de Grèce (en grec démotique : / et en allemand : Otto von Griechenland), prince de Bavière puis roi de Grèce, est né au Schloss Mirabell de Salzbourg, en actuelle Autriche, le , et mort à Bamberg, en Bavière, le . Membre de la maison de Wittelsbach, il est choisi par les grandes puissances pour devenir le premier souverain de la Grèce moderne en 1832. Autoritaire et incapable d'assurer la continuité de sa dynastie, il est renversé par les révolutionnaires hellènes en 1862.
Élu roi de Grèce à l'âge de dix-sept ans, prend la tête d'un pays marqué par quatre siècles d'occupation ottomane et ravagé par une guerre d'indépendance qui s'est étalée sur presque dix ans. Issu d'une dynastie de tradition absolutiste, le souverain mène une politique autoritaire, censée rendre à la Grèce sa gloire antique. Sous son égide, et sous celle des fonctionnaires bavarois qui l'entourent, d'importants travaux sont réalisés dans le royaume et Athènes prend progressivement les traits d'une capitale moderne. Surtout, une administration centralisée est constituée dans le pays, longtemps soumis à l'anarchie.
Cependant, la politique du monarque est rapidement mise à mal par les graves difficultés financières que connaît la Grèce. Très lourdement endetté vis-à-vis des grandes puissances qui ont aidé à sa libération (Russie, France et Royaume-Uni), le pays se révèle incapable de rembourser ce qu'il doit à ses créanciers alors que ses relations commerciales avec l'Empire ottoman tardent à se normaliser. Le royaume de Grèce se retrouve par ailleurs pris dans les querelles qui opposent dans la région ses trois « protecteurs ». Othon ne parvient pas à profiter de ces rivalités franco-anglo-russes pour réaliser la « Grande Idée », autrement dit l'union de tous les Grecs dans un seul et même État. La politique maladroite du souverain aboutit au contraire à de nouvelles humiliations, comme lors de l'Incident Don Pacifico (1850) ou durant la guerre de Crimée (1854-1857).
Fragilisé par le contexte financier et international, Othon doit accepter la mise en place d'une constitution après la révolution de 1843. Il parvient néanmoins à maintenir son pouvoir personnel grâce au soutien du Premier ministre Ioánnis Koléttis. Finalement, l'incapacité du roi et de sa femme (la princesse Amélie d'Oldenbourg, épousée en 1836) à donner naissance à un héritier orthodoxe cause leur perte : le couple restant stérile, le prince Luitpold de Bavière, frère cadet du roi, devient son successeur désigné. Or, Luitpold, pas plus qu'Othon ou un autre prince de sa famille, n'accepte d'abandonner la religion catholique pour embrasser la foi orthodoxe, qui est pourtant celle de la majorité des Grecs.
Confrontés à cette impasse dynastique et déçus par l'incapacité du souverain à agrandir son royaume, les Grecs se révoltent en 1862. Destitués, Othon et son épouse s'exilent en Bavière tandis que le pays se lance à la recherche d'un nouveau monarque. Remplacé par le prince Guillaume de Danemark en 1863, Othon meurt à l'âge de , en 1867.
Famille
Issu de la maison de Wittelsbach, le roi est le deuxième fils du roi (1786-1868) et de son épouse la princesse Thérèse de Saxe-Hildburghausen (1792-1854). Par son père, Othon est donc le petit-fils de (1756-1825), premier roi de Bavière, tandis que par sa mère il descend du duc (1763-1834).
Othon est le frère du roi (1811-1864) et du régent Luitpold de Bavière (1821-1912) ainsi que l'oncle des rois (1845-1886), (1848-1916) et (1845-1921). Il est également le cousin germain de l'empereur (1830-1916) et de son épouse la princesse Élisabeth en Bavière (1837-1898), surnommée « Sissi ».
Le , épouse, à Oldenbourg, la princesse Amélie d'Oldenbourg (1818-1875), fille du grand-duc (1783-1853) et de sa première épouse la princesse Adélaïde d'Anhalt-Bernbourg-Schaumbourg-Hoym (1800-1820).
De ce mariage ne naît aucun enfant et la succession du couple royal passe au prince Luitpold et à ses descendants.
Biographie Un prince bavarois entouré de philhellènes Une jeunesse en Bavière
Troisième des neuf enfants du futur et de sa femme, la princesse Thérèse de Saxe-Hildburghausen, Othon naît à Salzbourg, dans l'actuelle Autriche, dix-sept jours avant la bataille de Waterloo. À l'époque, Salzbourg et sa province appartiennent encore au royaume de Bavière et son père en est le gouverneur..
De santé délicate et d’un tempérament colérique, Othon souffre de problèmes d'audition et d’un léger bégaiement. Dès l’âge de quatorze ans, il est envoyé en cure à Livourne, en Italie, pour y soigner ses nerfs. Confié très tôt à la tutelle du prêtre Georg von Oettl, il reçoit l’éducation d’un simple cadet et son père envisage de le faire entrer en religion. Sa formation se résume donc à l’apprentissage du latin, du français et de l’allemand, à l’étude de l’arithmétique et du piano et à la pratique de l’équitation et de la natation. Son destin n'est cependant pas scellé. En 1823, il a seulement huit ans quand son grand-père, le roi , le nomme lieutenant-colonel du .
Othon et ses frères et sœurs sont éduqués par leur père dans l'amour de la Grèce antique. Adolescent, le prince reçoit ainsi pour professeur l'érudit et philhellène Friedrich Thiersch, bien connu pour ses traductions de Pindare. Farouche partisan du mouvement indépendantiste qui secoue alors la Grèce, l'homme de lettres est le premier à évoquer la possibilité de voir son élève ceindre la couronne hellène. Dès 1829, il imagine celui-ci terminant ses études en Grèce, sous la régence du comte Ioánnis KapodístriasLe comte Kapodístrias est à la tête de l'exécutif grec de 1827 à sa mort ., et apprenant la langue et la religion de ses sujets. , qui soutient financièrement les insurgés hellènes contre l'Empire ottoman depuis plusieurs années, se montre tout de suite séduit par cette idée. Thiersch se lance alors dans une campagne en faveur de la candidature d'Othon, dans laquelle il est aidé par son ami le financier suisse Jean-Gabriel Eynard.
L'élection au trône de Grèce
Dans un premier temps, la candidature othonienne rencontre peu d'écho, que ce soit dans la Grèce insurgée ou du côté des autres nations impliquées dans la guerre d'indépendance (Russie, France et Grande-Bretagne). Après avoir envisagé bien des candidatures (dont celle du prince Charles de Bavière, oncle d'Othon), les chancelleries des grandes puissances offrent finalement la couronne grecque au prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha (futur roi des Belges) en 1830.
D'abord enthousiaste, Léopold finit toutefois par renoncer à la couronne grecque parce qu'il considère que les conditions qui lui sont faites sont trop précaires : avec le protocole de Londres de 1830, la Grèce a certes obtenu sa pleine indépendance mais ses frontières sont fragiles et bien des territoires ayant participé à l'insurrection ont finalement été laissés sous domination ottomane. Durant les deux années qui suivent, l'instabilité augmente progressivement en Grèce, comme l'illustre l'assassinat de Ioánnis Kapodístrias le .
Finalement, en , les grandes puissances se tournent vers la cour munichoise et entament des pourparlers avec en vue de confier la couronne de Grèce à son deuxième fils. À la demande des puissances, le prince Othon reçoit de son père un apanage en Bavière, tandis que le principe d'une régence dirigée par le ministre Joseph Ludwig von Armansperg durant la minorité d'Othon est arrêté. En échange, les grandes puissances s'engagent à prêter à la Grèce une somme de et à lui attribuer des frontières plus avantageuses que celles prévues en 1830, ce qui est concrétisé lors de la signature du traité de Constantinople.
Par le protocole du et le traité de Londres du , les grandes puissances transforment donc officiellement la Grèce en royaume et placent le prince Othon de Bavière à sa tête. La couronne hellène est déclarée . Le traité précise toutefois que . Enfin, la majorité d’Othon est fixée à ses vingt ans, le , et une régence est mise en place. Aucune précision concernant la religion du jeune roi n'est par contre apportée par le traité. En dépit des supplications des Grecs et des objurgations de la Russie, refuse d'obliger son fils à abjurer le catholicisme. Il s'engage malgré tout à ce que les futurs enfants d'Othon soient élevés dans la foi orthodoxe.
Othon étant désormais roi, le gouvernement provisoire organise, en juin, des festivités à Argos à l'occasion de son anniversaire.. Trois députés grecs (Andréas Miaoúlis, Kóstas Bótsaris et Dimítrios Plapoútas) se présentent à la cour des Wittelsbach au nom de la nation hellène, le . Reçus par leur nouveau souverain, les émissaires lui prêtent alors serment de fidélité en présence de l’archimandrite de Munich. Le suivant, un traité d’alliance est signé entre le gouvernement bavarois et les émissaires grecs. Garantissant les traités de Londres et de Constantinople, il met au service du royaume hellène une division bavaroise composée de qui doit remplacer les forces françaises présentes dans le Péloponnèse depuis l'expédition de Morée.
La Régence (1833-1835)
L'arrivée en Grèce et la réorganisation du pays
Othon et son Conseil de Régence (finalement composé de trois Bavarois, le comte von Armansperg, le comte von Maurer et le général von Heideck, auxquels est associé un membre consultatif, le secrétaire Karl von Abel) quittent Munich le . Ils gagnent l'Italie, où ils embarquent sur la frégate anglaise . Ils arrivent finalement à Nauplie le , à une heure de l’après-midi. Le lendemain, le gouvernement grec vient présenter ses hommages au souverain et aux régents. Ce n’est cependant que le ( julien) que ces derniers débarquent solennellement en Grèce. Ils reçoivent alors un accueil triomphal, amplifié par la déclaration du jeune roi qui se dit .
Une fois les régents installés à la tête du gouvernement, le nouveau régime se comporte comme une monarchie quasi-absolue. La régence exerce ainsi son pouvoir par le biais d’ordonnances ayant force de loi. La justice grecque est réorganisée et des tribunaux de première instance, des cours commerciales, des cours d’appel, une cour de cassation et une cour des comptes sont instaurées. Un code civil est également mis en place tandis que la presse est placée sous surveillance. Le pays se dote d'un appareil diplomatique. Après plusieurs années d’anarchie, l’ordre public est progressivement rétabli et des écoles sont construites en grand nombre, à travers tout le pays.
L’Église orthodoxe est elle aussi réorganisée. Le patriarche de Constantinople étant placé sous la dépendance manifeste du sultan ottoman, un concile réunissant les vingt-trois évêques et archevêques de la Grèce libre est convoqué par la régence. Celui-ci proclame alors, en , l’autocéphalie de l’Église grecque, désormais organisée en un synode permanent placé sous l’autorité du monarque, seul habilité à nommer les évêques. Parmi les Grecs, cette évolution ne fait cependant pas l'unanimité : Othon étant toujours catholique, certains considèrent comme une hérésie de faire de lui le chef de l'Église nationale.
Dissensions entre les régents
À peine le nouveau régime est-il mis en place que les trois régents se brouillent, pour des questions d'étiquette et de préséance. Le comte von Armansperg mettant en avant sa qualité de président du Conseil de Régence, le comte von Maurer, le général von Heideck et le secrétaire von Abel se sentent réduits à la position de subalternes. Or, le Conseil de Régence prend ses décisions à la majorité et les projets d'Armansperg sont régulièrement contrecarrés par ses collègues, qui cherchent ainsi à discuter son autorité. Bientôt, les quatre hommes commencent à comploter les uns contre les autres. Ainsi, tandis qu'Armansperg s'appuie sur l'alliance anglaise pour gouverner, Maurer, Abel et Heideck soutiennent quant à eux le parti français.