Jean Chaleyé, dit Joannès Chaleyé, est un peintre, graphiste et spécialiste français de la dentelle né le à Saint-Étienne et mort le au Puy-en-Velay. Il a joué un rôle artistique et pédagogique prépondérant pour préserver et renouveler la tradition française de la dentelle à la main durant la première moitié du , au Puy-en-Velay notamment.
Peintre de fleurs réputé, formé notamment dans l'atelier de Fernand Cormon, il expose au Salon des artistes français à partir de 1902 ; le musée Crozatier du Puy-en-Velay conserve un ensemble de ses peintures, de ses cartons de dentelle et de dentelles exécutées d'après ses dessins. Une exposition rétrospective lui a été consacrée à l'orangerie du Sénat, à Paris, en 1978.
Jeunesse et formation Jean Chaleyé, dit Joannès Chaleyé Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays par un groupe d’écrivains spécialistes français et étrangers / E. Bénézit. - Paris : Gründ, 1966, tome 2nd, fut d'abord élève à l’École régionale des arts industriels de Saint-Étienne (aujourd'hui École supérieure d'art et design Saint-Étienne). Chaleyé reçoit de sa ville natale une bourse lui permettant de poursuivre ses études pendant encore trois ans à l’École des beaux-arts de Lyon qu'il intègre en 1896. Il y rejoint la classe dite « de fleurs ». Trois ans plus tard à sa sortie de l'école il fut grand lauréat et reçut de celle-ci une médaille d’or ainsi qu'une bourse de la ville de Lyon lui offrant la possibilité de poursuivre sa formation à Paris. Il entre en 1899 à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris où il rejoint la classe de Louvrier de Lajolais (directeur entre 1877 et 1908) qui s'intéresse à la rénovation des arts appliqués à l'industrie. En 1900, Chaleyé fut également reçu élève à l'École nationale supérieure des beaux-arts (atelier de Fernand Cormon) où il acheva sa culture artistique. D'après le résumé de ses services, il obtient en 1903 le second grand prix de l'École nationale des arts décoratifs.
Carrière artistique et administrative
Enseignement de la dentelle au Puy-en-Velay (1903-1930) En 1903, année à laquelle fut promulguée la loi Engerand-Vigouroux visant à « créer l’apprentissage professionnel de la dentelle à la main » Louvrier de Lajolais, qui avait affirmé la nécessité de former des artistes capables de fournir « des modèles excellents dont la reproduction puisse se faire industriellement », propose à Chaleyé de partir en province, au Puy-en-Velay (Haute-Loire), afin d’y organiser l’apprentissage artistique de la dentelle aux fuseaux.
En 1903, il entre dans l'enseignement, crée à l’École pratique de commerce et d’industrie du Puy-en-Velay le cours d'enseignement d'art appliqué à la dentelle. Il crée alors des dessins de dentelles qui sont réalisés soit dans le cadre de l'école soit par le dentellier Oudin. Il voulait remplacer les dessins traditionnels à motifs géométriques et répétitifs par des formes très souples inspirées de la flore locale.
Il représenta le ministre du Commerce au congrès international du dessin en 1908 à Londres, fut chargé d'un rapport par le Ministère du Commerce sur l'enseignement de la dentelle en France et à l'étranger. Il fut également chargé de missions à Bruxelles en 1911. Il se marie en 1912 au Puy avec Andrée Gimbert. Mobilisé de 1914 à 1918, Chaleyé est réformé de guerre à la suite d'une maladie (hypertrophie du cœur) contractée sur le front et il dirige en 1918 le service des contrôles d'une usine de fabrication de moteurs d'avions à Lyon. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du , sur le rapport du ministre de l'Instruction publique, pour services exceptionnels rendus à l'enseignement. En 1922, il fut chargé d'une mission d'inspection, et fut membre du jury des classes textiles à l'Exposition des arts décoratifs de 1925. A cette exposition, il obtint une nouvelle médaille d'or pour l'ensemble de ses créations dentellières.
Expositions internationales En 1904, il fait participer la section « Dentelle » à l'exposition du musée Galliera à Paris qui présente les dentelles réalisées selon ses idées. En 1905, il crée pour le dentellier Oudin la feuille d'éventail qui est achetée par le musée de Saint-Gall en Suisse. Il participe à différents concours et expositions internationales au cours desquelles il obtint plusieurs récompenses : Exposition internationale de Liège (1905): il a créé une feuille d’éventail à décor de vigne vierge qui a participé à cette exposition. Concours de la Dentelle de France (1907): la section « Dentelle » dont il dirige les travaux obtient 3 distinctions : le premier prix (1000 Francs), le deuxième prix en collaboration, ainsi que pour ses travaux personnels, le prix du Sous-Secrétaire d’État des Beaux Arts. Exposition franco-britannique de Londres (1908): médaille d’or pour un galon de fuchsias signé par Chaleyé. Exposition universelle de Bruxelles (1910) : un grand prix fut obtenu par trois dentelles signées par Chaleyé (paysage avec effet de grisaille, un combat de coqs en couleur et un coussin à décors de marrons à toile d’araignée). Chaleyé obtint également une médaille d'or pour sa collaboration. Exposition internationale de Turin (1911): il avait réalisé de nouveaux dessins qui lui avaient valu une médaille d’or au titre de sa collaboration. Exposition internationale de Lyon (1914): il est médaillé pour sa collaboration. Participation des sections « Dentelle » et d' « Ébénisterie » dont Chaleyé dirigea les travaux et dessina les modèles pour cette exposition.
Enseignement de la dentelle à Roubaix et Bailleul (1930-1939) Il quitte Le Puy-en-Velay en 1930 pour Roubaix où il est nommé directeur de l'École nationale supérieure des arts et industries textiles. Il est aussi directeur artistique de l'école de dentelles de Bailleul dont il modernise la facture. Par ses dessins et grâce aussi à sa longue expérience des expositions, il favorisa l'obtention par cette école du Grand Prix à l'Exposition de Bruxelles (1935). Il est promu officier de la Légion d'honneur par décret du , sur le rapport du ministre de l'Éducation nationale, en qualité de directeur de l'École nationale supérieure des arts et industries textiles. En 1939, il fait valoir ses droits à la retraite de la Fonction publique et est nommé directeur honoraire pour ses services rendus à l'enseignement technique. Sa pension civile est approuvée par décret du , avec jouissance au 1 février 1939 ; le Journal officiel lui compte alors trente-trois ans, dix mois et onze jours de services civils et bonifications : « CHALEYE (Jean-Baptiste), directeur honoraire, école nationale supérieure des arts et industries textiles de Roubaix. Services militaires, 2 ans 3 mois 27 jours ; services civils et bonifications, 33 ans 10 mois 11 jours ; campagnes, 1 an 10 mois. Pension avec jouissance du 1er février 1939. ».
Retour au Puy-en-Velay (1940-1960) En 1940, Chaleyé revient au Puy-en-Velay où il constate la faiblesse et la médiocrité de l'enseignement de la dentelle. La dentelle mécanique et sa concurrence sont incriminées. Chaleyé qui prend la direction d'un nouveau mouvement de rénovation de la dentelle aux fuseaux en 1942 le réprouve et il fonde cette même année, avec le soutien du dentellier Paul Fontanille, le conservatoire départemental de la dentelle à la main. Il regrettait notamment que les industriels dentelliers de cette époque assistaient à la disparition de la dentelle dans les vêtements sans pour autant chercher à se reconvertir dans de nouveaux débouchés comme celui de l'ameublement (stores, brise bises, napperons etc.). Jusqu'à la fin de sa vie, il se passionne et combat pour l'industrie dentellière du Velay.
Œuvre peint vignette|290x290px|Tableau de Jean Chaleyé exposé au Musée Crozatier du Puy-en-Velay En parallèle de son implication artistique dentellière, il expose au Salon des artistes français dès 1902, à la section d'architecture et d'art décoratif d'après le résumé de ses services. Au Salon des indépendants, une de ses œuvres fut retenue par la Commission des beaux-arts de la Ville de Paris et plusieurs musées ont acquis de ses œuvres : Le Puy-en-Velay, Lyon, Clermont-Ferrand et Saint-Gall (Suisse). Plusieurs de ses tableaux et dessins conservés au musée Crozatier sont référencés dans la base Joconde du ministère de la Culture. Les collections en ligne du musée décrivent notamment Bouquet de renoncules, nature morte à l'huile signée (inv. 1987.2.6) et Vue du Puy-en-Velay, prise de l'actuel hôpital Emile Roux, huile sur toile signée (inv. 1969.4.1). Peintre des fleurs réputé : « J'en dirai autant de M. Jean Chaleye (Vue du Puy), dont les fleurs sont charmantes. », il connut ses principaux succès dans les régions lyonnaises et stéphanoises où il exposa surtout. D'après le résumé de ses services qu'il joint en 1921 à son dossier de Légion d'honneur, il obtient une troisième médaille au Salon de la Société lyonnaise des beaux-arts en 1919, puis une deuxième médaille, en section peinture, en 1921. En juin 1923 et en mars 1929, le Bureau des travaux d'art instruit deux dossiers de commande ou d'achat de ses œuvres, dossier « Chaleye, Jean », cote F/21/4186 (série Commandes et achats d'œuvres d'art)..
Du dessin à la dentelle Le catalogue en ligne du musée Crozatier compte soixante-cinq numéros d'inventaire à son nom, dont trente et un pour le seul recueil des Dentelles du Puy, inventorié pièce par pièce ; dix-sept d'entre eux sont également référencés dans la base Joconde ; décompte des notices au nom de Jean Chaleyé effectué le 18 septembre 2026, recoupé avec la base Joconde.. Le fonds réunit des peintures, des cartons de dentelle de sa main et des dentelles exécutées d'après ses dessins. Le lavis Paysage (inv. 44.76.1), daté des environs de 1920, est décrit par la base Joconde comme un carton de dentelle dont la dentelle correspondante est conservée dans le même musée. Le motif du combat de coqs, qui avait valu un grand prix à l'Exposition universelle de 1910, figure également dans la collection sous deux formes : un tableau à l'huile sur papier signé, daté des environs de 1910 (inv. 2002.60), et une cantonnière en dentelle aux fuseaux de 1910 dont la notice porte Louis Oudin comme dentellier et Chaleyé comme dessinateur (inv. 1934.20).
Publications Chaleyé publie un recueil de modèles puis, à partir de 1945, une série d'ouvrages d'enseignement consacrés à la dentelle du Puy. Sa méthode fait l'objet de rééditions et d'adaptations longtemps après sa mort.
, paru également en Allemagne sous le titre Le Puy Spitzen. Kompositionen von Joannès Chaleyé (Plauen im Vogtland, C. F. Schulz und Co., 1910) ; fac-similé, Le Puy-en-Velay, Centre d'enseignement de la dentelle au fuseau, 2018 .
Rééditions et adaptations posthumes :
Expositions posthumes Plusieurs expositions sur son œuvre picturale et dentellière ont été organisées depuis sa disparition : Rétrospective Chaleyé 1878 1960, Orangerie du Sénat, Juin - Le Puy 1900, exposition collective, musée Crozatier, Le Puy-en-Velay, 19 juillet - Les jardins et les fleurs de J.-B. Chaleyé, Baptistère Saint-Jean du Puy-en-Velay, Mai - Important paintings by the French post-impressionist J. Chaleyé, Wally Findlay Galleries, New York, 9 mars - Paintings for collectors : the flowers of Jean Chaleye, exposition collective, Wally Findlay Galleries, New York, 1992 Jean-Baptiste Chaleyé : peintures et dentelles, Archives départementales de la Haute-Loire, Hôtel du Département, Le Puy-en-Velay, 3 juillet -
L'atelier de l'artiste a par ailleurs été dispersé en vente publique au Nouveau Drouot, à Paris, le (étude Jean-Pierre Camard).
Hommages