Un ukulélé (prononcé : . ou Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API ; le provient de la prononciation anglaise (), langue par laquelle le mot est entrée en français.Nota bene : probablement du fait que les deux prononciations \ukulele\ (« oukoulélé ») et \jukulele\ (« youkoulélé »), et même \ykylele\ (avec le « u » "à la française") coexistent dans le français parlé, on rencontre dans les textes l'article qui précède le mot aussi bien avec élision : « l'ukulélé », que sans élision : « le ukulélé », « du ukulélé », « au ukulélé ». Il ne semble pas y avoir pour l'heure, en 2023, une entrée « ukulélé » dans le dictionnaire de l'Académie française qui n'a donc pas encore établi de norme de prononciation pour ce mot ni d'élision (ou non) pour l'article qui le précède. Le Wiktionnaire, comme le dictionnaire Le Robert en ligne () et le site « La langue française » (), préconise la forme non-élidée de l'article quelle que soit la prononciation : soit avec la semi-consonne \j\ en initiale (comme on dit « la yourte ») soit avec la voyelle \u\ en initiale (comme si le mot comportait un « h » aspiré : « le *[h]oukoulélé ») ; voir les explications détaillées et des exemples à l'entrée ukulélé du Wiktionnaire. ; en hawaïen : Prononciation en hawaïen retranscrite selon la norme API.) ou, par transposition de la prononciation anglo-américaine, ) est un instrument à cordes pincées à quatre cordes traditionnel hawaïen.
Très à la mode dans la première moitié du , ce petit instrument polyvalent, composante indispensable d’un orchestre hawaïen, fut rapidement adopté par divers courants musicaux, de la chanson populaire au jazz, parfois parce qu’il apportait une dimension humoristique ou exotique à un ensemble.
L'ukulélé est une adaptation de la braguinha ou machete de l'île de Madère qui est une des formes du cavaquinho portugais.
Histoire Étymologie Si l'ukulélé en tant que tel n’est pas plus vieux que la fin , l’étymologie de son nom reste sujette à caution. Deux hypothèses sérieuses sont à retenir. Une hypothèse actuellement dominante est que le mot ukulélé proviendrait de l’agrégation des mots hawaïens (« puce ») et (« sauteuse »), termes qui désignent en hawaïen la puce du chat, espèce introduite à Hawaï un peu plus tôt que le ukulélé au . On trouve des traces de cette étymologie vers la fin du .. La deuxième hypothèse dont il existe des traces précoces : ukulélé serait une déformation de l’agrégation de /ukɛ/ et /lɛlɛ/, termes qui désignent respectivement les actions de gratter et frapper — une description du mouvement du joueur de ukulélé.
Origine Il fut introduit à Hawaï par des immigrants portugais de l'île de MadèreL'émigration de Madère était conditionnée par des famines, des crises économiques et sanitaires successives : destruction des pommes de terre en 1846-1847, destruction des vignes (grande ressource de l'île) par un parasite en 1852, choléra en 1856, phylloxera en 1872. en 1879, débarqués là pour cueillir la canne à sucre. L'arrivée de l'ukulélé est très exactement datable : les sources indiquent précisément que c'est à bord du RavenscragLe Ravenscrag était un navire britannique qui arriva à Hawaï le après un voyage de cent vingt-trois jours depuis Madère, il transportait quatre cent vingt-huit immigrants portugais. que la braguinha (ou machete, variante madérane de l'instrument) fut importée à Hawaï (à l'époque l'archipel était encore appelé îles Sandwich). À bord du bateau se trouvaient les trois hommes que l'histoire a retenus comme responsables de l'introduction et de la transformation d'une certaine tradition de lutherie portugaise : il s'agissait de Manuel Nunes, José do Espírito Santo et Augusto DiasAugusto Dias aurait dû partir de Madère en 1878 à bord du Priscilla, soit un an plus tôt, ainsi que l'indique son petit-fils l'historien Jim Tranquada dans son article sur les pères de l'ukulélé publié dans le Ukulele Occasional #1, mais son voyage fut retardé à cause de la grossesse de sa compagne., trois ébénistes de Madère qui avaient des connaissances en lutherie et qui transportaient apparemment leurs cavaquinhos.
Théorie des trois vagues aux États-Unis Une vision américaine de l'histoire de l'instrument a été qualifié par l'auteur Jim Beloff. comme une succession de trois grandes vagues où la popularité de l'instrument a cru puis s'est presque éteinte, toutes associées à un événement ou une personnalité particulière, manifestant son apparition au-devant de la scène puis son éclipse temporaire. Le terme même de vague a été choisi en référence à la culture surf très associée à l'ukulélé dans les années 1950 ainsi qu'à la Nouvelle Vague.
La première vague qui a donné une très grande visibilité à l'instrument est associée à l'Exposition internationale de Panama-Pacific (Exposition universelle de 1915), où le pavillon hawaïen mit en avant avec un énorme succès les musiciens hawaïens, la guitare hawaïenne, le hula et évidemment l'ukulélé. Le succès de l'instrument en fit le compagnon de scène de nombreux artistes (Cliff Edwards, Roy Smeck, etc.) et un élément important, qui devint synonyme de la vie des jeunes gens de l'époque (cf. infra sa présence dans le cinéma). Il devient moins important avec la seconde guerre mondiale sans disparaître totalement des médias.
La deuxième vague serait liée à l'invention de l'ukulélé en plastique (cf. infra, Mario Maccaferri et l'ukulélé) et surtout sa promotion à la télévision par Arthur Godfrey. Indéniablement, le nombre d'ukulélés vendus à partir des années 1950 (près de neuf millions d'ukulélés en plastique) témoigne de la réalité de cette vague. La fin de cette vague et donc l'éclipse suivante est en général associée à Tiny Tim et aux années 1970.
La troisième vague est plus délicate à caractériser et ne met pas tous les spécialistes d'accord. Cyril Lefebvre expose plusieurs sources depuis les années 1980 de cette troisième vague assez inédite par rapport aux deux précédentes, en résumé : d’Hawaï d'abord, le sursaut culturel hawaïen autochtone est associé à la musique, notamment à l'ukulélé et à la guitare slack key ; on le retrouve chez Israel Kamakawiwo'ole, de notoriété mondiale ; aux États-Unis, un mélange de mode nostalgique et de réactualisation de la culture tiki des années 1980 et 1990, l'explosion de festivals, remettent l'ukulélé au goût du jour ; au Japon, il existe sans rupture depuis avant la Seconde Guerre mondiale une culture de l'ukulélé, qui résonne aussi à la fin du avec le renouveau mondial de l'instrument ; l'Angleterre a eu George Formby, qui a imposé durablement le banjo-ukulélé dans ce pays, même si dans la première décennie du , c'est l'ukulélé traditionnel qui semble prédominer.
En France La notion des trois vagues reste assez centrée sur la partie continentale des États-Unis, en France, quelques vaguelettes peuvent être distinguées. La première est d'une part le fait de musiciens hawaïens émigrés en France dès les années 1910, d'autre part importée des États-Unis à la fin des années 1920, la deuxième serait la manifestation de l'ukulélé dans la culture polynésienne et son tamouré dans les années 1950, la troisième vague des années 1990 à 2000 est d'une nature là aussi assez différente. Toutefois ce modèle des trois vagues ne s'applique qu'assez artificiellement à la FranceLeFebvre..
Au Canada Depuis les années 1970 en particulier, et en Nouvelle-Écosse surtout, l'ukulélé revêt une importance particulière au Canada grâce au travail entamé alors par John Chalmers Doane et son magazine Ukulele Yes, ainsi que son action dans les écoles et dans la publication de fascicules musicaux destinés à l'enseignement de la musique à travers l'ukulélé, en anglais mais aussi traduits en français.
Cette initiative est dans les années 2000 perpétuée par le musicien et pédagogue James Hill.
Lutherie
Les essences de bois utilisées pour l'ukulélé sont très variées. Les premiers ukulélés étaient entièrement fabriqués en bois de koaParfois écrit kou dans d'anciens documents., une variété d'acacia hawaïenne. Le koa s'étant raréfié, les ukulélés modernes sont maintenant fréquemment construits avec des essences de bois utilisées en lutherie de guitare, principalement l'acajou, toutefois à Hawaii les luthiers restent attachés à l’utilisation du koa.
Les années 1950 ont vu l’apparition aux États-Unis d’un modèle très bon marché qui connut un succès considérable : le Islander (qui fut décliné en divers modèles sous différents noms). Il a été vendu à plusieurs millions d’exemplaires, sa conception originale était très novatrice (il était entièrement réalisé en matière plastique). Son créateur, Mario Maccaferri, est aussi célèbre pour avoir conçu quelques années auparavant la guitare Selmer-Maccaferri, souvent appelée « guitare manouche ».
Cordes L'ukulélé possède quatre cordes à l'origine en boyaux de mouton (dits boyaux de chat) aujourd'hui quasiment toujours remplacées par des cordes en nylon (parfois filées de métal pour les plus graves, à partir du Do et en dessous suivant les accordages) — le nylon (ou différents matériaux composites à base de nylon) permet d'avoir des cordes beaucoup plus stables et résistantes, moins affectées par les variations de température et d'humidité que les matériaux organiques. Il existe de rares modèles prévus pour des cordes en métal mais ils restent tout à fait anecdotiques et ne viennent en général pas d'Hawaii.
Le cavaquinho aujourd'hui utilise plus souvent des cordes métalliques (notamment dans ses variantes brésiliennes) ; on doit peut-être aux premiers luthiers d'ukulélé (portugais originaires de Madère émigrés à Hawaii) la décision d’utiliser des cordes en boyaux de mouton (dits boyaux de chat) — ou bien leurs braguinhas utilisaient-elles déjà des cordes en boyau, les matériaux métalliques étant sans doute plus rares sur l'île de Madère que sur le continent.
Tête
Dans le prolongement du manche, la tête, le mécanisme d’accordage. Les cordes sont accordées à l’aide de chevilles sur les modèles anciens, comme pour les violons, ou à l’aide de clefs mécaniques qui possèdent une vis de blocage sur le dessus de la clef pour les modèles plus récents. On rencontre aussi des ukulélés équipés de mécaniques similaires à celles de la guitare.
Elle peut être sculptée, ornée de marqueterie, porter le sigle du luthier ou du fabricant. À la jonction tête/touche on trouve le sillet de tête, qui est généralement fabriqué en os ou dans un matériau plastique qui imite l’ivoire.
Manche et touche La touche de l'ukulélé, quand il ne s’agit pas simplement de la surface plate du manche, est une mince pièce de bois collée sur cette surface (ébène, palissandre, noyer, etc.). Elle peut se prolonger au-delà du manche sur la table d'harmonie.
Les frettes (ou barrettes) sont en général un alliage de nickel et d’argent.
Les repères de touches, incrustations dans la touche, sont faites de nacre ou d’une matière plastique qui l’imite.
Le manche lui-même est fait d’un bois de qualité rigide (acajou, érable, palissandre, etc.). La partie incurvée du manche à la jonction manche/corps est appelée le talon.
Corps La table d'harmonie est l’élément principal dans la sonorité de l’instrument. La taille de l'ukulélé étant réduite, il est important que la table d'harmonie (partie antérieure de la caisse) soit très fine afin de bien transmettre les vibrations. Aujourd’hui elle est souvent fabriquée en koa, épicéa, acajou ou noyer et toutes sortes d'essences courantes en lutherie pour les tables d'harmonie. L'épicéa est très fréquent dans les modèles modernes — il permet de trouver une brillance et un éclat dans le son, mais s'éloigne du son plus rond donné par le koa.