Baldur Benedikt von Schirach, né le à Berlin et mort le à Kröv-an-der-Mosel, est un haut dignitaire du parti nazi, nommé par Adolf Hitler chef des Jeunesses hitlériennes, et gauleiter de Vienne sous le Troisième Reich.
Il joue un rôle majeur dans la politique nazie de mise au pas de la société allemande. Il est condamné à vingt ans de prison lors du procès de Nuremberg et est emprisonné à la prison de Spandau. Il est l'un des très rares hauts dirigeants nazis à exprimer des remords pour avoir soutenu le régime nazi.
Biographie Enfance et adolescence
Baldur von Schirach est issu d'une riche famille noble d'officiers. Il est le puîné dans une fratrie de quatre. Son père, le capitaine de cavalerie Carl von Schirach, épouse Emma, fille d’un avocat américain et descendante d'Arthur Middleton, un des pères fondateurs des États-Unis d’Amérique. Trois de ses quatre grands-parents étaient nés aux États-Unis. L’anglais est sa langue maternelle et il ne commence à apprendre l’allemand qu’à six ans. Il a deux sœurs, Viktoria Benedikta et , chanteuse d’opéra. Son frère, Karl Benedict von Schirach, se suicide en 1919 à 19 ans.
En 1908, son père démissionne de l’armée pour devenir directeur du théâtre de la Cour grand-ducale de Weimar. Le jeune Schirach connaît une enfance privilégiée, marquée par la musique, le théâtre et la littérature. Il est d'ailleurs l'un des rares dirigeants nazis à parler couramment l'anglais. Très tôt, il fait preuve d’un talent de poète et aime particulièrement Goethe. Mais la Première Guerre mondiale met vite fin à cette vie sans souci.
Au lendemain de la défaite allemande de 1918, son père est révoqué et reste quelque temps sans emploi. Les désordres qui agitent alors l’Allemagne traumatisent durablement la famille Schirach. Le fils aîné, ne supportant pas le déshonneur de sa patrie, met fin à ses jours. Désenchanté, Carl von Schirach se tourne vers l’extrême droite et devient l’un des partisans du Parti national-socialiste.
Durant son adolescence, Baldur von Schirach est marqué par la haine de son père envers la république de Weimar. Au cours d’un voyage qu’il effectue avec sa mère aux États-Unis, sa famille américaine lui propose de s’y installer pour entamer une carrière, mais Schirach choisit de retourner en Allemagne. Il déclare être devenu durant cette période antisémite à la lecture du livre de Henry Ford ... Le , lors d’un dîner organisé dans la maison familiale, il fait la connaissance d'Adolf Hitler. Profondément impressionné par cette rencontre, l’adolescent adhère peu après au NSDAP. Il compose un poème sur Hitler qui est publié dans un recueil en 1929 ; pour le féliciter, ce dernier lui envoie une photographie signée. En 1927, Schirach entre à la SA et s’installe à Munich, où il s’inscrit à l’université pour suivre des cours d’histoire de l’art, d’anglais et de littérature allemande.
Au sein du NSDAP Ascension En dépit de son jeune âge, von Schirach fait très rapidement partie du cercle intime des dirigeants du NSDAP. Ainsi, le , il est nommé à la tête de l’Union des étudiants hitlériens. En 1929, son engagement politique le pousse à abandonner ses études. Propagandiste et organisateur remarquable du mouvement étudiant, il inspire chez ses compagnons les idéaux de la camaraderie, du sacrifice, de la discipline, du courage et de l’honneur. Il gagne ainsi à la cause nazie des centaines de milliers de jeunes.
L’efficacité de son action auprès de la jeunesse et la dévotion aveugle qu’il exprime dans ses poèmes lui valent l’estime d'Adolf Hitler. Le , celui-ci le nomme chef des Jeunesses hitlériennes, poste qu'Hitler crée spécialement pour lui. Schirach, qui n’a que , devient ainsi colonel de la SA. À peine nommé au rang de chef des Jeunesses hitlériennes, il exclut de cette organisation et rédige des éléments de programme en matière de politique universitaire : l'introduction d'un quota d'étudiants juifs, la création de nouvelles disciplines comme les études raciales, les sciences militaires, dans le cadre d'une université définie par sa place dans la communauté nationale. Dans le même temps, il présente des listes aux élections de représentants étudiants. Ces listes obtiennent des résultats si importants que la Fédération nationale des comités étudiants vote, en 1932, l'abolition des élections et l'adoption du Führerprinzip.
En , il épouse Henriette Hoffmann, la fille du photographe personnel de Hitler, Heinrich HoffmannHoffmann est aussi celui qui a permis la rencontre entre Hitler et sa future maîtresse, Eva Braun, car elle était apprentie dans son atelier lorsqu'ils se sont vus pour la première fois.. Hitler est témoin du mariage et leur offre un chien. Henriette von Schirach donne naissance à quatre enfants : Angelika Benedikta von Schirach (née en 1933), le juriste Klaus von Schirach (né en 1935), l’homme d’affaires Robert Benedict Wolf von Schirach (1938–1980) et le sinologue (1942–2023).
Le , Schirach est élu député au Reichstag. Quelques mois plus tard, début , il organise une monumentale marche de la jeunesse nazie. Des dizaines de milliers de jeunes, venus à pied de toute l'Allemagne, rendent ainsi hommage à Hitler au cours d’un défilé qui dure près de sept heures. Hitler est lui-même très impressionné.
Sous le régime hitlérien vignette|Au Berghof en 1936, de gauche à droite : Hitler, Bormann, Göring et Schirach (de profil).
À partir de , Schirach travaille d’arrache-pied pour atteindre son objectif : inculquer à la jeunesse allemande les idéaux nazis. Il prend ainsi possession, par la force, des bureaux du comité des associations de jeunesse du Reich, puis de l’organisation des auberges de jeunesse. Le , lors d’une cérémonie en présence de Hitler, Schirach devient chef des Jeunesses du Reich allemand. La Hitlerjugend est ainsi libérée de la tutelle SA et devient autonome vis-à-vis du parti.
Entre et la fin de l'année 1934, les Jeunesses hitlériennes passent de un à trois millions et demi de membres. À la suite du décret du qui en fait une organisation d’État, les adhérents sont de plus en plus nombreux. Schirach devient alors secrétaire d’État à la Jeunesse. Désormais, il ne dépend plus que de Hitler et est « entièrement responsable de l’éducation physique, idéologique et morale de la jeunesse allemande ».
gauche|vignette|Manifestation pour les Jeunesses hitlériennes, le au palais des sports de Berlin, de gauche à droite : Gertrud Scholtz-Klink, Himmler, Hess, Schirach et Artur Axmann.
En , avec l'aide du docteur Ley, il ouvre les écoles Adolf-Hitler pour former l’élite du . Son organisation travaille en étroite collaboration avec le ministère de la Propagande, dirigé par Joseph Goebbels. Présenté comme une sorte de héros, adulé par les jeunes nazis comme un dieu, les photographies du chef des Jeunesses hitlériennes sont diffusées en nombre dans l’ensemble du Reich. En 1938, Schirach déclare :
Le , l’adhésion aux Jeunesses hitlériennes devient obligatoire pour les jeunes voulant pratiquer des activités sportives ou encore aller à l'école. Elles regroupent alors douze millions de jeunes. Schirach transforme ainsi la jeunesse allemande en « objet de propagande vivante », permettant ainsi l'embrigadement des parents par leurs enfants. C'est à cette époque que Schirach prononce la célèbre phrase dans un meeting, joignant le geste à la parole :
Cette phrase est inspirée d'une réplique que l'écrivain nazi Hanns Johst fait dire à un personnage de l'une de ses pièces de théâtre intitulée Schlageter (1933)Confer La rumeur de Pascal Froissart. La phrase exacte de la pièce originale de Hanns Johst est ; ; acte 1, scène 1.. Attribuée à tort indifféremment à Göring ou Goebbels (mais parfois à Schirach lui-même), c'est l'une des plus célèbres citations apocryphes du .
Terrain d’entraînement des futurs officiers, les Jeunesses hitlériennes deviennent également, à partir du , le vivier de la SS : à la suite d’un premier accord conclu entre Schirach et Heinrich Himmler, les meilleures recrues sont orientées vers « l’Ordre noir » après avoir suivi un entraînement particulier. Un bureau de liaison entre la SS et la Hitlerjugend est mis en place le et un nouvel accord renforçant cette collaboration est signé le . Quant à la coopération avec l’armée, elle est renforcée à compter du : Schirach signe en effet une nouvelle convention avec Wilhelm Keitel, chef de l'Oberkommando der Wehrmacht, suivant laquelle la Hitlerjugend doit effectuer un entraînement pré-militaire suivant les règles fixées par l'armée, cette dernière, en contrepartie, s’engageant à former chaque année trente mille instructeurs destinés aux Jeunesses hitlériennes.
vignette|Le cofondateur des scouts japonais, Yoshinori Futara, et Baldur von Schirach (au centre) à un rassemblement des Jeunesses hitlériennes à Brême, en 1937.
Oppositions Cependant, le Jugendführer n’a pas que des amis au sein du NSDAP. L’un de ses principaux ennemis, Martin Bormann, fait en sorte de nuire à sa réputation par des plaisanteries sur son comportement. Il est vrai que Schirach n’apprécie guère la vie spartiate qu’il fait régner dans les camps des Jeunesses hitlériennes et il se montre distant envers ses troupes lors de ses déplacements. Quelque temps après le déclenchement de la guerre, en , sans doute pour couper court aux insinuations de ses opposants, Schirach rejoint volontairement l’armée. Après avoir subi un entraînement adéquat, il sert sur le front de l’Ouest à partir d’ et participe à la campagne de France. En , promu lieutenant, il reçoit la croix de fer de seconde classe avant d’être rappelé à Berlin par Hitler.
Son opposition à la guerre et des litiges internes le conduisent à être remplacé à la tête des Jeunesses hitlériennes ; il reste néanmoins Reichsleiter, chargé de l’éducation de la jeunesse allemande.
En poste à Vienne Déçu par son protégé, Hitler l’écarte en le nommant en 1940 gouverneur de la région de Vienne et commissaire du Reich à la défense civile. À partir de , il est également chargé de l’évacuation des enfants des villes pour les protéger des bombardements britanniques. Dans la métropole viennoise, Schirach donne de somptueuses fêtes. Sur place, ses responsabilités couvrent l’économie de guerre, l’administration de Vienne et celle du Reichsgau sous la supervision du ministre de l’Intérieur. Il y est ainsi responsable du programme de travail forcé.
Dès sa prise de fonction, Schirach précipite la déportation des Juifs de la région de Vienne. Le , alors qu’il participe à une réunion dans le bureau de Hitler, il demande au chef du Gouvernement général (une partie de la Pologne conquise en 1939) de se charger des Juifs qui sont encore présents à Vienne. Le , à la suite de ses rapports, il reçoit une lettre lui annonçant que Hitler a décidé de déporter les restants à Vienne vers le Gouvernement général. Au total, il participe directement à l’envoi en Pologne de , expulsions qu’il juge, dans l’un de ses discours, comme étant « une contribution active à la culture européenne ».
Schirach n’a désormais plus de réelle influence au sein du Reich. Ses rapports avec le Führer vont en se dégradant jusqu’à la fin du conflit. Bormann fait d’ailleurs en sorte d’envenimer leurs relations. Après le , une nouvelle répartition administrative le décharge de la responsabilité du Danube inférieur et du Danube supérieur.
Rupture avec Hitler