vignette|Les formes acerbes. Caricature de Joseph Le Bon buvant une coupe de sang, juché sur une pile de cadavres guillotinés. La Terreur est une période de la Révolution française, courte en durée, commençant au printemps 1793 et durant jusqu'à la chute de Robespierre, le 9 thermidor () mais caractérisée par le nombre de victimes sous la Première République menacée par l'insurrection vendéenne et la Première Coalition.
Si elle est surtout connue pour les exécutions à la guillotine perpétrés à Paris et dans l'Ouest de la France, les départements du Nord et du Pas de Calais, alors en grande partie occupé par les armées ennemies, connurent eux aussi les jugements expéditifs, les exécutions et les condamnations à la déportation.
Les archives de la ville d'Arras et une association historique de Cambrai font état de à mort par le Tribunal Révolutionnaire d'Arras. et 167 par son annexe de Cambrai.. Le principal instigateur fut Joseph Le Bon, représentant de la Convention dans le département du Pas de Calais puis du Nord et du Pas de Calais.
Des départements particuliers Le Nord et le Pas de Calais étaient considérés comme des départements particulièrement sensibles pour différentes raisons : il s'agit de départements frontières : l'ennemi extérieur, armées des pays coalisés renforcées par les émigrés ayant fui la France, était tout proche, surtout après les revers subis par les armées françaises en début d'année 1793. La République envoyait des troupes dans ces départements pour lutter contre l'ennemi extérieur. Il apparaissait donc primordial de s'assurer que les arrières de l'armée républicaine, c'est-à-dire les deux départements, demeurent sûrs. ces deux départements pouvaient inquiéter : avec l'Ouest de la France, ils figuraient parmi ceux où la proportion de membres du clergé ayant refusé de prêter le serment à la Constitution civile du clergé fut parmi les plus élevées : 81 % de refus dans le Pas de Calais, 79 % dans le Nord.. Bien plus, il semble que ce clergé ait cherché, au moins dans le Nord, à entretenir une certaine agitation afin de soulever les fidèles contre les prêtres constitutionnels, donc contre la Révolution, tandis que beaucoup de religieux refusaient de rejoindre les maisons de retraite prévues pour eux.. Le Directoire du département du Nord dut, après avoir tenté la conciliation ,prendre des mesures de rigueur : éloignement des prêtres réfractaires de leur domicile, internement à CambraiCongrès des sciences historiques de 1907 à Dunkerque, tome 2, .. Ces réactions des clercs dans la région peuvent contribuer à expliquer l'attitude à leur égard. du fait de la proximité de l'ennemi et de la présence d'armées françaises dans ces départements, plusieurs représentants en mission de la Convention Nationale jouèrent un rôle : le représentant envoyé auprès de chaque département mais aussi les représentants envoyés auprès des armées. L'Assemblée nationale législative envoie par décret du , les premiers représentants-commissaires auprès de l'Armée du Nord : Antoine Dubois de Bellegarde, Louis Dubois du Bais, Jean-François Delmas.
Les premières mesures Les premières mesures sont prises avant l'arrivée de Joseph Le Bon dans la région en tant qu'envoyé de la Convention : Elie Lacoste représentant de la Convention auprès de l'armée du Nord crée le un comité de salut public à Arras. À la suite de la loi des suspects du , il implante des comités de sûreté générale dans tous les bourgs de plus de . Le , avec son collègue Jean-Pascal Charles de Peyssard, il fonde à Arras un comité révolutionnaire de cinq membres, (Baillet, Augustin Darthé, Carlier, Lefebvre-Dugron et DuponchelAuguste Paris dans les deux tomes de son ouvrage cité dans la bibliographie donne au fil des pages les noms des différentes personnes ayant exercé les fonctions de président de tribunal révolutionnaire, d'accusateur public, jurés etc pendant les mois de la Terreur.), avec mission de veiller tout particulièrement à la loyauté des membres du clergéHenri Wallon, cité dans la bibliographie, pages 54-56..
Dans le Nord, les représentants près de l'Armée du Nord s'activent eux aussi, Claude Hilaire Laurent épure notamment l'administration communale de Cambrai, Pierre Jacques Chasles et Jacques Isoré s'occupent de la ville de Lille.
L'action parfois outrancière de ces représentants en mission amènera le représentant auprès du département du Nord Florent Guiot, pourtant montagnard lui aussi, à se plaindre auprès du Comité de Salut Public des excès commis, notamment par Pierre Jacques ChaslesHenri Wallon, cité dans la bibliographie, .. Florent Guiot eut d'ailleurs globalement une action modérée qui, d'une certaine manière, protégea le département du Nord des excès de la Terreur..
Un peu partout se constituèrent des sociétés patriotiques ou montagnardes, comités de sûretés, comités de surveillance etc., tous désireux de montrer leur zèle révolutionnaire et d'éviter de passer pour des « modérantistes». Les sociétés populaires et administrations municipales ne voulurent pas être en reste, le résultat fut un grand nombre d'arrestations dans la plupart des villes : Lille, Douai, Valenciennes, Maubeuge, Avesnes, Cambrai, Hazebrouck, Dunkerque. Il en fut de même dans le Pas de CalaisHenri Wallon, cité dans la bibliographie, .. Par la suite, la présence de Philippe-François-Joseph Le Bas et Louis Antoine de Saint Just dans la région attisèrent encore cette fièvre révolutionnaire.
L'attitude des tribunaux criminels Les personnes arrêtées devaient être jugées par les tribunaux chargés d'examiner les crimes et délits : les tribunaux criminels.
Dans les deux départements, avant que Joseph Le Bon n'intervienne et n'obtienne leur transformation en tribunal révolutionnaire avec droits de la défense souvent bafoués pour les accusés, les tribunaux criminels se montreront plutôt modérés.
Dans le Nord, le tribunal criminel qui siégeait à Douai mais se déplaçait également en cas de besoin, énonça peu de condamnations à mort au motif principalement de propos et attitude contre révolutionnaires, et surtout pour faits d'émigration ou de correspondances avec des émigrés. Il prononça également des déportations à vie ou pour une durée limitée en Guyane. Nombre d'accusés étaient des soldats non originaires de la région. A Douai, le bilan de la Terreur fut autour de suspectées, et .
En cette période troublée, peu de choses suffisaient pour être accusé comme le fait de porter une cocarde violette avec des fleurs de lys (symbole de la royauté) blanches (le tribunal acquitta). Le tribunal criminel du Nord eut même à juger une déclaration de Lazare Hoche, qui n'était pas encore un des plus brillants généraux de la Révolution française mais qui avait déjà montré sa valeur et son patriotisme. Hoche avait eu le malheur de pester contre la tutelle, parfois contre-productive d'un point de vue militaire, de représentants du peuple auprès des armées. Le tribunal mit à profit des différences dans les rapports relatifs à l'affaire et tint compte de la valeur et des preuves données par le soldat (acquittement)Henri Wallon, cité dans la bibliographie, ..
Le tribunal criminel du Nord fit preuve d'une certaine mansuétude dans des cas paraissant pourtant comme nettement contre-révolutionnaires : à Eecke, on attacha la cocarde nationale à un âne qu'on promena ainsi affublé à travers le village, quatre personnes convaincues d'être les auteurs des faits furent acquittées, le tribunal jugea qu'ils ne l'avaient pas fait « méchamment » avec volonté contre-révolutionnaire affirmée ; à Faumont un arbre de la liberté fut abattu par une personne obéissant à l'ordre d'un laboureur, la volonté contre-révolutionnaire avait été affirmée par le conseil général du Nord formé en comité de sûreté, la punition était inévitable : le laboureur fut condamné à la déportation à vie, l'exécutant à dix ans de déportation (un tel acte avait valu dans une autre région la peine de mort pour les responsables et le village livré aux flammes)Henri Wallon, cité dans la bibliographie, ..
Dans le Pas de Calais, le tribunal criminel d'Arras n'avait prononcé avant l'arrivée de Joseph Le Bon que quatre condamnations à mort sur quinze jugements. La guillotine arrivée à Arras en avait peu servi jusque là. Dans ce département également, les motifs d'être inquiété portaient parfois sur des détails : le représentant de la Convention auprès des Armées du Nord Pierre Joseph Duhem fit l'objet en d'une dénonciation : on l'accusait de porter sur la housse de son cheval les armes de Joseph II d'AutricheAuguste Paris, cité dans la bibliographie, tome I, ..
L'action de Joseph Le Bon Dans le Pas de Calais vignette|Joseph Le Bon, estampe de François Bonneville, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1796. Joseph Le Bon, membre de la Convention depuis le , est nommé à la mi août, représentant en mission dans la Somme et sur le littoral du Pas de calais. Il s'illustre à cette occasion dans l'affaire de la « Petite Vendée du Nord » (voir ci dessous)..
La Convention le désigne représentant en mission dans le Pas de Calais le 8 brumaire an II ().
Dès son arrivée, les arrestations se multiplient, les personnes emprisonnées s'entassent, on multiplie les lieux de détention (pas moins de sept lieux de détention sur Arras). Joseph Le Bon fait une tournée dans le département, réorganise tout, radicalise partout les hommes, les institutions et multiplie l'envoi de « suspects » à ArrasHenri Wallon, cité dans la bibliographie, page 89.. Les conditions de détention sont déplorables et ne feront que s'aggraver au fil des semaines (ce constat doit cependant être nuancé : toute la population souffrait en ces mois charnière : cf. par exemple la section « Les crises de subsistance dans le district » de l'article District de Bergues).
Le 24 nivôse an II (), Le Bon est confirmé en tant que représentant du peuple chargé d'établir le gouvernement révolutionnaire dans le Nord et dans le Pas de Calais avec des pouvoirs illimités. Auguste ParisAuguste Paris, cité dans la bibliographie, tome 1, . retranscrit le message reçu par Le Bon en provenance du Comité de Salut Public : les consignes étaient claires, Le Bon va les exécuter fidèlement.
Après avoir purgé les différentes administrations du département et les tribunaux, il nomme des personnes dévouées aux postes clés. A Arras, il fait déplacer la guillotine place de la Révolution (place du théâtre) pour pouvoir plus facilement assister aux exécutions.
Les principales cibles de Le Bon sont les nobles, le clergé, accusé de tourmenter la conscience du peuple, les « riches », mais aussi les fonctionnaires soupçonnés de « modérantisme ». Les détentions arbitraires deviennent monnaie courante. Détenir chez soi d'anciens journaux ou imprimés datant d'avant ou des débuts de la Révolution, évoquant la royauté, suffisait pour être considéré comme suspectAuguste Paris, cité dans la bibliographie, tome 1, .. Si Le Bon estime qu'un jugement du Tribunal est trop doux, il n'hésite pas à bafouer l'autorité de la chose jugée pour provoquer un second examen, lequel se conclut en général par la condamnation du prévenu, le Tribunal ayant compris ce qu'il devait faireNombreux exemples dans A. Paris, cité dans la bibliographie, tome 1, ..
Le 2 pluviôse an II (), le Comité de Salut public transforme le tribunal criminel d'Arras en tribunal révolutionnaire. Il sera même maintenu en activité à la mi (30 germinal) alors qu'un décret pris trois jours auparavant supprimait les tribunaux révolutionnaires de province : tous les suspects d'activité de conspiration devaient être jugés par le tribunal révolutionnaire de Paris; (Arras conserva son tribunal car la rigueur révolutionnaire continuait d'y être appliquée ce qui n'était plus le cas dans plusieurs villes de province semble-t-il)A Paris, cité dans la bibliographie, tome II, ..