La Femme au miroir (en ) est une peinture à l'huile sur toile réalisée par le peintre italien le Titien vers 1515.
Conservé au musée du Louvre à Paris, la toile fait l'objet de plusieurs répliques de la main même du maître ou de son atelier dont une est conservée à la pinacothèque du château de Prague, en République tchèque, et l'autre au musée national d'art de Catalogne, à Barcelone en Espagne.
Jusqu'au début du , les chercheurs pensaient que le commanditaire de l'œuvre était Frédéric II de Mantoue, ce qui aurait ainsi expliqué la présence de l'œuvre dans la Collection Gonzague appartenant à sa famille. Cette hypothèse est désormais rejetée et l'identité du commanditaire n'est pas connue.
Ce tableau de moyennes dimensions est un portrait en buste d'une jeune femme dans son intérieur alors qu'elle fait sa toilette. Elle est accompagnée par un homme qui tient deux miroirs pour qu'elle puisse voir le résultat de sa coiffure.
Titien y emploie notamment le motif du miroir convexe, d'origine flamande mais déjà employé en Italie quelques années plus tôt par Giorgione. Il fait preuve d'une haute technicité dans le rendu des couleurs mais aussi d'une maîtrise de l'art de la composition qui est ici harmonieuse et dynamique. Pour ces raisons, le tableau est tenu pour un chef-d'œuvre de la jeunesse de Titien.
L'œuvre fait l'objet d'un débat entre les chercheurs pour savoir s'il s'agit avant tout d'un portrait, d'une scène de genre ou bien d'une allégorie. Par le passé, différentes hypothèses ont voulu identifier les deux personnages comme étant Titien et sa maîtresse, Alphonse d'Este et Laura Dianti ou Frédéric II Gonzague et Isabella Boschetti ; mais ces hypothèses ne sont plus soutenues désormais. Par ailleurs, certains observateurs estiment que le tableau possède toutes les caractéristiques de la scène de toilette à visée érotique ; mais une majorité de chercheurs considèrent plutôt que La Femme au miroir met avant tout cette mise en scène intimiste au service d'une vanité, c'est-à-dire qu'elle serait une œuvre allégorique exposant les atteintes du temps sur l'être humain.
Description vignette|upright=1|gauche|alt=Détail d’une peinture montrant l’épaule d’une femme (au premier plan, à gauche) et, en arrière-plan, un miroir tenue par une main (en haut, à gauche du bord) et dont la glace occupe presque la totalité de la vue. Dans le miroir se reflètent le dos de la femme et l'intérieur très peu éclairé de l'habitation.|Le miroir convexe laisse voir un intérieur (détail). La Femme au miroir, peinture à l'huile réalisée sur toile, mesure ..
L'œuvre est une scène de toilette. Deux personnages sont représentés, une jeune femme et un homme. Le principal sujet est la jeune femme. Elle est vue en buste, et son corps effectue une rotation sur sa droite : ses hanches sont tournées sur sa gauche, ses épaules font face au spectateur et son visage est vu de trois quarts ; ses yeux achèvent cette rotation, qui regardent un miroir encore sur sa droite.. Elle tient dans sa main droite une mèche de sa chevelure défaite .. L'historien de l'art Erwin Panofsky insiste sur le fait que la jeune femme ses cheveux et .. Elle tient dans son autre main un flacon posé devant elle. Il se pourrait que ce dernier contienne du parfum mais il s'agirait plus sûrement d'une lotion appelée « » d'usage courant à cette époque dans la bonne société vénitienne et destinée à décolorer les cheveux () .. Ce pot est posé sur un support à hauteur de table qualifié par les chercheurs de . qui apparaît sous la forme d'une étroite bande grise parallèle au bord du tableau. Derrière la jeune femme et à sa droite, se tient le second personnage, un homme barbu qui la contemple fixement. Il lui présente un objet rectangulaire qu'elle regarde ; il s'agit d'un miroir qu'on ne voit que sur sa tranche.
De l'autre main, l'homme maintient debout un autre miroir, ovale, plus grand et convexeÀ propos de l'utilisation du miroir convexe dans l'art, il est possible de se référer au site suivant : .. Sa surface, très sombre, réfléchit le dos de la jeune femme et le profil de l'homme .. Elle présente également un intérieur. dont les éléments sont plus ou moins suggérés. Une fenêtre en est l'élément le plus visible, qui apparaît sous la forme d'une source lumineuse blanche rectangulaire . qui n'est néanmoins pas nettement délimitée .. Cette fenêtre constitue donc la source lumineuse de la scène entière et c'est sur elle que se détache l'arrière de la tête de la jeune femme .. Autour, quelques éléments architecturaux sont perceptibles : le montant de la fenêtre ainsi que, au-dessus, quelques poutres au plafond .. De plus, en guise de mobilier, la chambre contient un gros meuble rectangulaire situé au fond de la pièce qui semble être un lit. Enfin, et de façon paradoxale, le miroir ne permet pas de voir le meuble sur lequel la jeune femme repose la main gauche ..
Historique de l'œuvre Datation et titre Le tableau ne porte pas de mention de date et aucun document ne nous est parvenu pour appuyer une quelconque hypothèse de création.. En outre, la lenteur de travail de la part de Titien constitue une difficulté pour toute datation : le peintre effectue ainsi de nombreuses retouches sur ses œuvres avant de les considérer comme terminées, voire parfois en abandonne provisoirement certaines pour plusieurs années avant de les achever .. La sanction disciplinaire de la part du (Grand Conseil) dont il fait l'objet en 1538 pour ses délais trop longs illustre parfaitement les atermoiements du peintre .. Par ailleurs, de nombreux tableaux de la jeunesse du peintre ont été perdus, ce qui interdit un travail de comparaison et ajoute donc à la difficulté de toute datation exacte .. Dès lors, il serait plus rigoureux de considérer la création de l'œuvre, comme toute autre peinture de Titien, selon une période de plusieurs années plutôt que selon une date précise .. Jusque dans les années 1950, certains historiens de l'art considèrent qu'il a été peint . Par exemple, le Français Louis Hourticq en 1919 s'appuie notamment sur l'identification du personnage masculin avec Frédéric II Gonzague, duc de Mantoue, ainsi que sur ce qu'il considère comme une maturité technique présente dans la peinture . pour justifier cette datation. Néanmoins, de nos jours, la plupart des chercheurs estiment que La Femme au miroir a été peint . Certains d'entre eux élargissent cette estimation à in .in ., voire proposent une fourchette beaucoup plus large, comme Erwin Panofsky puis, à sa suite, la spécialiste en littérature anglaise du , Laurence Roussillon-Constanty, l'historienne Sabine Melchior-Bonnet et enfin la notice du portail des collections des musées de France qui indiquent tous quatre ... Les chercheurs contemporains appuient leur hypothèse notamment sur l'affirmation que le tableau possède les caractéristiques des débuts de la maturité du peintre ., et ce, en comparant avec d'autres tableaux plus sûrement datés, le style déployé, la facture de l'œuvre ou la thématique abordée..
Un des plus anciens témoignages du titre de l'œuvre en français provient de François-Bernard Lépicié (1698-1755), alors secrétaire perpétuel et historiographe de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Dans son ouvrage de 1752, Catalogue raisonné des tableaux du Roy..., il propose une courte biographie de chaque peintre puis une description rapide des œuvres appartenant à la collection royale : La Femme au miroir y apparaît sous le titre de Portrait du Titien & celui de sa maîtresse.Avant le , le nom donné à une œuvre correspond plus à sa description qu'à un titre au sens actuel du terme : in ..
De nos jours, sous l'autorité de l'institution du musée du Louvre, un consensus semble se dégager pour désigner l'œuvre selon le titre La Femme au miroir, titre centré sur sa figure principale et l'élément symbolique du miroir placé derrière elle. En outre, il correspond à celui utilisé en italien, La Donna allo specchio, qui semble généralisé dans cette langue.... Néanmoins, ce titre n'est pas encore fixé dans l'espace francophone : des variantes existent, comme La Jeune Fille au miroir.. ou La Femme aux miroirs, qui insistent sur la jeunesse du sujet ou sur le fait que l'œuvre présente un deuxième miroir. Enfin, d'autres observateurs centrent leur titre sur la scène de toilette et proposent Une femme à sa toilette., Portrait d'une femme à sa toilettePour le site de l'agence photographique de la Réunion des musées nationaux - Grand-Palais, ., Dame à sa toilette., qui désigne ainsi l'œuvre sous deux titres dans le même ouvrage. Il faut toutefois noter que l'ouvrage est une traduction de l'anglais. ou Jeune femme arrangeant ses cheveux. Il faut toutefois noter que l'ouvrage est une traduction de l'anglais..
Commanditaire et propriétaires successifs vignette|upright=1.5 |gauche |alt=Portrait en pied d'un homme accompagné d'une femme et d'enfants dans un intérieur encombré d'œuvres d'art. |Jabach et sa famille à l'époque où celui-ci fait venir le tableau en France (Charles Le Brun, vers 1660, New York, The Metropolitan Museum of Art). L'identité exacte du commanditaire de l'œuvre demeure sujette à interrogations. En 1919, l'historien de l'art français Louis Hourticq pense pouvoir avancer le nom du duc de Mantoue, Frédéric Gonzague ., et situe en conséquence la création après 1523, soit à partir du moment où Titien travaille pour le duc.. De plus, le chercheur justifie l'absence de tout écrit documentant cette commande par le fait que le duc aurait désiré rester discret, le tableau représentant sa maîtresse . qui, de surcroît, est l'épouse d'un de ses parents .. En outre, le peintre aurait reçu notamment un pourpoint en guise de récompense pour la création du tableau.. Néanmoins, cette hypothèse est largement rejetée par les chercheurs contemporains : ils ont déterminé que le tableau est créé vers 1515, date où Titien ne travaille pas encore pour le duc.. Dès lors, l'identité d'un commanditaire demeure de nos jours encore inconnue..
L'œuvre est documentée comme appartenant d'abord à la galerie Gonzague, c'est-à-dire à la collection située dans le palais ducal de Mantoue et appartenant à la maison de Gonzague, famille régnante de MantoueÀ propos de la galerie Gonzague et son importance dans l'art, il est possible de se référer au site suivant : .. Puis, en 1627, Charles de Mantoue (1580-1637) vend La Femme au miroir au roi Charles d'Angleterre qui l'expose à Londres dans sa collectionÀ propos des collections de Charles d'Angleterre, il est possible de se référer à .. Après la décapitation de Charles (1649), lors de la première révolution anglaise (1642-1651), le gouvernement d'Oliver Cromwell procède à sa vente. L'œuvre est vendue le sous le .