vignette|L'Arrestation du Christ par le Cavalier d'Arpin, v. 1597, avec à droite Pierre blessant Malchus (serviteur de Caïphe) et, à gauche, le jeune homme nu sous le drap. Le jeune homme nu, ou la fuite du jeune homme nu, est un épisode relaté dans l'Évangile selon Marc au chapitre 14, lors de l'arrestation de Jésus. Il ne figure dans aucun autre passage du Nouveau Testament et fait partie du Sondergut de cet évangile.

Il n'occupe que deux courts versets. Son extrême brièveté est inversement proportionnelle au nombre de commentaires qu'il a suscités parmi les exégètes, principalement en raison de son caractère insolite.

Le texte La scène se situe au moment où les gardes, munis d'épées et de bâtons, viennent s'emparer de Jésus de Nazareth au jardin de Gethsémani. Ses disciples l'abandonnent alors et prennent tous la fuite.

Sans transition, Jésus est ensuite conduit chez Caïphe en vue de son procès. Le jeune homme nu, dont il n'est plus question, n'a donc pas de lien direct avec l'épisode et son irruption dans le récit fait figure d'énigmeCamille Focant, L'Évangile selon Marc (Commentaire biblique : Nouveau Testament, 2), Paris, éditions du Cerf, 2004, p. 545.. À l'instar de nombreux autres spécialistes, Camille Focant en conclut que cette anecdote, placée à la fin de la scène de l'arrestation, peut exprimer la « portée symbolique de ce qui se joue dans le drame en cours ».

Interprétations vignette|Dans L'Arrestation du Christ qui appartient à la série de la Grande Passion (v. 1511), Albrecht Dürer représente le jeune fugitif loin vers l'horizon, en haut à gauche.

Les quatre Évangiles canoniques fournissent une narration circonstanciée de l'arrestation de Jésus, mais seul celui de Marc, qui est le plus ancien suivant le consensus universitaire, relève ce détailCorina Combet-Galland, « L’Évangile selon Marc », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament, Labor et Fides, 2008 , p. 65.. En particulier, les évangiles selon Matthieu et selon Luc, qui reprennent la majeure partie du texte marcien, ne reproduisent pas cette péricope.

Parmi les biblistes, son caractère inattendu a traditionnellement joué en faveur de son historicité : une anecdote aussi étrange ne semble pas due à l'imagination du rédacteur« Un nu-vite dans l’évangile (Marc 14, 50-52) » par Sébastien Doane, université Laval, 2013.. Nombreux sont les commentateurs qui, à la suite de Grégoire le Grand, perçoivent dans cet épisode une tonalité autobiographique : le jeune homme nu ne serait autre que Marc en personne, soucieux d'affirmer sa présence sur les lieux. Telle est notamment l'hypothèse de N. T. WrightN. T. Wright, Mark for Everyone, Westminster John Knox Press, 2001, p. 200.. Plusieurs éditions catholiques du indiquent en note : « Ce bref récit propre à Mc met en scène probablement l'évangéliste lui-mêmeLa Bible de Jérusalem, Desclée de Brouwer, 1975, p. 1779. » ou encore : « Mc est seul à raconter cet incident ; l’apparence autobiographique de ce détail a depuis longtemps suggéré qu’il pourrait s’agir de l’évangéliste lui-mêmeTraduction œcuménique de la Bible, éditions du Cerf/Société biblique française, 1988, p. 2431.. »

Selon une autre interprétation, ce jeune homme symbolise le disciple qui reste proche du Christ jusqu'au dernier moment, alors que les autres l'ont abandonné, mais doit cependant s'enfuir pour échapper à ses assaillants : « Ce personnage anonyme est peut-être l'image du disciple fidèle qui essaie de suivre le Maître. »

Divers commentateurs opèrent un rapprochement entre le drap perdu par le jeune homme et la robe blanche dont est revêtu le jeune homme qui apparaît aux Saintes Femmes en Marc 16:5, lors de la découverte du Tombeau vide, juste avant l'annonce de la Résurrection de Jésus. Louis Pernot remarque que le terme grec désignant un , νεανίσκος, neaniskos, n'est utilisé qu'à ces deux reprises dans l'évangile marcien, les deux fois accompagné du même verbe qui signifie Louis Pernot, « Le mystère du jeune homme en vêtements blancs », Église réformée de Paris Étoile.. Quant au mot σινδόνα, sindona, il désigne aussi bien le drap du jeune homme nu que le linceul du Christ en Marc 15:46.

Il se peut également que cette nudité symbolise une forme de kénose et soit une Dolores Alexandre, « Il leur échappa tout nu, Marc 14:52 », Christus 278 HS, mai 2023..

La nudité du personnage peut aussi être vue comme une image du croyant dépouillé de ses certitudes à la suite de l’arrestation de Jésus, comme le suggère Élian Cuvillier, entre autres.

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Notes et références

Bibliographie En langue française Corina Combet-Galland, "D’une nudité à l’autre : un thème de l’évangile de Marc et ses variations", in Simon Claude Mimouni et Isabelle Ullern-Weité, dir., Pierre Geoltrain ou comment « faire l'histoire » des religions ?, Bibliothèque de l'École des hautes études, Sciences religieuses, 128, Turnhout, Brepols, 2006, Élian Cuvillier, L'Évangile de Marc : Traduction et lecture, Bayard/Labor et Fides, 2002 Camille Focant, L'Évangile selon Marc (Commentaire biblique : Nouveau Testament, 2), Paris, éditions du Cerf, 2004 Étienne Trocmé, L'évangile selon saint Marc, Labor et Fides, coll. « Commentaire du Nouveau Testament, deuxième série », 2000 , p. 351

Autres langues Rupert Allen, "Mark 14:51-52 and Coptic Hagiography", Biblica, 89 (2): 265–268, 2008 Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses : The Gospels as Eyewitness Testimony, , 2006 M. J. Haren, "The naked young man : a historian's hypothesis on Mark 14,51-52", Biblica, 79 (4): 525–531, 1998 Howard M. Jackson, "Why the Youth Shed His Cloak and Fled Naked : The Meaning and Purpose of Mark 14:51-52", Journal of Biblical Literature, 116 (2): 273–289. doi:10.2307/3266224. JSTOR 3266224, 1997

Liens externes Raymond E. Brown, « L'arrestation de Jésus, troisième partie : la fuite nue d'un jeune homme » Albert Vanhoye, sj, « La fuite du jeune homme nu (Mc 14:51-52) », Biblica, vol. 52, (1971), Abraham Kuruvilla, 2011

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