de Grèce (en grec moderne : ) est né au palais de Tatoï, près d’Athènes, le et mort à ce même endroit le . Il est roi des Hellènes du à sa mort.

Deuxième fils du roi , le prince Alexandre succède à son père en 1917 après que les Alliés ont contraint ce dernier et son fils aîné, le diadoque Georges, à partir en exil en Suisse. Sans réelle expérience politique, le nouveau souverain est privé de tout pouvoir par les vénizélistes et emprisonné dans son propre palais. Son Premier ministre, le Crétois Elefthérios Venizélos, gouverne en effet avec l’appui des puissances de l’Entente. Réduit au statut de fantoche, soutient toutefois les troupes grecques dans leur guerre contre la Bulgarie et l’Empire ottoman. Il devient finalement le souverain d’une Grèce considérablement agrandie après la Première Guerre mondiale et le début de la guerre gréco-turque de 1919-1922.

En 1919, contracte une union inégale avec Aspasía Mános, une jeune fille issue de l'aristocratie phanariote. Le mariage provoque un énorme scandale en Grèce et au sein de la famille royale, ce qui oblige Aspasía à quitter le pays pendant plusieurs mois. Peu de temps après avoir été autorisé à retrouver son épouse, Alexandre est mordu par un singe domestique et meurt de septicémie. La disparition du souverain cause alors d’importantes difficultés politiques en Grèce et pose la question de la survie de la monarchie, comme de celle du régime vénizéliste.

Famille

est le deuxième fils du roi (1868-1923) et de son épouse la princesse Sophie de Prusse (1870-1932), elle-même fille de l’empereur (1831-1888) et de sa femme la princesse royale Victoria du Royaume-Uni (1840-1901).

Alexandre a donc la particularité généalogique d'être à la fois l'arrière-petit-fils du roi (1818-1906), surnommé « le beau-père de l'Europe », et celui de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « grand-mère de l'Europe ». Il est également le neveu du Kaiser et un proche parent du tsar et du roi .

Le , épouse secrètement, à Athènes, l’aristocrateEn dehors de la famille royale et de la noblesse d'origine vénitienne des îles Ioniennes, il n'existe pas, à proprement parler, de noblesse, en Grèce. Malgré tout, les familles phanariotes (comme les Mános ou les Argyrópoulos) sont souvent considérées comme formant une aristocratie à part entière. Aspasia compte d'ailleurs, parmi ses ancêtres, plusieurs voïvodes roumains comme Nicolas Caradja (1737-1784) ou Michel Soutzo (1784-1864). C'est la raison pour laquelle la jeune fille est souvent qualifiée d'« aristocrate » par les historiens. Pour plus de détails sur la généalogie d'Aspasia voir . grecque Aspasía Mános (1896-1972), fille du colonel Pétros Mános (1871-1918) et de son épouse Maria Argyrópoulos (1874-1930). De cette union inégaleOn parle de « mariage inégal » pour qualifier l'union entre une personne issue d'une famille souveraine ou médiatisée avec un individu de rang « inférieur », qu'il soit noble ou roturier . Pour plus de détails, et même si ce statut n'existe pas, à proprement parler, en Grèce, voir l'article « mariage morganatique »., reconnue seulement en 1922 par le Parlement hellénique, naît une fille posthume : Alexandra de Grèce (1921-1993), princesse de Grèce et de Danemark (1922), qui épouse le roi (1923-1970). Ce sont les parents du prince Alexandre de Yougoslavie (1945), actuel prétendant au trône de Serbie.

Biographie Un prince grec Enfance vignette|gauche|alt=Un groupe de six personnes posant sur le quai d'un port.|Le roi (avec un chapeau melon) entouré de ses enfants le prince Paul, la princesse Hélène, le diadoque Georges, la princesse Irène (à gauche) et le prince Alexandre (à droite) en 1913. Deuxième fils du diadoque Constantin et de la princesse Sophie de Prusse, le prince Alexandre passe une enfance heureuse entre le palais royal d’Athènes et celui de Tatoï. Le jeune garçon effectue par ailleurs de nombreux séjours à l'étranger. Chaque année, le diadoque et sa famille se rendent ainsi plusieurs semaines en Angleterre, où ils fréquentent les plages de Seaford et d'Eastbourne. L'été se passe à Friedrichshof, chez la mère de Sophie, qui chérit particulièrement sa descendance grecque, mais aussi à Corfou et à Venise, où la famille royale se rend à bord du yacht Amphitrite.

Très proche de sa sœur cadette Hélène, Alexandre l’est moins de son frère aîné Georges, avec lequel il a peu d’affinités. Alors que son aîné est un enfant sérieux et réfléchi, Alexandre est beaucoup plus malicieux et extraverti : il fume des cigarettes fabriquées avec du buvard d'écolier, s’amuse un jour à mettre le feu dans la salle de jeu du palais et manque, à une occasion, de tuer son petit frère Paul en le plaçant dans une charrette pour enfants qu'il lance à toute vitesse dans les jardins du palais.

Carrière militaire

L’éducation que reçoit Alexandre est soignée, mais pas autant que celle réservée à son frère aîné car il n’est pas destiné à monter un jour sur le trône. Contrairement à Georges, qui effectue une partie de son cursus militaire en Allemagne, Alexandre réalise toutes ses études en Grèce. Il intègre ainsi l'École des Évelpides, la principale académie militaire grecque, qui a déjà formé à l'artillerie plusieurs de ses oncles. Dans cette prestigieuse institution, le prince se fait cependant davantage remarquer pour son talent pour la mécanique que pour ses capacités intellectuelles. De fait, Alexandre est passionné par les voitures et les motos. Il est d’ailleurs l’un des tout premiers Grecs à acquérir une automobile.

En 1912-1913, le prince participe aux guerres balkaniques. Jeune officier, il est attaché, avec son frère aîné, au service de son père et accompagne celui-ci lors de son entrée, à la tête de la Première Division grecque, dans la ville de Thessalonique, en 1912. À la fin de la première guerre balkanique, la cité et sa région sont rattachées à la Grèce, ce qui permet au pays d'accroître considérablement sa superficie. Peu de temps après, le roi des Hellènes est assassiné dans la ville et le père d'Alexandre monte à son tour sur le trône sous le nom de .

Vie sentimentale

En 1915, Alexandre retrouve l’une de ses amies d’enfance, Aspasía Mános, lors d’une fête donnée à Athènes par Théodore Ypsilántis. Fille de Pétros Mános, l’officier d’ordonnance du diadoque Constantin, Aspasía revient tout juste de France et de Suisse où elle a fait ses études. Jugée très belle par ses contemporainsL’écrivain britannique Compton Mackenzie la décrit ainsi : « Elle était grande et sa peau rappelait un ancien profil de la Grèce classique ». Quant au prince Christophe de Grèce, il la juge « exquisément belle, avec un profil similaire à celui des nymphes d’une frise grecque classique » ., elle séduit immédiatement Alexandre qui, à l’âge de vingt-et-un ans, collectionne déjà les conquêtes. À partir de cette soirée, le prince ne cherche plus qu’à conquérir la jeune femme et part même la rejoindre sur l’île de Spetsès, où elle se rend en vacances cette année-là. Cependant, Aspasía se montre réticente face à ce prince qui lui fait la cour. Lui aussi est certes considéré comme très beau mais la réputation que lui valent ses nombreuses liaisons passées n’est pas pour la rassurer.

Malgré tout, Alexandre parvient finalement à séduire la jeune fille. Très amoureux, le couple se fiance même, mais son engagement reste secret. De fait, pour la reine Sophie comme pour le roi , il est impensable que leurs enfants épousent des personnes nées en dehors des familles royales. Or, les Mános ont beau être issus de la haute aristocratie phanariote et compter, parmi leurs ancêtres, plusieurs souverains des principautés roumaines., leur rang est jugé insuffisant pour pouvoir se mêler aux grandes dynasties européennes.

Roi des Hellènes Un contexte difficile

vignette|redresse|gauche|alt=Un homme gradé en tenue militaire et tenant un bâton de maréchal dans sa main.|Le roi en uniforme de feld-maréchal allemand (1913).

Pendant la Première Guerre mondiale, le roi maintient la Grèce dans une politique de neutralité bienveillante envers l’Allemagne et les autres puissances de la Triplice. Beau-frère du Kaiser , le roi est considéré comme germanophile par les Alliés parce qu'il a effectué une partie de sa formation militaire en Prusse. Ce comportement provoque la rupture entre le souverain et son Premier ministre, Elefthérios Venizélos, qui est quant à lui convaincu de la nécessité de soutenir les pays de la Triple-Entente pour rattacher les minorités grecques de l'Empire ottoman et des Balkans au royaume hellène. Protégé par les pays de l'Entente, et par la République française en particulier, l'homme politique forme, en 1916, à Thessalonique, un gouvernement parallèle à celui du monarque. Le centre de la Grèce est occupé par les forces alliées et le pays est en passe de sombrer dans la guerre civile : c'est le « Schisme national ».

En dépit de ce contexte difficile, refuse de modifier sa politique et doit faire face à l'opposition toujours plus nette de l'Entente et des vénizélistes. En , un incendie criminel, probablement orchestré par des agents de la France, ravage le domaine de Tatoï et la famille royale échappe de peu aux flammes. Alexandre n'est pas touché mais sa mère sauve sa plus jeune sœur de justesse de l'incendie. Parmi le personnel du palais et les pompiers venus éteindre le feu, seize à dix-huit personnes (selon les sources) trouvent par ailleurs la mort. Si, fin octobre, un accord est trouvé entre Constantin et la diplomatie alliée, début décembre, le déclenchement des vêpres grecques contre les forces alliées entraîne la reconnaissance du gouvernement de défense nationale de Venizélos par l'Entente, qui impose également un blocus naval très étroit à la Grèce.

Finalement, le , Charles Jonnart, le Haut-Commissaire de l'Entente en Grèce, ordonne au roi Constantin de quitter le pouvoir. Sous la menace d'un débarquement de l'Entente au Pirée, le souverain accepte de partir en exil, sans toutefois abdiquer officiellement. Les Alliés ne souhaitant pas instaurer la république en Grèce, l’un des membres de sa famille doit lui succéder. Mais, comme le diadoque est jugé tout aussi germanophile que son père, c’est d’abord à l’un des frères du souverain, le prince Georges, que les Alliés pensent pour le remplacer. Cependant, Georges n’aspire plus à aucune charge politique depuis son échec en tant que haut-commissaire de la Crète autonome entre 1901 et 1905. Surtout, il se montre fidèle à son frère et refuse catégoriquement de monter sur le trône. C’est donc le deuxième fils de Constantin, le prince Alexandre, que Venizélos et l’Entente choisissent comme nouveau monarque.

Cependant, la destitution de Constantin ne fait pas l’unanimité chez les anciennes puissances protectrices du royaume hellène. Si la France ne cache pas sa joie de voir partir l’ancien roi et la Grande-Bretagne ne fait rien pour empêcher Jonnart d’agir, le gouvernement provisoire russe proteste officiellement auprès de Paris. Petrograd demande même qu’Alexandre ne reçoive pas le titre de roi mais seulement celui de régent afin de préserver les droits du souverain déposé et du diadoque. La Russie n’est toutefois pas écoutée et c’est bien en tant que monarque qu’Alexandre monte sur le trône.

Roi malgré lui