La bataille de Marawi a lieu du au pendant l'insurrection moro aux Philippines. Elle oppose pendant cinq mois les forces armées philippines aux djihadistes de l'État islamique pour le contrôle de la ville de Marawi, ce qui en fait le plus long affrontement urbain de l'histoire des Philippines.
Prélude et forces en présence En 2017, la ville de Marawi est peuplée de , c'est la seule ville philippine à prédominance musulmane dans la région autonome en Mindanao musulmane. Les combats éclatent le , lorsque l'armée philippine lance un raid contre une maison soupçonnée de servir de cache à Isnilon Totoni Hapilon, un chef d'Abou Sayyaf rallié à l'État islamique.. Mais les militaires tombent sur un groupe de djihadistes bien plus important que prévu. Ces derniers sont attaqués alors qu'ils préparaient eux-mêmes un assaut sur la ville de Marawi, prévu pour le , jour de l'ouverture du ramadan. Les djihadistes lancent alors prématurément leur offensive. Leur nombre est initialement estimé entre 50 et 100 par le ministère philippin de la Défense, mais une semaine plus tard cette estimation passe à environ 500The Latest: Philippines says 500 militants involved in siege, AP, juin 2017.. Au total, environ un millier d'hommes combattront à Marawi dans les rangs de l'État islamiqueMarawi, pulvérisée par la guerre urbaine la plus longue de l'histoire philippine, AFP, 19 octobre 2017.. L'armée philippine mobilise quant à elle initialement au moins ainsi qu'une trentaine d'avions et d'hélicoptères. Cependant, les militaires philippins sont davantage entraînés à combattre dans la jungle et sont peu aguerris au combat urbain. Les djihadistes bénéficient également de la présence à Marawi d'un réseau de souterrains et de bunkers, construits dans les années 1980 et 1990. Face à la résistance de l'EI, l'armée devra par la suite envoyer des renforts : en août, seront présents à Marawi.
Les assaillants font partie du groupe Maute et d'une faction d'Abou Sayyaf s'étant ralliée à l'État islamique. L'armée philippine affirme également que des combattants étrangers combattent avec ces derniers : des Indonésiens, des Malaisiens, des Yémenites, des Marocains, des Tchétchènes et des SaoudiensHarold Thibault, Aux Philippines, les djihadistes défient l’armée, Le Monde, 14 juin 2017.. Ces combattants étrangers seraient au nombre de 80Madjid Zerrouky, L’État islamique à l’heure des franchises, Le Monde, 30 décembre 2017..
À la fin de la bataille, le secrétaire philippin à la Défense déclarera également que les États-Unis, la Chine, l'Australie et Singapour ont fourni un soutien technique et militaire aux forces armées philippines et les en remerciera officiellementRoli Ng et Manuel Mogato, Fin des opérations contre les islamistes à Marawi aux Philippines, Reuters, 23 octobre 2017.. Des avions espions américains et australiens seront notamment actifs lors de la bataille.
Déroulement vignette|upright=1.3|gauche|Bâtiment de Marawi ciblé par une frappe aérienne, le 15 juin 2017.
Le , les djihadistes lancent l'attaque : ils incendient plusieurs maisons, des bâtiments officiels, la prison municipale, une église et une universitéFrançois-Xavier Gomez, «Duterte est dépassé par la nouvelle génération de musulmans radicaux», Libération, 24 mai 2017.. Ils s'emparent des ponts dans le centre, contrôlent la rue principale de la ville et hissent leur drapeau noir au sommet de l'hôpital.. Ils s'emparent aussi de deux prisons et libèrent 107 détenus.. Des exécutions de civils chrétiens auraient également été commises.
Dans la soirée, le président philippin, Rodrigo Duterte, proclame la loi martiale sur toute l'île de Mindanao..Harold Thibault, Philippines : violents combats entre rebelles islamistes et forces gouvernementales, Le Monde, 24 mai 2017.Philippines : plusieurs otages, dont un prêtre, aux mains d'islamistes, AFP, 24 mai 2017., considérant que des problèmes étaient également survenus en dehors des territoires à majorité musulmane notamment dans la péninsule de Zamboanga, dans le Mindanao du Nord et dans la région de Davao.. Le , il déclare : et s'adressant à ses soldats : Mélissa Bounoua, Les horribles blagues du président philippin Rodrigo Duterte, Slate, 27 mai 2017.Philippines: des propos pro-viol du président Duterte justifiés comme une "bravade", Belga, 28 mai 2017..
Le , les djihadistes font irruption dans la cathédrale de Marawi, capturent entre 12 et 15 otages — dont un prêtre — qu'ils menacent d'exécuter si l'armée ne se retire pasPhilippines: combats entre armée et islamistes proches de l'EI, AFP, 25 mai 2017.. Des milliers d'habitants prennent la fuite.
Alors que l'armée philippine tente de reprendre le contrôle de la ville, les djihadistes se retranchent dans des immeubles résidentiels et placent des bombes artisanales dans les rues. L'armée de l'air philippine est engagée et commence à mener des frappes aériennes.. Le , 10 soldats sont tués et sept blessés par un tir fratricide de l'aviationPhilippines: 10 militaires tués dans une frappe de l'armée (ministre), AFP, juin 2017..
Le , le général Nixon Fortes, commandant de la brigade déployée à Marawi, est relevé de son commandement et remplacé par son adjoint le colonel Generoso PonioTom Allard, Manuel Mogato et Jean-Stéphane Brosse, Le général philippin à Mindanao relevé de son commandement, Reuters, 2 juin 2017.. Une source militaire anonyme de l'agence Reuters affirme que . Une partie des troupes de sa brigade était alors occupée à affronter la guérilla communiste dans une autre ville.
Le , un cessez-le-feu de quatre heures est instauré pour évacuer un millier de civils, mais des coups de feu éclatent prématurément et seulement 134 personnes parviennent à s'enfuirTom Allard et Gilles Trequesser, Marawi, aux Philippines, toujours occupée par des islamistes, Reuters, 4 juin 2017..
Le , treize marines philippins sont tués lors d'un combat de quatorze heures dans le village de Lilod Madaya, près de MarawiPhilippines/islamistes: forces spéciales US à Marawi, 13 soldats philippins tués, AFP, 10 juin 2017.. Selon l'armée philippine, à la date du , les djihadistes contrôlent 10 % de la ville de Marawi. Cependant, le , le général Restituto Padilla, porte-parole de l'armée des Philippines, affirme que les insurgés tiennent 20 % de MarawiNeil Jerome Morales, Simon Lewis et Gilles Trequesser, Les islamistes occupent environ 20% de Marawi, aux Philippines, Reuters, 13 juin 2017.Arnaud Vaulerin, Aux Philippines, l’EI monte d’un cran, Duterte baisse d’un ton, Libération, 13 juin 2017.. L'agence Amaq, organe de propagande de l'État islamique, affirme quant à elle que plus des deux tiers de la ville sont aux mains des djihadistes.
vignette|upright=1.3|gauche|Rencontre entre le président philippin Rodrigo Duterte et les officiers de la division d'infanterie, en juin 2017.
Selon les autorités philippines, entre 500 et civils sont bloqués dans les zones tenues par les djihadistes et certains seraient retenus comme otages. Selon le lieutenant-colonel Jo-ar Herrera, porte-parole militaire local : . Le , l'agence Amaq diffuse une vidéo montrant l'exécution de six chrétiensPhilippines: des civils esclaves de jihadistes ou tués à Marawi, AFP, 13 juin 2017.. Le même jour, le lieutenant-colonel Jo-ar Herrera déclare que cinq civils ont été abattus pour avoir essayé de fuir.
Le , l'ambassade américaine et un porte-parole militaire philippin, le lieutenant-colonel Jo-ar Herrera, annoncent que des forces spéciales américaines ont été déployées à Marawi pour fournir un . Ce petit contingent intervient dans la surveillance aériennePhilippines: les Américains impliqués à Marawi dans la surveillance aérienne, AFP, 14 juin 2017..
Le , le général Carlito Galvez, le chef de l'armée pour la région, déclare qu'Isnilon Hapilon pourrait avoir fui Marawi et que deux ou trois des frères Maute, dont Omarkhayam Maute, le chef du groupe, pourraient avoir été tué.. Il précise que seulement un des frères Maute, Abdoullah, a été vu à Marawi pendant les combats.
Le , 17 corps de civils sont retrouvés par les troupes philippines, dont cinq décapitésNeil Jerome Morales et Arthur Connan, L'armée découvre des corps de civils décapités à Marawi, Reuters, 28 juin 2017..
Début juillet, les djihadistes tiennent encore Philippines: les djihadistes résistent à Marawi, Le Figaro avec AFP, 3 juillet 2017.. Mais à partir de cette période, les combats commencent à baisser en intensitéLes Philippines prolongent la loi martiale, AP, 22 juillet 2017.. L'armée philippine continue également d'envoyer des renforts : en août, sont déployés à Marawi.
Fin août, les forces philippines finissent par regagner du terrain : la Grande mosquée, utilisée comme quartier-général par les djihadistes, est reprise après une semaine de combats, de même que la cathédrale le et le pont Mapandi le Arnaud Vaulerin, Philippines : cent jours de guerre antijihadiste et toujours pas de victoire, Libération, septembre 2017.Marianne Dardard, Philippines: la reconquête de Marawi progresse, RFI, septembre 2017.. Le , le président Rodrigo Duterte déclare que la bataille contre l'État islamique à Marawi entre dans sa phase finale. Le général Restituto Padilla affirme que les djihadistes ne seraient plus qu'une quarantaine, retranchés dans une zone d'un demi-kilomètre carréPhilippines: la bataille de Marawi dans sa "phase finale", selon Duterte, AFP, 30 août 2017..
Les derniers combats ont lieu dans un quartier proche de la rive du lac de Lanao, utilisé par les djihadistes comme voie d'approvisionnement pour l'entrée ou la sortie des combattants, ainsi que pour le ravitaillement en nourriture, en carburant et en armes.
Le soir du , deux otages sont libérés par les militaires, dont le père Teresito Suganob, un prêtre catholique enlevé par les djihadistes dès le premier jour de la bataille.. Le , l'armée affirme s'être emparée du centre de commandement des djihadistes, situé dans une mosquéeL'armée philippine revendique une prise importante à Marawi, Europe 1, 17 septembre 2017..
Le , alors que les terroristes sont acculés dans une poche d'environ au niveau de Raya Madaya, publie un chant religieux (nachid) intitulé "Brothers in Marawi" vantant la détermination de ces derniers.
Isnilon Hapilon et Omarkhayam Maute sont tués au combat le , à l'aube, selon le secrétaire à la Défense nationale Delfin LorenzanaIsnilon Hapilon, « l’émir » de l’EI en Asie du Sud-Est, tué aux Philippines, Le Monde avec AFP, 16 octobre 2017.. L'armée estime également qu'Abdoullah Maute est mort en septembre. Le dernier chef des djihadistes serait alors un Malaisien nommé Mahmoud Ahmad.
Le , le président des Philippines, Rodrigo Duterte, annonce la « libération » de Marawi ; cependant le porte-parole de l'armée philippine déclare qu'un groupe de 20 à 30 djihadistes subsiste encore dans la ville, détenant une vingtaine d'otages, et que les opérations se poursuiventPhilippines : le président Duterte annonce la libération de Marawi, France 24 avec Reuters, 17 octobre 2017.Philippines: Duterte déclare que Marawi est "libérée" mais les combats continuent, AFP, 17 octobre 2017... Les derniers combattants de l'EI sont alors retranchés dans deux bâtiments et une mosquée. Lors des ultimes assauts, les forces philippines délivrent 20 otages et 42 djihadistes, dont deux femmes et cinq étrangers, se font tuer jusqu'au dernier. Le , Delfin Lorenzana, le secrétaire à la Défense nationale des Philippines, annonce la fin des opérations de combat à Marawi..
Les pertes vignette|upright=1.3|Cercueils de militaires philippins tués à Marawi en juin 2017.