L'histoire des matières premières a connu des périodes de croissance et de récession, l'importance des produits de base dans l'économie globale étant très variable selon les différentes phases du développement économique dans le monde. La volatilité des cours mondiaux a suscité la recherche d'accords internationaux de produits pour la réduire et la création d'un outil comme le marché à terme pour s'en protéger.

Histoire L'histoire des matières premières remonte à la préhistoire, les hommes apprenant alors à utiliser des métaux et les travailler, activité qui a laissé de nombreuses traces archéologiques et à cueillir des produits agricoles. L'Antiquité a permis le développement de ces activités, tout comme la Révolution industrielle qui a fait ses débuts au en Angleterre. Le L'exploration du monde par les navigateurs portugais au , bientôt suivis par les Flamands de la future Hollande, alors encore sous domination espagnole, ouvre de nouveaux horizons au marché des matières premières: or, cacao, épices, sucre. Le Le voit une très forte croissance du marché du sucre, où les Brésiliens ont été rejoints par les Français et les Anglais, qui développent sa culture dans les îles des Caraïbes, en recourant à la traite négrière. Les Hollandais développent de leur côté le marché des épices grâce à leurs grands comptoirs en Indonésie.

Le Le est marqué par l'avancée des empires coloniaux, en Inde pour les Anglais et les Français, sous la forme de comptoirs plus nombreux mais dont l'emprise reste encore modeste, et en Malaisie pour les Chinois qui y extraient de l'étain. L'extraction des métaux précieux est relancée en Amérique du Sud, en particulier par les Anglais qui développement les mines d'or brésiliennes.

L'histoire de la production du plomb s'accélère dans le nord de l'Angleterre, où des sociétés minières se créent, contribuant, au même titre que le développement des mines de charbon à la première révolution industrielle.

Les premières pénuries criantes du monde des matières premières sont générées par la révolution technologique dans le domaine du coton, dans la région de Manchester, en Angleterre. La productivité des usines centuple dans les trois dernières décennies du siècle, grâce à de nouvelles machines et technologies, aussi bien dans le filage que le tissage. Mais Saint-Domingue, premier producteur mondial de coton brut peine à suivre la demande. La première révolution industrielle met les matières premières sur le devant de la scène.

Le thumb|left|Dessin d'un prospecteur d'or en train de filtrer le sable d'un cours d'eau.|333x333px

Dans la première partie du , les crises financières et boursières, le plus souvent causées par la défiance envers le papier-monnaie et un système bancaire en pleine mutation, ont un impact très violent sur les marchés des matières premières. La crise boursière de 1825 stoppe momentanément l'expansion des mines en Amérique du Sud tandis que la panique de 1837 suspend pour quelques années celle de la culture du coton aux États-Unis, qui sont déjà le premier producteur mondial. La krach de 1847, déclenche aussi un coup d'arrêt mais le report des investisseurs boursiers sur le placement-refuge qu'est l'or fait monter son cours, ce qui donne une grande ampleur aux ruées vers l'or des années suivantes, en Australie et en Californie, avec leur corollaire, l'invasion par des colons du continent australien et de l'ouest américain. À la même époque, la grande famine irlandaise de 1848 accélère l'expansion de la production céréalière américaine dans la région des Grands Lacs, qui arrive pour pallier, en partie, à la crise alimentaire. C'est aussi l'émergence des marchés à terme de matières premières, du télégraphe qui permet de les connecter assez vite pour répondre aux besoins à temps. La production du plomb s'accélère dans l'État du Missouri, au début du siècle, suivie par celle du cuivre dans l'État du Michigan à la fin du siècle.

La très forte croissance économique mondiale des années 1850 réussit aux trois pays, dont l'offre suit la demande, malgré la hausse du prix des esclaves, ce qui se traduit par une modeste baisse des prix du coton, tandis que ceux du sucre ne sont qu'en légère hausse, seuls les prix du café tirant vraiment leur épingle du jeu"The Comparative Histories of Slavery in Brazil, Cuba, and the United States", par LAIRD W. BERGAD, Stuart Schwartz, Yale University . L'application de nouvelles technologies dans le traitement de la canne à sucre et dans le séchage et la décortication du café, jouèrent un rôle très important dans l'augmentation de l'efficacité de la production cubaine et brésilienne, tout comme les innovations dans le domaine du transport, particulièrement la construction de chemins de fer et le développement de navires à vapeur le long des rivières et les ports de mer. Il y a eu aussi des améliorations marquées des communications, par l'utilisation accrue de lignes de télégraphe, qui mettaient en contact les producteurs avec les conditions locales, régionales, nationales et internationales du marché très rapidement.

Le développement de la navigation et en particulier des exportations transportées par navire à vapeur a joué un rôle crucial dans l'expansion du commerce mondial : avant le milieu du , les taux de fret sur longue distance étaient prohibitifs sauf pour les marchandises dont le prix unitaire était très élevé. En conséquence, le volume d'échange des matières premières était faible, avec pour l'essentiel des produits de luxe très appréciés tels que le café, le cacao, les épices et les métaux précieux et semi-précieux, pour la plupart importés dans une Europe en voie d'industrialisation"Matières premières: historique et perspectives", par Marian Radetzki, août 2010 . vignette|upright=1.4|lang=fr|Cours du cuivre au London Metal Exchange, pendant le corner sur le cuivre.|alt=graphe temporel du prix du cuivre

La baisse progressive des coûts de transport a permis une diversification des sources de production des matières premières et fait sauter des points d'engorgement. Principal port européen au milieu du , la ville d'Odessa a d'abord bénéficié de l'essor des exportations de blé et de seigle russes et ukrainiens vers l'Europe occidentale, commerce ensuite tari dans les années 1870 par l'arrivée massive de blé américain après la guerre civile américaine, puis de l'expansion des chemins de fer russes qui ont assuré le transport des exportations résiduelles de céréales russes. Les années 1880 ont pour leur part vu l'arrivée des navires frigorifiques qui ont permis de transporter sur de longues distances la viande, les fruits et d'autres matières premières agricoles.

À la même époque, l'expansion du colonialisme vise la production de matières premières. La fièvre du caoutchouc connut son apogée entre 1879 et 1912, suivie longtemps après d’une résurrection dans les années 1942 - 1945. Symbole de l'extrême volatilité des cours des matières premières à la fin du siècle, la corner sur le cuivre de 1887, qui déclenche un doublement des cours en quelques mois, puis leur effondrement, est la plus importante opération d'accaparement de l'histoire de la production du cuivre. Impliquant le Comptoir national d'escompte de Paris et le banquier d'Eugène Secrétan, l'opération entraîne la faillite de la banque en , ponctuée par le suicide de son président et une intervention massive de la Banque de France, à hauteur de cent millions de francs or. L'équivalent de 10 milliards d'euros actuels. Auparavant, les années 1870 ont vu la multiplication des marchés à terme de matières premières.

1871: fondation de la Bourse du Coton de Mobile 1871: fondation de la New Orleans Cotton Exchange 1871: le Lloyd's Act institutionnalise le Lloyd's of London 1872: fondation du Butter and Cheese Exchange of New York, futur New York Mercantile Exchange 1874: fondation de la Bourse du Coton de Memphis 1874: fondation du Chicago Produce Exchange, futur CME 1877: fondation du London Metal Exchange 1881: fondation du Minneapolis Grain Exchange

Le Les accords internationaux de produits concernant les matières premières se sont multipliés au , en s'inspirant à la fois des cartels de producteurs privés, comme il en existe depuis le sur les métaux, et des politiques publiques de soutien des prix déployées au Ghana pendant la colonisation britannique, afin d'encourager la paysannerie à rester sur ses terres.

L'entente internationale de l'Acier a été créée le 30 septembre 1926. Ce texte utilise le terme d'"Union économique européenne", dans l’euphorie qui accompagne alors l’entrée de l’Allemagne dans la SDN. Dans la presse française, il est largement commenté. L'Humanité dénonce en particulier le retour de l’impérialisme allemand sur la scène internationale.

Le Cartel opérait sous la direction d'un Conseil composé des représentants des industries allemande, française, belge et luxembourgeoise. Ses membres, le Benelux et les pays rhénans, sont rejoints un an après par l'Autriche, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, avec chacun un contingent propre de production d'acier. L’entente européenne prit sa dimension réellement mondiale en 1929, par un accord avec les entreprises américaines, britanniques et canadiennes, puis par la suite, par l'entrée en son sein des producteurs japonais et suédois.

L'entente entre producteurs d'étain se met en place à la fin des années 1920, visant au contingentements des exportations. Il est porté par la puissance des roi de l'étain boliviens Simón Iturri Patiño et Moritz Hochschild, qui mettent momentanément leurs rivalités de côté pour faire face à la crise mondiale affectant l'industrie automobile, grande consommatrice d'étain, se traduisit par une chute de la production, tombée à 24 904 tonnes en 1933. Dès lors, grâce aux mesures prises pour réglementer le marché dans le cadre international et soutenir les cours mondiaux, la production s'est relevée, atteignant 77 542 tonnes en 1937. À partir de 1936 que deux mesures drastiques furent employées pour faire face à une période de surproduction. L'entente est transformée en accord officiel conclu sur une base paritaire entre pays producteurs et pays consommateurs après la guerre 1939-1945: c'est le Groupe d'Étude International de l'Étain, créée en 1947.

Au Guana britannique, le ministère de l'Alimentation établit en 1939 un contrôle du marché du cacao, confié en au "West African Cocoa Control Board", dont il est le seul client anglais, ensuite remplacé par un "Marketing Board", qui a pour mission d'assurer un revenu garanti aux producteurs"L'Accord international sur le cacao", par Pierre Michel Eisemann, dans lAnnuaire français de droit international, 1975 . Le système de contrôle gouvernemental sera généralisé dans les années 1945-1950 car la baisse de la production mondiale provoquée par diverses maladies des cacaoyers et la relance de la demande font flamber le prix moyen du cacao sur le marché mondial: de 4,4 cents la livre en 1932-1937, il atteint 40 cents en 1947.

La conclusion d'accords internationaux sur les matières premières, gérés par des États, visant l'intérêt général, et une stabilisation des cours sur le long terme, afin d'éviter surproductions et pénuries, est prévue au chapitre VI de la charte de La Havane de 1948. Ils ont été mis en place principalement à partir des années 1950, en utilisant une panoplie de politiques économiques agissant sur le fonctionnement naturel du marché, en particulier la technique du stock régulateur, qui achète quand les cours sont trop bas et revend quand ils sont trop hauts.