Labbaye Notre-Dame des Isles est une ancienne abbaye cistercienne pour femmes affiliée à Saint-Bernard., fondée en 1209 près d'Auxerre (actuel département de l'Yonne en Bourgogne). Pendant vingt ans, elle est connue sous le nom de Notre-Dame de Celles, puis déménage au lieu-dit les Isles qui lui donne son nom le plus courant.

En 1636, elle déménage pour s'installer dans Auxerre. Elle est fermée à la Révolution française.

Situation

Elle se trouvait à l'emplacement de l'ancienne base aérienne d'Auxerre, également ancien camp militaire du CIGA (Centre d'instruction de la gendarmerie auxiliaire). situé rue de la Chapelle dans le sud de la commune de Monéteau, à environ en aval et au nord du vieil Auxerre. Une rue s'y appelle toujours « rue des Isles », située quant à elle presque en bordure de la commune d'Auxerre. La carte de Cassini superposée à la carte d'état-major actuelle Couche « Carte de Cassini » activée. donne une location à au sud de la limite de communes entre Auxerre et Monéteau (donc sur la commune actuelle d'Auxerre, mais le domaine s'est étendu à cheval sur les deux communes).

Histoire 1209 : fondation à Celles

L'abbaye Notre-Dame de Celles est fondée en 1209 par Guillaume de Seignelay, évêque d'Auxerre (1207–1220), au lieu-dit les Celles, commune de Saint-Georges (voisine d'Auxerre, à l'ouest), dans une propriété donnée par Girard Baleine, chanoine de Notre-Dame-de-la-Cité d'Auxerre.. En compensation de cette donation, l'abbaye doit à Baleine une rente annuelle à vie de .. Guillaume de Seignelay y installe des religieuses venues de Saint-Antoine-des-Champs près de Paris, et leur donne la règle de l'ordre de Citeaux qui a à l'époque une réputation d'excellence, note (1)..

En 1220, Guillaume de Seignelay leur donne une maison dans AuxerreLa maison que donne Guillaume de Seignelay à l'abbaye en 1220 est dite « maison du marché d'Auxerre, située près des étaux des changeurs » (« ... de foro Autissiodoro, juxta stalla cambiatorum... »), qu'il a achetée d'Ithier Borne, et refaite à grands frais après l'incendie qui l'a détruite de fond en comble » (voir )..

1229 : déménagement aux Isles Ayant été informés que la terre de Celles est mauvaise. et voyant le nombre de religieuses augmenter, en 1229 Mathilde comtesse d'Auxerre et son époux Guy IV de Forez leur donnent le domaine des Isles qu'ils ont acquis par échange de Pierre Reimbault, près d'un lieu nommé Orgelaine, sur la rive droite de l'Yonne à 2 ou en aval et au nord d'Auxerre, avec quatre îles jouxtant cette terre - d'où le nom. Le domaine des Isles est situé sur l'ancien chemin menant d'Autun à Sens. Mathilde et Guy donnent en même temps que la terre d'Orgelaine trois gourds ou pour la pêche situés en cette localité et sur la rivière d'Yonne, ainsi que le droit de pêche sur toute la rive contiguë à la terre qu'ils leur ont donnée, et deux pièces de vigne à Égleny.

Les religieuses se transfèrent dans leur nouveau domaine des Isles en 1229.. L'abbatiale est consacrée en 1233.

Croissance

Dès l'année suivante en 1230, le comte Guy accorde un droit d'usage dans le bois du Thureau : les religieuses peuvent prendre trois charrettées de bois par jour pour usage dans leur maison des Isles et pour le chauffage du four (ce droit est converti en 1620 en une coupe de dix arpents par an).. En 1237, on les voit déjà acheter trois pièces de vigne à Jonches (hameau voisin à l'EstJonches se trouve dans le nord de la commune d'Auxerre, au bord de la rue Robert Rimbert (N77, direction Saint-Florentin et Troyes depuis Auxerre). Voir ).. Les dons sont nombreux, surtout en retour de messes et autres célébrations d'anniversaire pour les morts, ou du maintien d'une simple lampe comme le demande Jeanne († 1239), vicomtesse de Ligny, pour un setier de froment de rente (elle demande et paie le même à l'abbaye de Pontigny).. Les sommes ou rentes versées par les familles pour l'entretien de leurs proches entrées à l'abbaye sont également une part importante des revenus de l'abbaye. Parfois ce sont de simples dons, comme celui en 1254 du chevalier Hugues de Mailly qui donne sept arpents de terre sur le territoire de Jonches. Des terres sont données qui sont situées plus loin ; en 1299 Geoffroi de Monceaux, sa femme Élisabeth et leurs enfants, donnent une pièce de terre située dans la vallée de Béon.

Certains évêques d'Auxerre contribuent également à enrichir l'abbaye. En 1308, Pierre de Mornay, évêque d'Auxerre (1295–1306), lègue aux Isles une rente de quatre livres assise sur des vignes qu'il avait léguées à deux de ses parentes, religieuses dans cette communauté.

Les familles successives des barons de Seignelay ont longtemps contribué à l'abbaye. Jean , baron de Seignelay, est inhumé à l'abbaye vers 1280. L'un de ses frères y est aussi inhumé, de même que Jean II, baron de Seignelay, vers 1320. Agnès, sœur de Jean , y devient religieuse et Marie, sa belle-fille, en devient abbesse. Une Biette ou Béatrix, sixième fille de Guillaume III comte de Joigny, y est prieure vers 1270. Marie, fille de François de la Rivière..

En 1399, Pierre, abbé de Pontigny dont dépend les Isles, forme le projet d'éteindre l'abbaye des Isles et de la réunir à l'abbaye de Pontigny. Les bourgeois d'Auxerre ayant protesté contre cette disparition d'un établissement fondé et doté par des comtes et autres nobles d'Auxerre, le projet est suspendu. Puis l'abbé de Pontigny meurt et le projet oublié..

En 1420 l'abbaye achète un petit jardin dans la rue en-dessous des Cordeliers dans la paroisse de l'abbaye Notre-Dame-la-d'Hors ; ce jardin est réuni plus tard au jardin de sa maison d'Auxerre. Dans la même rue, elle loue un jardin de Vincent Gerbaut, chanoine de Notre-Dame de la Cité ; jardin qu'elle finit par acheter à Marie Soueste entre 1645 et 1652..

En 1520, un contrat est signé entre Antoine Leprebstre demeurant à Appoigny, sa femme Audrière et les dames du couvent des Isles, par lequel ils constituent en dot à leur fille Jeanne, qui veut entrer en cette communauté, un demi-arpent de vigne et deux pièces de terre situées sur le finage d'Appoigny, avec une somme de cinquante livres tournois..

En 1521, une donation est faite par Germain Ferroul et sa femme de leur métairie des Celles, à l'occasion de l'entrée en religion de leur fille Barbe ; baux de la métairie et des étangs des Celles (1522, 1565).

L'abbaye a droit de committimus au grand sceau, accordé par les rois de France. semble-t-il depuis 1292.Moulage du sceau de l'abbaye Notre-Dame des Isles, photo sur archivesenligne.yonne-archives.fr..

: 1636, déménagement à Auxerre

Entre 1601 et 1644, l'abbaye acquiert par achat ou échange avec Henri Leclerc, notaire, Jean Martin, vinaigrier et Crespin Épaulard, marchand à Auxerre, des propriétés à Auxerre : une étable, une vinée, une place et un jardin, situés dans la ruelle de la Cour-Cordier. En 1616, Marie Thierriat, femme Bernier, leur vend pour 180 livres une place avec jardin situés dans l'enceinte de Notre-Dame des Isles à Auxerre.

En 1626, l'abbesse des Isles (dont le nom nous est inconnu) demande à Angélique ArnaudLa famille Arnaud a fourni nombre de religieuses à Port-Royal, y compris et en premier lieu l'abbesse Angélique Arnaud, fameuse réformatrice janséniste de Port-Royal (voir ) qui engage plusieurs membres de sa parentèle et des relations de celle-ci. Marie-Claire est la cinquième des sœurs d'Angélique et a été élevée à Port-Royal depuis l'âge de sept ans (voir )., abbesse de Port-Royal, de lui envoyer « quelques religieuses de mérite pour l'aider à réformer la sienne ». Les sœurs Marie-Claire Arnaud et Marie de Saint-Joseph sont ainsi envoyées aux Isles par Port-Royal..

Dominique Séguier, évêque d'Auxerre (1631–1637), émet une ordonnance en 1636 afin de transférer les bernardines de l'abbaye des Isles à l'intérieur de l'enceinte de ville d'Auxerre.. Le transfert a lieu le .. Les religieuses cherchent à s'installer plus commodément ; on trouve plusieurs actes de vente entre 1636 et 1640 concernant l'achat par l'abbaye de propriétés et terrains dans Auxerre. Entre 1637 et 1651, Barthélemy et Guillaume Berault lui vendent plusieurs corps de logis. On voit entre autres dans cette période Jean Berault, sa femme Anne Loury et Pierre Berault, avocat au bailliage d'Auxerre, vendre aux religieuses des Isles un corps de logis avec dépendances dans la paroisse de Notre-Dame-la-d'Hors, pour . Dans la rue en-dessous des Cordeliers déjà mentionnée pour 1420, les religieuses acquièrent de Pierre Épaulard, médecin, un jardin ; d'Anthoine Guyon, vigneron, une petite maison avec jardin... Les bâtiments aux Isles, situés dans la paroisse de Saint-Père, sont dès lors utilisés comme ferme, dont une grange a perduré jusqu'au début du . La grange a été démolie en 2004.

En 1639, le chapitre de Cîteaux décide de supprimer l'abbaye des Isles, dont elle juge les revenus trop modestes, et d'en donner les biens à l'abbaye de Pontigny. Les religieuses des Isles protestent et, appuyées par Pierre de Broc, évêque d'Auxerre (1640–1671), obtiennent gain de cause. Vers 1653, Pierre de Broc soumet à sa juridiction les religieuses de l'abbaye des Isles, qui auparavant ne reconnaissaient que l'autorité de l'abbé de Citeaux..

En 1682, Claude Chrestien, archidiacre de Puisaye. et grand vicaire d'Auxerre, fait une visite d'inspection de l'abbaye lors du départ de Mme Marie-Madeleine de Lespinasse pour l'abbaye de la Bussière et de la nomination de Mme Colbert qui la remplace..

Les clarisses urbanistes d'EntrainsLes clarisses urbanistes d'Entrains-sur-Nohain sont établies en 1638 dans l'hôpital d'Entrains par la protection du duc de Bellegarde (habitant Entrains à l'époque), qui les tire du couvent Saint-Marcel à Paris. Ce petit monastère d'Entrains est autorisé à recevoir des novices en 1641, droit qui leur est retiré en 1677. Voir et . sont supprimées en 1688 et leur maison réunie à l'abbaye des Isles..

En 1751, Charles de Caylus, év. (1705–1754), écrit à l'abbesse des Isles au sujet des désordres dans son monastère : les religieuses et les pensionnaires se montrent fréquemment aux fenêtres, des sérénades sont données en leur honneur, plusieurs hommes sont entrés dans la maison, et autres faits. Il est cependant fort peu obéi ; les archives de l'abbaye de Tamié contiennent faites de « Chansons & petites pièces en vers de circonstance », adressées à plusieurs abbesses ou religieuses, dont : Mme Charlotte de Roucy, abbesse du Paraclet ; et pour l'abbaye des Îles : Mme Préoreau, abbesse ; Mme Magdelène de Billy, abbesse ; Mme de Billy, cadette ; Mme de Pimelle ; Mlle Victoire de Montfort ; Mme de Baffevent ; une lettre du à Mme de Bastide, signée Garnier le j. ; et trois pièces datées entre 1764 et 1775.. S'y trouvent aussi 22 « dialogues pour petites représentations ». et un cahier de musique de 44 pages qui, vu le contexte, n'est probablement pas un recueil de chants religieux..

En , l'abbaye fait appel au clergé et au bureau pour obtenir de l'aide pour la reconstruction de plusieurs bâtiments de l'abbaye dans la ville d'Auxerre. Un plan de 1785 montre les nouveaux bâtiments projetés à l'abbaye des Isles et les vieux bâtiments à démolir. Des devis de travaux sont réalisés en 1786 et 1787, un contrat passé en 1786 avec l'entrepreneur Lazare Leblanc pour la construction d'une nouvelle église et d'un pensionnat, pour une somme de agréée le ..