Aaron Nimzowitsch (en letton Ārons Ņimcovičs), aussi orthographié « Aaron Nimzovitch » ou « Aron Nimzovich », né le à Riga, alors dans l'Empire russe (aujourd'hui en Lettonie), et mort le à Copenhague, au Danemark, est un joueur d'échecs russe et danois.
Il fut avec Richard Réti et Gyula Breyer l'un des fondateurs de l'école hypermodernearticle Schools of Chess, Hypermodern Chess (page 361) de The Oxford Companion to Chess, aussi appelée « néo-romantique ».
Biographie Né à Riga (en Lettonie dans l'Empire russe), d'origine juive, yiddishophone et germanophone, il apprit à jouer aux échecs à 8 ans auprès de son père Shaya Abramovich Nimtsovich (1862, Pinsk – ?), qui était marchand de bois. Sa mère s'appelle Esfir Nimtsovich, et sa sœur Tsilya-Kreyna Pevzner. Il est le cousin de l’intellectuel israélien,Yeshayahou Leibowitz et de sa sœur, l'exégète bibliste Nehama Leibowitz.. En 1897, la famille vit à DvinskLes données d'archives sont disponibles sur JewishGen.org. Le nom de famille est également dans certains documents écrit comme Nemtsovich..
Il fit ses études en Allemagne : en 1904, il s'inscrivit à Berlin afin d'étudier la philosophie. Mais il interrompit ses études dans leur première année pour se consacrer à une carrière de joueur d'échecs professionnel.
Après les années tumultueuses et souvent infructueuses de la Première Guerre mondiale, il commença à jouer les premiers rôles alors qu'il s'installait au Danemark en 1922.
Il obtint la nationalité danoise et y vécut jusqu'à sa mort, emporté par une infection pulmonaire fulgurante en 1935Georges Bertola dans Europe-Échecs de septembre 2014 . Ses cendres reposent au cimetière Bispebjerg à Copenhague.
Carrière échiquéenne vignette|Tournoi d'échecs de Karlsbad de 1907 : (assis) Rubinstein, Marco, Fähndrich, Tschigorin, Schlechter, Hofter, Tietz, Maróczy, Janowski, Dr. Neustadtl, Drobny, Marshall, (debout) Niemzowitsch, Wolf, Mieses, Cohn, Johner, Leonhardt, Salwe, Vidmar, Berger, Spielmann, Dus-Chotimirski, Tartakower,Dr. Olland. Dans les années 1903-1905, Nimzowitsch s'intéressait exclusivement au jeu de combinaison au détriment du jeu positionnelPrésentation de l'auteur et du livre dans Mon système (traduction de Norbert Engel).. En 1920, il quitta la Lettonie pour la Suède et sa carrière connut alors un important essor. L'apogée de sa carrière se situe à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Ses succès les plus notables sont ses premières places aux tournois de Copenhague de 1923, de Dresde en 1926 et de Carlsbad en 1929, ainsi que sa deuxième place derrière Alexandre Alekhine à San Remo en 1930.
Voici le palmarès complet des victoires en tournoi de Nimzowitsch : 1906 : à Munich, devant Rudolf Spielmann et Dawid Przepiórka ; 1914 : æquo avec Alexandre Alekhine au championnat de toutes les Russies, Saint-Pétersbourg ; à Copenhague en 1923, 1924, 1928, 1933 et 1934 ; 1925 : - avec Akiba Rubinstein à Marienbad ; 1926 : à Dresde avec un point et demi d'avance sur Alekhine ; à Hanovre devant Rubinstein ; 1927 : - avec Xavier Tartakover à Londres (British Empire Club Masters) ; - avec Tartakover à Bad Niendorf ; à Londres (Imperial Chess Club) ; 1928 : Efim Bogoljubow à Berlin (Berliner Schachgesellschaft) ; 1929 : José Raúl Capablanca, Spielmann et Rubinstein à Carlsbad ; 1930 : à Francfort devant Isaac Kashdan ; 1931 : à Winterthur. Grand adversaire de Siegbert Tarrasch, le représentant par excellence de l'école classique aux échecs, Nimzowitsch n'a jamais gagné une seule partie face à Capablanca, mais il a mieux réussi face à Alekhine, qu'il a même battu.
Une de ses parties les plus connues est son Immortelle du Zugzwang, jouée contre Sämisch en 1923 à Copenhague.
Le « Système » vignette|gauche|À San Remo en 1930 : 1 - Bogoljubov, 2 - Rubinstein, 3 - Alekhine, 4 - Maróczy, 5 - Nimzowitsch, 6 - Spielmann, 7 - Vidmar. droite|vignette|Aaron Aron Nimzowitsch, av. 1930 Bien qu'appartenant à l'élite échiquéenne de l'époque, Nimzowitsch est surtout connu et respecté pour ses talents de pédagogue. Il est l'un des fondateurs de l'école hypermoderne et l'auteur d'un ouvrage didactique, toujours étudié de nos jours, Mon système ( Mein System), dans lequel il présente les bases de sa théorie.
Rédigé en allemand, Mon système est un ouvrage qui a connu un très grand succès et a donné lieu à de nombreuses traductionsRéédité en deux volumes chez Payot : Mon Système I et Mon Système II .. Au moment de sa conception (1906-1913), il tranchait sur les conceptions très dogmatiques en cours, comme celles de Siegbert Tarrasch. Les deux hommes d'ailleurs se détestaient. Dans la préface de la premièreIl y a eu une nouvelle édition, traduite par Christian Bauer. édition française, le traducteur (Norbert Engel) n'hésite pas à comparer l'impact de l'ouvrage (paru initialement en 1925) dans le monde des échecs avec celui du quasi contemporain Manifeste du surréalisme d'André Breton en littérature.
Parmi ses nombreux apports, analysés en détail dans son ouvrage de référence, on peut citer l'approfondissement des concepts de prophylaxie, de surprotection et de louvoiement.
Les principales idées du « système » (illustrées par l'auteur de multiples exemples) s'articulent ainsi : nécessité de contrôler le centre. Cette idée, déjà présente chez les classiques (Steinitz, Tarrasch), doit cependant être mise en pratique avec discernement : contrôler le centre ne signifie pas nécessairement y amasser du matériel... gêner les mouvements de l'adversaire par un blocage : une attaque ne réussit en effet qu'avec un avantage de mobilité. En fermant (par des menaces) les lignes de communication entre les pièces adverses, on crée des affaiblissements structurels décisifs et même, à un stade ultime, on impose à l'adversaire des coups forcés (généralement mauvais) : c'est le zugzwang. manœuvres prophylactiques : il s'agit, après avoir détecté la (ou les) case(s) importante(s) (celles les plus contrôlées par les deux camps), d'accroître soi-même le contrôle sur ces positions et d'y surpasser l'adversaire (manœuvre que Nimzowitch appelle « surprotection »). rôle du pion dame isolé et des pions liés : Nimzowitch réfute la prétendue menace que présente le pion dame isolé, dont Tarrasch avait fait l'une de ses armes favorites. Il développe par contre la théorie des pions liés, qui sont une arme à maîtriser absolument. le louvoiement : ce stratagème consiste à repérer deux faiblesses ennemies et à les attaquer alternativement. Comme il est impossible d'attaquer et de défendre à la fois (a fortiori sur deux points différents), ce louvoiement va susciter chez l'adversaire des affaiblissements structurels qu'il conviendra de reconnaître et d'exploiter par la suite. le « développement élastique » dans l'ouverture, c'est-à-dire conserver le plus longtemps possible la faculté de transposer d'un type de (contrôle du) centre à un autre. Plusieurs ouvertures aux stratégies assez élaborées sont attribuées à Nimzowitch : la Défense nimzo-indienne et la Défense Nimzowitsch du pion-roi, par exemple.
Datant de 1926, Mon système a donné lieu à une suite : Pratique de mon systèmePratique de Mon Système, Payot, .. Un troisième ouvrage de Nimzowitsch, Die Blockade (consacré au principe du « blocus », cf. supra), n'est pas moins importantRéférences : Die Blockade: Neue Gesichtspunkte, A. Nimzowitsch, Éd. Bernhard Kagan, Berlin, 1925..
Par ailleurs, Nimzowitsch a rédigé ou participé à la rédaction de plusieurs livres de tournois. La plupart d'entre eux n'ont pas été traduits en français, et sont demeurés assez confidentiels dans le monde francophone. Signalons cependant la parution en 2017 d'une traduction du livre du tournoi de Carlsbad 1929 rédigé par Nimzowitsch (paru à l'origine en russe en URSS en 1930), sous le titre Ma victoire à Carlsbad en 1929 ou le triomphe de mon système.
Nimzowitsch et les ouvertures Voici un aperçu de la contribution de Nimzowitsch à la théorie des ouvertures :
La défense nimzo-indienne : 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cc3 Fb4. La variante Nimzowitsch de la défense ouest-indienne : 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cf3 b6 4.g3 Fa6. La variante Nimzowitsch de la défense Bogo-indienne : 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cf3 Fb4+ 4.Fd2 De7. La variante de Marienbad : 1.d4 Cf6 2.Cf3 b6. La variante Nimzowitsch du contre-gambit Falkbeer : 1.e4 e5 2.f4 d5 3.exd5 c6. La variante Nimzowitsch de la défense Philidor : 1.e4 e5 2.Cf3 d6 3.d4 Cf6. La défense Nimzowitsch du pion-Roi : 1.e4 Cc6. La variante Nimzowitsch de la défense Caro-Kann : 1.e4 c6 2.d4 d5 3.Cc3 dxe4 4.Cxe4 Cf6 5.Cxf6+ gxf6. La variante Nimzowitsch de la défense sicilienne : 1.e4 c5 2.Cf3 Cf6. Le début Nimzo-Larsen : 1.b3. Son nom composé vient du fait qu'il fut employé plus tard avec succès par le grand-maître danois Bent Larsen, né en 1935). L'attaque Nimzowitsch : 1.Cf3 d5 2. b3. Le système de Dresde-Nimzowitsch de l'ouverture anglaise : 1.c4 c5 2.Cf3 Cf6 3. Cc3 d5 4.cxd5 Cxd5 5.e4. La variante Nimzowitsch de la défense Benoni (encore appelée « pirouette de Nimzowitsch ») : 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cc3 c5 4.d5 exd5 5.cxd5 d6 6.Cf3 g6 7.Cd2 avec l'idée 8.Cc4. La variante Winawer de la défense française (1.e4 e6 2.d4 d5 3.Cc3 Fb4) est appelée dans certains ouvrages « variante Nimzowitsch de la défense française ». Par ailleurs, Nimzowitsch a réhabilité la variante d'avance de la défense française : 1.e4 e6 2.d4 d5 3.e5. Elle porte son nom dans certains ouvrages.
Œuvres Nimzowitsch a écrit des livres qui ont eu une influence . : Die Blockade Neue Gesichtspunkte, Bernhard Kagan, Berlin, 1925 ; Le Blocage, Olibris, 2012, . Mein System Ein Lehrbuch des Schachspiels auf ganz neuartiger Grundlage, Schachverlag Bernhard Kagan, Berlin, 1925 ; Mon Système, Éd. Payot, (Tome 1) et (Tome 2). Die Praxis meines Systems (1929) ; Pratique de mon système, Éd. Payot. Ma victoire à Carlsbad en 1929 ou le triomphe de mon système (ouvrage paru en russe en 1930), traduit en français en 2017.
Héritage et postérité Selon Raymond Keene, Nimzowitsch a eu notamment pour héritiers Tigran Petrossian pour l'importance accordée à la prophylaxie et Viktor Kortchnoï pour la provocation délibérée de l'adversaire, même par un coup douteux, à lancer une attaque dans laquelle ce dernier peut être pris en embuscade..
Depuis la mort de Nimzowitsch en 1935, il y a eu de nombreuses avancées de la stratégie échiquéenne, auxquelles John Watson a consacré tout un livre, Secrets of Modern Chess Strategy : Advances since Nimzowitsch., traduit en français sous le titre Les secrets de la stratégie moderne aux échecs.
Citation Aaron Nimzowitsch est célèbre pour la citation suivante :
Une croyance répandue lui attribue cette citation. Ce n'est pas le cas.
Le joueur et journaliste Georg Marco, à la fin de ses commentaires de la partie Lasker-Napier au tournoi de Cambridge Springs en 1904Wiener Schachzeitung, mars-, page 111. écrit que ce principe, appliqué instinctivement depuis longtemps, fut formulé pour la première fois par Karl Eisenbach (1836-1894), secrétaire de la Société viennoise des échecsSource : chesshistory.com.
La légende raconte ainsi cette histoire :
Lors d'un tournoi officiel où il était interdit de fumer, Emanuel Lasker posa un cigare sur le bord de l'échiquier. Aaron Nimzowitsch, son adversaire, se leva alors et se dirigea vers l'arbitre pour lui signaler le fait, lui demandant d'appliquer le règlement. L'arbitre rappela alors à Lasker qu'il était interdit de fumer, ce dernier lui répondant : « Mais je ne fume pas ! »
L'arbitre dit alors à Nimzowitsch : « C'est vrai, il ne fume pas ! »
Nimzowitsch répondit alors : « Mais vous savez très bien, qu'aux échecs, la menace est plus forte que l'exécution ! ».
Parties d'exemples Johner - Nimzowitsch (Dresde, 1926)
Nimzowitsch - Rubinstein (Dresde, 1926)
Nimzowitsch-Tarrasch, San Sebastián, 1912Partie commentée sous Chessgames.com.
1. e4 c5 2. c3 e6 3. d4 d5 4. e5 Cc6 5. Cf3 Db6 6. Fd3 cxd4! 7. cxd4 Fd7 8. Fe2 Cge7 9. b3 Cf5 10. Fb2 Fb4+ 11. Rf1