La campagne de Weardale est un affrontement militaire entre les royaumes d'Angleterre et d'Écosse qui s'étend du au . Cette expédition s'inscrit dans le cadre de la première guerre d'indépendance de l'Écosse. Profitant de la destitution du roi Édouard II d'Angleterre et de la minorité de son successeur Édouard III, le roi des Écossais Robert Bruce lance à compter du mois de plusieurs attaques contre des fortifications anglaises frontalières, au mépris d'un accord de cessez-le-feu établi en 1323. Couplées à une incursion en Irlande afin d'y déstabiliser l'autorité anglaise locale, ces escarmouches écossaises ont pour but de contraindre le nouveau gouvernement anglais à reconnaître l'indépendance de l'Écosse, en application d'une promesse faite en 1326 par Isabelle de France et Roger Mortimer, désormais régents du jeune Édouard III.

Afin de satisfaire la demande d'une campagne militaire formulée par le puissant Henri de Lancastre, Roger Mortimer entame des préparatifs militaires. Il reçoit le soutien précieux des grands seigneurs du royaume, mais aussi celui de mercenaires des comtés de Hainaut et de Juliers. L'immense armée anglaise se met en marche au début du mois de et se dirige vers Carlisle, où une attaque écossaise est prévue. Au même moment, plusieurs armées écossaises extrêmement compactes mènent des raids dévastateurs dans le Nord de l'Angleterre et parviennent à éviter de s'engager avec l'ost d'Édouard III. Distancés par leurs adversaires, les Anglais choisissent de changer de tactique et bloquent la retraite écossaise vers la frontière. Ils parviennent enfin à localiser les forces écossaises fin juillet et les retrouvent en un lieu appelé Stanhope Park.

Les tentatives anglaises de faire sortir les Écossais de leur position inexpugnable ne produisent aucun résultat probant. Finalement, le , les forces écossaises profitent de la nuit pour s'attaquer au campement anglais et manquent de peu de capturer Édouard III. Sérieusement affaiblis, les Anglais ne tentent désormais plus rien pour empêcher les envahisseurs de s'enfuir et retournent en piteux état à York, où la fin de la campagne est prononcée. La situation devient alarmante lorsque les raids écossais reprennent en août et , poussant Édouard III, sous l'influence de Roger Mortimer et malgré l'hostilité d'Henri de Lancastre, à négocier la paix avec l'Écosse, qui est scellée par la conclusion du traité d'Édimbourg-Northampton en . La campagne de Weardale constitue ainsi le dernier engagement du conflit anglo-écossais.

Prélude Les engagements de la première guerre d'indépendance de l'Écosse, qui oppose les royaumes d'Angleterre et d'Écosse depuis 1296, s'interrompent après la signature d'une trêve à Bishopthorpe le . Pendant le reste du règne du roi Édouard II d'Angleterre, une paix relative s'instaure entre les deux États. Pour autant, le refus d'Édouard II de reconnaître Robert Bruce comme roi des Écossais empêche la conclusion d'un traité de paix. Robert Bruce ne demeure toutefois pas inactif après la trêve de Bishopthorpe et essaie d'obtenir diplomatiquement la reconnaissance de l'indépendance de son royaume : ainsi, en , il est reconnu roi des Écossais par le pape Jean XXII (même si son excommunication pour le meurtre de son rival John III Comyn en 1306 demeure en vigueur), puis, en , l'alliance franco-écossaise de 1295, dite « Auld Alliance », est renouvelée par le traité de Corbeil. Parallèlement à ces négociations officielles, Robert Bruce missionne en France peu avant la signature du traité de Corbeil son vassal Thomas Randolph, comte de Moray, afin de discuter avec la reine Isabelle de France, épouse d'Édouard II. Cette dernière, établie dans son pays natal depuis afin d'y régler avec son frère Charles IV le Bel la guerre de Saint-Sardos entre la France et l'Angleterre, a saisi l'occasion de cette ambassade pour refuser en de retourner auprès de son époux (avec lequel elle s'était distancée depuis plusieurs années) et s'allier avec le baron exilé Roger Mortimer. Vers le , Isabelle et Mortimer arrachent à Thomas Randolph la promesse de la neutralité écossaise dans le cadre de leur future invasion de l'Angleterre ayant pour but de renverser le régime oppressif d'Édouard II. En retour, ils semblent lui avoir promis de reconnaître l'indépendance de l'Écosse dès qu'ils auraient pris le pouvoir en Angleterre.

La campagne d'Isabelle et de Mortimer à l'automne 1326 se révèle un triomphe, puisqu'Édouard II est déserté par son armée et capturé. Les nouveaux maîtres de l'Angleterre convoquent promptement un Parlement afin de faire prononcer la déchéance du roi. L'assemblée parlementaire obtempère et, dès le , le règne d'Édouard II prend fin. Quelques jours plus tard, le , le jeune Édouard III, fils aîné d'Édouard II et d'Isabelle, est solennellement couronné. Le nouveau souverain, qui n'a que quatorze ans, est assisté d'un conseil de régence effectivement contrôlé par sa mère et Roger Mortimer. Néanmoins, les régents doivent composer avec le puissant Henri de Lancastre, comte de Lancastre. Ce dernier s'est révélé très utile au cours de la chute d'Édouard II et conserve le leadership des seigneurs du Nord de l'Angleterre. Comme nombre de ces barons détiennent officiellement des terres en Écosse (qui ont été confisquées depuis par Robert Bruce), ils se refusent à accepter toute tentative de règlement pacifique du conflit anglo-écossais, ce qui contraint Isabelle et Mortimer à renoncer à leur promesse secrète faite au comte de Moray un an auparavant. Soutenu entre autres par Thomas Wake, baron Wake de Liddell, et Henry de Percy, baron Percy, Lancastre essaie rapidement de persuader le jeune monarque de poursuivre une politique intransigeante à l'égard des Écossais. Cette nouvelle situation inquiète grandement Robert Bruce, qui se trouve désormais contraint de négocier avec un conseil anglais composé de barons qui lui sont farouchement hostiles alors qu'il bénéficiait quelques mois plus tôt de l'avantage d'une entente pragmatique avec le réticent Édouard II, et le convainc de prendre des mesures drastiques dans le but d'obtenir enfin la reconnaissance de son titre royal et de l'indépendance de son pays.

Le , le jour même du couronnement d'Édouard III, les Écossais entreprennent une attaque surprise contre le château de Norham, situé juste après la frontière avec l'Angleterre. Si les assaillants sont repoussés et une occupation de la place est évitée, en revanche, l'attaque fait clairement comprendre au gouvernement anglais que Robert Bruce n'a pas abandonné la résolution du conflit entre les deux États par la force. Le roi des Écossais semble avoir saisi l'occasion de l'affaiblissement anglais à la suite de la déchéance d'Édouard II pour mener une ultime campagne militaire, qu'il interprète apparemment comme son dernier engagement militaire, étant alors sérieusement atteint de la lèpre. Malgré cet assaut, Isabelle et Roger Mortimer ne sont pas encore disposés à engager des représailles. Le conseil de régence ordonne cependant à Anthony de Luci de renforcer les défenses autour de Carlisle et à Henry de Percy de se charger de la défense du Nord-Est de l'Angleterre. Mais le , Percy et d'autres commandants militaires dans le Nord reçoivent d'autres instructions, qui les exhortent à adhérer strictement aux accords du cessez-le-feu de 1323, qui est d'ailleurs confirmé par Édouard III le : cet ordre montre la réticence qu'a encore le gouvernement anglais à engager des hostilités. Parallèlement, Robert Bruce essaie d'affaiblir l'autorité anglaise en Irlande, où il débarque vers le . Il tente d'y persuader les seigneurs irlandais d'unir leurs forces aux siennes pour envahir le pays de Galles et susciter un soulèvement celtique contre les Anglais. Si ce plan n'est pas poursuivi, le sénéchal anglais Henry Mandeville accepte par contre de reconnaître Bruce comme roi des Écossais et conclut avec lui un accord le , en vertu duquel il s'engage à ce que l'Ulster rende hommage à Bruce, qui promet en retour de ne pas attaquer la région et qui accepte de retourner peu après en Écosse.

Préparatifs anglais Courant , le gouvernement d'Édouard III est informé par ses espions des préparatifs écossais en vue d'une expédition militaire majeure dans le Nord de l'Angleterre. En réponse, Roger Mortimer entame dès le les préparatifs anglais. Plusieurs magnats anglais sont convoqués avec leurs armées à Newcastle upon Tyne le , tandis que d'autres seigneurs sont invités à apporter leur soutien. La campagne prévue rencontre l'approbation du baronnage anglais, en particulier celui d'Henri de Lancastre et de ses partisans. Visiblement, les seigneurs accordent leur confiance à Mortimer, qui s'était illustré en Irlande entre 1315 et 1318 face aux incursions écossaises menées par Édouard Bruce. Cependant, la campagne commence en retard, notamment lorsque l'arrivée des troupes et de la flotte prévue pour assister les forces terrestres est différée. Édouard III lui-même ne peut se rendre comme convenu à Newcastle le et n'arrive à York que le 23, où il demeure plusieurs semaines. L'expiration du commandement d'Henry de Percy a en revanche lieu comme convenu le . Quelques jours plus tard, le , Henri de Lancastre et Edmond de Woodstock, comte de Kent, reçoivent conjointement le commandement des troupes anglaises dans les Marches écossaises. Les deux comtes partent peu après à Newcastle afin d'y organiser la défense du Northumberland. Ils sont accompagnés de Thomas Wake, mais aussi d'autres barons, tels John de Ros, baron Ros, John de Mowbray, baron Mowbray, et Henri de Beaumont, baron Beaumont. Des tensions surgissent toutefois entre Lancastre et Kent, car le premier est nommé commandant unique des Marches écossaises le . Mais, en dépit du déploiement militaire, le gouvernement anglais négocie toujours avec les Écossais par le biais d'Henri de Beaumont et des envoyés écossais se rendent à York, sans pour autant aboutir à un quelconque accord.

Au plus tard le , Édouard III apprend à York que les Écossais effectuent de nouveaux raids de l'autre côté de la frontière. Par conséquent, des ordres de mobilisation sont immédiatement envoyés dans le Yorkshire et le Lancashire, tandis que de mêmes ordres sont émis le vers six autres comtés d'Angleterre. En prévision de la campagne d'Écosse, Roger Mortimer a aussi convoqué Jean de Beaumont et ses mercenaires hennuyers, qui avaient participé à la chute d'Édouard II à l'automne 1326. Jean est en outre le frère du comte Guillaume de Hainaut, qui avait accueilli Isabelle et Mortimer à l'été 1326 et accepté de fiancer le futur Édouard III avec sa fille Philippa. Les mercenaires de Jean de Beaumont avaient quitté l'Angleterre peu après le couronnement d'Édouard III, le , mais Jean et de ses mercenaires ont été rappelés dès le . La raison de ce retour si rapide pourrait s'expliquer par le fait que la reine Isabelle doit aux mercenaires leur solde, estimée à plus de . Parmi ces mercenaires figure le chroniqueur Jean le Bel, qui décrira plus tard la campagne. Une cinquantaine d'autres chevaliers et hommes d'armes placée sous le commandement de Guillaume, fils du comte Gérard V de Juliers, rejoint l'expédition à York. Mais des tensions éclatent bientôt entre les soldats anglais et hennuyers. Ainsi, dans la soirée du , des combats ont lieu au cours desquels des Hennuyers sont tués par des Anglais. Les Hennuyers s'enfuient dans leurs quartiers où ils s'arment et retournent au combat, qui font de nombreuses victimes des deux côtés avant que les commandants anglais parviennent à imposer un arrêt des hostilités. Selon Jean le Bel, les mercenaires hennuyers auraient tué 316 archers anglais. En raison de cet incident sanglant, les tensions entre les soldats anglais et les mercenaires étrangers persistent pendant toute la campagne.