, née le à Matsumoto (préfecture de Nagano), et morte le à Tokyo, est une artiste contemporaine japonaise avant-gardiste, peintre, sculptrice et écrivaine.

Elle utilise souvent des pois et des couleurs sur ses œuvres.

Biographie Enfance et premiers travaux Née en 1929 à Matsumoto., Yayoi Kusama est la benjamine d’une fratrie de quatre enfants d’une famille aisée, dont la fortune est issue de la gestion de pépinières et de la vente de grainesFiac 2019 : Yayoi Kusama, une artiste de pois exposée à Paris, Télérama, 16 octobre 2019 (consulté le 28 décembre 2020).. Elle est élève à l’école élémentaire Kamata et au collège de filles de sa ville natale.

Le , l’attaque de Pearl Harbor marque l'entrée des Japonais dans la guerre du pacifique. Yayoi Kusama, ainsi que d’autres enfants de son âge, est mobilisée pour confectionner des parachutes et des uniformes militaires à l’usine Kureha Textile. Cependant, malgré les conditions pénibles dans lesquelles elle travaille, Yayoi Kusama dessine comme elle l’a toujours fait depuis son enfance. En effet, Yayoi Kusama avait très tôt manifesté un intérêt pour l’art et elle peignait et dessinait déjà à l’âge de dix ans. L’artiste emportait du matériel sur les champs de sa famille et passait des heures à dessiner les fleurs.

La petite Yayoi dessine pour échapper aux hallucinations dont elle souffre. Lors d’un dîner de famille, la jeune fille fait pour la première fois l’expérience d’une vision qui change sa vie et influencera grandement son œuvre. affirme Kusama, dont les premiers souvenirs remontent à ses dix ans. Ces taches, ces pois, nourriront son concept d'« auto-anéantissement » et seront dès lors omniprésents dans ses œuvres.

Yayoi Kusama expose ses œuvres à l’âge de 16 ans en gagnant le concours de l’Exposition des Arts Régionaux du Zen-Shinshû en 1945 et 1946, après la guerre. La jeune fille poursuit ses études à Kyoto à l’École secondaire supérieure Hiyoshigaoka et y étudie la peinture japonaise traditionnelle (Nihonga) et moderne..

Ses parents, Kamon et particulièrement sa mère Shigeru Kusama, s’opposent à cette décision, les artistes femmes étant rares à cette époque. La relation mère-fille est plus que conflictuelle. Dans son autobiographie, Yayoi Kusama décrit le traitement que lui a fait subir sa mère, une femme au tempérament impétueux qui avait pour habitude de se venger de l’attitude volage de son mari sur la fillette. Il en résulte un besoin d’indépendance et de force de caractère, ainsi qu'une aspiration révolutionnaire de l’artiste.

L'enseignement artistique se révèle bien loin de l’idéal qu’elle s’était imaginé. Bientôt dégoûtée par l’immuable hiérarchie typiquement japonaise des rapports de maître à disciple, se sentant étouffée par les méthodes et les règles de la peinture traditionnelle enseignées à l’école, l'étudiante se tourne vers l’art occidental, et améliore sa technique tout en élargissant le spectre de ses capacités en autodidacte.

En , Yayoi Kusama organise sa première exposition personnelle à Matsumoto. Couronnée de succès, l’artiste a l’occasion quelques mois plus tard de présenter plusieurs autres expositions personnelles à Tokyo ainsi que dans d’autres grandes villes du Japon. Chacune des expositions contient un nombre d’œuvres considérable (plus de 250). Malgré cette notoriété prometteuse, Yayoi Kusama, décidée depuis bien longtemps à quitter le Japon fait finalement le choix, après avoir envisagé Paris, des États-Unis, un pays qui à l’époque est au centre de l’avant-garde artistique.

Les États-Unis 1957 - 1973 : Self-obliteration (auto-anéantissement), accumulations et environnements En 1957, grâce au généreux soutien de Georgia O'Keeffe qui la convainc de s’installer aux États-Unis, à qui elle avait un jour écrit une lettre, et après avoir trouvé un mécène américain, Yayoi Kusama arrive à Seattle confiera-t-elle ultérieurement. Cependant c’est à New York que la jeune femme veut s’installer, et celle-ci réalise son rêve dès l’année suivante, en 1958. Sa vie à New York n'est pas de tout repos, et comme elle en témoigne dans son autobiographie, ses maigres économies ne lui permettent pas de manger ni de se loger décemment tout en s’achetant le matériel artistique dont elle a besoin.

Après ses à la Brata Gallery en 1959, elle expose des photos, collages, installations, avec Joseph Cornell, Jasper Johns, Yves Klein, Piero Manzoni, Claes Oldenburg et Andy Warhol.

Ses contacts, son talent et son goût pour la provocation la font bientôt sortir de l’ombre. Donald Judd notamment, artiste américain alors reconnu en tant que critique, ne tarit pas d’éloges pour son amie Yayoi Kusama et l’aide à monter plusieurs expositions. En 1961, Yayoi Kusama emménage dans un studio juste en dessous de celui de Judd, et c’est vers cette époque qu’elle étend ses créations à la sculpture, avec ses « accumulations », notamment.

L’artiste participe indirectement aux mouvements du Psychédélisme et du Pop Art. À New York elle voit les œuvres de contemporains comme Donald Judd et Andy Warhol, et aussi des artistes de l'École de New York, Mark Rothko, Barnett Newman, et aborde les grands formatsValery Bailly Buchet, « Yayoi Kusama, la dame aux petits pois », Figaro Madame, le 9 octobre 2011...

En 1960, elle lance son Manifeste de l'oblitération et déclare : .

À partir des années 1960, Yayoi Kusama est ancrée dans la scène artistique avant-gardiste au même titre que Warhol ou Judd. Vers le milieu des années 1960, alors que Yayoi Kusama est très populaire aux États-Unis et que la critique est positive, la question de l’autoreprésentation est d’ores et déjà majeure dans le travail de l’artiste, et l’on pressent dans ses œuvres une transition vers le happening et la performance.

En 1964, elle présente à la galerie Gertrude Stein. Avec Driving Images, ce sont alors ses deux œuvres les plus célèbres, mêlant bateau, phallus, obsessions, images, sons, vidéos, mannequins et objets, recouverts de pois ou de macaronis.

Happenings et performances En 1966 à New York se déroule le premier happening de Yayoi Kusama, 14th Street Happening, qui a lieu en bas de son loft sur East 14th Street. L’artiste est allongée au beau milieu du trottoir sur un matelas recouvert de formes phalliques protubérantes à motifs de pois In the Hirshhorn’s Latest Exhibition, Yayoi Kusama Obliterates the Idea of Self, Washington Citypaper, 23 février 2017..

En 1966 également, Yayoi Kusama participe à la biennale de Venise sans y être invitée et sans autorisation. Aidée par Lucio Fontana, qui avait mis un atelier à sa disposition pour quelques mois, elle déverse dans les canaux miroitantes devant le pavillon italien et présente ainsi l’œuvre Narcissus garden. Elle y retournera en 1993, officiellement invitée pour représenter le Japon.

Yayoi Kusama donne plusieurs noms à ces performances : « naked performances », car les participants sont souvent nus, ou « body festivals » en collaboration avec des danseurs ou des hippies volontaires. L’artiste présente aussi ce qu’elle appelle des « anatomic explosions » ou des « naked demonstrations ». Celles-ci, plus choquantes, ont un but idéologique ou politique, et sont parfois interrompues par la police car elles se tiennent le plus souvent dans les lieux touristiques ou de passageYoshimoto Midori, Into Performance: Japanese Women Artists in New York, New Brunswick, New Jersey, London: Rutgers University Press, 2005..

Parmi les performances les plus célèbres de Yayoi Kusama, sa première performance publique inclut du body-painting : Self-Obliteration, an Audio-Visual-Light Performance au Black-Gate Theater à East Village, New York, en , Self-Obliteration Event au Brooklyn Bridge en 1967, les Body Festivals à Tompkins Square et Washington Square, la Naked Demonstration/Anatomic Explosion à Wall Street en 1968, et Grand Orgy to Awaken the Dead at MoMA en 1969.

En 1967, Yayoi Kusama dirige un film de vingt-trois minutes intitulé Kusama’s Self Obliteration, édité et cinématographié par Jud Yalkut. Il combine des footages de divers happenings tenus par Yayoi Kusama. La vidéo obtient plusieurs prix.

L’apogée de ses œuvres performatives est l’année 1968, mais cet élan s’essouffle à partir du début des années 1970, après que Yayoi Kusama a brièvement essayé d’exporter ses performances au Japon.

Retour au Japon, de 1973 à nos jours Fatiguée mentalement, Yayoi Kusama rentre définitivement au Japon en 1973Cyrille Poy, « Forever Pois », L'Humanité, 7 avril 2001, .. À partir de 1977, elle vit dans l'hôpital psychiatrique à Tokyo. Elle dispose d’un atelier en plus de sa chambre au sein de l’hôpital. Son « studio », lieu de travail de son équipe, est situé de l’autre côté de la rue.

Alors que la plasticienne a acquis la célébrité par des installations avec miroirs, ballons rouges, jouets, au milieu desquels elle se mettait en scène, ses œuvres ultérieures sont des peintures naïves sur carton. En 1986, elle expose au musée des beaux-arts de Calais, puis au musée des Beaux-Arts de Dole l'année suivante, en 1993 à la Biennale de Venise, puis en 1998 au Museum of Modern Art (MoMA) de New York avec Love Forever 1958-1968. Le public français la découvre en 2000 lors de l'installation d'Infinity Mirror Room Fireflies on Water au musée des Beaux-Arts de Nancy et en 2001, lors de sa première exposition parisienne à la Maison de la culture du Japon.

En 2004, sa sculpture Les Tulipes de Shangri-La est installée sur l'esplanade de la gare de Lille, devenant un repère de la villeLille. 20 ans après Lille 2004, les Tulipes de Shangri-La font partie du décor du centre-ville, Actu.fr, Amandine Vachez, 4 août 2024.. Elle expose aux États-Unis à la galerie Gagosian de 2009 à 2012, et elle est représentée en Angleterre par Charlotte Burns, « Yayoi Kusama also leaves Gagosian », The Art Newspaper, le 14 décembre 2012..

Au , les rétrospectives se multiplient dans les grands musées du monde (dont celle de la Tate Modern en 2012 et celle du Whitney Museum of American Art en 2012). Le Centre Pompidou à Paris lui consacre sa première rétrospective française du au Yayoi Kusama, le « pois » de l’enfance, L'Œil dans Le Journal des Arts, décembre 2011.. L'exposition présente cent cinquante œuvres réalisées entre 1949 et 2010. Plusieurs séries majeures sont mises en avant, écrivant ainsi une archéologie du célèbre dot : tout part d'un autoportrait de 1950 où Yayoi Kusama se représente sous la forme d'un gros pois, forme qui la hante toute sa vie, à travers ses monochromes de la série Infinity net, les œuvres de la self-obliteration, ou les Infinity Mirrored Rooms qui plongent le spectateur dans un univers où tous repères s'effondrentGrégory Le Floc'h, « Yayoi Kusama au centre Pompidou », L'Intermède, le 6 décembre 2011.. Du au , la Fondation Beyeler à Bâle présente une grande rétrospective de l’artiste. L’exposition propose un parcours couvrant l’ensemble de sa carrière, réunissant des peintures, sculptures et installations, et met notamment en avant ses motifs récurrents, en particulier le dot et les dispositifs immersifs développés à partir des Infinity Mirror Rooms.

Sa mort est annoncée le sur le site du Yayoi Kusama Museum.. Elle est morte le à , dans un hôpital de Tokyo. imaginait-elle en 2016, .

Design et mode En 1968, l’artiste fonde la maison de couture « Kusama Fashion Company Ltd ». La première collection, composée de pantalons à pois, de robes psychédéliques et de tuniques aux influences japonisantes, reprend le leitmotiv de la « self-obliteration », et met en scène la nudité dans un esprit de paix et d'amour. Rapidement, ses créations vestimentaires, destinées au grand public, se vendent dans des grands magasins new-yorkais comme Bloomingdales.