La bataille de Sufétula a lieu en 647, à Sufétula (actuelle Sbeïtla, en Tunisie), entre les armées de l'exarchat de Carthage, menées par Grégoire le Patrice, et les armées du califat des Rachidoune (632-661), menées par le général Abdallah Ibn Saad. La bataille se conclut par la déroute des Byzantins, et la mort de Grégoire.
Contexte
Au début du , l'exarchat de Carthage est dans la tourmente interne en raison d'un conflit entre la population principalement chalcédoniste et les partisans du monothélisme. En 638, une tentative de compromis entre le chalcédonisme et le monophysisme est conçue, et promue par l'empereur Héraclius.
En 642-643, les Rachidoune prennent la Cyrénaique et l'Est de la Tripolitaine, avec Tripoli. Omar ibn al-Khattab ordonne l'arrêt de l'expansion.
En 646, Grégoire le Patrice lance une rébellion contre l'empereur Constant II Héraclius en raison du soutien de ce dernier au monothélisme, mais sans doute, aussi, en réaction à la menace que les Arabes pèsent sur l'Afrique byzantine. La révolte de Grégoire semble trouver un large soutien, non seulement parmi les populations de berbères romanisés, mais aussi parmi les berbères non-romanisés de l'intérieurDiehl (1896), ..
En 647, le successeur d'Omar, mort en 644, Othmane ibn Affan, ordonne à Abdallah ibn Saad d'envahir l'exarchat. Les musulmans envahissent l'ouest de la Tripolitaine et s'avancent jusqu'aux limites du nord de la province byzantine de Byzacène. Grégoire, pour les arrêter, concentre ses troupes à Sufétula et fait appel à de nombreuses tribus berbères alliéesDiehl (1896), .. Les chefs de ces tribus se mobilisent pour le combat en vertu des traités qui les lient au pouvoir romain, mais aussi probablement à cause de leur christianisation depuis longtemps acquise.
Expédition
Forces en présences Les chroniqueurs arabes estiment, exagérément, l'armée byzantine à , , ou même Ibn a'tham (traduction H. Massé, ) : . Al-Maliki (traduction Idris, ) : ; Ibn al-Athir (traduction Fagnan, RAF, t. 40, 1896, ), Al Nuwayri (traduction, De Slane, JA, t. 11, 1841, , Ibn Idhari (traduction, Fagnan, t. 1, ), Ibn Khaldoun (traduction, De Slane, t. 1, ) : Khalifa Ibn Khayyat (cité par H. Slim, op. cit. supra intr. partie note 8, ) : ., qui est commandée par Grégoire le Patrice. L'armée arabe, de Diehl (1896), ., est commandée par Abdallah ibn Saad, qui entre en Tripolitaine au début de l'an 647. Les forces de l'exarque sont constituées à la fois de troupes byzantines, et berbères dont le nombre et l'affiliation tribale ne sont pas connus.
Déroulement La bataille a lieu dans les environs de Sufétula. Le lieu exact de la bataille est inconnuKaegi (2010), . Les embuscades arabes ont apparemment brisé les forces de Grégoire. Les élites byzantines ont blâmé les soldats berbères pour la défaite car ils auraient pris la fuite, causant la destruction des troupes d'élite byzantinesKaegi (2010), .. La bataille est perdue par les Byzantins, Grégoire est tué, celle-ci ouvre la porte à la conquête du Maghreb.
Agapios de Manbij et certaines sources syriaques, affirment que Grégoire a survécu à la défaite, et a fui vers Constantinople, où il s'est réconcilié avec Constant II Héraclius, mais la plupart des historiens modernes préfèrent le récit des chroniqueurs arabes sur sa mort dans la bataille. Les récits arabes affirment aussi que les musulmans ont pris la fille de Grégoire, qui a combattu au côté de son père. Elle est emmenée en Égypte en tant qu'esclave, mais se serait suicidée en tombant de son chameau.
Conséquences Après la mort de Grégoire, les Arabes mettent à sac Sufétula et attaquent l'exarchat de Carthage, tandis que les Byzantins se retirent dans leurs forteresses. Incapables d'assaillir les fortifications byzantines et satisfaits des pillages qu'ils ont faits, les Arabes acceptent de partir en échange du payement d'un lourd tribut en orDiehl (1896), .. Ils auraient obtenu dinars, soit 300 talents d'or.
Malgré la paix conclue avec les envahisseurs arabes, et la restauration des liens avec Constantinople, la domination byzantine en Afrique est ébranlée à ses racines par la rébellion de Grégoire, sa mort, et la victoire arabe. Les tribus berbères, en particulier, ont mis fin à leur allégeance à l'Empire, et la plupart, du sud de la Tunisie, semblent avoir échappé au contrôle de CarthageDiehl (1896), .. Ainsi, d'après Charles Diehl, la bataille de Sufétula marque Diehl (1896), ..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Walter Emil Kaegi, Muslim Expansion and Byzantine Collapse in North Africa, 2010. Cambridge University Press. Charles Diehl, L'Afrique byzantine: histoire de la domination byzantine en Afrique (533-709), Paris, 1896. Denys Pringle, The defence of Byzantine Africa from Justinian to the Arab conquest: an account of the military history and archaeology of the African provinces in the sixth and seventh centuries, 1981,
Articles connexes Conquête musulmane du Maghreb Guerres arabo-byzantines Exarchat de Carthage
Catégorie:Bataille des Rachidoune Sufetula Catégorie:Bataille impliquant l'Empire byzantin au haut Moyen Âge Catégorie:Bataille de 647