Le site archéologique du Vieux-Poitiers est situé dans deux communes proches de Chatellerault (Vienne), à environ vingt-cinq kilomètres au nord-est de Poitiers. Ce site a été occupé du Néolithique, comme en témoigne la présence d'un menhir, jusqu'à l'Âge du fer.
À l'époque gallo-romaine, on y trouve une localité nommée , qui est un de la cité des Pictons. La plus grande partie des monuments de cette petite ville est édifiée dans la période du Haut-Empire romain, notamment un théâtre.
Situation et environnement Cadre géographique, topographique et géologique
Le site, d'une superficie totale d'environ , se trouve à la fois sur la commune de Cenon-sur-Vienne et celle de Naintré, deux communes de l'arrondissement de Châtellerault, au nord du département de la Vienne...
Par ailleurs, le site picton, distant de en direction nord-nord-ouest de Poitiers, se trouve placé à proximité des frontières de deux cités .. Selon l'archéologue Françoise Dumazy, compte tenu de cette donnée géographique, le choix d'implantation de l'agglomération secondaire du Vieux-Poitiers pourrait se révéler délibéré et lié à cette situation quasi-frontalière. En outre, la ville gallo-romaine forme, avec les complexes urbains de Sanxay et d'Antigny, les deux autres plus imposantes agglomérations antiques pictonnes, un arc de cercle autour du chef-lieu , et dont le rayon s'échelonne entre ..
Le cadre topographique du Vieux-Poitiers se présente sous la forme d'une vaste dépression. Cette cuvette, dénommée le Seuil du Poitou, marque la limite entre le bassin parisien, situé au nord-est, et le bassin aquitain, localisé au sud-ouest.
Les strates constituant le sous-sol du Vieux-Poitiers se manifestent sous la forme d'un point de convergence mettant en jeu trois types d'ensemble géologique.. Le premier, se déployant dans les marges méridionales et orientales de ce territoire, est formé de plateaux à caractère calco-lacustre sillonnés par quelques dépressions.. Le second, évoluant sur la partie sud-ouest est composé de plaines aux roches essentiellement calcaires, formées au cours du Jurassique supérieur et associés à des sables à caractère quartzique datés du Cénomanien.. À contrario de ces deux ensembles, la troisième zone, qui concorde avec l'extrémité sud de la région naturelle du Châtelleraudais et se développe sur la portion septentrionale de Vieux-Poitiers, présente une topographie plus hétérogène. Cette zone, qui marque la fin du bassin parisien, s'est géologiquement structurée au cours du Crétacé...
vignette|gauche|alt=Photographie d'une rivière en France.|Rives du Clain, à Naintré. vignette|alt=Ancienne carte postale datant du début du dix-neuvième et représentant une rivière qui traverse une commune de France.|Le cours du Clain à Cenon-sur-Vienne. Le site, borné par le cours du Clain en rive droite, est délimité par celui de la Vienne, en rive gauche. Le point de confluence de ces deux rivières, trouve son emplacement à en aval du site, sur la commune de Cenon.. En outre, concernant la fondation de Vieux-Poitiers, site installé à proximité du point de confluence de la Vienne et du Clain, le spécialiste Jean-François Mariotti affirme :
Environnement archéologique Le cadre géographique et historique du Vieux-Poitiers, lié à la confluence des deux rivières poitevines, serait également étroitement associé à , un site distinct et de plus petite taille localisé au hameau de , sur la commune de Cenon. , distant d'environ de la réunion des deux cours, a été occupé dès le Néolithique.. Néanmoins, les analyses stratigraphique et sédimentaire permettent d'attester que le site est utilisé de manière significative au cours de l'Âge du bronze (aux environs de ). En raison de sa probable fonction de port, cet établissement se trouve partiellement recouvert par les eaux du Clain..
Grâce à des fouilles subaquatiques menées en 2007 dans le poitevin, les lieux ont notamment fourni de colonnes attribués à la période antique tardive, ainsi que plusieurs blocs de pierre grossièrement taillés des , indiquant de très probables aménagements fluviaux tels qu'un gué, un quai, dont l'ensemble constituerait un port. Les couronnements de colonnes, sculptés dans du marbre, manifestent d'un style simultanément ionique et corinthien. Ces éléments architecturaux sont associés à des structures maçonnées situés de part et d'autre des rives du Clain. Ce petit établissement poitevin a également livré un dépôt à vocation funéraire notamment constitué de poteries attribué au tournant de l'Antiquité avec le Haut Moyen Âge et dont la pâte, à grain épais, a été cuite par technique de réduction oxydante ; et de lames de hache datées du , témoignant ainsi d'une continuité d'usage de à l'époque mérovingienne.
Toponymie Évolution chronologique des mentions du , puis du lieu-dit
, antiquité, épigraphie sur le menhir de la , à Naintré. ; ou , 742, acte de partage du royaume entre Carloman et Pépin le Bref.. ; Vieux-Poitiers, 1524, Annales d'Aquitaine de Jean Bouchet ; Vieux-Poitiers, seconde moitié du , Carte de Cassini. vignette|alt=Extrait d'une carte de Cassini sur laquelle apparaissent le site archéologique du Vieux-Poitiers, à cheval sur les communes de Cenon-sur-Vienne et de Naintré et leurs alentours, dans le département de la Vienne.|Le Vieux-Poitiers sur la carte de Cassini..
Le toponyme , ayant pour origine le terme gaulois , peut littéralement se traduire par le mot .. Ce terme apparaît, au sein de l'inscription de la , sous sa déclinaison au génitif pluriel , donnant au singulier , mot qui renvoie à l'expression . Selon le celto-linguiste autodidacte Xavier Delamarre, , pourrait également se traduire par les termes .
Vers la fin du Haut Moyen Âge, au milieu du , le nom du site apparaît sous les termes de . À cette époque, Vieux-Poitiers est mentionné dans l'acte de partage du royaume franc :
Découvertes et fouilles
La première découverte sur le territoire de Vieux-Poitiers a lieu en 1783, avec la mise au jour du bloc mégalithique dit ..
Au début du , les archéologues De La Massardière et Caillard, membres de la société des antiquaires de l'Ouest, entreprennent à leur tour des fouilles du site. Ces deux chercheurs parviennent à dégager une vaste cavité rectangulaire qu'ils attribuent à l'Âge du fer. Dans les années 1830, une hache fabriquée en bronze est découverte sur le site.. Ultérieurement, toujours dans la première moitié du , une urne funéraire, mais également des éléments architecturaux gallo-romains, tels que des cimaises faites de marbre vert, des plaques de marbre blanc ou de porphyre, des pièces de corniches, ou encore des carreaux de mosaïque, le tout mis en évidence sous forme fragmentée, viennent compléter l'inventaire des découvertes réalisées à cette époque.. D'autres prospections archéologiques sont exécutées sur le site au début des années 1850, portant notamment sur la reconnaissance d'une voie gallo-romaine.
À Vieux-Poitiers, postérieurement au signalement d'autres vestiges, un vaste chantier de prospections est lancé en 1932. Ces fouilles, réalisées par M. Ginot, Adrien Blanchet et François Eygun et financées par la , ont permis d'identifier une tour de forme carrée. Après études, cette portion d'édifice, également connue sous le nom de s'est révélée être l'un des angles du théâtre gallo-romain..
Les investigations reprennent au cours des années 1940. En 1947, Georges Devois parvient à dégager un massif de substructions situées à environ de profondeur et se développant sur de long. Selon lui, compte tenu de leur épaisseur et du matériau qui les constituent, cet ensemble de fondations aurait très probablement été associé à un monument de grande taille. Le parement de ces structures, composé de moellons fabriqués à partir de grison et liés par un mortier, à certains endroits présentant un granulé fin, à d'autres, un granulé , possède un niveau d'arasement corrélé avec celui du sol.. Dans leur partie située à l'angle sud-ouest, ces substructions, attribuables à la période antique, affectent la forme d'un mur de soutènement évoluant sur de profondeur et dont la longueur est supérieure à . Lors de sa découverte, cette section venait former un angle droit avec un mur d'enceinte se développant en axe nord-est. Par ailleurs, cette muraille présente sur la totalité de sa longueur de petites cavités, mais également des fragments de matériaux boisés en état de pourrissement. Ces éléments semblent corroborer l'existence ancienne d'un coffrage.
En 1963, se déroulent les secondes investigations du théâtre antique, monument localisé sur la commune de Naintré, prolongeant ainsi celles réalisées dans les années 1940 par des membres de la Société des antiquaires de l'Ouest.. Dans les années 1960, ces fouilles, qui ont permis la mise au jour de la de l'édifice à spectacle, sont opérées sous la direction de R. Fritsch, et en partenariat avec la Société des Sciences de Châtellerault pour le chantier mené en 1966.. Elles reprennent vers 1975.
Au niveau de la partie du site implantée sur la commune de Naintré, des fragments de céramiques sigillées ont été mis en évidence dans la seconde moitié des années 1970 à proximité des structures édiliaires. Selon Alain Ferdière, ces tessons de poteries appartiennent probablement au groupe de céramique dit du ..
René Fritsch opère des chantiers archéologiques jusqu'en 1985. Le programme de fouilles reprend à partir de 1995 sous le patronage de Christophe Belliard. Les trois premières années de ce nouveau chantier, essentiellement concentré sur les vestiges du théâtre, permettent de dégager la presque totalité des structures de l' et de la ..
Enfin, au début des années 2000, des œnochoés d'aspect ovoïdal et pourvues d'une lèvre concave dite « en bandeau », ont été mises en évidence dans l'enceinte du théâtre gallo-romain. Ces cruches, dont la période de fabrication s'échelonne entre le milieu du (époque du Haut-Empire), sont constituées d'une pâte à chromatique rouge brique recouverte d'un vernis blanc.. Les vestiges d'un temple antique, élevé sur la parcelle des , a fourni plusieurs objets à destination domestique ou votive et attribués pour la même période.
Depuis 2012, des fouilles, organisées par Morgane Cayre, archéologue subaquatique, ont lieu dans la probable zone portuaire de la cité..
Histoire Période néolithique Vieux-Poitiers été occupé sans discontinuité à partir de l'époque néolithique. Au cours de cette période préhistorique, la présence humaine sur le territoire de Vieux-Poitiers est attestée par l'existence de structures mégalithiques, mais également par la mise en place et l'érection d'enceintes, bien qu'avec moins de certitude en raison d'une datation encore trop floue.. Des observations effectuées par prospection aérienne ont permis de signaler deux enceintes.
Âge du fer
vignette|gauche|Monnaie en bronze pictonne avec revers au .