René de Bruc de Montplaisir, dit Montplaisir, ou encore "Monplésir", né en à Paris et mort le Et non pas mort en 1682 comme on le lit un peu de partout sans raisons. C'est Dangeau qui confirme la bonne année de décès mi-juin 1684. à Arras, est un militaire et poète français. Il est chevalier, seigneur de Montplaisir (Pornic), et à partir de 1682 marquis de La Guerche (Saint-Brevin-les-Pins).
Il est surtout connu en son temps pour être un poète galant, proche des gens de lettres gravitant autour de Richelieu et de l'hôtel de Rambouillet, puis pour avoir été du premier cercle de Nicolas Fouquet à Saint-Mandé, puisque Montplaisir était le frère de Suzanne du Plessis-Bellière, principale amie du surintendant. Il était également l'oncle par alliance du maréchal de Créquy, qui a dû le soutenir durant toute sa carrière militaire. Enfin, il était le grand frère du marquis de la Rablière, commandant à Lille.
Monplaisir est "Métrobate" dans le dictionnaire des Précieuses de Somaize.
Biographie
Sa jeunesse
Naissance et origines familiales vignette|Portrait de Sebastiano Venier, par Le Tintoret, 86e doge de Venise, arrière-grand-père de Montplaisir.
Montplaisir appartient à la famille de Bruc et à la noblesse bretonne.
Né à Paris en 1610, il est le fils de Jean de Bruc de Montplaisir (1576-1651), conseiller d'État, procureur général et syndic des États de Bretagne, intendant du duc de Retz, avocat au conseil du roi, et de Marie Venier, dame de La Guerche (1580-1637).
Ses grands-parents paternels sont : François de Bruc, Seigneur de Guilliers (ca 1545-1589) et Madeleine Boulliau (ca 1550-1618).
Ses grands-parents maternels sont : Francisque Venier, mort en 1594 (Francisco Veniero, lui-même fils du Doge de Venise Sébastiano Veniero, ca 1496-1578), Gouverneur de Machecoul et de Belle-Isle, intendant du duc de Retz, et Jeanne de La Tousche-Limouzinière, dame de la Guerche, décédée vers 1618.
Fratrie
Montplaisir a de nombreux frères et sœurs, savoir dans l'ordre de naissance : François de Bruc, seigneur de Montplaisir et de la Guerche, conseiller d'Etat, intendant de Charles de France, né le à Rennes, épouse vers 1625 Marie Chrétien, petite fille de Florent Chrétien, chancelier de Navarre. Sans postérité.. Pierre de Bruc de Montplaisir, seigneur de l'Estang-Jouan, officier, né le à Rennes, mort au combat dans les Cévennes. SA.
vignette|L'abbaye Notre-Dame de Bellefontaine, dirigée par Henri, le frère de Montplaisir Henri de Bruc de Montplaisir, conseiller d'Etat, seigneur de la Gournerie (Saint-Herblain, 44), de la Verrerie, conseiller d'Etat, abbé commendataire de Notre-Dame de Bellefontaine (49), de Saint-Gildas de Rhuys (Bretagne), assiste aux Etats de 1632, et devient abbé d'Orbais en Champagne, né vers 1608 à Paris, mort le au château de la Gournerie (Saint-Herblain). Il est connu sous le nom de Théomène dans le cercle littéraire et galant de sa sœur.
René de Bruc de Montplaisir, objet de la présente étude ; Il est connu sous le nom de Lucilius dans le cercle littéraire et galant de sa sœur.
Jeanne (ludovicienne) de Bruc de Montplaisir, née le à Nantes, décédée le à Campénéac, épouse 1° le en la chapelle de Brior à Nantes (paroisse Saint-Vincent) Raoul (ou Paul), vicomte de Trécesson, chevalier de l'Ordre du Roi, né vers 1600, mort le à Campénéac, fils de Pierre de Trécesson, chevalier, et de Françoise du Plessis-Mauron. Elle épouse 2° le marquis de Rancher. Catherine de Bruc de Montplaisir, née en 1610 à Paris, épouse César Auffray Blanchard, chevalier, seigneur puis marquis du Bois de la Muse, conseiller du roi, Premier Président en la Chambre des Comtes de Bretagne, né le 10 (ou 14) à Nantes (paroisse Notre-Dame), décédé en 1671, fils de Jean Blanchard, seigneur de Lessongère (ou l'Essongère), baron du Bois de la Musse, premier président de la chambre des Comptes de Bretagne, et de Jeanne Rioteau de la Pilardière. Marie de Bruc de Montplaisir, religieuse ursuline, baptisée le à Nantes (paroisse Notre-Dame). Antoinette de Bruc de Montplaisir, religieuse ursuline, supérieure d'Ancenis, baptisée le à Nantes (paroisse Notre-Dame). Suzanne de Bruc de Montplaisir (Nantes, automne 1617 - décédée le à Paris), la marquise du Plessis-Bellière ; François de Bruc de La Rablière, né le , chevalier, gouverneur de Bouchain, seigneur puis marquis de la Rablière, lieutenant, puis capitaine au régiment de Poitou-infanterie, dès 1645, sergent de bataille le , major du régiment de cavalerie de Montplaisir (depuis Beauvilliers) en , maître de camp du régiment de Beauvilliers en , commandant de cavalerie en , brigadier, visiteur de cavalerie en , maréchal de camp en , lieutenant du Roi, commandant à Lille et gouverneur de Bouchain en , lieutenant-général des armées du Roi du , reçu grand'croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le , baptisé le à Nantes (paroisse Notre-Dame), décédé en à Bouchain (59). SA.
Années 1630-1640 : les débuts du poète dans le cercle lettré des Gondi (et du coadjuteur, futur cardinal de Retz ?) vignette|Portrait du cardinal de Retz dans sa jeunesse, . thumb|gauche|Henri de Gondi duc de Retz Du fait des possessions de son père, René de Bruc est de la région du pays de Retz. D'ailleurs son père était intendant du duc de Retz, Henri de Gondi, donc la famille de Bruc est intrinsèquement liée au pays de Retz et aux Gondi à cette époque. Montplaisir a probablement dû connaître tout jeune le château de Princé, à Chéméré, où venait d'être édifié un château-neuf appelé "le Palais de la Volupté" par Saint-Amant, sous les figures tutélaires des dieux et déesses. Ses talents littéraires s'y sont certainement exprimés dans ce cercle de lettrés d'Henri de Gondi, auprès du poète libertin Saint-Amant.
On trouve d'ailleurs un lien encore plus fort entre Montplaisir et Pierre de Gondi, futur duc de Retz à la mort de Henri de Gondi. En effet, en 1645, Pierre de Gondi (1602-1676), duc de Retz (1659 à 1676) et de Beaupréau, demeurant à Paris, rue d'Anjou, paroisse Saint-Nicolas des Champs, fait une donation à "René de Brucq, écuyer, sieur de Montplaisir et aux enfants nés et à naître en loyal mariage dudit de Brucq d'une rente de 1500 livres" tournois,https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/a8ec5f4659ff6a8ab5f40018105e89f0df999da9.
Mais aussi, il ne faut pas oublier Jean-François Paul de Gondi, cousin d'Henri de Gondi, et frère de Pierre de Gondi, et futur cardinal de Retz si célèbre durant la Fronde, tenait une cour de poètes dans sa jeunesse, dès les années 1630. Montplaisir était de sa génération. Jean-François-Paul de Gondi, coadjuteur de l’archevêque de Paris et futur cardinal de Retz, réunissait autour de lui Chapelain, Ménage, Sarasin, Saint-Amant, l’abbé de Marigny, Gomberville, et Lalane.. Comme Lalane est ami particulier de Montplaisir, il paraît tout à fait nécessaire de faire le lien avec ce cercle de lettrés, et nul doute que Montplaisir, alors tout jeune, ait été de ce cercles d'intellectuels. C'est probablement même au sein de ce cercle de lettrés qu'il dut commencer à présenter ses premiers poèmes. Montplaisir a donc pu connaître à cette époque le château renaissance de Saint-Cloud qui appartenait aux Gondi et qui constituait leur résidence estivale à l'ouest de Paris.
Mais il paraît évident que Montplaisir prendra certainement ses distances avec le coadjuteur quand, bien plus tard, celui-ci prendra le parti contraire durant la Fronde ; notamment puisque le beau-frère de Montplaisir, le marquis de Plessis-Bellière, était l'un des plus grands lieutenants du roi et un soutien inconditionnel de la Monarchie.
1636-1637 : Le régiment de Poitou et les gens de lettres autour de Richelieu thumb|Le cardinal Richelieu, par Claude Mellan. Suivant la carrière des armes, il sert dans le régiment du Poitou, créé en 1636. Dans sa carrière, il fut fait deux fois prisonnier de guerre.
Montplaisir était ami particulier du poète Pierre de Lalane avec qui il fit les voyages de Picardie en 1636 (alors âgé de 26 ans) et de Bretagne en 1638 (alors âgé de 28 ans)..
Dès cette époque, Montplaisir commence à se faire connaître des gens lettrés proches de Richelieu, par des vers et poèmes divers. Chapelain écrit une lettre du à Montausier où il parle déjà de Montplaisir. Dans une autre lettre de Chapelain d', Montplaisir est célébré à Boisrobert, qui peut avoir fait connaître le talent littéraire de René de Bruc au cardinal de Richelieu (voir ci-dessous à "oeuvre littéraire"). Ce talent littéraire et cette reconnaissance du milieu des gens de lettres a pu aider Montplaisir à occuper ses nouvelles fonctions militaires dans les années suivantes.
D'ailleurs, dès 1634, l'abbé Henri de Bruc (1608-1689), frère aîné de Montplaisir, avait dédié sa thèse à Richelieu, ainsi que le prouve une rare gravure de Michel Lasne.. Les deux frères gravitaient donc dès cette époque dans les cercles intellectuels autour des proches du ministre.
1640 : Le siège d'Arras et la nomination comme "lieutenant de roi" au gouvernement d'Arras
vignette|Le siège d'Arras en 1640 par les Français contre les Espagnols. thumb|François de Jussac d’Ambleville, seigneur de St-Preuil, Gouverneur d'Arras. En 1640, après le siège d'Arras, où la ville fut encerclée par près de 30.000 hommes et une ligne de front de vingt kilomètres, les français récupèrent la souveraineté sur cette cité, contre les Espagnols vaincus. La capitulation des assiégés d’Arras a lieu le à Blangy.
La ville et cité d'Arras, au cœur de la province d'Artois, étaient administrées par les échevins, l'évêque, un gouverneur et un "lieutenant de roi". Louis XIII nomme alors Montplaisir comme "lieutenant de roi" à Arras. Il était seulement âgé de 30 ans. François de Jussac d'Embleville est nommé au même moment premier gouverneur français de la ville. Il était également seigneur de Saint-Preuil, Gouverneur de DoullensListe des gouverneurs d'Arras.
Fin 1641, le royaume de France contrôlait désormais de nouveau l'Artois. En 1641, Philippe de Torcy, comte de la Tour, devient le nouveau Gouverneur d'Arras, et le restera jusqu'en 1652.
Montplaisir eut une compagnie de chevaux-légers pour y tenir garnison, le .
Montplaisir organisera les réceptions en faveur de Louis XIV et la Cour à plusieurs reprises lors de leur venue à Arras, notamment le .
1651 : Le maréchal de camps et des armées du roi thumb|Maquette de l'Hôtel d'Epinoy à Arras, l'une des casernes militaires de la ville (Plan-relief d'Arras) Par brevet du , il est promu par Louis XIV comme maréchal des camps et armées du roi, à l'âge de 41 ans. Son titulaire a pour mission de répartir les logements des troupes et de placer celles-ci sur le champ de bataille. C'est donc un poste éminemment stratégique. Sa soeur et son beau-frère, les Plessis-Bellière, avaient été un soutien précieux du roi pendant la Fronde.
Le , Montplaisir est cité comme lieutenant de roi à Bapaume..
En 1652, le gouverneur d'Arras change : après Philippe de Torcy, c'est le fameux Jean de Schulemberg qui devient gouverneur, et qui conservera ce poste jusqu'en 1668. Il était Gouverneur d'Arras, Maréchal de France et Lieutenant-général de l'Artois, comte de Mondejeu.
La Grande Mademoiselle indique dans ses Mémoires :
1654 : Le Secours d'Arras, la mort de Plessis-Bellière et le régiment Monplaisir cavalerie thumb|Vue du centre ville d'Arras Le , Montplaisir s'accorde avec son frère Henri, sur le partage des biens de leur père, décédé en 1651. On trouve en effet un acte ainsi rédigé dans une preuve de noblesse des descendants de Montplaisir :
Le Secours d'Arras, été 1654 : Montplaisir est fait prisonnier par les espagnols thumb|Plan du secours d'Arras, 1654
À l'été 1654, Montplaisir participe à la défense d'Arras, sous la direction de Jean de Schulemberg. La ville fut encerclée par Condé et les Espagnols, mais non conquise, puisque les armées françaises dirigées par Turenne réussirent à faire partir Condé du siège, ce que l'on nomme le Secours d'Arras.