Pierre Richet, né le dans le arrondissement de Paris et mort le à Saint-Mandé, est un médecin militaire français. Au cours de la Seconde Guerre mondiale puis de la Guerre d’Indochine, il joue un rôle important dans l’organisation des services de santé des armées. Il se consacre ensuite à la lutte contre plusieurs grandes endémies en Afrique, notamment la maladie du sommeil, la lèpre et l'onchocercose. Initiateur et premier Secrétaire général de l'Organisation de coopération et de coordination pour la lutte contre les grandes endémies (OCCGE), il est l'un des principaux artisans des programmes d'éradication de l'onchocercose en Afrique de l'Ouest.

Famille et jeunesse Né de Jeanne Marguerite Geay et de Pierre Richet, employés des postesPierre Richet n'a pas de lien familial avec Charles Richet, prix Nobel de physiologie et médecine en 1913, contrairement à ce qui peut parfois être écrit.Archives d'état-civil de Paris, naissances arr., 1904, acte (vue 126/134), avec mentions marginales des mariages., il perd très jeune son père et est élevé par une tante à Niort. Boursier, il suit sa scolarité au Lycée Fontanes de Niort, passe ses deux baccalauréats à Poitiers (Vienne) en 1921 et 1922. Toute sa vie, il se souviendra des dures années d'internat pendant la Première Guerre mondiale. Marié deux fois, il a eu deux enfantsHélène Gaudrillier. 1984. ..

Études Il est en 1923 maître d'internat (surveillant) au lycée de Limoges (Haute Vienne) et valide son certificat d'études physiques, chimiques et biologiques (PCB). En 1924, il suit les cours de l'École annexe préparatoire de Rochefort et est admis à l'École principale du Service de santé de la Marine de Bordeaux en 1925Hélène Gaudrillier. 1984. ..

Il soutient sa thèse le , retardée par un accident de voiture lors du remplacement d'un médecin dans la Haute-Vienne. En 1930 il rejoint l'École du Pharo à Marseille (Promotion Clarac)., où il se forme à la médecine tropicaleHélène Gaudrillier. 1984. .. Il est ensuite affecté au Dépôt des isolés de Fréjus (Var)Hélène Gaudrillier. 1984. ..

Il épouse fin 1930 à Bordeaux Marie Antoinette Maurienne.

Carrière et œuvre scientifique

Au contact des grandes endémies en Afrique (1931-1942) De 1931 à 1942, médecin lieutenant, il découvre l'Afrique successivement à Gouré puis N'Guigmi (Niger) aux confins du lac Tchad, et où nait son premier enfant, puis à Tenkodogo et enfin à Bobo Dioulasso (alors Haute-Volta), lors de trois séjours entrecoupés d'une affectation de près de 2 ans à l'Hôpital militaire Saint-Nicolas de Bordeaux, qu'il va mettre à profit pour approfondir ses connaissances en pathologie infectieuse et médecine générale. Il se prend d'un indéfectible attachement pour les Africains et les "tropiques enchantés", affections coloniales qu'il illustrera plus tard dans Sillages et feux de brousse..

Il rencontre Eugène Jamot en inspection à N'Guigmi en 1933Hélène Gaudrillier. 1984. .. Ce dernier combat depuis 1917 la maladie du sommeil, et a inventé la médecine mobile en Afrique francophone.. Sa doctrine va définitivement marquer Richet.

Entre 1936 et 1938 il prospecte et éteint les deux grands foyers de trypanosomiase des Boussanga de Garango, et inventorie l'énorme foyer d'onchocercose du bassin de la Volta Blanche. Il y fait de minutieuses descriptions cliniques (dont la gale filarienne) qui viennent compléter la connaissance de cette maladie décrite en 1907 au Congo belge, reconnue dans toute l'Afrique équatoriale, mais encore peu étudiée en Afrique occidentale. Son apport à la reconnaissance du risque oculaire est important. Cependant son action est freinée par l'absence de traitement médical de la "cécité des rivières", ou d'insecticide contre l'insecte vecteur de la maladie, la simulie.

Repéré par ses supérieurs, il est affecté comme adjoint du Médecin colonel Gaston Muraz, au tout nouveau Service général autonome de la maladie du sommeil (SGAMS) créé le pour l'Afrique Occidentale française (AOF) et le Togo, à Bobo Dioulasso qui devient le centre de la lutte contre cette maladie pour la région. Les trois années qui suivent sont autant harassantes que passionnantes pour Pierre Richet. Face aux 300.000 sommeilleux à traiter, Gaston Muraz ne peut mobiliser qu'un nombre en constante diminution de médecins, rappelés en métropole pour les besoins des armées en guerre. En 1941, Pierre Richet est promu commandant. Lorsque Muraz est désavoué en 1942, Richet demande sa mutation au secteur de Diébougou en pays Lobi, mais, alors qu'il rentre en congés au bout de quelques mois, il est retenu au Maroc et nommé médecin-chef du régiment de tirailleurs sénégalais"Richet (Pierre Eugène)" in Biographie coloniale, Acad. Roy. Scienc. d'Outre-mer, Belgique, 2015, à lire en ligne..

Dans les services de santé en guerre (1942-1952) Pierre Richet sert en 1942 dans l'Armée d'Afrique, il y organise le soutien médical de son régiment au combat, avec lequel il progresse vers l'Est. En il est affecté aux Corps francs d'AfriqueUnités spéciales qui incorporent des républicains espagnols, des antifascistes italiens, des juifs dépossédés de la citoyenneté française, des résistants d'Afrique du Nord etc., dont l'Armée d'Afrique ne veut pas., et entre à Bizerte (Tunisie). Après ce fait d’armes, les Corps francs d’Afrique se désolidarisent de l’armée d’Afrique du Nord, de mouvance vichyste, et passent aux Forces françaises libres (FFL). Pierre Richet s'y enrôle et y entraîne tous ses médecins.. Pierre Richet, dont les qualités d’organisateur sont vite reconnues, devient ensuite le chef du Service de santé de la Deuxième division blindée du Général Leclerc créée en Hélène Gaudrillier. 1984. ..

En , il est lieutenant colonel du Bataillon médical, équipé sur le modèle américain. En il est en Angleterre, et débarque en Normandie le , puis participe alors à la Campagne de France, organisant et dirigeant le service de santé divisionnaire, mais aussi se portant aux points les plus exposés, ce qui lui vaudra d'être cité en France et aux États-UnisExtrait de la citation signée du président Harry S. Truman en date du , ... Le , à Paris, alors que Leclerc doit recevoir la reddition de Von Choltitz, il fait un malaise et c'est Pierre Richet qui le soigneJean Dutertre. Hommage au général Richet. Conférence donnée au Pharo, Marseille le 22 octobre 1992.. Il participe à la bataille des Vosges, la libération de Strasbourg, la réduction de la poche de Royan, la campagne d'Allemagne aux côtés de Leclerc jusqu'à Berchtesgaden (). Il dégage sept mille cinq cents Français du camp de Dachau, où ils étaient bloqués par un cordon sanitaire américain contre la diffusion du typhus exanthématique.

En , Leclerc est chargé d'organiser et d'instruire le Corps expéditionnaire qui doit partir en Indochine. Pierre Richet doit en préparer le service de santé. En , promu médecin-colonel, il est à Saïgon, successivement médecin-chef de la place, chef d'État-major du directeur du service de santé des Troupes françaises d'Extrême Orient, directeur du service de santé des troupes françaises d'Indochine du Sud. La mission est délicate car les services de santé tant civil que militaire sont désorganisés, les matériels hétéroclites, les formations sanitaires pillées.. Il installe à Cholon un hôpital d'évacuation mobile, et créé l'annexe-hôpital de Gia-dinh. Il adapte les structures sanitaires à la guerre des rizières, avec des moyens légers et souples, sans rapport avec les équipements arrivant d'Europe, et mets ainsi au point les concepts d'Antenne chirurgicale avancée et d'Équipe chirurgicale mobile (cette dernière disposant de plus d'une équipe médicale). Ces équipes mobiles permettaient de plus de développer à nouveau les activités de l'Assistance médicale indigène, dont Richet était le responsable, au fur et à mesure de l'avancée des forces françaises.

En 1949, il est à Paris où il suit le Grand cours de l'Institut Pasteur.

En , il est de retour en Indochine, sous les ordres du Général de Lattre de Tassigny. Il est alors chef du service de santé des Forces terrestres du Nord-Vietnam. Alors que la situation militaire se complique avec l'arrivée sur la frontière sino-vietnamienne des troupes communistes de Mao Zedong assurant un soutien en profondeur aux unités viet-minh, Pierre Richet n'hésite pas à être présent au plus près des combats. C'est là qu'il rencontre près de Langson René Labusquière, son cadet de 15 ans, et dont il influencera la carrière en Afrique.

Il quitte l'Indochine en .

De la médecine coloniale à la coopération sanitaire dans le "pré carré" français en Afrique (1953-1959) Depuis la Conférence de Brazzaville, le SGAMS a changé. Les succès remportés face à la maladie du sommeil montrent que les équipes mobiles de prospection peuvent et doivent diversifier leurs activités et s'attaquer à d'autres grandes endémies. Le service devient Service général d'hygiène mobile et de prophylaxie (SGHMP), l'un en AOF et l'autre en AEF, dont Pierre Richet est nommé directeur en .

Dès son arrivée à Brazzaville, il élargit le champ d'activité des équipes à la lutte contre la lèpre, appliquant la Méthode Jamot des "circuits en marguerite" de la trypanosomiase, grâce à un nouveau médicament, la disulone. Chaque infirmier effectue quotidiennement une prospection dans un circuit en forme de pétale, administrant le médicament aux malades de plusieurs villages avant de revenir au chef-lieu le soir, pour repartir suivre un autre pétale le lendemain, et ainsi de suite pour un traitement à rythme bimensuel. Pierre Richet entreprend avec Raoul Follereau une collaboration qui durera un quart de siècle. Il développe sa méthode de recherche de financements et de coopération entre partenaires nationaux et internationaux, stratégie fructueuse, et indispensable avec le désengagement progressif de la métropole coloniale : Fonds d'investissement pour le développement économique et social (FIDES) puis l''UNICEF et bientôt l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sont impliqués. Le travail est de longue haleine car il faut deux années de traitement régulier pour déclarer un patient guéri de la lèpre. Mais au bout de cinq ans, le nombre de patients dépistés passe de 40.000 à 150.000, et celui des patients traités de 6.000 à 130.000Hélène Gaudrillier. 1984. ., à raison d'un million de flacons de disulone et 7 millions de comprimés de sulfones par an.

Homme de terrain infatigable, payant de sa personne, meneur d’hommes, d’un abord direct et décontracté, à la fois bienveillant et exigeant, Richet inspirait à la fois confiance et respect. vignette|Pierre Richet et Raoul Follereau Dans la lutte contre l'onchocercose, les avancées techniques (insecticides puissants disponibles (DDT, Lindane, etc.) et premiers médicaments anti-parasitaires contre les filaires adultes et leurs embryons) permettent maintenant d'organiser un programme de lutte et Pierre Richet reprend les prospections et établit une première cartographie de l'endémie filarienne en AEF. Dans la région tchadienne du Mayo-Kebbi la prévalence de la maladie et de ses complications cécitantes sont dramatiquesHélène Gaudrillier. 1984. .. Il fait également réaliser les premières évaluations entomologiques, inaugurant une longue collaboration avec l'ORSTOM. Entre février et il entreprend une vaste campagne de lutte combinée associant la première campagne d'épandage aérien d'insecticides à grande échelle, avec destruction des simulies adultes dans les galeries forestières, et de leurs larves dans les cours d'eau, l'ablation chirurgicale des kystes onchocerquiens des patients, et leur traitement médicamenteux. Les résultats sont spectaculaires, mais très temporaires, car après quelques mois les simulies envahissent de nouveau la zone, en provenance des régions proches non traitées. Pierre Richet en tire la leçon de l'insuffisance des études préalables, tant entomologiques, qu'hydrogéologiques et médicales. gauche|vignette|Pierre Richet au SGHMP de l'AOF, futur Centre Muraz, à Bobo-Dioulasso en 1953.