vignette|redresse|Les armoiries de la ville de Montbelliard se blasonnent ainsi:Écartelé: aux 1er et 4e d'or à trois demi-ramures de cerfs de sable posées en fasce et rangées en pal, aux 2e et 3e de gueules à deux bars adossés d'or; à la croix d'argent brochant sur la partition et chargée en cœur d'une étoile de six rais d'azur.Devise: « en Dieu est mon appuy ». vignette|redresse=1.5|La ville de Montbéliard vers l'an 1600. vignette|redresse=0.5|La blason de la Principauté de Montbéliard.

L'histoire de Montbéliard couvre à la fois celle de la ville de Montbéliard et celle de la Principauté de Montbéliard, domaine situé sur les marches de l'Alsace (Belfort n'est qu'à plus au nord), possession des comtes de Wurtemberg de 1407 à 1796 et considéré à ce titre comme faisant partie du Saint-Empire romain germanique, bien que majoritairement francophone. Par conséquent, selon le traité de la paix d'Augsbourg (1555), Montbéliard a adopté le luthéranisme comme religion d'État et, étant la seule ville francophone dans ce cas, a constitué par la suite l'un des bastions du protestantisme en France.

Conquise par la France en 1793 et annexée en 1796, Montbéliard a connu dès lors un développement économique et industriel rapide, illustré par des familles telles que les Peugeot ou les Japy. Elle reste à ce jour marquée par l'industrie automobile (Usine PSA de Sochaux).

Origines vignette|Vestiges du théâtre gallo-romain de Mandeure.

Les alentours du site de Montbéliard étaient déjà très développés dès l'époque antique, comme en témoignent les ruines du théâtre gallo-romain de Mandeure (Epomanduodurum). Jusqu'au , la cité de Mandeure domine la région avant d'être supplantée par Montbéliard. Le site de Montbéliard est situé sur une voie romaine secondaire reliant Mandeure à Luxeuil.

La première trace écrite de la ville (Montem Billiardae) date de 985 dans la Vie de saint Valbert, abbé de Luxeuil. Il s’agit alors d’un petit groupe d’habitations situé sur un rocher fortifié surplombant le confluent de l’Allan et de la Lizaine. Le nom de « Montbéliard » vient d'un prénom féminin d'origine germanique, il est possible qu'à l'époque carolingienne Montbéliard était un castrum situé au centre d'un domaine foncier faisant partie du pagus d'Elsgau. Le château apparaît au pour consolider les frontières face aux invasions hongroises. Le comte Louis (proche de l'empereur), qui détient la Haute-Lorraine, le comté de Bar et le Sundgau, se marie en 1038 avec Sophie de Bar (Capétiens) pour conserver Montbéliard. Le comté de Montbéliard est probablement le résultat du partage de ses possessions après sa mort. Le deuxième seigneur connu est Thierry , puis Thierry II qui a fondé, entre 1140 et 1145, un chapitre collégial dans l'église où avait amené les reliques de saint Maimbœuf au .

Montbéliard au Moyen Âge Le haut Moyen Âge Après la construction du premier château (ou "châtel devant") au , le "châtel derrière" est construit pour l'agrandir. L'église Saint-Pierre et quelques habitations apparaissent en même temps. Au , un bourg castral s'établit en avant du "châtel devant", puis le bourg Vautier se développe au cours du siècle suivant du côté du "châtel derrière". Montbéliard se trouvant sur la route reliant les Vosges au Juras, la ville s'est développée en devenant une place d'échange avec la création d'un marché en 1248. Des marchands juifs et lombards s'y établissent. Une administration comtale se développe avec un groupe de prud'hommes conseillant le comte. La ville s'agrandit jusqu'au puis décline à cause de la peste. L'événement majeur durant cette période est la signature de la Charte de franchise de 1283Charte de franchise de 1283 qui va fixer le statut de la ville jusqu'en 1793. Le comte Renaud de Bourgogne donne l'autonomie à Montbéliard en échange de estevenantes (monnaie de Besançon) et du payement de la toisé (impôt calculé par rapport à la largeur de la façade des habitations). L'administration est dirigée par le Conseil des XVIII, composé de deux représentants élus par guet (quartier). Ce Conseil des XVIII élit et assiste les neuf bourgeois qui sont les vrais maîtres de la ville. Les notables sont les anciens membres de ces deux conseils. Tout ceci forme le Magistrat (ou conseil de ville).

Le bas Moyen Âge vignette|upright=0.7|Armoiries du Comté de Wurtemberg, élevé en duché (en 1495) qui sont également les armes de Montbéliard.

Plusieurs dynasties se sont succédé : les Mousson, les Montfaucon à partir de 1163 qui possédaient Belfort et Porrentruy, la famille de Chalon après le mariage de Renaud de Bourgogne avec Guillemette de Neufchâtel en 1282, puis Montbéliard revient aux seigneurs de Montfaucon en 1332 par le mariage d'Agnès de Montbéliard avec Henri de Montfaucon. Henri, fils d'Étienne de Montfaucon meurt en croisade à Nicopolis en 1396. Étienne de Montfaucon, resté sans descendance mâle, nomme peu avant son décès Henriette (l'une de ses petites-filles), héritière de ses biens et la fiance à Eberhard IV de Wurtemberg. Le mariage eut lieu en 1407. Le comté de Montbéliard passe donc dans le giron de cette famille germanique et devient en même temps une terre d'Empire. Cette nouvelle alliance apporte la seigneurie alsacienne de (Riquewihr, et le comté d'Horbourg). Elle s'ajoute aux seigneuries comtoises (Clerval, Passavant) et à celles d'Héricourt, Etobon, Blamont, Clémont.

Associant les armes du Wurtemberg et celles du comté de Montbéliard, les ducs de Wurtemberg blasonnent désormais en un écu écartelé, au 1 et 4 d'or, à trois demi ramures de cerf de sable et au 2 et 3 de gueules aux deux bars adossés d'or.

Au , Montbéliard a une superficie de et une population estimée à , l'architecture des habitations est très proche du style alsacien. La production artisanale est active et organisée en « chonffes » (corporations) qui réglementent scrupuleusement les corps de métiers.

Montbéliard au Situation de la ville Montbéliard est entourée par de nombreux voisins qui ont tendance à l'influencer, comme le royaume de France, la Suisse, le comté de Bourgogne et le reste du Saint-Empire romain germanique dont elle fait partie, mais la langue utilisée reste le français. Le comte de Montbéliard (qui peut être le duc de Wurtemberg ou son cadet) crée le Conseil de Régence composé de 10 membres nommés par lui-même, c'est un conseil des finances, des ecclésiastiques et un tribunal seigneurial.

La ville se remet petit à petit des pertes humaines dues à la peste et des destructions des troupes lors de la guerre de Cent Ans (surtout celles des Écorcheurs en 1438/1439 et 1444/1445) et des guerres de Bourgogne.

La Réforme à Montbéliard Ces calamités provoquent une crise de la foi chez les fidèles, visible avec la multiplication des procès de sorcellerie. La richesse du clergé local et ses abus sont dénoncés. Guillaume Farel, appelé par le duc Ulrich VI de Wurtemberg, arrive en 1524 dans cette ambiance propice à ses prédications protestantes. Son intégrisme conduit à l'envoi de Capucins par l'archevêque de Besançon qui menace ensuite d'excommunication et d'interdit les habitants de la ville. Farel est expulsé de Montbéliard en et laisse la ville à moitié convertie au luthéranisme. Le duc Ulrich insiste et envoie le pasteur Pierre Toussain. Il termine l'œuvre de Farel : en 1537 le culte de l'image est supprimé, les confréries sont abolies et des écoles protestantes pour filles et garçons voient le jour ; la plupart des instituteurs sont des pasteurs. En 1538, Montbéliard est devenu protestant et Toussain prêche alors dans tout le comté, il devient surintendant de l'Église nouvelle. L'intérim de Charles Quint rétablit le catholicisme de 1547 à 1552, puis le luthéranisme est restauré. Georges de Wurtemberg s'oppose au désir du Magistrat d'appliquer le calvinisme. La paix d'Augsbourg en 1555 impose le luthéranisme définitivement à Montbéliard sur toutes les autres formes de christianisme. Georges crée une bourse pour envoyer en formation ses pasteurs à l'université de Tübingen dans le Wurtemberg.

La Renaissance de Montbéliard De 1558 à 1561, une régence est instaurée en attendant la majorité de Frédéric de Wurtemberg ; ses devanciers ont imposé le luthéranisme. La Réforme religieuse dans la principauté se fortifie. Mais des calvinistes qui fuient les guerres de religion en France se réfugient en nombre dans la principauté. Toussain est mis à la retraite en 1573. Le prince Frédéric est maintenant au pouvoir. Dès lors, un antagonisme religieux s'instaure. Un colloque entre les deux partis est arbitré par le prince en 1586, mais ce dernier échoue. Fidèle à ses convictions, Frédéric (summus episcopus) impose plus que jamais le Luthéranisme qui devient religion d'État. Les calvinistes sont tenus de se conformer à sa doctrine et ceux qui s'y opposent doivent quitter la Principauté. La sorcellerie est combattue (38 personnes brûlées de 1555 à 1618). Après le siège de la ville de à par le duc de Guise, la situation s'améliore. Le temple Saint-Martin est érigé à partir de 1601 et le luthéranisme est cette fois définitivement établi en échange de la confirmation de la Charte de Franchise de 1283. Par le talent de son architecte Heinrich Schickhardt, Frédéric va alors entreprendre l'agrandissement de la ville avec un nouveau quartier : la « Neuve-ville » ; au château avec la construction de l'hôtel des gentilshommes et l'extension de la halle au grains, avec la construction d'une bibliothèque, d'une école latine (collège) et d'une académie universitaire. Une imprimerie (1587), une papeterie et un jardin botanique seront encore créés. Les forges de Chagey, les salines de Saulnot sont consolidées avec un nouveau grand puits et des fours fonctionnant au charbon (extrait à Corcelles). Son fils Jean-Frédéric de Wurtemberg poursuit son œuvre. Claude Flamand, successeur de Schickhardt, parachève la Neuve-ville, la citadelle est terminée, les forges d'Audincourt sont construites, l'agriculture et l'élevage sont modernisés. En 1618-1620, on dénombre dans la ville environ.

Montbéliard au vignette|Territoire du comté de Montbéliard et de ses seigneuries dépendantes en 1616.

Le comté plongé dans la guerre de Trente Ans Les Habsbourg veulent imposer le catholicisme dans tout l'empire. Montbéliard reste neutre et essaye de montrer sa fidélité. Jusqu'en 1630, les conflits sont évités. Léopold-Frédéric de Wurtemberg doit faire face ensuite aux mouvements des troupes suédoises et impériales qui passent par la porte de Bourgogne. En 1633, le comte demande l'aide de la France et reçoit qu'il doit loger et entretenir. La France étant ennemi de l'empire, Montbéliard est alors attaqué et Léopold-Frédéric doit s'exiler en Suisse. français arrivent en renfort et Montbéliard arrive à résister. Toutefois, les conséquences sur la population sont dramatiques. La famine éclate en 1635, les épidémies suivent avec l'afflux de réfugiés et tuent la moitié de la population, des villages disparaissent et la mortalité est élevée, comme dans le reste de la Franche-Comté.

L’occupation française