vignette|350px|Grandes statues de Kim Il-sung (à gauche) et Kim Jong-il (à droite) sur la place Mansudae à Pyongyang en 2014 et des visiteurs s'inclinant devant. Le culte de la personnalité en Corée du Nord existe depuis des décennies autour de la famille régnante appelée « dynastie Kim » et est omniprésent dans la culture nord-coréenneChoe, Yong-ho., Lee, Peter H., and de Barry, Wm. Theodore., eds. Sources of Korean Tradition, Chichester, NY: Columbia University Press, , 2000.. Bien qu'il ne soit pas reconnu officiellement par le gouvernement de la Corée du Nord, de nombreux transfuges nord-coréens et visiteurs occidentaux affirment que de pénibles sanctions sont appliqués à ceux qui critiquent ou ne montrent pas un respect « propre » envers le régime. Ce culte de la personnalité apparaît peu après la prise de pouvoir de Kim Il-sung en 1948 et est grandement étendu après sa mort en 1994.
Tandis que d'autres pays ont également utilisé le culte de la personnalité à des degrés divers (comme celui de Joseph Staline en Union soviétique), l'omniprésence et la nature extrême de celui pratiqué en Corée du Nord surpassent celles de Staline ou de Mao Zedong. Ce culte se caractérise également par des démonstrations de sentiments intenses et de dévouement des gens envers leurs dirigeants et par le rôle important du concept confucianiste de la famille à la fois dans l'application du culte et, par conséquent, pour le maintien du régime en lui-même, car l’obtention de son portrait est obligatoire dans chaque résidence appartenant aux citoyens nord-coréens.
Contexte
Le culte de la personnalité autour de la famille Kim exige une fidélité et une soumission totale et établit le pays comme une dictature d'un seul homme à travers des générations successives. La constitution nord-coréenne de 1972 intègre les idées de Kim Il-sung comme seuls principes directeurs de l'État et ses activités comme seul patrimoine culturel du peuple. Selon le journal New Focus International, le culte de la personnalité, en particulier autour de Kim Il-sung, est crucial pour légitimer la succession héréditaire de la famille, et Park Yong-soo note dans l'Australian Journal of International Affairs que le « prestige du Suryong (dirigeant suprême) a la plus haute priorité sur tout le reste en Corée du Nord ».
vignette|300px|Kim Il-sung (à gauche) avec son fils Kim Jong-il sur le mont Paektu. Kim Il-sung a créé l'idéologie politique du juche, généralement traduit par « autosuffisance », et l'a développé davantage entre les années 1950 et 1970. Le juche est le principal guide de toutes les formes de pensée, d'éducation, de culture et de vie de toute la nation jusqu'à ce que Kim Jong-il introduit la politique du Songun (« l'armée d'abord ») qui étend la philosophie du juche et a un impact important sur les politiques économiques du pays.
Lors de la du parti d', Kim Jong-un définit davantage le juche comme étant la pensée globale de Kim Il-sung, développée et approfondie par Kim Jong-il, la qualifiant donc de « Kimilsungisme-Kimjongilisme », et que c'est la « seule idée directrice du parti » et de la nation..
Les autorités nord-coréennes ont coopté des parties du christianisme et du bouddhisme et les ont adaptés à leurs propres usages, bien que restreignant grandement toutes les religions en général qui sont vues comme une menace pour le régime. Un exemple de ceci peut être vu dans la description de Kim Il-sung comme un dieu, et de Kim Jong-il comme le fils d'un dieu ou le « Soleil de la nation », évoquant l'imagerie père-fils du christianisme. Selon l'auteur américain , durant la première partie du règne de Kim Il-Sung, l'État a détruit plus de temples bouddhistes et églises chrétiennes qui pouvaient nuire à la fidélité du peuple envers lui. Il existe même une conviction répandue que Kim Il-Sung a « créé le monde » et que Kim Jong-il contrôle le climat. Malgré la suppression des religions traditionnelles, certains décrivent le juche, sociologiquement parlant, comme la religion de toute la population de la Corée du Nord.
Selon un rapport de 2013 de New Focus International, les deux principales publications de nouvelles nord-coréennes (le Rodong Sinmun et l'agence centrale de presse nord-coréenne) publient environ 300 articles par mois relatifs au « culte de Kim ». Le rapport suggère en outre qu'avec la mort de Kim Jong-il, le citoyen nord-coréen moyen se serait fatigué de la grande propagande entourant les Kim. Le journal en ligne rapporte également en 2015 que la jeune génération s'intéresse davantage au monde extérieur et que le gouvernement a du mal à assurer la loyauté de la génération des jangmadang (« marchés ») et à promouvoir l'idolâtrerie de Kim Jong-un.
Le gouvernement nord-coréen affirme que ce n'est pas un culte de la personnalité, mais plutôt un véritable culte sincèrement rendu aux héros selon la volonté de la population elle-mêmeJason LaBouyer "When friends become enemies — Understanding left-wing hostility to the DPRK" Lodestar. May/June 2005: . Korea-DPR.com. Retrieved 18 December 2007..
Kim Il-sung
vignette|Image créée durant la festival Arirang. Le culte de la personnalité autour de Kim Il-sung est de loin le plus répandu dans la population. Bien qu'il existe une véritable affection pour Kim Il-sung, son image est manipulée par le gouvernement à des fins politiques.
Le culte apparaît dès 1949, avec l'apparition des premières statues à son image. La vénération pour Kim Il-sung entre en vigueur après une purge massive en 1953. En 1967, Kim Jong-il est nommé au département de la propagande et de l'information de l'État où il commence à concentrer son énergie au développement de la vénération de son père. C'est à cette époque que le titre de Suryong (« dirigeant suprême ») entre dans l'usage commun. Cependant, Kim Il-sung commence à s'autoproclamer « Grand dirigeant » dès 1949.
Hwang Jang-yop, le plus haut placé du régime nord-coréen à avoir fait défection, note que le pays est entièrement régi par la seule idéologie du « Grand Chef ». Il ajoute qu'à l'époque de la déstalinisation en URSS, quand le culte de la personnalité de Staline fut critiqué, en 1956, certains étudiants nord-coréens présents en Union soviétique ont également commencé à critiquer le culte croissant de la personnalité de Kim Il-Sung et, lorsqu'ils sont rentrés chez eux, « ont fait l'objet d'interrogatoires intensifs qui ont duré des mois » et « ceux considérés comme les moins suspects ont été tués en secret ».
Selon les biographies officielles, Kim Il-sung est issu d'une longue lignée de dirigeants et l'histoire moderne officielle de la Corée du Nord se concentre sur sa vie et ses activités. Il est crédité de la défaite presque à lui tout seul des Japonais à la fin de l'occupation de la Corée (passant sous silence les efforts soviétiques et américains) et de la reconstruction de la nation après la guerre de Corée. Au cours de sa vie, il lui a été accordé de nombreux titres honorifiques tels que « Soleil », « Grand président », « Dirigeant céleste » et d'autres, ainsi que des distinctions comme la « Double médaille d'or du héros ». Ces titres et récompenses étaient souvent auto-décernés et la pratique sera répétée par son fils. L'agence centrale de presse nord-coréenne (l'organe officiel du gouvernement) rapporte continuellement les titres et l'affection supposée à Kim Il-sung par les dirigeants du monde, y compris Mao Zedong de Chine, Fidel Castro de Cuba et Jimmy Carter des États-Unis.
Toutes les publications importantes (journaux, manuels, etc.) doivent inclure des « instructions » de Kim Il-sung. En outre, son nom doit être écrit en un seul mot et sur la même ligne, il ne peut pas être divisé en deux parties en cas de fin de page ou si la ligne de texte est vide (par exemple : Kim Il-sung, et non Kim Il-...sung).
Les enfants nord-coréens apprennent à l'école qu'ils ont été nourris, habillés et élevés à tous les égards par la « grâce du Président ». Les plus grandes écoles primaires du pays disposent d'une pièce réservée aux conférences qui traitent spécifiquement de Kim Il-sung (connu sous le nom d'institut de recherche Kim Il-sung). Ces salles sont bien entretenues, construites avec des matériaux de haute qualité et exposent une maquette de son lieu de naissance à Man'gyŏngdae. La taille de ses portraits ornant les bâtiments publics est adaptée proportionnellement à la taille du bâtiment sur lequel ils sont accrochés. Son lieu de naissance est également devenu un lieu de pèlerinage.
vignette|Portraits sur le mur de la Grande maison des études du peuple, face à la place Kim Il-sung. Le transfuge écrit sur son enfance en Corée du Nord : À travers mes yeux d'enfant et de ceux de tous mes amis, Kim Il-sung et Kim Jong-il étaient des êtres parfaits, non souillés par la condition humaine de base. J'étais convaincu, comme nous l'étions tous, qu'aucun d'eux n'urinait ni ne déféquait. Qui pourrait imaginer de telles choses de dieuxChol-hwan Kang and Pierre Rigoulot (2005). The Aquariums of Pyongyang: Ten Years in the North Korean Gulag, Basic Books, . . ?
Dans ses mémoires, Kim Il-sung raconte une anecdote sur son père et son grand-père qui justifie cette présentation immaculée des dirigeants nord-coréens à leurs partisans. Le mémoire dit qu'à l'époque où il était jeune écolier, le père de Kim Il-Sung a souvent été envoyé chercher du vin pour l'un de ses professeurs, qui en buvait souvent, jusqu'à ce qu'un jour, son père voit le professeur ivre tomber dans un fossé. Cela conduit à une confrontation dans laquelle le jeune écolier exprime sa honte de l'enseignant embarrassé qui abandonne le vin pour toujours. Le grand-père de Kim Il-Sung raconte la morale de cette histoire : L'opinion de mon grand-père était la suivante : si les écoliers s'intéressent trop à la vie privée de leur enseignant, ils perdent la crainte qu'ils avaient envers lui. L'enseignant doit donner à ses élèves la ferme conviction que leur professeur ne mange, ni n'urine. Alors seulement, il pourra maintenir son autorité à l'école. De sorte qu'un enseignant doit mettre en place une façade de vie et vivre derrière elleWith the Century, Kim Il-sung, 1992, Chapter 3.2. http://ndfsk.dyndns.org/kuguk8/rem/rem-1.htm accessed 27 August 2014. Note that the version of With the Century available at the official North Korean Government web site (https://web.archive.org/web/20051231095503/http://www.korea-dpr.com/articles-ng/biography-kimilsung.htm) includes the anecdote and the grandfather's moral, but omits the detail about the necessity of screening eating/urinating from pupils..
Le biographe Suh Dae-Sook note : La grandeur de l'adulation bascule souvent vers le fanatisme. Sa photographie est affichée devant le drapeau national et l'emblème national. La chanson du maréchal Kim Il-sung se joue avant l'hymne national. La meilleure institution d'enseignement supérieur est nommée d'après lui. La plus haute école du parti est également nommée d'après lui. Et il y a des chansons, des poèmes, des essais, des histoires, et même une fleur qui porte son nom.
vignette|gauche|350px|Peinture murale à Pyongyang représentant Kim Il-sung donnant un discours. La Kimilsungia est une orchidée nommée d'après Kim Il-sung par l'ancien président indonésien Soekarno. Elle prend ce nom en 1965 lors d'une visite au jardin botanique de Bogor. Selon un discours de 2005 de Kim Jong-il, Soekarno et le directeur du jardin voulaient nommer la fleur d'après Kim Il-sung. Celui-ci refusait, mais Sukarno a insisté, « Non. Vous avez rendu d'énormes services à l'humanité, donc vous méritez un grand honneur ». Dans le pays, la fleur (tout comme la Kimjongilia) est utilisée pour idolâtrer le dirigeant.