ces individus ont peut-être été victimes d'un conflit. Certains chercheurs doutent de cette conclusion, car les corps, enterrés dans des tombes soigneusement créées, peuvent s'être accumulés pendant de nombreuses décennies, et constituer la preuve d'assassinats d'intrus plutôt que d'un réel conflit. D'autre part, près de la moitié des squelettes appartiennent à des femmes. Les chercheurs ne pensent généralement pas que les femmes aient joué un rôle actif dans d'éventuelles escarmouches. Il a été supposé que ce massacre aurait pu se produire à la suite d'une crise écologique localehttp://genealogyreligion.net/wp-content/uploads/2014/04/pdf.pdf.
Sur le site de Nataruk à Turkana, au Kenya, de nombreux restes humains de ont été découverts avec de possibles blessures traumatiques majeures, dont celles probablement mortelles occasionnées par des lames d'obsidienne retrouvées fichées dans les squelettes. Selon l'étude initiale, la région était un « paysage fécond au bord d'un fleuve comportant une population importante de chasseurs-cueilleurs ». De la poterie a été trouvée, ce qui suggère les pratiques du stockage d'aliments et du sédentarisme.. Le rapport initial a conclu que les corps de Nataruk n'étaient pas enterrés, mais ont été conservés dans leur position initiale, au bord d'une lagune. De plus, des preuves de traumatisme crânien ont été découvertes sur les squelettes. Toutes ces éléments suggèrent qu'un conflit ou un massacre a eu lieu.
Les conflits préhistoriques ont été influencés par le développement de l'arc, de la massue et de la fronde. L'arc semble avoir été l'arme la plus importante dans les premiers conflits. En effet, l'arc permettait de blesser ou tuer un adversaire tout en diminuant considérablement le risque encouru par l'attaquant, par rapport à un combat en mêlée. Bien qu'il n'y ait pas de peintures rupestres de batailles entre des hommes armés de massues, le développement de l'arc est simultané aux premières représentations connues de conflits organisés, consistant en des représentations claires de deux ou plusieurs groupes d'hommes qui s'attaquent. Certaines peintures représentent même des tactiques bien identifiables comme des attaques de flanc et des encerclementsKeeley, War Before Civilization, 1996, Oxford University Press, pg.45, Fig. 3.1.
Néolithique
Les communautés du Néolithique sont définies comme des sociétés qui cultivent des plantes et fabriquent des outils uniquement à partir de matériaux naturels. Des preuves indiquent que des conflits ont affecté de nombreuses communautés du NéolithiqueNeolithic Warfare. Le massacre de Talheim et le massacre de Crow Creek en sont les exemples les plus flagrantsThe Perfect Gift: Prehistoric Massacres. The twin vices of women and cattle in prehistoric EuropeZimmerman 1981. The Crow Creek Site Massacre: Preliminary Report..
Selon la préhistorienne Marylène Patou-Mathis et à la lecture des recherches anthropologiques et archéologiques, la guerre ne semble apparaître qu’avec la naissance de l’économie de production et le bouleversement des structures sociales du Néolithique, il y a environ dix mille ans, et la « sauvagerie » des préhistoriques ne serait qu’un mythe forgé au cours de la seconde moitié du pour renforcer le concept de « civilisation » et le discours sur les progrès accomplis depuis les origines »3.
Entre 5300 et 4950 , le site archéologique d’Herxheim, dans le sud de la Rhénanie-Palatinat, en Allemagne, appartenant à la culture rubanée, livre les traces de pratiques d’anthropophagie rituelle. Dans les fosses entourant le village sont enterrés des fragments osseux humains portant des traces de découpe et de fracturation des os (environ 400 à ), des ossements d’animaux, des poteries, des outils d’os ou de pierre et de rares objets de parure. Un millier de personnes de tous âges et pour certaines venant de régions éloignées de plusieurs centaines de kilomètres auraient été inhumées sur le site en moins d’un demi-siècle à la suite de rituels codifiés. Il pourrait s’agir de raids guerriers qui auraient consisté à ramener des prisonniers pour les exécuter et les consommer, ou de voyages de personnes s’étant volontairement rendues à Herxheim pour participer à ces cérémonies, y compris à leurs dépens.