L’anesthésie universitaire de Nantes est née au début des années 1960 dans la continuité des lois hospitalo-universitaires de 1958 créant les Centres hospitaliers universitaires (CHU) et dans la mouvance nationale de médicalisation de la discipline.

Son acte de naissance au CHU de Nantes correspond à la nomination en 1966 comme Professeur d’anesthésiologie du Docteur Françoise Nicolas d’abord intégrée à la médecine interne puis autonomisée comme Chef du département d’Anesthésiologie. La Professeure Nicolas a été avant tout une réanimatrice polyvalente. Elle a largement délégué ses différentes actions pratiques et quitté l’anesthésie définitivement en 1983 pour rejoindre la section universitaire de réanimation médicale. Néanmoins, l’anesthésie nantaise lui est très largement redevable. Elle a structuré la discipline et organisé son enseignement pour former les premières générations d’universitaires (notamment à la recherche scientifique et à la publication médicale) et les premières générations de médecins anesthésistes de la région nantaise et des départements limitrophes. Elle a marqué toutes les générations de son empreinte de réanimatrice faisant ainsi le lit de la création de la Réanimation chirurgicale à côté de la Réanimation médicale.

Histoire

Jusqu’à l’année 1960, l’anesthésie française, et particulièrement nantaise, était inexistante en tant que pratique médicale de plein exercice. Elle était exercée surtout par des techniciens issus du personnel paramédical dépendant du chirurgien. L’exemple nord-américain et britannique pendant la Seconde Guerre mondiale a montré l’intérêt d’une médicalisation. La première génération de médecins anesthésistes des années 1950 n’a bénéficié que d’une formation sur le terrain sans enseignement théorique structuré. Le premier professeur agrégé français d’anesthésiologie Guy Vourc’h n’a été nommé qu’en 1958 et n’a été titulaire de la chaire d’anesthésiologie de Paris qu’en 1966, chaire occupée jusqu’à cette date par un chirurgien le Professeur Baumann. La première génération d’anesthésistes réellement formée a bénéficié entre 1959 et 1961 d’un enseignement structuré dirigé à Paris par le G. Vourc’h et de la validation nationale par le certificat d’études complémentaires d'anesthésie. Ce fut le cas du docteur F. Nicolas en 1961. Jusqu’en 1965 la nomination du docteur F Nicolas au poste de Professeur Agrégé d’anesthésiologie à Nantes restait très incertaine en raison d’une pression des chirurgiens parisiens qui voulaient réserver aux chirurgiens les postes universitaires d’anesthésistesR. Souron, Souvenirs, 2017. Elle a été finalement nommée en 1966.

De 1961 à 1967, date de sa nomination comme professeur chef de service, le docteur F. Nicolas s'est occupée surtout de réanimation polyvalente. En 1967, au début de sa direction de l’anesthésie, elle a désigné un médecin anesthésiste responsable de chacun des principaux sites de chirurgie du CHU, dont le docteur Fertil premier anesthésiste nantais à pratiquer une intubation trachéale dans les années 1950 pour anesthésie en chirurgie thoracique. Parmi ces pionniers de l'anesthésie nantaise citons les docteurs Audineau, Blineau, Ginguené, Lebeaupin, Milocheau, Noblet, Redor et Rousseau. Le premier acte fondateur du professeur Nicolas a été de demander à ces médecins de choisir entre leur activité à l’hôpital et celle en clinique privée. Si leur statut de temps partiel les y autorisait, leur pratique conjointe penchait en faveur de l’exercice libéral. Ils ont refusé et démissionné de l’Hôpital. Le professeur F. Nicolas s’est donc retrouvée quasiment seule (hormis quelques infirmières formées à l’anesthésie) avec un collègue de sa génération, le docteur Cordier, formé par l’école parisienne du professeur P. Huguenard, rivale de celle du G. Vourc’h. Avant de partir lui-même pour une activité libérale, le docteur Cordier l’a aidé à franchir le cap tumultueux de cette année 1968, la laissant ensuite avec une nouvelle génération d’anesthésistes en formation (comme les docteurs A. Heurtel- Poupinot, P.Taglioni-Guyader, P. Rodineau et M. Train) et ceux qui allaient devenir professeurs nantais d’anesthésie (docteurs B. Dixneuf et R. Souron) et de réanimation médicale (docteur D. Baron) et M et J-F. Cavellat qui partiront professeurs à Angers créer le service d’anesthésie-réanimation de cette ville.

Après l’ouverture en fin 1969 du nouvel Hôtel-Dieu et de ses blocs opératoires de spécialités (dont la construction avait débuté au milieu des années 1950) le professeur F. Nicolas va travailler à structurer l’anesthésie. Pour encadrer les nouvelles recrues d’étudiants d’anesthésie dans le cadre du CES (certificat d’études spéciales) d’anesthésie-réanimation, le docteur B. Dixneuf est rapidement promu professeur agrégé en 1970 et en 1971 chef de service des activités chirurgicales restées dans les hôpitaux anciens : hôpital Saint-Jacques (chirurgie générale et chirurgie orthopédique) et hôpital Guillaume-et-René-Laennec de Saint-Herblain (chirurgie thoracique et cardio-vasculaire). En 1974 le docteur R. Souron est nommé professeur pour encadrer l’anesthésie au niveau de l’Hôtel-Dieu ; il est le premier anesthésiste nantais à faire en 1974 une anesthésie péridurale pour accouchement. En 1978 le professeur B. Dixneuf part à l’hôpital Saint-Jacques pour y encadrer l’Anesthésie. En 1983 le Professeur R. Souron est nommé chef de service de l’anesthésie de l’Hôtel-Dieu et le Professeur F. Nicolas quitte donc définitivement l’anesthésie. En 1984 alors que toutes les activités chirurgicales ont quitté l’hôpital Saint-Jacques (sauf l'orthopédie Jean-Vincent Bainvel qui intégrera l'hôtel-Dieu en 1992), le professeur B. Dixneuf rejoint le nouvel hôpital G et R. Laënnec sur le site de Saint-Herblain où sont rassemblées la chirurgie thoracique et cardio-vasculaire, de plus en plus active et complexe avec la transplantation cardiaque puis cardiopulmonaire, la neurochirurgie et la chirurgie digestive commençant à pratiquer la transplantation hépatique. Il est aidé par le docteur Y. Blanloeil qui encadre la réanimation et la transplantation notamment hépatique après une formation dans le plus ancien et grand centre européen pratiquant cette transplantation à Cambridge (Royaume-Uni).

Au début des années 1990, le professeur B. Dixneuf a été largement impliqué au niveau national dans les réformes de l’anesthésie-réanimation et a travaillé pour la Société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR) aux aspects juridiques concernant la discipline en utilisant ses connaissances de droit acquises en début d’études universitaires. Ainsi, il peut imposer le premier bloc réuni (chirurgies thoracique, vasculaire et digestive) à l’hôpital Laennec avec une salle de réveil dédiée. En 1995, à la suite du décret de décembre 1994 réglementant l’anesthésie, des nouveaux blocs regroupés avec salle de réveil, sont aussi construits sur le site de l’hôtel-Dieu dans l’immeuble Jean Monnet sous la responsabilité du professeur R. Souron. En 2001, le docteur Blanloeil nommé professeur et chef de service du département d'anesthésie et réanimation cette même année obtient une consultation réunie d’anesthésie alors que ce n’est qu’en 2012 qu’une grande unité de consultations réunies d’anesthésie est ouverte sur le site de l’Hôtel-Dieu. Fin 2015, après 20 ans d’utilisation dans l’immeuble Jean Monnet, 21 salles d’intervention sont regroupées dans un bloc centralisé avec salle de réveil dans un nouveau plateau technique dit PTMC (plateau technique médico-chirurgical) et surtout la première grande unité d’ambulatoire du CHU de Nantes est créée.

Le bloc opératoire autonome de chirurgie infantile va disposer en 2004 d’un bloc centralisé de pédiatrie dans un nouvel hôpital Mère et Enfant (HME). Cette unité fonctionnelle anesthésique du Département d’Anesthésie de l’Hôtel Dieu - HME qui regroupe aussi dans le même bâtiment le bloc gynéco-obstétrical est confiée au docteur Corinne Lejus nommée Professeur d’anesthésie en 2006. La chirurgie cardiaque pédiatrique rejoint secondairement l’ensemble des chirurgies pédiatriques encadrée par le docteur M. Videcoq impliqué ultérieurement dans les prélèvements d’organes et les différentes techniques récentes de prélèvements d’organes pour transplantation. Le Docteur M. Meignier à l’origine de l’Anesthésie pédiatrique nantaise et impliqué particulièrement dans le traitement de la douleur de l’enfant a rejoint le secteur libéral dans les années 1990 pour développer un centre de traitement de la douleur chronique. On lui doit aussi la maison des Parents associée à l’hôpital pédiatrique et une crèche privée accueillant les enfants refusés pour des raisons médicales variées dans les crèches et chez les nourrices.

Histoire de la réanimation chirurgicale nantaise

Genèse L’accès au Service de réanimation médicale dite Polyvalente s’avérant en pratique limité, les patients aux suites chirurgicales compliquées ou opérés de chirurgies complexes étaient pris en charge dans de petites unités dites de soins intensifs (USI) installées au début des années 1970 dans les services d’orthopédie, de chirurgie digestive, de neurotraumatologie et de chirurgie cardio-thoracique. Les médecins anesthésistes vont assurer complètement en pratique la prise en charge des opérés alors que ces unités dépendaient administrativement des services chirurgicaux.

Hôpital Nord Laënnec Sur le site de l’hôpital Laënnec le professeur B. Dixneuf ouvre en 1978 une première unité de réanimation chirurgicale digestive sous responsabilité anesthésique avec le docteur Y. Blanloeil. À l’ouverture de l’hôpital Guillaume-et-René-Laennec (HGRL) à Saint-Herblain en 1984, les trois unités de soins intensifs-réanimation (digestive, neurochirurgicale et cardiothoracique) sont séparées et pour les 2 dernières sous la responsabilité administrative des chirurgiens bien que les opérés soient totalement pris en charge par les médecins anesthésistes. En 1998, les unités de réanimation de l’hôpital Laënnec sont réunies sur un grand plateau spécialisé de réanimation et de soins intensifs. Le docteur Y. Blanloeil, nommé professeur en 2001, encadre la réanimation et développe notamment l’épuration extra-rénale qui devient une activité extrêmement importante sur ce site avec la chirurgie de transplantation cardiaque, pulmonaire et de l’assistance circulatoire dont une importante activité d’implantation de cœur artificiel. Une unité regroupant des lits de Réanimation chirurgicale dite polyvalente pour la neurochirurgie, la chirurgie vasculaire et la chirurgie digestive a été gérée administrativement par l’Anesthésie dès l’ouverture mais l’autre unité de chirurgie cardiothoracique n’a été prise en charge administrativement qu’en 2003, date du Décret dit de Réanimation, les chirurgiens admettant enfin la compétence spécifique de Réanimation aux anesthésistes. À la suite du nouveau schéma régional d’organisation de la santé (SROS ) de 2010, la réanimation de l’hôpital Laënnec est agrandie de 8 lits supplémentaires d’unité de soins continus (USC).

Ainsi, à HGRL l’anesthésie gère donc officiellement sur 2 unités 42 lits de réanimation.

Hôtel Dieu Sur le site central à l'hôtel-Dieu les lits de soins intensifs chirurgicaux dispersés en deux sites sont fermés en 1995 lors de la création de l’immeuble Jean-Monnet permettant l’ouverture d’une unité de réanimation chirurgicale de 14 lits. Cette unité est confiée à la direction médicale et administrative du professeur M. Pinaud adjoint du professeur Souron depuis sa nomination comme professeur en 1989. Vingt ans plus tard l’unité de réanimation et USC chirurgicale a intégré les 28 lits de ses nouveaux locaux du PTMC sous la responsabilité du professeur K. Asehnoune nommé professeur en 2009. Cette réanimation chirurgicale prend aussi en charge sur le même plateau la réanimation des brûlés, contrainte introduite par un nouveau décret de 2007.