Al-Qalamoun ( ) est une commune libanaise située sur la côte méditerranéenne, dans le Gouvernorat du Nord plus précisément dans le district de Tripoli. C'est la première ville au sud de Tripoli, étant distante de de celle-ci. Ses habitants sont appelés les Qalamounis.

Géographie

Localisation Al-Qalamoun se situe à environ de Tripoli et à de Beyrouth. Elle étend sa forme allongée sur entre mer et montagne. Al-Qalamoun est bordée à l'est par le village de Ras Maska () et au sud par le village de Kelhat (). Autour d'elle, on trouve également Anfeh au sud-ouest, Deddeh au sud-est et Tripoli au nord-est. Les autres côtés, elle donne sur la mer Méditerranée.

Climat Al-Qalamoun connaît un climat méditerranéen. Le tableau ci-dessous contient les moyennes mensuelles des températures à Al-Qalamoun basées sur les mesures météorologiques des .

Toponymie

Noms Dans l'antiquité gréco-romaine, Al-Qalamoun était connue sous le nom de Calamus, Kalamos ou Kalomo, puis Calmont, Calamón pendant les Croisades. On la retrouve ensuite à partir du sous le nom de Calamos, Calamus, Calamon, el-Kulmon ou Kalmoun.

De nos jours, on retrouve les transcriptions suivantes : El-Qalmoun, Al-Qalamun, El-Qalmoûn, Al-Qalamūn, El-Qalamoûn et Al-Kalamoun.

Étymologie L'origine du nom d'Al-Qalamoun se prête à plusieurs hypothèses.

En arabe, le mot grec khamailéôn () signifiant caméléon a donné par extension abū qalamūn (), c'est-à-dire « père qalamoun ». Ce nom désigne un vêtement qui possède un tissage particulier de soie et de coton le rendant multicolore au soleil, ainsi qu'un oiseau aux multiples couleurs. Il s'agit sûrement du crave à bec rouge, surnommé abū qalamūn en raison de la brillance de son plumage au soleil. Ce nom est aussi utilisé pour désigner le jade. Le terme arabe a ensuite donné en espagnol le nom du calamón, un oiseau au plumage brillant.

D'après le Dr Anis Al Abiad, professeur d'histoire à l'Université Libanaise, le mot qalamoun proviendrait de l'araméen galima qui signifie « colline », et du grec galmos qui signifie « pied de la montagne ».

D'autres pensent que le mot qalamoun proviendrait du nom composé cale mont qui signifie également « pied de la montagne », à l'instar du monastère Notre-Dame de Balamand installé non loin, et dont le nom fut à l'origine Belmont, décomposable en bel mont.

L'historien Fouad Ephreim Al-Boustany pense que le nom qalamoun a un lien avec le mot arabe qalam () et le mot latin calamus provenant du grec calamos () signifiant « roseau » ou « roseau pour écrire ». Il y voit là une référence au fait que le village comptait de nombreuses personnes instruites durant l'Antiquité.

Enfin, une dernière hypothèse serait que les premiers habitants du village à l'époque phénicienne auraient pour origine les montagnes de Qalamoun en Syrie, et leur auraient ainsi rendu hommage en donnant leur nom à leur nouvelle région.

Attestation dans les écrits La présence d'Al-Qalamoun est attestée dans de nombreux écrits et récits de voyage, et ceci dès l'Antiquité.

Polybe (m. -124 EC) la cite dans son Histoire Générale (V, 68) sous le nom de Calamos (). Il y rapporte que le roi séleucide Antiochos III, . Ici, on peut identifier Botrys à Batroun, Trière à El-Héri, Calame à Al-Qalamoun et Béryte à Beyrouth.

Pline l'Ancien (m. 79 EC) la cite dans son Histoire naturelle (V, 78) sous le nom de Calamos, comme on peut le retrouver dans le dictionnaire Gaffiot :

On peut voir que Pline, en citant les villes de Phénicie en suivant le littoral du sud au nord, place Calamos entre Botrys (actuelle Batroun) et Tripolis (actuelle Tripoli). On peut donc raisonnablement considérer qu'il s'agit bien ici de la ville d'Al-Qalamoun.

Nasser Khosro (m. 1088 EC), voyageur, poète et philosophe perse, l'évoque dans son Livre du voyage (). Il dit être passé en 1047 par un fort se nommant Qalamoun ayant une source à l'intérieur, situé à une parasange (environ ) au sud de Tripoli.

Al-Idrissi (m. vers 1165 EC), voyageur et géographe arabe andalou, évoque lui aussi dans le Livre de Roger () le fort de Qalamoun qu'il écrit al-qālamūn () au lieu de al-qalamūn (). On peut s'assurer de la correspondance entre ce fort et la ville d'Al-Qalamoun car Al-Idrissi précise sa proximité géographique avec Tripoli () et Enfeh (), qu'il nomme « le nez de pierre » ().

Abd al-Ghani al-Nabulsi (m. 1731 EC), voyageur, poète et théologien damascène, rapporte dans son livre Voyage vers Tripoli () s'être arrêté dans le village au de son périple, le vendredi .

Jean de La Roque (m. 1745 EC), voyageur et homme de lettres français, évoque brièvement dans son Voyage de Syrie et du Mont-Liban être passé en , cela après avoir séjourné une nuit au village maronite d'Aarjes qu'il nomme Argès.alt=Monument antique à Al-Qalamoun|vignette|Monument antique à Al-Qalamoun Melchior de Vogüé (m. 1916 EC), archéologue et diplomate français, dit dans son livre Fragments d'un journal de voyage en Orient être passé par Kalmoun, et s'y être arrêté . Il rapporte avoir vu des monuments antiques à proximité du village :

Ernest Renan (m. 1892 EC), écrivain et historien français, donne dans son ouvrage Mission de Phénicie quelques détails sur Calmoun, et y décrit en citant Melchior de Vogüé la présence de deux monuments qui , en les identifiant comme des pressoirs. Cela lui permet de déduire qu'. Il y rapporte également ce qu'en dit le géographe arabe Al-Idrissi : .

Victor Guérin (m. 1890 EC), archéologue et géographe français, parle dans son livre La Terre Sainte d'un village musulman de non loin de Tripoli nommé Kalamoun.

Attestation dans les cartes On retrouve le village dans diverses cartes du et du :

Histoire L'histoire d'Al-Qalamoun s'étend sur durant lesquels elle fut un village agricole.

Actuellement, elle est devenue un centre de l'artisanat du cuivre, du laiton et du bronze. Cela résulte de l'installation à Al-Qalamoun d'ouvriers et d'artisans du métal en provenance du Souk an-Nahhassine de Tripoli (le marché traditionnel des travailleurs du cuivre de Tripoli) depuis plusieurs dizaines d'années.

Population & Société

Démographie et religion Les habitants d'Al-Qalamoun, majoritairement musulmans sunnites, sont au nombre de environ, dont faisant partie de la diaspora libanaise. À cela s'ajoutent les syriens ayant fui la guerre en Syrie.

Éducation Concernant le niveau de l'éducation, Al-Qalamoun possède un des taux les plus élevés de doctorants au Liban. Ses professeurs, ingénieurs, docteurs, architectes et médecins font d'ailleurs sa célébrité dans tout le pays.

Art et culture Al-Qalamoun compte en son sein plusieurs groupes d'anachîds professionnels ou amateurs. Ils abordent des sujets divers et variés, allant de la religion à la politique ou les sujets de société.

Sport Au niveau sportif, son équipe de volleyball s'illustre dans les championnats nationaux, tant masculins que féminins.

Économie L'avenue principale de la commune est longée de petites boutiques et ateliers où bols de laiton ou de cuivre, chandeliers et autres objets métalliques sont produits traditionnellement (par martellement). Un œil avisé pourra y dénicher d'intéressantes pièces plus anciennes.

D'autres de ces boutiques vendent de l'huile d'olive et des jus de fruits et sirops traditionnels (canneberge, mûre, citron, orange, etc.). Al-Qalamoun est également connue pour ses distilleries d'eau de fleur d'oranger et d'eau de rose, utilisées dans les pâtisseries libanaises. La commune se distingue par ailleurs par la fabrication de la Jazariyyeh, une pâtisserie à base de potiron.

D'autre part, une partie de l'activité du village tourne autour de la pêche, comme en témoignent ses multiples ports et débarcadères, ainsi que ses poissonneries disséminées au bord de la route principale, route la plus proche de la mer.

Culture locale et patrimoine

Bâtiments et lieux notables

Lieux de culte La ville d'Al-Qalamoun compte cinq lieux de culte, tous affiliés à l'islam sunnite. alt=Inscription dans le Jami` al-bahri|vignette|Inscription dans le Jami` al-bahri La mosquée principale d'Al-Qalamoun se nomme le Jami` al-bahri () (), c'est-à-dire la mosquée Maritime, en référence à son emplacement près du rivage. Sa fondation remonterait à plus de , comme le confirme une inscription de trois lignes se trouvant près du minbar (527 A.H./1132 EC). Cette date correspond à la période de domination des Croisés à Tripoli. La mosquée a été restaurée par le Cheikh Ali al-Baghdadi (m. 1192 A.H./1778 EC). Elle est composée de deux grandes voûtes, construites en grès comme la plupart des mosquées à Tripoli. La partie supérieure du mur est ornée de corniches et la mosquée est dotée d'un minaret plus récent que le reste de la construction.

La seconde mosquée d'Al-Qalamoun en termes d'importance et d'ancienneté est le Jami` al-gharbi () (), c'est-à-dire la mosquée Occidentale. Son nom fait référence à sa position à l'ouest de la ville par rapport au Jami` al-bahri.

La mosquée al-`Azm () () a été financée par l'ancien Premier Ministre liibanais Najib Mikati via son organisation caritative Azm & Saade.

La mosquée al-Rida () () a été fondée par l'organisation caritative koweïtienne Rahma International dans le cadre du Complexe de Développement Rahma. Ce complexe compte, en plus de la mosquée, un dispensaire, une salle de réception, une piscine olympique couverte et une école accueillant les enfants syriens réfugiés de la ville.

On trouve également une salle de prière vers l'extrême ouest de la ville, près du complexe de loisirs North Heaven.

Lieux historiques Au sud du Jami` al-bahri, dans Harat al-`ayn () ou Quartier de la Source, se trouve la salle de prière de Ayn al-jami` (), c'est-à-dire la Source de la Mosquée. Elle daterait également de l'époque des Croisés. Les Musulmans se seraient repliés près d'une source d'eau se trouvant là. Ils y auraient ensuite construit une salle de prière qui devint ensuite la salle de Ayn al-jami`. vignette|Cimetière des Cheikhs, avec le Jami` al-bahri en arrière-plan|alt=

Cimetières Al-Qalamoun compte deux cimetières. Le plus petit et le plus ancien, attenant au Jami` al-bahri, est appelé Cimetière des Cheikhs () () car elle abrite la plupart des personnalités religieuses du village. N'y sont enterrées que les familles descendant du prophète Muhammad. Cependant, le cimetière le plus en usage actuellement est le Cimetière d'Al-Qalamoun () (), situé dans le quartier Harat al-`ayn, près de la salle de prière Ayn al-jami`. Il est régulièrement amélioré et agrandi grâce à des dons des habitants.

Port alt=Port d'Al-Qalamoun|vignette|Port d'Al-Qalamoun Le port d'Al-Qalamoun () se situe non loin du Jami` al-bahri. Il atteste l'importance de la pêche dans l'économie de la cité.

Al-Qalamoun dans les arts et la culture La ville a été évoquée dans plusieurs œuvres et supports, notamment dans des anachîds. Le plus connu d'entre eux est « Ya Qalamoun » () ou « Ô Qalamoun ».

D'autre part, Al-Qalamoun a donné son nom à l'ex-vedette Avel Gwalarn de type DF41, cédée par la France à la Marine libanaise le , et renommée pour l'occasion Al-Kalamoun 43.

Personnalités célèbres Plusieurs personnalités ont vécu à Al-Qalamoun ou sont issues d'une famille locale : Marine la Déguisée (m. 750 EC) – Sainte chrétienne qui s'est réfugiée plusieurs années dans une grotte dans la montagne surplombant Al-Qalamoun. Mustafa Agha Barbar (m. 1835 EC) – Gouverneur des provinces ottomanes de Tripoli et de Lattaquié au début du . Muhammad Rashid Rida (m. 1935 EC) – Théologien et exégète musulman, créateur de la revue Al-Manar.

Devise et héraldique La devise d'Al-Qalamoun est , ce qui signifie en arabe : . Elle fait référence au fait que plusieurs savants célèbres en sont issus, notamment dans le domaine religieux, le plus connu étant Muhammad Rashid Rida. Elle rappelle aussi le nombre important de diplômés issus de la ville.

Notes et références

Annexes

Liens externes