Le complexe nuragique d'Arrubiu est situé à Orroli, dans la province de Sardaigne du Sud. Le nuraghe, du type complexe, est l'un des plus importants de toute l'île mais il n'a pas été complètement fouillé. Une tombe de géants située à proximité immédiate du nuraghe a livré un mobilier archéologique assez exceptionnel. Des analyses géochimiques effectuées sur des céramiques, issues du nuraghe comme de la tombe des géants, constituent les plus anciens témoignages indubitables de l’élaboration de vin de raisin en Méditerranée occidentale.
Nuraghe
Localisation Le nuraghe Arrubiu d’Orroli se trouve dans le Sarcidano, au centre du plateau de Pranemuru, dans une zone appelée Su Prànu, couverte d’une maigre végétation de maquis méditerranéen utilisée pour le pâturage, et dominant un ancien gué sur le cours du Medio Flumendosa. Le nuraghe est appelé indifféremment « arrùbiu » ou « orrùbiu », termes signifiant « rouge », en référence à la couleur que prend parfois le basalte, souvent recouvert de lichens.
Historique Jusque dans les années 1930, l’imposante structure, qui atteint pourtant environ 15 mètres de hauteur avec la tour centrale et couvre dans son ensemble une superficie d’environ 3000 m², est restée inconnue et inexplorée, car elle était ensevelie sous ses propres éboulis et sous une végétation arborée très dense, aujourd’hui complètement disparue. La première exploration du site n'intervient que dans les années 1950. Entre 1981 et 1991, une dizaine de campagnes de travaux permettent de désherber le site, de le clôturer, d'en effectuer un relevé manuel et photogrammétrique, ainsi que de restaurer le matériel archéologique mis au jour jusqu’en 1990.
Le site est inclus dans les 31 sites sardes candidatsLes sites qui sont candidats selon l'Unesco pour entrer dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCOReconnaissance de l'UNESCO : une grande opportunité pour la Sardaigne, site de l'association "La Sardaigne vers l'UNESCO" .
Architecture L'édifice est un nuraghe complexe, le seul de type « pentalobé » documenté dans la littérature archéologique : autour de la tour centrale, le mastio (A) s’élèvent cinq autres tours (numérotées C à G) reliées entre elles par de puissants murs rectilignes, avec au centre une cour irrégulièrement pentagonale (B). Le nuraghe est entouré d’une seconde structure, l’« avant-murs » comportant un premier ensemble de sept tours (H, I, L, N, O, P, U) et trois cours (K, X, Y), tandis que sur le côté méridional se trouve un second ensemble, comprenant quatre ou cinq tours. La construction de la tour centrale et celle du bastion sont contemporaines et datées de la fin du La datation repose sur la découverte des fragments d’un alabastron mycénien sous le premier sol en terre battue du mastio. La tour centrale et tout le complexe furent abandonnés et scellés par l’effondrement des structures supérieures. Le site fut abandonné entre la fin du Bronze final et le début de l'âge du fer (vers le ).
Le nuraghe est entouré, surtout le long du côté sud, de cabanes de plan circulaire et rectangulaire, appartenant à des diverses époques.
Cours X et Y vignette|gauche|Planimétrie du nuraghe.
La cour X, la plus vaste de tout le complexe, est celle qui conserve le seul accès encore intact. Elle est comprise entre les tours H, P, O et N, et entoure les tours C, G et F du bastion pentalobé. Elle correspond à une vaste zone semi‑circulaire dont la partie centrale est presque entièrement occupée par l’imposante masse de la tour G. Aux points de jonction des segments de courtines s’ouvrent les accès aux tours P et O, entièrement construites à l’extérieur de l’enceinte et en communication avec elle uniquement par leurs entrées. La tour N, pas encore fouillée, est tangentielle à la tour F, oblitérant ainsi la cour, de manière analogue à ce qui se produit du côté opposé avec la tour H, isolant complètement la cour du reste du complexe.
La cour X a été fouillée entre 1982 et 1985 et en 1989, mais le travail est encore inachevé car elle correspondait à la partie de l’« avant-murs » la plus encombrée par les éboulements. En l'état, la hauteur conservée du parement intérieur est variable, atteignant un maximum de 3,20 m près de l’entrée et environ 2,10 m au niveau des tours P et O. L’entrée extérieure, orientée à l’ouest, est de forme trapézoïdale. Les montants, réalisés avec de grands blocs superposés, sont surmontés d’un linteau monolithique. Un court couloir, flanqué de deux niches latérales voûtées en ogive, conduit à l’entrée intérieure, elle aussi couverte d’un linteau. L'entrée est dominée par la masse imposante de la tour C du bastion.
La cour Y est l’espace compris entre les tours H, I et L de l’« avant-murs » et les tours C et D. La fouille de la cour Y n’est pas achevée et sa délimitation reste incertaine, tout comme son accès.
Tour A (le mastio) La tour centrale est conservée sur 14 m de hauteur, incluant une partie de la chambre du premier étage (diamètre interne 4 m), qui était elle‑même surmontée d’une seconde chambre et d’un terrassement supérieur. À l'origine, le mastio devait largement dépasser le bastion en hauteur, et atteindre entre 25 et 30 m par comparaison avec d'autres nuraghes et selon les modélisations informatiques réalisées.
vignette|Voûte en tholos de la tour A. vignette|Intérieur de la tour C. La tour a subi les effets d’une forte secousse (pierres fracturées, effondrement du remplissage interne des murs, désorganisation des joints) mais la tholos est demeurée pratiquement intacte et s'élève à 11 m de hauteur sur 45 assises. La chambre est de forme sub-circulaire. Elle comporte trois niches ogivales (deux latérales et une en face de l’entrée). La fouille a révélé que préalablement à sa construction, le rocher naturel a été mis à nu, puis retaillé et nivelé avec une couche de terre argileuse battue formant le sol.
Le sol conserve de nombreuses traces de feu (zones rubéfiées, cendres, charbons) dont la trace d'un grand foyer entre les niches centrale et celle de droite. La couche archéologique a livré des vases de toutes tailles, surtout de grands conteneurs de stockage. À une époque indéterminée, une fosse a été creusée au centre de la chambre et on y a déposé un grand vase globulaire à quatre anses. Ce vase avait été intentionnellement fissuré pour laisser filtrer lentement un liquide vers le sol, probablement comme offrande propitiatoire.
La chambre du premier étage est conservée sur six assises du côté nord. Elle forme la base d’une chambre « à tholos » de 4 m de diamètre interne (9 m externe), presque entièrement préservée. La chambre supérieure n’est pas alignée sur celle du rez‑de‑chaussée : son centre est décalé de 0,94 m vers le nord. Ce décalage permet à l’étage supérieur de reposer sur la masse murale la plus solide de la chambre inférieure. Un renfort périphérique enveloppe la tour centrale, s’appuie sur le bastion, et épaissit considérablement le parement externe. Il avait pour fonction de supporter un second étage, lui‑même surmonté d’un terrassement. Du côté nord, l’épaisseur restante est largement suffisante pour accueillir un escalier interne entre la courbure de la tholos et le parement extérieur. Le sol du premier étage était pavé avec des dalles de schiste.
Tours C, D, E, F, G et H La tour C est une construction massive où la taille gigantesque des blocs s’allie à une exécution particulièrement soignée. À l’intérieur, malgré l’effondrement partiel de la fausse coupole, l’ensemble des éléments architecturaux est conservé de manière exceptionnelle. Le plan est sub-circulaire, avec une niche quadrangulaire à droite, une autre à gauche, et un troisième renfoncement sub‑quadrangulaire également à gauche. On y a découvert une très grande quantité de vases fragmentés (souvent brisés sur place), des vases miniatures intacts, des fusaïoles, des dents de faucilles en obsidienne, des meules et des ossements animaux. L’ensemble suggère que la tour C avait une fonction spécifique de type atelier domestique, elle est parfois interprétée comme une « chambre des femmes ».
Les tours D, E, F et G n’ont pas encore été fouillées à l’intérieur. Les informations disponibles proviennent uniquement du dégagement extérieur. Les cinq tours du bastion, sans accès extérieur, communiquaient directement ou indirectement avec la cour centrale.
La tour D s’élève à 6,60 m de hauteur. Elle a été construite avec d’énormes blocs irréguliers et tout le parement est soigneusement calé avec de petites pierres fixées solidement à l’argile. La tour D est la seule des cinq tours du bastion à avoir conservé sa tholos interne intacte. Elle comporte une entrée monumentale mais en l'état on accède à l'intérieur de la tour par une brèche située à mi‑hauteur.
La tour E est la plus dégradée du bastion. Sa maçonnerie est similaire à celle de la tour D, mais un effondrement longitudinal a pratiquement sectionné la chambre. La tour a longtemps été utilisée comme abri pastoral et ses parois internes sont noircies par la fumée, d’où son surnom de « tour noire ». La tour F est conservée sur un peu plus des deux tiers de sa hauteur. Une brèche à mi‑hauteur, du côté du cour X, permet d’accéder à un intérieur rempli d’éboulis. Un couloir étroit, partiellement obstrué, relie la tour F au mastio central et à la cour B. Un second couloir, aujourd’hui impraticable, la reliait à la tour G. Partiellement effondrée, la tour G n’est accessible que par le haut. L’intérieur est obstrué, mais on distingue l’entrée du couloir menant à la tour F. Au‑dessus de la tour G, à l’intersection des courtines et presque adossé au parement externe de la tour centrale, se trouve le socle d’un petit espace à plan irrégulièrement circulaire, dont la fonction reste inconnue.
La tour H comporte à droite de l’entrée une niche couverte en ogive. Une banquette circulaire longe tout le mur.
Escalier Le mastio ne possédant pas d’escalier, l'accès depuis le sommet du bastion à la cour centrale B se fait par un escalier hélicoïdal aménagé dans l’épaisseur de la courtine entre les tours D et E, presque au‑dessus du couloir d’entrée du bastion. Depuis le sommet du bastion, une première rampe de six marches se dirige vers la tour D et débouche sur un palier. À partir de là, l’escalier change de direction, longe la paroi, et les marches deviennent presque un plan incliné, puis l'escalier tourne ensuite brusquement à gauche avec une seconde série de sept marches, très irrégulières, qui débouche par une ouverture étroite mais très haute dans la cour B, face au puits et presque en contact avec l’entrée de la tour E. Il s'agit d'un dispositif architectural exceptionnel, sans équivalent connu dans l’architecture nuragique qui témoigne d'une maîtrise remarquable dans l’usage de la pierre sèche et confirme l’existence d’une planification architecturale préalable.
Matériel archéologique Les dix campagnes de fouille du Nuraghe Arrubiu ont livré une immense quantité de céramiques. Les productions nuragiques couvrent un arc chronologique allant de la seconde moitié du XIVᵉ siècle av. J.-C.au Bronze final, avec quelques éléments du début de l’âge du fer. La réutilisation de certaines zones du monument à l’époque romaine a entraîné l’infiltration de nombreux matériaux romains dans les interstices des éboulis, parfois jusqu’aux niveaux d’abandon nuragiques.
La fouille de la cour centrale a mis au jour un important dépôt d'objets en plomb : trois lingots plano‑convexes, deux gros amas de lames de plomb tordues et plus de cent agrafes de réparation pour vases, de formes très variées. Ces agrafes, souvent massives, enveloppent parfois encore les fragments céramiques. Dans la même zone et au même niveau divers objets en bronze ont été trouvés : fragments d'épées votives, petite pointe de lance à douille, petite hache à tranchants orthogonaux, un poignard.