G. d'Estoc est l'un des noms de plume de Marie-Paule Courbe, écrivaine, journaliste, sculptrice et peintre, également féministe, duelliste et travestie, née le à Nancy et morte le à Nice.

Elle a utilisé d'autres identités, comme Gysèle, P. Desbarres ou encore Gyz-El. Le pseudonyme Gisèle d'Estoc lui a été attribué de façon posthume.

Biographie

Entourage et formation Née 2, rue Montesquieu à Nancy, Marie Paule Alice Courbe est la fille de Jean-Pierre Courbe, serrurier, et de Anne Marthe Mienville.

En 1866, elle noue une relation amicale très forte avec une autre artiste, Marie-Edmée Pau. Les deux jeunes femmes se sentent à l'étroit dans leur identité sexuelle et communient dans le culte de Jeanne d'Arc qu'elles perçoivent comme « l'idéale androgyne ».

Carrière artistique alt=Paysanne lorraine vers 1887|vignette|Paysanne lorraine vers 1887 Elle commence à exposer, en tant que sculptrice, dans les Salons de Lorraine et de l’Ecole de Nancy à partir de 1867, et continuera à y exposer assez régulièrement jusqu'en 1890.

Mais dès 1869, elle s' installe dans la capitale et expose au Salon de Paris (en se revendiquant comme élève de Jean André Delorme), sous le nom de Courbe et ce, jusqu'en 1877, puis au Salon des Artistes Français, sous le nom de Desbarres ou Parent-Desbarres (nom de son mari, Paul Joseph Parent Desbarres (1836-1875), un industriel épousé en 1875, mais décédé la même année). Vers 1886, elle commence aussi à exposer quelques peintures. Elle participe pour la dernière fois au Salon des Artistes Français en 1889 et aux Salons de Nancy en 1890.

Carrière littéraire Dans les années 1880, elle entreprend une carrière littéraire, publiant des nouvelles et des chroniques dans Le Petit Nancéien, Nancy artiste, La Dépêche de Nancy et L'Estafette sous le pseudonyme de Gysèle ou sous son nom de femme mariée, P. Desbarres. Ses thèmes privilégiés sont la justice et la vérité , valeurs qui forment le socle de son engagement féministe.

Vie personnelle Gisèle d'Estoc mène une vie privée tumultueuse, s'octroyant les mêmes libertés que celles dont disposent alors les hommes : Ainsi, elle entame, en 1881, une liaison avec Guy de Maupassant, puis avec Marguerite Eymery dite Rachilde, femme de lettres et travestie comme elle, qu'elle critique plus tard dans un pamphlet dans La Vierge réclame, qu'elle signe G. d'Estoc.

Engagement féministe En 1890, elle adhère sous le pseudonyme de G. d'Estoc à la Ligue de l'affranchissement des femmes que vient de fonder Marie-Rose Astié de Valsayre. Dans une volonté de neutralisation, le « G » majuscule rend le prénom épicène, tandis que le nom évoque sa pratique de l'escrime. G. d'Estoc contribue à la rédaction des statuts de la Ligue dont le but est de .

En septembre, elle profère un blâme contre la journaliste Séverine qui avait chargé son compagnon de se battre en duel à sa place : pour Marie-Paule Courbe, une femme doit être capable de défendre seule son honneur. Peu après, elle fait une communication sur la femme de lettres, qui aboutit au vote de la résolution suivante : . Mais sa carrière tourne court : malade, elle se retire à Nice avec son dernier compagnon, Léo d'Arkaï (alias Louis-Joseph Pillard). Cependant, Marie-Rose Astié de Valsayre continue à utiliser le psuedonyme G. d'Estoc, qu'on retrouve dans une liste de candidates aux législatives de 1893, et dans le Groupe des escrimeuses, destiné à servir par l'épée « la cause féminine ».

Marie-Paule Courbe meurt à Nice, 136, rue de France, en 1894.

Postérité et historiographie En 1928, le littérateur Pierre Borel achète les papiers personnels de Marie-Paule Courbe à Léo Pillard d'Arkaï et contrefait sa biographie : il mélange des documents authentiques à des pièces apocryphes, voire fabriquées de sa main. C'est lui qui affuble celle qu'il décrit comme une du pseudonyme de Gisèle d'Estoc, qu'elle n'a jamais utilisé, mais sous lequel elle est depuis connue, et qui la trahit. Les fantasmes boréliens contaminent ensuite l'histoire littéraire et continuent à faire saliver, bien qu'on sache désormais que Borel a écrit n'importe quoi. L'Américaine Melanie Hawthorne a méthodiquement démonté la tradition misogyne née de ses écrits, tandis que Gilles Picq, le premier à avoir identifié Gisèle d'Estoc comme étant Marie-Paule Courbe, a écrit sa biographie et publié ses écrits dans la presse nancéienne.

Si G. d'Estoc a joué un rôle mineur dans le mouvement féministe, c'est elle qui inspire à la jeune Madeleine Pelletier, qui a croise sa silhouette lors d'une réunion de la Ligue de l'affranchissement des femmes, une , celle du travestissement, fondement essentiel du « féminisme intégral ».

Publications G. d’Estoc, La Vierge réclame, premier volume d’une hypothétique série « Les Gloires malsaines », illustrations de Fernand Fau, Paris Librairie Richelieu, 1887 Gyz-El, Noir sur blanc, récits lorrains, Nancy, A. Voirin, 1887. La Revue Caudine, publication littéraire nancéienne, Paris, 1887. Directrice-gérante : Mme Paule P. Desbarres. G.J. d'Estoc, Psychologie de Jeanne d'Arc... [Texte imprimé] / Publication : Paris : J. Strauss, 1891.

Notes et références

Liens externes

Catégorie:Écrivaine française du XIXe siècle Catégorie:Sculpteur français du XIXe siècle Catégorie:Sculptrice française Catégorie:Artiste dont l'œuvre est marquée par les thèmes LGBT Catégorie:Duelliste Catégorie:Féministe française du XIXe siècle Catégorie:Nom de plume Catégorie:Naissance en mars 1845 Catégorie:Naissance à Nancy Catégorie:Décès en mai 1894 Catégorie:Décès à Nice Catégorie:Décès à 49 ans Catégorie:Bisexualité féminine Catégorie:Travestissement Catégorie:Artiste mentionné dans le Dictionnaire des sculpteurs de l'École française au dix-neuvième siècle