vignette|Prison de Champ-Dollon.|alt=Puplinge prison.jpg

Le drame de la Pâquerette est une affaire criminelle consécutive au meurtre d'Adeline Morel, sociothérapeute genevoise, assassinée le jeudi à Bellevue par un violeur récidiviste. Celui-ci est détenu à Genève au centre de la Pâquerette, institution novatrice de réinsertion pour détenus dangereux. Adeline Morel y travaille. Elle est égorgée alors qu’elle conduit le détenu à Bellevue pour suivre une thérapie équestre. L'affaire provoque un vaste débat sur le traitement à réserver aux détenus dangereux en Suisse, le centre de la Pâquerette étant une entité administrative des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) chargée de leur réinsertion progressive.

Biographie de la victime

Adeline Morel avait obtenu les meilleurs résultats de sa commune pour les examens de maturité fédérale. Elle est diplômée en criminologie et en psychologie et, âgée de , travaille comme thérapeute au centre de sociothérapie de la Pâquerette depuis 2007. En 2013, elle est sur le point de donner sa démission, déçue du fonctionnement de l'institution. Juan Poy, son compagnon, également employé à la Pâquerette, indique lors du premier procès qu'Adeline veut se tourner vers le soutien aux victimes et regrette de ne pouvoir faire de thérapie véritable auprès des détenus. Les thérapeutes ont notamment interdiction de parler des crimes passés avec les détenus.

Adeline est mère d'une petite fille de au moment des faits et souhaite se marier avec son compagnon, également employé au centre de réinsertion de la Pâquerette. Ce centre de sociothérapie, qui dépend des Hôpitaux universitaires de Genève, est situé au étage de la prison de Champ-Dollon.. Le centre doit être transféré en dans le nouvel établissement pénitentiaire Curabilis.

Selon sa mère, Adeline est une personne qui aime les gens et avait trouvé sa voie dans la sociothérapie. Elle est considérée comme compétente et expérimentée, ayant effectué plus de 200 sorties avec des prévenus.

Le matin du , elle est chargée d'accompagner seule le détenu Fabrice Anthamatten pour une sortie planifiée. Elle se rend avec lui dans une voiture de service, une Citroën Berlingo blanche et se gare au parking du Mont-Blanc, rue du Marché à Carouge, pour acheter un couteau à parer les sabots de chevaux. L'achat a été autorisé, mais Fabrice, à l'insu de la sociothérapeute, achète un couteau Victorinox en lieu et place de l'outil prévu.

Disparition le 12 septembre et découverte du corps le 13 septembre 2013 vignette|Carte de Bellevue : le corps d'Adeline est retrouvé dans le bois d'Avault. Le jeudi , Adeline Morel, choisie par l'institution pour cette mission en raison de son expérience, accompagne le détenu pour une séance d'équithérapie. Elle est seule, en raison d'un arrêt du Tribunal administratif du .Arrêt du Tribunal Administratif du 3 février 2010, République et Canton de Genève, A/2815/2009-DIV, ATA/61/2010, lire en ligne: https://files.newsnetz.ch/upload//2/9/29179.pdf. Un détenu fait recours en 2009 contre la décision du Procureur général Daniel Zapelli de faire accompagner les sociothérapeutes, pendant les sorties des détenus, par un surveillant armé. Il obtient gain de cause en ..

Fabrice Anthamatten s'intéresse aux chevaux et la sortie du jeudi est autorisée par le Service d’application des peines (SAPEM) et par la direction de la Pâquerette. Une première sortie le avec une autre thérapeute, fait l'objet d'une évaluation positive. Ces sorties ont pour but de confronter graduellement les détenus au monde extérieur en vue de leur libération conditionnelle. Pour Fabrice Anthamatten, l'examen de sa sortie conditionnelle est prévu pour , alors qu'il est condamné à de réclusion. Selon Panteleimon Giannakopoulos, chef du Département de santé mentale et de psychiatrie aux HUG, le détenu est alors autorisé à sortir sur la base d'un rapport de son psychiatre. Ce rapport est jugé peu objectif, car il ne provient pas d'une expertise indépendante et externe. Ainsi le détenu est autorisé à sortir sur la base de deux avis, émis par son psychiatre et la direction de la Pâquerette..

La disparition d'Adeline Morel est constatée le jeudi , car elle ne rentre pas à l'heure prévue, et ne donne plus de nouvelles depuis la fin de la matinée.. L'alerte est donnée par la police à 16 h, l'heure de la séance d'équithérapie était fixée à 11h et ni Adeline ni le détenu ne s'y rendent. Un mandat d'arrêt européen. est lancé le jeudi soir.

Le corps d'Adeline est retrouvé le vendredi à dans le bois d'Avault, sur le territoire de la commune de Bellevue... Elle est attachée à un arbre et égorgée. Le portable d'Adeline est géolocalisé à Bâle.

Funérailles se rendent aux funérailles d'Adeline Morel à l'église d'Avusy, dont une centaine de ses collègues des Hôpitaux universitaires de Genève.. Ces derniers ont également organisé un recueillement à l'Hôpital des Trois-Chênes. Le directeur de la prison de Champ-Dollon est présent.

Les conseillers d'État Charles Beer, Pierre-François Unger et Pierre Maudet sont présents aux funérailles, mais la famille leur demande de ne pas faire de discours.

Enquête La police genevoise est informée de la disparition le à . Le Conseil d'État tient une conférence de presse. David Hiler, vice-président du Conseil d'État genevois, annonce officiellement la découverte du corps le . Bernard Ziegler est chargé d'une enquête administrative et Pierre Maudet annonce également le gel de toutes les sorties pour les détenus du canton de Genève.

Accusé Fabrice Michel Claude Anthamatten est né le à Paris et est de nationalité franco-suisse. Ses parents sont aisés mais il évolue dans un climat familial délétère ; sa mère est violente verbalement et physiquement, elle est instable émotionnellement, et son père est alcoolique, a parfois des comportements intrusifs. Il demande à son fils de lui prêter sa petite amie en échange d'un scooter et le pousse au vol des bijoux de son ex-femme, également la mère de Fabrice, après leur divorce.. Celle-ci ayant la garde principale de Fabrice, elle n'a pas répondu à ses besoins primaires ni affectifs. Son enfance est donc marqué par le conflit conjugale et les violences intra-familiales, enfant instrumentalisé sans cesse par ses parents. Il n'obtient pas son diplôme de fin d'études, effectue son service militaire en tant que policier auxiliaire. Il se forme à l'école de police de Sens (Yonne) puis intègre un commissariat dans l'Essonne. Il est ensuite exempté à la suite d'une expertise psychiatrique. Par la suite, son parcours professionnel est instable.

Première condamnation à de prison en 2001 Sa première victime est une jeune femme alsacienne de , Danièle, qui fait halte au cours de son voyage vers le sud de la France.

Il la rencontre le à Genève au bord du lac et l'emmène faire un tour en bateau. Elle rêve de devenir hôtesse de l'air et il assure pouvoir l'aider, affirmant que sa mère en était une. En confiance, elle lui confie qu'elle a été violée à . À la fin de la journée, il l'emmène à Ferney-Voltaire en passant la frontière. Dans les environs d'un vignoble, il sort un couteau et lui passe des menottes pour la violer, alors qu'elle proteste.

Le juge Vincent Fournier est procureur lors du premier jugement de Fabrice Anthamatten à Genève en , pour cette affaire de viol. Le violeur est alors condamné à dix-huit mois de prison avec sursis par la Cour correctionnelle avec jury de Genève. La cour invalide la version du prévenu qui affirme avoir pensé que la victime consentait à un scénario sado-masochiste de viol. De nombreux médias pointent le fait que la définition juridique du viol en Suisse est "la plus légère d'Europe". Selon Lucie Monnat du quotidien vaudois 24 heures dans un article daté du , "En Suisse, la loi considère que le viol ne peut être pratiqué que sur une femme, et ne reconnaît que la pénétration vaginale par un pénis, et rien d’autre. Inscrit sous l’article 190 du Code pénal (CP), il est sanctionné d’une peine privative de liberté de 1 à , et de au moins «si l’auteur a agi avec cruauté».Le procureur se pourvoit en cassation afin de faire reconnaitre le viol avec cruauté, et le prévenu est condamné en 2001 à cinq années de prison ferme. Anthamatten récidive et prend la fuite. Lors du deuxième procès il n'est pas présent.

Deuxième condamnation à de prison en 2003 Avant même que la procédure pénale pour le premier viol soit terminée, il récidive le . Il viole à nouveau une jeune femme de dans les bois de Ferney-Voltaire. C'est une personne qu'il connaît depuis longtemps, une ancienne collègue d'un Pizza Hut prénommée Rachel. Il lui passe des menottes et la menace d'un couteau. Avant de la libérer, il lui vole également la somme de suisses, pour financer un voyage à Dublin. Elle témoigne par la suite dans les médias, en accordant un entretien à la Tribune de Genève en , du fait que dans son agression sont présents les trois éléments du scénario à répétition dans les crimes connus du violeur récidiviste : couteau et fantasme d'égorgement, enlèvement en voiture, et viol en milieu forestier proche notamment de Ferney-Voltaire. Le bois d'Avault, où le corps d'Adeline Morel est retrouvé, est lui aussi proche de la frontière de la Suisse avec Ferney-Voltaire.

En Irlande, il rencontre une jeune Polonaise de , avec laquelle il entame une relation amoureuse qui se termine abruptement en . La jeune femme l'accuse en effet de lui avoir fait subir une relation sexuelle non consentie, et elle se défie de lui au point de se faire passer pour morte afin qu'il ne la retrouve pas. Il revient en France pour s'engager dans la Légion étrangère.

Il est appréhendé en à la suite de sa première condamnation, est jugé devant la cour d' assises de l'Ain qui, dans son arrêt du , le condamne à de prison ferme assorties d'une injonction de soins psychiatriques. Il affirme lors de son procès que, à la suite du premier viol, il a des fantasmes de viol et qu'il n'avait pas emporté de préservatifs, contrairement à la première fois. Il affirme que c'est chaque fois "un bon trip".

Selon Maître Pascal Braud qui défend la victime lors du procès de 2003 aux assises de l'Ain :

Transfert à Champ-Dollon au centre de réinsertion de la Pâquerette Fabrice Anthamatten est condamné en tout à pour viol en récidive et brigandage. Il purge le début de sa peine en France, mais en 2008 sa demande de transfert pour la Suisse est acceptée. Il est transféré à Champ-Dollon, puis aux établissements de la plaine de l'Orbe dans le canton de Vaud.

La Pâquerette La Pâquerette est un centre de réinsertion des détenus dangereux.

Située au étage de la prison, elle est une entité administrative des Hôpitaux universitaires de Genève. Les sociothérapeutes ne peuvent pas interroger les détenus sur leurs crimes passés, à moins que ceux-ci n'en fassent la demande expresse.

L'institution est considérée comme un modèle d'insertion, sa directrice soulignant en 2011 lors d'un entretien avec le journal Le Temps à l'occasion des de l'institution :

En Suisse romande, ce modèle social est réputé plus proche des détenus et moins sévère à leur encontre que le modèle pénal en vigueur dans les cantons alémaniques, où ce sont des juges qui décident de l'application des peines. La tendance globale serait toutefois à l'augmentation des injonctions de soins et l'allongement des prises en charge.

Préparation de la fuite Avant de partir, le prévenu semble s'être habillé de vêtements trop chauds pour la saison. Il dit alors à Adeline, tout en fixant son compagnon « Tu as pris les sous, chérie ? ».

Arrestation le Le meurtrier est interpellé le vers à Kołbaskowo, commune polonaise située à la frontière entre la Pologne et l'Allemagne. Il roule, lors de son arrestation, dans un véhicule Berlingo blanc de la marque Citroën. L'arme du crime est retrouvée dans sa voiture.

Une demande d'extradition est immédiatement lancée.

Extradition vers la Suisse