L'affaire des viols de Rochdale désigne un ensemble de crimes sexuels commis à la fin des années 2000 à Rochdale, dans le Grand Manchester en Angleterre. Quarante-sept jeunes filles, principalement des Britanniques blanches, ont été identifiées comme victimes au cours de l'enquête policière. Neuf hommes, pour la plupart Britanniques d'origine pakistanaise, ont été reconnus coupables de trafic sexuel et d'autres infractions, incluant le viol, la traite et le complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec un mineur, le ; dix suspects supplémentaires ont été reconnus coupables dans une autre enquête en . L'origine ethnique des coupables a conduit à un débat sur le fait que l'échec de leur inculpation était lié à la peur des autorités d'être accusées de racisme.
Au regard de ces condamnations, la police de Manchester s'est excusée de ne pas avoir su mener une enquête plus approfondie sur ces accusations de viols entre 2008 et 2010.. Sara Rowbotham, la travailleuse sociale chargée d'éducation sexuelle, qui est la première à reconnaître des schémas d'abus sexuels sur mineurs dans la communauté, et à se battre inlassablement pour attirer l'attention de la police sur ces crimes, a été licenciée en 2017.
Contexte
Du début des années 1980 au début des années 2010, plus de 4000 mineurs ont été abusés sexuellement, parfois torturés, parfois prostitués, par des bandes criminelles organisées ou des groupes informels d'hommes.., dans plusieurs villes d'Angleterre. En 2011, une première série d'agressions sexuelles est rendue publique par la presse.. Des enquêtes, conduites par des associations caritatives, puis par le gouvernement britannique, ont permis d'éclaircir les faits, soulignant notamment l'incurie des services sociaux et de la police locale, et de prendre des mesures appropriées pour assurer la protection des mineurs. Dans certains cas, l'exploitation des mineurs durait depuis plus de .. L'appartenance ethnique et les origines culturelles des victimes, et surtout, celles des criminels, ont focalisé l'attention des médias et de l'opinion publique dans tout le pays...
The Times, rapport du 5 janvier 2011 Un rapport du compilé par le Times, a relaté des condamnations pour abus sexuels sur mineurs dans le Nord et aux Midlands. Sur les 56 agresseurs condamnés depuis 1997 pour des crimes liés à de « l'embrigadement » de rue sur des filles âgées de 11 à 16 ans, 3 étaient blancs, 53 étaient asiatiques dont 50 musulmans, et la plupart étaient issus de la communauté pakistanaise britannique.
De plus, l'article du Times a allégué : « à l'exception d'une ville, les preuves d'un travail entrepris dans les communautés pakistanaises britanniques pour faire face au problème » des « bandes de souteneurs » largement constituées de « membres de la communauté pakistanaise britannique, sont insuffisantes».
Ce rapport a été mis en question par les chercheuses Ella Cockbain et Helen Brayley, auteures d'un travail pour l', dans lequel le Times a puisé beaucoup de données. « Les citations sont correctes mais elles ont été tirées hors de leur contexte » a confié Cockbain au quotidien The Independant, « et la petite ampleur de l'échantillon de la recherche initiale, qui s'étend juste à deux grands cas, n'a pas non plus été prise en compte. » Cockbain et Brayley se sont exprimées à ce se sujet : « les résultats partant d'un petit échantillon géographiquement localisé ont été étendus à un type tout entier de crime.»
Les violeurs Douze hommes ont été accusés de trafic sexuel et de plusieurs infractions, incluant le viol, la traite et l'association en vue d'avoir des rapports sexuels avec un mineur. Neuf hommes ont été condamnés en 2012, huit étaient d'origine pakistanaise, le neuvième était un demandeur d'asile afghan. Trois des accusés sont reconnus non coupables : l'un a été acquitté de toutes les charges, dans le cas du deuxième, le jury n'a pas pu parvenir à un verdict, et le troisième n'était pas présent au procès, ayant fui au Pakistan. La plupart des hommes étaient mariés et respectés au sein de leur communauté. Un des membres du groupe condamné pour trafic sexuel, était professeur d'études religieuses dans une mosquée, marié et père de cinq enfants.. Les hommes étaient âgés de 24 à et tous se connaissaient. Deux travaillaient pour la même entreprise de taxi, deux autres dans un restaurant ; certains venaient du même village au Pakistan ; d'autres partageaient un appartement. Le gang s'assurait de disposer de filles mineures pour des relations sexuelles.
Abus Les abus sexuels sur filles mineures, commis en 2008 et 2009, s'articulaient autour de deux établissements de restauration rapide dans Heywood, près de Rochdale. Bien qu'une victime ait contacté la police en 2008 pour signaler l'agression, le Crown Prosecution Service (abrégé CPS) a décidé de ne pas poursuivre les deux hommes, en invoquant l'absence de crédibilité du témoin.
Les tentatives de la coordinatrice de l'équipe d'intervention d'urgence du National Health Service, Sara Rowbotham, pour alerter la police et les autorités d'une présence de « schémas d'abus sexuels », ont été ignorées. Entre 2003 et 2014, Sara Rowbotham a effectué plus de 180 tentatives d'alertes auprès de ces services qui lui ont alors répondu que les témoins en question n'étaient pas fiables.
À la suite de cette décision, la police a arrêté son enquête, qui a été reprise lorsqu'une seconde victime a déposé plainte pour des faits de nature similaire en . La décision première du CPS fut révisée en 2011 lorsqu'un nouveau procureur, Nazir Afzal, un Pakistanais de la première génération, fut nommé dans la région.
Les victimes, des adolescentes vulnérables issues de milieux défavorisés et déstructurés, étaient ciblées dans des « lieux-pièges » où les jeunes gens se réunissaient, comme des établissements de restauration rapide. L'une des victimes, âgée de 15 ans et connue comme « the Honey Monster », agissait en tant que recruteuse, fournissant des filles parfois âgées de seulement 13 ans au groupe. Les victimes étaient soudoyées et contraintes de garder le silence à propos des abus, avec une combinaison d'alcool et de drogues, de nourriture, de petites sommes d'argent et d'autres cadeaux.
Le plus âgé des condamnés, Shabir Ahmed, a été pendant un temps le meneur du groupe. À une occasion, il a ordonné à une fille de d'avoir des relations sexuelles avec Kabeer Hassan, comme une « gâterie » pour son anniversaire. Hassan a violé la fille lui-même. Abdul Aziz, marié et père de trois enfants, a pris la relève de Shabir Ahmed comme le principal trafiquant et a été payé par différents hommes pour leur fournir du sexe avec des jeunes filles.
Les victimes étaient physiquement agressées et violées par ces hommes, pouvant aller jusqu'à être 5 en même temps, ou étaient obligées de coucher avec « plusieurs hommes par jour, plusieurs fois par semaine ». Les victimes, abreuvées d'alcool et de drogues, étaient éloignées de leurs amis et famille, et emmenées dans divers endroits du nord de l'Angleterre, dont Rochdale, Oldham, Nelson, Bradford et Leeds. Les agresseurs payaient des petites sommes d'argent aux entremetteurs. Une victime de 13 ans a raconté qu'après avoir été contrainte à des rapports sexuels en échange de vodka, son agresseur l'a immédiatement de nouveau violée et lui a donné pour qu'elle ne parle pas de l'incident. Parmi les incidents que la police a recensés se trouvait une victime de 15 ans, trop ivre pour se rappeler avoir été violée par 20 hommes, l'un après l'autre ; ainsi qu'une autre victime tellement ivre, qu'elle vomissait à côté du lit pendant que deux hommes la violaient. Une des victimes de treize ans a dû avorter après être tombée enceinte.
Procès et peines Certains membres du groupe ont dit à la cour que les filles étaient consentantes et heureuses d'avoir des rapports sexuels avec eux. Le meneur, âgé de , Shabir Ahmed, a affirmé que les filles étaient des prostituées et qu'il s’agissait de « mensonges de Blancs » Rochdale child sex ring case: respected men who preyed on the vulnerable, theguardian.com, 8 mai 2012. Le comportement menaçant de Shabir Ahmed et son insulte de « bâtard raciste » envers le juge Gerald Cliffon lui ont valu d'être banni de la cour pendant l'audience Rochdale paedophile ringleader is named, theguardian.com, 21 juin 2012.
Le procès s'est terminé en avec neuf condamnations. Shabir Ahmed a reçu la peine la plus longue, 19 ans, pour viol et complicité de viol, agression sexuelle, traite à des fins d'exploitation sexuelle et complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec un mineur Rochdale grooming leader guilty of child rape, bbc.com, 21 juin 2012. Mohammed Sajid a été condamné à pour viol, activité sexuelle avec une fille de moins de , traite à des fins d'exploitation sexuelle et complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec des mineurs. Kabeer Hassan a été condamné à neuf ans de prison pour viol et complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec des mineurs. Abdul Aziz a reçu une sentence similaire de neuf ans (simultanément) pour traite d'êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle et complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec des mineurs. Abdul Rauf a été condamné à six ans de prison pour traite à des fins d'exploitation sexuelle et de complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec des mineurs. Adil Khan a été condamné à huit ans pour les mêmes crimes. Mohammed Amin a reçu une peine de cinq ans d'emprisonnement pour agression sexuelle et complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec des mineurs. Une autre peine de cinq ans d'emprisonnement a touché Abdul Qayyum pour complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec des mineurs. Hamid Safi a reçu quatre ans de prison pour traite à des fins d'exploitation sexuelle et complot en vue d'avoir des rapports sexuels avec des mineurs Appeal against sentences refused, bbc.com, 18 octobre 2013.
Quatre des condamnés, Shabir Ahmed, Adil Khan, Abdul Rauf et Abdul Aziz, qui avaient la double nationalité britannique et pakistanaise, ont vu leur nationalité britannique révoquée par Theresa May, à l'époque secrétaire d'État à l'Intérieur, afin d'être expulsés au Pakistan. Elle avait déclaré que ces révocations étaient « favorables à l'intérêt public ». En 2018, ils perdent en appel contre la décision de déchéance de nationalité britannique, mais vivent toujours en Grande Bretagne en 2021 et ont toujours le droit de contester la décision d'expulsion Rochdale grooming ringleader shops in town where he abused children SIX YEARS after he was supposed to be deported, thesun.co.uk, 4 avril 2021 Rochdale grooming gang member 'pictured in the town six years after he was supposed to be deported', manchestereveningnews.co.uk, 5 avril 2021. En 2022, trois des condamnés, Abdul Aziz, Adil Khan et Qari Rauf, ont contesté leur expulsion vers le Pakistan devant un tribunal, après avoir renoncé à leur nationalité pakistanaise.
Second réseau de prostitution et Opération Doublet En suivant le démembrement du premier réseau de prostitution en , la police a effectué des arrestations liées à un autre réseau d'exploitation sexuelle de mineurs à Rochdale. Neuf hommes entre 24 et 38 ans ont été arrêtés pour suspicions d'activité sexuelle avec un mineur. L'Opération Doublet a été lancée en même temps qu'une enquête traitant d'abus psychologiques et sexuels sur mineurs dans la région. Le commissaire adjoint Steve Heywood, a parlé d'environ 550 officiers travaillant sur l'Opération Doublet en , précisant que l'enquête en était à « une étape extrêmement sensible » et que « l'embrigadement » (phénomène du grooming en anglais) de rue était la priorité des forces de police, « une plus grande priorité que le crime armé ». Il a ajouté qu'à Rochdale, les enquêteurs examinaient des cas remontant à 2003.