thumb|Dieu créant les animaux, 1480, fresques de l'église de Vittskövle, Suède. thumb|Plaque dite « du Paradis terrestre », Ivoire (vers 870-875) Collections du Louvre. thumb|Beatus d'Urgell, Ms 26 f° 82v, L'Arche de Noé, c. 975.

La représentation animale dans l'art médiéval est riche par la diversité des formes artistiques et des animaux représentés, qu'ils soient réels ou imaginaires. Ces représentations médiévales sont grandement influencées par le christianisme : elles sont décoratives, mais surtout symboliques. Les animaux représentent la Création, le Bien et le Mal, Dieu ou le Diable. Ils s'épanouissent dans les églises, sur les vitraux, les bas-reliefs ou les pavages, seuls media d'apprentissage pour l'illettré qui compose la majorité de la société médiévale. Ainsi, on retrouve les animaux sculptés sur les chapiteaux des églises ou les plaques d'ivoires, peints dans les enluminures des manuscrits ou dans des fresques des églises, ainsi que dans des œuvres d'orfèvrerie, les sceaux, les tapisseries et les vitraux.

L'interprétation des animaux est complexe. En effet, il arrive qu'ils soient difficiles à identifier ou qu'un même animal ait plusieurs symboliques, parfois même opposées, comme le lion symbole du Christ mais aussi de l'Antéchrist.

L'animal au Moyen Âge

L'art du Moyen Âge est principalement un art sacré qui reflète la relation privilégiée entre Dieu et l'homme, créé à son image. L'animal soumis et imparfait apparaît souvent confronté ou dominé par l'homme, mais un deuxième courant de pensée issu de Saint Paul et d'Aristote qui se développe surtout à partir du inclut dans la même communauté des créatures vivantes l'animal et l'homme.

Durant l'ère chrétienne, l'attachement de l'Église à faire disparaître le paganisme entraîne un renouveau de l'art symbolique. Les représentations de l'art roman sont toujours fantaisistes et reflètent le faible lien unissant l'homme et l'animal à cette époque. L'animal devient une allégorie, par exemple la colombe représente la paix.

Créature de Dieu, l'animal aide l'homme à interpréter le monde, dans un rôle symbolique et moralisateur, particulièrement représenté dans les bestiaires et les volucraires. Puis à partir du , les encyclopédies se développent, en partie à la suite de la traduction des œuvres d'Aristote. L'animal a sa place dans ces inventaires qui se défont peu à peu des moralisations, et certains développent des aspects pratiques pour l'élevage des animaux.

De fait l'animal est très présent dans la vie du Moyen Âge, comme en témoignent les représentations des mois dans les livres d'heures mais aussi les contes, fables et satires, comme le Roman de Renart, le Roman de Fauvel ou les Fables de Marie de France.

Dans la religion

thumb|right|Chroniques de Nuremberg d'Hartmann Schedel, folio 4 verso, incunable, 1493.

L'histoire chrétienne des animaux commence par leur création décrite dans la Genèse. Dans le premier récit de la Genèse, Dieu crée les animaux comme ornementation du monde avant de créer l'homme et la femme à son image. Les poissons de la mer et les oiseaux du ciel sont créés le cinquième jour, suivis par les bêtes de la terre au sixième jour.

Dans le second récit de la Genèse, Dieu destine les animaux à aider l'homme. Adam nomme les animaux, asseyant ainsi sa supériorité.

Le Jardin d'Eden L'Arche de Noé L'Apocalypse homme créé à l'image de Dieu opposé à l'animal communauté d'êtres vivants (Aristote), animal créature de Dieu, procès faits aux animaux compagnon du saint, Légende dorée, Miroir historial de Vincent de Beauvais

Dans la connaissance

thumb|Figure hybride du portail septentrional de la cathédrale de Rouen (fin ).

Bestiaires, Aviarum Encyclopédies

Pour décrire la faune, l'homme du Moyen Âge accorde plus d'importance à l'allégorie et à la symbolique des animaux qu'à l'observation. La transmission des connaissances se fait par l'intermédiaire des auteurs anciens qui font autorité. Vers le , on voit apparaître dans les bestiaires anglais une première taxinomie qui distingue les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons et les reptiles. Ensuite, à partir du , les notions de science et d'histoire naturelle commencent à se développer. Ainsi l'empereur Frédéric II ose remettre en cause Aristote et utilise l'observation et l'expérimentation pour élaborer son traité de fauconnerie, De arte venandi cum avibus.

Dans les descriptions des bestiaires, la distinction entre animaux familiers et sauvages, communs ou exotiques, animaux réels et imaginaires n'entre pas en compte. De fait, l'existence même des animaux, en particulier de ceux qui figurent dans la bible comme le dragon ou la licorne, ne sera remise en cause que beaucoup plus tard : Edward Topsell les fait encore figurer dans son History of Four-Footed Beastes (1607). De plus, certains animaux exotiques comme le crocodile peuvent avoir été familiers des auteurs antiques (le Physiologos source des bestiaires a été écrit près d'Alexandrie) tandis que le lion, par sa présence dans les ménageries est beaucoup moins exotique qu'on pourrait le penser.

La liste des animaux connus au Moyen Âge comprend un certain nombre d'êtres hybrides tels les sirènes, les centaures ou encore le bonnacon, cheval à tête de taureau avec des cornes de bélier. Par la présence de nombreuses chimères, la représentation animale va même au-delà des espèces nommées, comme sur le portail septentrional de la cathédrale de Rouen ou sur une centaine de créatures ne semblent pas correspondre à une espèce connue.

Dans la société

Livres de chasses Fables Sceaux: Les sceaux du Moyen Âge sont des supports sur lesquels trouvaient leur place beaucoup d’animaux présents dans la littérature médiévale. Oiseaux, poissons, mammifères ou encore serpents peuplaient ces empreintes, de même que les créatures hybrides évoquées ci-avant. Parmi ces sceaux, citons celui de Jean de Franquerue (), qui semble présenter une grylle, une tête d’homme adossée à une tête et des jambes de cheval et à une tête d’aigle, accompagné d’une quintefeuille, sur champ de croisettes. Sur le sceau de Philippe III de Bourgogne, nous pouvons aussi voir deux lions supportant l'écu du duc. Comme nous pouvons le remarquer grâce à ces exemples, ces figures occupent aussi bien une place de second ordre (support d'héraldique), que de premier ordre sur l’objet. L’iconographie animale était donc bien accessible et répandue au sein de la société médiévale. Elle se dote, en plus d’une fonction symbolique, d’un rôle identitaire, le sceau étant limago de l'homme, son image personnelle, celle qui le prolonge, l’emblématise et le symbolise, celle qui est à la fois lui-même et le double de lui-même.

Évolution et influences de la représentation animale au cours du Moyen Âge

Au cours du Moyen Âge, la représentation animale va évoluer passant d'une imagerie codifiée issue de multiples influences à une représentation naturaliste dont témoignent par exemple les croquis d'après nature faits dans la ménagerie des Visconti ou de Frédéric II, comme le lion de Villard de Honnecourt.

La plupart des descriptions animales se fondent sur le , bestiaire antique écrit en grec au ou à Alexandrie, puis traduit en latin au . L'Occident a également reçu l'influence orientale et dragons et griffons se greffent aux animaux occidentaux. Les animaux familiers sont représentés en particulier au travers des scènes de la vie paysanne dans les livres d'heures du .

Héritage et influences Art paléochrétien : thumb|right|Genèse de Vienne, Rebecca au puits, fin , Bibliothèque nationale autrichienne. Poisson ichthus catacombes

Art islamique thumb|right|Bol avec Bahram Gûr, héros du Shahnama (Livre des rois) et Azadeh, la joueuse de harpe. Iran, fin , début . Metropolitan Museum of Art (MET 57.36.14). À partir du , l'aniconisme musulman est respecté pour les espaces religieux à des rares exceptions, en particulier les mosquées anatoliennes. Des illustrations figuratives sont présentes dans des œuvres profanes, dans des manuscrits enluminés et dans l'art de la céramique.

Influence orientale Tissus

Haut Moyen Âge (500 – 987) Art byzantin thumb|right|Mosaïque du Phénix, détail, Antioche, , musée du Louvre. Mosaïque-tapis, Antioche

Art des migrations thumb|right|Homme aux prises avec deux bêtes féroces, coin de bronze de Torslunda (Öland, Suède), .

Style animal

Art préroman

Dans l'enluminure mérovingienne, on voit apparaître des lettrines zoomorphes. Des poissons et des oiseaux décorent par exemple le Sacramentaire de Gellone de la fin du .

Art roman

L'artiste roman s'inspire de motifs antiques païens qu'il réinterprète suivant le courant de pensée de l'époque. Le sens devient religieux et moral, ce qui donne parfois lieu à une modification des formes antiques.

Du point de vue du sens, la sirène, séductrice antique, se retrouve associée à la luxure. Elle conserve son aspect antique de sirène-oiseau avec des ailes et des serres, image qu'Isidore de Séville justifie par le fait que . En parallèle, le motif de la sirène-poisson apparait, résultat de l'assimilation avec les tritones. Il se présente sous deux formes, à queue unique ou bifide.

Art cistercien

Ouvrage du début de l'art cistercien, la Bible d'Étienne Harding se compose d'un premier tome orné d'initiales dorées et d'un second tome présentant de riches enluminures. Mais avec Saint-Bernard un art austère s'annonce. En 1140, il s'insurge contre les décorations des cloîtres, en particulier le bestiaire sculpté : .

Les Statuts de Cîteaux (1150-1152) proclament . L'art cistercien se caractérise alors par des décors dépouillés, éventuellement des végétaux stylisés. Dans les manuscrits, l'or est banni, seule une couleur différente peut être utilisée pour les initiales. Avant l'explosion gothique, la figuration revient peu à peu avec par exemple les modillons de l'abbaye de Flaran, les culots de Silvacane, ou encore le cloître de l'abbaye de Valmagne. Henri Focillon dira .

Art gothique thumb|right|Lion et Porc Epic, France, 1230. Album de Villard de Honnecourt, Bibliothèque Nationale, Paris, MS Fr. 19093.

Postérité

Peintre du début de la Renaissance, Jérôme Bosch fait entrer des animaux et créatures étranges dans certaines de ses œuvres, en particulier dans Le Jardin des DélicesTriptyque, vers 1505-1510, Musée du Prado, Madrid. L'artiste utilise des animaux pour critiquer la société dans laquelle il vit.

Symbolique animale

Le lion, roi des animaux thumb|right|Lion dévorant un pécheur, cathédrale Sainte-Marie d'Oloron, .

Au Moyen Âge, le lion tient son titre de roi des animaux à la fois de la bible et d'un héritage gréco-romain comme en témoignent les écritures, les fables, les encyclopédies et les bestiaires. Le lion est habituellement identifiable à sa queue et à sa crinière, il arrive qu'en tant que roi il soit couronné. De fait, le lion est clairement associé à la royauté médiévale au travers du surnom de Richard Cœur de Lion de Richard d'Angleterre.

noblesse Geoffroy de Plantagenet, héraldique

Dans l'Ancien Testament, le lion est confronté à l'homme à trois occasions : tué à mains nues par Samson, un essaim d'abeilles s'installe dans son cadavre cite Juges, XIV, 5-6, terrassé par David pour protéger les brebis de son père cite 1 Samuel, XVII, 34-37 et dans la scène de Daniel et la fosse aux lions cite Daniel, 6, 2-29.

Le combat de Samson contre le lion s'interprète comme la victoire du Christ contre Satan. C'est une scène souvent représentée au Moyen Âge, par exemple sur le tympan d'églises sous forme de bas-relief, sculptée sur les chapiteaux, dans les manuscrits enluminés ou encore sur le retable émaillé de Nicolas de Verdun créé pour l'abbaye de Klosterneuburg. La scène de Samson recueillant du miel dans la gueule du lion mort figure sur le chambranle sculpté de style wiligelmique de l'abbaye de Nonantola, le lion devient alors un symbole christique.