Mathieu de Morgues, dit sieur de Saint-Germain, né en à Saint-Germain-Laprade et mort le en l'hospice des Incurables à Paris, est un pamphlétaire français.

Biographie vignette|Marie de Medicis visitant Pierre Paul Rubens, toile de Florent Willems (1823-1905). Mathieu de Morgues, sieur de Saint-Germain, est né en 1582, au château de Saint-Germain-Laprade.. Son père, Claude de Morgues, est le troisième consul du Velay et y joue un rôle dans les guerres religieuses. Le jeune Mathieu termine ses études au collège des jésuites d'Avignon, et y entre dans l'état ecclésiastique. Il quitte l'ordre en 1610, - selon certains de ses adversaires – afin d'échapper à un jugement d'exclusion pour .

Il fait carrière à la cour de France comme aumônier de la reine Marguerite puis de Marie de Médicis, mère de Louis XIII ; il prend le parti de celle-ci contre Richelieu lors de leur rupture et, en 1631, accompagne la reine-mère et Gaston d'Orléans dans leur exil à Bruxelles, aux Pays-Bas espagnols. Là, il rédige de volumineux pamphlets contre le cardinal, qu'il appelle par dérision , dans lesquels il critique durement sa politique intérieure et extérieure. Ses ouvrages, imprimés aux Pays-Bas, entrent en cachette en France, parfois dans le double fond de carrosses de hauts personnages. Richelieu, incapable de le réduire au silence, parvient cependant à empêcher sa nomination comme évêque de Toulon et crée une équipe d'écrivains à gages, dirigée par François Le Métel de Boisrobert, pour répondre à ses attaquesGeorges Mongrédien, La Vie littéraire au , Jules Tallandier, 1947, p. 50-51.. Mathieu de Morgues est condamné à mort par contumace en 1632 et Richelieu tente vainement d'obtenir son extradition. Le cardinal réussi à saisir certains de ses biens comme les prieurés de Saint-Julien-Chapteuil et de Saint-Pierre-EynacTablettes historiques du Velay - Pouillé du diocèse du Puy, Le Puy, Quatrième année (1873-1874)..

En 1637, Mathieu de Morgues commande au peintre flamand Pierre Paul Rubens un frontispice pour illustrer un recueil composé de ses Diverses pièces pour la défence de la royne mère du roy très chrestien Louys XIII. Le dessin est exécuté par un des élèves de Rubens, Erasmus Quellinus : il représente Cybèle, mère des dieux et allégorie transparente de la reine-mère, entourée de figures et devises symboliques qui évoquent son prochain retour en France et sa vengeance contre le « perfide et ingrat » Richelieu. L'ouvrage est imprimé par Balthasar Moretus à Anvers : Marie de Médicis fait acheter presque toute l'édition, un millier d'exemplaires, pour florins, et en offre un exemplaire à Rubens.

En 1639 est jouée à Paris une pièce intitulée Le Grand Timoléon de Corinthe, tragi-comédie. Elle est publiée en 1641. La Bnf possède un exemplaire imprimé par Toussaint Quinet, daté de 1642, mais le privilège mentionne « Achevé d'imprimer pour la première fois le dernier jour d' ». La pièce imprimée est signée du « Sieur de St. Germain ». Il pourrait s'agir de Matthieu de Morgues : Timoléon, général corinthien dont Plutarque écrivit la vie, est célèbre pour avoir pacifié la Sicile en guerre civile au . À Corinthe, il aurait assassiné son frère Timophane qui prétendait à la tyrannie. Célébrer la vertu de Timoléon, qui fit passer la liberté de Corinthe au dessus des liens du sang, était une manière, en 1639, d'appeler à la révolte contre la tyrannie de Richelieu..

À la mort de Richelieu, en 1642, Mathieu de Morgues rédige un nouveau pamphlet où il lui adresse une épitaphe féroce : Mathieu de Morgues, Abrégé de la vie du cardinal de Richelieu pour lui servir d'épitaphe, cité par Georges Mongrédien, La Vie littéraire au , Jules Tallandier, 1947, p. 51.. Et il ajoute dans le même ouvrage : Id., cité par Laurent Avezou, « Le tombeau littéraire de Richelieu. Genèse d'une héroïsation », Hypothèses, 2002-1 (5), p. 181-190.. Il dénonce l'extraordinaire enrichissement du cardinal qui, en léguant une partie de ses biens au roi, n'a fait que rendre ce qu'il avait volé à la France. En politique extérieure, il reproche à Richelieu d'avoir , et éternisé la guerre contre la monarchie espagnole pour se rendre indispensable au roiLaurent Avezou, « Le Tombeau littéraire de Richelieu. Genèse d'une héroïsation », Hypothèses, 2002-1 (5), p. 181-190..

Notes et références

Bibliographie . . . . Georges Mongrédien, La Vie littéraire au , Paris, Jules Tallandier, 1947. Laurent Avezou, « Le tombeau littéraire de Richelieu. Genèse d'une héroïsation », Hypothèses, 2002/1 (5), p. 181-190. Alexis Merle du Bourg, Peter Paul Rubens et la France, Presses universitaires du Septentrion, 2004 Claude Perroud, « Essai sur la vie et les œuvres de Mathieu de Morgues », Annales de la Société d’agriculture, sciences et arts du Puy, vol. XXVI, 1863, p. 207-383. (lire en ligne). Gustave Fagniez, « Mathieu de Morgues et le Procès de Richelieu », Revue des Deux Mondes, Quatrième période (1984-1900), vol. 162, 1900,  p. 550-586. (lire en ligne).

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