Le terme de campagnes du Sud désigne les actions militaires menées par Simón Bolívar et Antonio José de Sucre au sud de la nation nouvellement indépendante de Grande Colombie.

Deux visions s'affrontent quant à l'étendue des opérations militaires que le terme regroupe. Pour la première, les campagnes du sud correspondent à la libération de la région de Pasto, en Nouvelle-Grenade (actuelle Colombie), ainsi de la Real audiencia de Quito (actuel Équateur), régions vouées à intégrer la Grande Colombie. Pour la seconde, la continuité du commandement implique d'ajouter aux opérations précitées toutes les opérations militaires entreprises par Sucre et Bolívar pour libérer le Pérou et la Bolivie. Si les campagnes du Sud démarrent donc en 1821 avec l'arrivée des renforts colombiens à Guayaquil, première province libre d'Équateur, elles se terminent suivant le point de vue adopté en 1824 (bataille de Barbacoas) ou en 1826 ( de Callao, au Pérou).

Contexte

Situation en Nouvelle-Grenade et au Venezuela

En 1819, la Nouvelle-Grenade est repassée sous contrôle espagnol après une courte période d'indépendance marquée par des conflits entre néo-grenadins. Les difficultés rencontrées par Simón Bolívar l'ont conduit à renoncer et à s'embarquer le pour la Jamaïque, d'où il rejoint la République nouvellement indépendante d'Haïti. De là, avec l'aide du président Alexandre Pétion, Bolívar retourne au Venezuela et parvient à libérer la partie orientale du pays. De cette tête de pont, il parvient à libérer la quasi-totalité du Venezuela, luttant à mort contre le commandant espagnol Pablo Morillo. Le congrès d'Angostura, qui se tient à Angostura (aujourd'hui Ciudad Bolívar) le , permet aux délégués de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela de définir le futur politique des territoires une fois leur libération acquise. Peu après, à la suite de la retraite de Pablo Morillo dans ses quartiers d'hiver de Calabozo après la campagne d'Apure, Bolívar décide qu'il est temps de libérer la Nouvelle-Grenade.

À l'issue d'un périple amenant l'armée patriote de Bolívar et Francisco de Paula Santander à traverser les Andes via le páramo de Pisba, deux grandes batailles sont livrées contre les forces du commandant royaliste José María Barreiro, la bataille du Pantano de Vargas, près de Paipa Batalla del pantano de Vargas: Batalla que forjó la independencia colombiana, sur www.todacolombia.com, et la bataille de Boyacá au niveau du pont de Boyacá, à Tunja Batalla de Boyacá 7 de Agosto de 1819, www.todacolombia.com Stefan K. Beck H., La Batalla de Boyacá Lorsqu'il apprend la nouvelle de la défaite de ses troupes, le vice-roi de Nouvelle-Grenade Juan de Sámano fuit Bogota et parvient à s'échapper par Carthagène des Indes. Bolívar arrive à Santafe de Bogota où il entre sans résistance le , mettant fin à la campagne libératrice de la Nouvelle-Grenade.

Avec la prise de la capitale, Bogota, et la fuite du vice-roi, la Nouvelle-Grenade est virtuellement perdue pour l'Espagne. Toutefois, les campagnes indépendantistes se poursuivent. Le sud du pays (San Juan de Pasto, Popayán) demeure aux mains des royalistes, ainsi que les ports de la mer des Caraïbes (Carthagène des Indes, Barranquilla, Santa Marta).

Bolívar charge le général vénézuélien Mariano Montilla d'attaquer les royalistes qui occupent encore les ports de la mer des Caraïbes. À partir du se déroule une campagne fluviale et navale qui libère un à un les ports caribéens et se termine par l'entrée des troupes indépendantistes à Carthagène le .

De son côté, afin d'empêcher définitivement tout nouveau débarquement de troupes espagnoles sur les côtes de la mer des Caraïbes, Bolívar porte de nouveau la guerre au Venezuela dont l'ouest et le nord du pays sont toujours contrôlés par les royalistes et ce qui reste du corps expéditionnaire espagnol de Pablo Morillo. Après un armistice de six mois, la campagne débute le par la bataille de Carabobo qui se solde par une importante victoire de Bolivar sur le maréchal Miguel de la Torre, le remplaçant de Morillo, démissionnaire en , à la tête des troupes espagnoles Batalla de Carabobo, www.venezuelatuya.com.

À partir du et jusqu'au de la même année se réunit le Congrès de Cúcuta, assemblée constituante destinée à donner vie au projet décidé lors du congrès d'Angostura Actas del congreso de Cucuta, 1821, sur www.bdigital.unal.edu.co. Initié par Antonio NariñoAcademia de Historia de Norte de Santander - Plaque commémorative du Congrès de Cúcuta - Novembre 1982, le Congrès de Cúcuta voit la participation de Simón Bolívar, de Francisco de Paula Santander et d'autres importants personnages de l'indépendance. C'est dans le temple historique de Cúcuta qu'est adoptée la constitution de Cúcuta, acte de naissance de la Grande Colombie (alors simplement appelée « république de Colombie ») constituée de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela Constitution de Cúcuta, sur modern-constitutions.de. Bolívar en est désigné président et Santander vice-président.

Situation en Équateur

Après une lutte qui dure toute la nuit, le matin du , la ville de Guayaquil a obtenu son indépendance de l'Espagne. L'indépendance de différentes villes est rapidement obtenue, comme le village de Samborondón le , Daule le ou Naranjal le ..

Le , 57 représentants de tous les villages qui forment la province de Guayaquil sont convoqués à la mairie de la ville où il est proclamé la naissance d'un nouvel État connu sous le nom de province libre de Guayaquil et élu comme président de celui-ci le José Joaquín de Olmedo Blog Nicolas-storia - Historia: Independencia de Guayaquil FMMeducación.com.ar - 1820: Acta de la Independencia de Guayaquil (Ecuador). Après cela est adopté le qui sert de constitution au nouvel État.

Cependant, les villes de Quito et Cuenca demeurent sous la domination espagnole, ce qui pourrait signifier un danger pour la récente indépendance de Guayaquil. Ainsi, Olmedo met en place une armée connue sous le nom de chargée de veiller à la sécurité de la province libre de Guayaquil et libérer les autres villes qui composent la Real audiencia de Quito.

La lance une campagne dans le but de libérer toute la province libre de Guayaquil, obtenant une victoire lors de la bataille de Camino Real, le , mais se trouve bientôt dans une situation délicate après avoir été battue lors des batailles de Huachi, le , et Tanizahua, le .

Dans le même temps, la ville de Cuenca, qui a suivi l'exemple de Guayaquil et proclamé son indépendance le , est reprise par les royalistes à la suite de la défaite des patriotes lors de la bataille de Verdeloma, le , mettant fin à l'éphémère « république de Cuenca ».

Face à cette situation difficile, José Joaquín de Olmedo demande une aide militaire à la Grande Colombie pour défendre Guayaquil et libérer le reste de la Real audiencia de Quito.

Situation au Pérou

Le , la bataille de Sipe-Sipe est un désastre pour les armées indépendantistes qui perdent . À ce moment-là, la cause indépendantiste en Amérique du Sud paraît perdue malgré la proclamation de l'indépendance des Provinces-Unies du Río de la Plata le . C'est alors que José de San Martín, un général argentin alors gouverneur de la province de Cuyo, met au point un nouveau plan pour vaincre les armées royalistes du Pérou. Au lieu de passer par le Haut-Pérou, où les insurgés ont été à chaque fois vaincus, il décide, avec l'aide des restes de l'armée chilienne de son ami Bernardo O'Higgins, d'organiser une armée des Andes dont le but est de traverser la cordillère des Andes et d'entrer par surprise au Chili. Il obtient le soutien du Directeur suprême Juan Martín de Pueyrredón et, le , il débute avec une armée de plus de divisée en quatre colonnes une incroyable traversée de près de à travers la cordillère, qui s'achève le . L'armée des Andes a perdu lors de la traversée près du tiers de ses effectifs mais elle prend totalement par surprise les troupes royalistes qui sont vaincues le lors de la bataille de Chacabuco. Le lendemain, l'armée des Andes entre triomphalement dans Santiago du Chili et les royalistes sont repoussés dans le sud du pays. Bernardo O'Higgins est placé à la tête du pays dont il proclame l'indépendance un an jour pour jour après la bataille de Chacabuco. Peu après, le , l'armée de José de San Martín assure définitivement cette indépendance en triomphant des forces de Mariano Osorio à la bataille de Maipú où environ sont pris ou tués. Valdivia, la dernière possession espagnole au Chili, est capturée le par l'amiral Thomas Cochrane.

Après avoir assuré l'indépendance du Chili, José de San Martín fait construire une flotte dans le Pacifique pour contester la domination navale des espagnols. Au milieu de l'année 1820, une flotte de 8 navires de guerre et de 16 navires de transport est assemblée sous les ordres de Thomas Cochrane. Cette flotte met à la voile depuis Valparaíso jusqu'à la péninsule de Paracas, au sud du Pérou, où les troupes transportées débarquent le , prenant peu après la ville de Pisco. Après cela, San Martín, qui espère que la présence de ses troupes va susciter une rébellion généralisée au Pérou, choisit d'éviter l'affrontement militaire direct avec l'armée du vice-roi Joaquín de la Pezuela. Il engage des négociations qui échouent et ses troupes gagnent alors la ville de Huacho, qui est une meilleure position stratégique. Pendant les mois suivants, une campagne terrestre et maritime contre les royalistes lui permet de sécuriser sa nouvelle position.

Au Pérou, le vice-roi est renversé par un coup d'État des libéraux et remplacé par José de la Serna le . Deux mois plus tard, San Martín fait déplacer ses forces jusqu'à Ancón, tout près de Lima. De nouvelles négociations sont entamées mais elles ne mènent à rien et de la Serna, jugeant sa position à Lima trop faible, abandonne la capitale péruvienne le pour gagner les hauteurs et s'établir à Cuzco. Le , San Martín fait son entrée à Lima, où il est déclaré protecteur du pays dont il proclame l'indépendance le ACTA DE LA INDEPENDENCIA DEL PERU.

Situation en Espagne

En 1819, l'Espagne organise une seconde expédition militaire après celle de 1815, composée de 10 bataillons, pour reconquérir ses colonies mais le commandant de l'un de ses bataillons, Rafael del Riego, déclenche une mutinerie en réclamant un retour à la constitution de 1812 et la révolte se répand dans tout le pays, contraignant Ferdinand VII à gouverner de façon plus libérale. Cette période va durer jusqu'en 1823, date à laquelle l'expédition française en Espagne va rétablir l'absolutisme. Cette situation troublée en Espagne a de fortes conséquences sur les évènements en Amérique du Sud car non seulement la nouvelle expédition espagnole ne voit jamais le jour mais, de plus, le moral des troupes royalistes sur le continent américain chute considérablement, entraînant de nombreuses désertions. Au niveau politique, les Cortes Generales qui détiennent le pouvoir en Espagne de 1820 à 1823 cherchent plus à négocier avec les insurgés hispano-américains qu'à les combattre, pensant naïvement que le retour du libéralisme en Espagne peut les convaincre de renoncer à leurs projets d'indépendance.

Opérations contre les royalistes de Pasto