vignette|Fresque de Sidon du , représentant un thorakitès équipé d'une cotte de mailles, d'un bouclier (thuréos) et d'une lance, Musée archéologique d'Istanbul

Larmée séleucide est l'armée du royaume séleucide, l'un des principaux États hellénistiques (305-64 av. J.-C.). Comme chez les Lagides et les Antigonides, elle repose sur le modèle macédonien forgé par Philippe II et Alexandre le Grand. Son principal corps d'infanterie est la phalange de piquiers (ou sarissophores), tandis que la cavalerie lourde tient un rôle prépondérant sur le champ de bataille. Outre ces unités traditionnelles, l'armée séleucide intègre une grande quantité de troupes asiatiques, dont des éléphants de guerre et des cataphractaires, ainsi que des mercenaires de toutes origines pour compléter ses forces.

Les Séleucides ont eu à combattre de nombreux peuples et États voisins ainsi qu'à faire face à des séditions internes et à des querelles dynastiques. Leur armée a remporté de grandes victoires face aux Lagides durant les guerres de Syrie ou face à des gouverneurs rebelles. Mais elle a dû faire face aux Parthes, à partir du milieu du , et aux légions romaines au début du , qui ont fini par la vaincre. Dans ce contexte, plus encore que dans les autres États hellénistiques, l'armée apparaît comme le principal garant de la pérennité du royaume.

Organisation

Origines et traditions upright=1.5|vignette|Le royaume séleucide vers 200 av. J.-C.

Au moment de son assassinat en 281 av. J.-C., est à la tête de l'armée la plus puissante de son temps. Il est parvenu à vaincre ses rivaux, Antigone le Borgne durant la guerre babylonienne (311-309) et à Ipsos (301) ainsi que Lysimaque à Couroupédion (281). Une partie de son armée, formée de vétérans des guerres des Diadoques, semble avoir rejoint à sa mort Ptolémée Kéraunos, son meurtrier, qui s'empare brièvement du royaume de Macédoine. Le reste des soldats de Séleucos est envoyé en Asie pour devenir des colons, ou katoikoiLe terme « clérouque » est valable pour l'Égypte lagide.. Ils sont notamment implantés dans les cités nouvellement fondées en Syrie (ou Syria Séleukis) mais aussi en Phrygie et en Lydie aux marges du royaume. Leurs descendants formeront désormais le noyau dur de l'armée séleucide.

L'armée séleucide est le produit d'une fusion de plusieurs modèles, celui de l'armée macédonienne, de l'armée perse, auxquelles s'ajoutent principalement les coutumes scythes. Grâce aux immenses ressources financières de l'ancien empire achéménide, cette armée devient la plus puissante, la plus richement équipée et la plus efficace des armées des royaumes hellénistiques, du moins jusqu'au milieu du Contrairement au royaume de Macédoine et à son assemblée des Macédoniens en arme, ultime détentrice de la souveraineté, l'armée ne possède officiellement aucun pouvoir pour désigner, ou destituer, un roi ; elle joue tout de même un rôle important dans les périodes de vacances du pouvoir. Les rébellions de soldats contre la royauté restes marginales. Tout au plus peut-on citer la révolte contre Alexandre Balas ou celle contre Démétrios II..

La source la plus complète sur l'armée séleucide est Polybe qui l'a décrit à son apogée sous les règnes d' (223-187) et de son fils (175-164). Le défilé militaire de Daphnè (166) est une source de premier ordre au sujet de la composition de l'armée, du moins pour l'époque en questionPolybe, , 25-26. : fantassins, cavaliers et 42 éléphants paradent devant Antiochos en prélude à sa grande expédition, avortée, contre les ParthesSur les motivations politiques de ce défilé : .. Polybe apparaît être un témoin crédible au sujet des questions militaires : il a été officier supérieur au sein de la ligue achéenne au titre d'hipparque et l'auteur d'un traité de tactique ; il puise enfin ses sources dans diverses chancelleries royales..

Recrutement et mobilisation

L'armée séleucide est traditionnellement divisée en deux catégories : les troupes formant l'armée permanente, argyraspides et cavalerie de la Garde notamment, et les troupes levées le temps d'une campagne, colons gréco-macédoniens ou indigènes et mercenaires. Mais c'est moins l'origine ethnique que leur armement et leur façon de combattre qui distingue les différentes troupesPierre-Emmanuel Barral, L'organisation militaire de la monarchie séleucide, Institut de stratégie comparée, Lire en ligne.. Plutarque fait d'ailleurs dire à Flamininus que les troupes séleucides sont « toujours le même poisson mis à toutes les sauces »Plutarque, Flamininus, ..

Les colons (katoikoi) forment la principale réserve opérationnelle du souverain séleucide. La plupart sont gréco-macédoniens ; certains proviennent de Judée, comme du temps d'Antiochos .. À peu de frais, la royauté possède donc un réservoir d'hommes fidèles, entrainés et organisés. Le nombre de ces soldats-colons n'est pas exactement connu ; mais on peut les estimer à hommes environ au , auxquels il faut ajouter les colons qui servent à un moment donné dans l'armée permanente ou dans la Garde royale des argyraspides. En plus de ces colons, les Séleucides recrutent de nombreux mercenaires indigènes ou originaires des pays vassaux ou limitrophes de leur immense empire.

Le système des katoikiai, comparable à celui des clérouquies lagidesOn parle plutôt de clérouques pour l’Égypte lagide ou avant pour l'empire athénien., reste mal compris. Les colons sont établis dans des établissements à caractère rural ou urbain, qui peuvent être des cités nouvellement fondées de plus ou moins grande dimension. Pour autant la vocation militaire de celles-ci est loin d'être établie. Des établissements comptent effectivement des contingents gréco-macédoniens, mais sans que cela ne soit la règle. Mais contrairement à l’Égypte ptolémaïque où des clérouques peuvent vivre à l'égyptienne dans des villages, les colons sont établis dans des cadres conformes à leurs traditions civiques. Les communautés ainsi formées constituent des forces permanentes de défense du territoire, fournissant selon la demande royale des contingents pour l'armée.. Ces colons ne sont donc ni des sujets ni des mercenaires, mais des conscrits ayant des obligations militaires.

La Syrie du Nord (ou Syria Séleukis) tient un rôle majeur dans le recrutement de la phalange. Elle représente en effet un immense réservoir d'hommes, voire une « nouvelle Macédoine ». Dans cette région, le réseau de colonies gréco-macédoniennes est en effet particulièrement dense. Une « levée en masse » reste envisageable, bien que soulevant des problèmes pratiques, même au cœur du royaume. Des troubles sont apparus du fait d'une pression militaire trop importante. Ainsi en 221 av. J.-C., au début du règne d', une révolte éclate en Cyrrhestique (Nord de la Syrie) après la mobilisation de hommes qu'il faut par ailleurs équiper, nourrir et payer, le motif de la révolte étant un retard le paiement des soldesPolybe, L, 8..

Les effectifs alignés dans les grandes batailles, dont les montants approximatifs sont donnés par les comptes-rendus relativement fiables de Polybe et Tite-Live, peuvent être évalués à environ entre le début du et le milieu du ; ils tombent ensuite à environ. Cette baisse significative s'explique par la perte des provinces iraniennes, mésopotamiennes et anatoliennes ainsi que par l'interdiction dictée par la paix d'Apamée de recruter des mercenaires dans la sphère d'influence des Romains (Grèce et Asie Mineure).

Haut commandement vignette|Monnaie à l'effigie d'.

Le roi séleucide commande en personne sur le champ de bataille. Il possède en effet son royaume « par la lance » en vertu du droit de conquête, imitant en cela le geste d'Alexandre le Grand à son arrivée en Asie. Il fonde donc son autorité sur le prestige de la victoire en devant montrer du courage personnel dans la bataille : sur les quatorze rois que la dynastie a donnés entre et , dix sont morts à la bataille ou en campagne.

Certains souverains ont dirigé de grandes campagnes dans les satrapies orientales, non seulement pour remettre sous tutelle des territoires perdues mais aussi pour marcher, dans une sorte de mise en scène, sur les traces d'Alexandre.. C'est surtout le cas d' et de son Anabase vers les provinces orientales., et dans une moindre mesure d' dont la reconquête s'achève brusquement.. est le dernier souverain à avoir véritablement tenté de reprendre pieds au-delà de l'Euphrate qui marque alors la frontière occidentales des territoires Parthes..

La hiérarchie et les fonctions au sein du haut commandement ne sont pas précisément connues. Le logistérion stratiôtikon, qui siège à Apamée, est une institution essentielle de l’administration militaire séleucide, mais des doutes subsistent quant à ses attributions et à la traduction même du terme. Certains historiens le traduisent par « ministère de la guerre », mais cela supposerait que le ministre en question soit chargé de définir une « politique militaire » voire une stratégie globale, ce qui peut sembler anachronique. Cette interprétation ne prendrait également pas assez en compte l'autorité que représentent le roi et son vizir (« le préposé aux affaires » ou epi tôn pragmatôn) dans la conduite de la guerre. Qui plus est, l'organisation des campagnes militaires est le plus souvent l'apanage du Conseil royal (ou synédrion), qui réunit les principaux Amis (ou philoi). Il semble particulièrement consulté concernant les affaires militaires comme le montre la lutte d' contre le satrape Molon.. Le terme logistérion stratiôtikon pourrait se traduire aussi par « bureau des vérifications des comptes de l’armée », mais cette traduction serait trop restrictive. Une autre traduction propose plutôt « intendance générale de l’armée », car cette institution exercerait d'abord des prérogatives techniques et matérielles : approvisionnement, remonte, fourniture d'armes, logement des soldats, etc..

Arsenaux et haras

L'armée séleucide peut compter pour s'équiper sur les arsenaux de Syrie dont le principal se situe à Apamée, considérée à plusieurs titres comme la capitale militaire du royaume. Remarquable point d'appui et carrefour stratégique, c'est là que les armées se réunissent et s'équipent avant de partir en campagne que ce soit vers l'Orient, la Cœlé-Syrie ou l'Égypte lagide. La cité abrite également en permanence les troupes d'élite (dont les argyraspides) mais aussi différents corps techniques. Strabon énumère ces différents corps spécialisés : l'administration militaire, les haras royaux, le dépôt des éléphants, les maîtres d’équitation, les maîtres d’armes et « les professeurs à gages des arts de la guerre »Strabon, , .. La présence de mercenaires gréco-macédoniens parmi ces maîtres de la guerre parait évidente ; des éléments orientaux sont probablement aussi recrutés dans certains corps (cavalerie, éléphants, chars, etc.).

Les haras royaux (hippotropheiai) d'Apamée bénéficient d'une grande renommée ; ils ne sont pas qu'un entrepôt de montures mais abritent aussi une école de cavalerie. On y trouve, selon Strabon, étalons et jumentsStrabon, , 2,10.. Il existe aussi un haras royal en Médie qui élève des chevaux appelés nisaen déjà fort réputés du temps des Achéménides, au nombre de du temps d'AlexandreDiodore, , 110, 6.. Il est donc probable que la Médie fournisse l'essentiel des chevaux à la cavalerie séleucide..

Approvisionnement en temps de guerre